Prologue : La chenille endormie
Seule, épuisée, j’avance lentement dans l’obscurité. Je trébuche — une, deux, trois, peut-être même quatre fois. Ma tête, trop lourde, bascule de droite à gauche, incapable de lutter contre la fatigue.
Pitié... Qu’il y ait un point, un reflet, une lumière.
Mais non. Rien.
Rien d’autre que moi et ce néant absolu, infini.
Découragée, je m’assois sur le sol dur et glacé. Il faut que j’abandonne. Que je lâche prise. Mourir n’est pas une fin... c’est juste la pause d’une souffrance interminable. Je n’en peux plus. Je ne veux plus me battre.
Je suis terrifiée.
Chaque poil de mon corps se hérisse, la chair de poule me recouvre comme une seconde peau. L’absence de lumière a toujours été ma pire phobie, et maintenant, elle est partout. Elle m’enveloppe, m’aspire, me dévore.
Puis, il apparaît.
L’homme aux cheveux d’or.
Je crois d’abord à une hallucination. Il se tient devant moi, calme, vêtu d’une veste en cuir. Une flèche dans une main, un arc dans l’autre. Il est... le rayon de soleil de mes nuits éternelles.
Mais son visage, lui, reste flou. Comme dissimulé derrière un voile que mes yeux ne peuvent traverser. C’est ce qui m’intrigue le plus : il ne se montre jamais complètement. Pourtant, malgré cette brume, rien ne peut cacher l’aura qui l’entoure, la beauté qui le traverse, cette énergie puissante qui émane de lui.
Une part de moi hurle de fuir. Ce charme, cette lumière... ce n’est peut-être qu’une illusion, un piège parfait pour une proie désespérée.
Mais une autre part, plus profonde, m’implore de rester. Même si son aura n’est qu’un masque, je veux y croire. Les ondes qu’il émet me touchent, me traversent. Comme si nos âmes vibraient à la même fréquence. Comme s’il voulait que je découvre qui il est vraiment.
Alors je comprends.
Il est un équilibre divin de lumière et de ténèbres. Un mélange céleste de bien et de mal. Il est la pomme du jardin d’Éden : sublime à contempler, fatale à goûter.
Et mes sentiments vacillent. Entre crainte et fascination. Entre admiration et rejet.
Puis, lentement, son visage se dessine enfin. Des traits parfaits, lisses, presque irréels.
Et soudain... il disparaît.
Comme s’il n’avait jamais existé. Me laissant seule, à nouveau, dans la froideur et le silence. Mon corps réclame sa présence, mais le vide répond.
C’est alors qu’une nouvelle forme émerge.
Un nuage épais et sombre, dont l’odeur de brûlé me brûle la gorge. Mais ce n’est pas que de la fumée. Une silhouette prend forme. Solide. Humaine.
Mon cœur s’arrête.
C’est lui.
Mon père. Étendu au sol, blafard, figé par la mort. Un cadavre.
Puis, lentement, ses paupières s’ouvrent. Une faible lueur naît au fond de ses yeux noirs, éclairant faiblement la pièce. Un nœud se forme dans mon ventre. Je cherche une étincelle d’humanité, un signe qu’il est vraiment revenu. Mais je n’y lis que douleur. Et résignation.
Il est prisonnier. Emmuré dans son propre corps. Et moi, figée par la peur, je ne peux pas l’aider. Nos regards s’accrochent. Nous communiquons sans mots. Lui, bloqué entre deux mondes. Moi, incapable de bouger.
Ses yeux deviennent plus insistants, presque suppliants.
Et soudain, une lumière jaillit de sa poitrine. Une rose rouge y a éclos, éclatante, irréelle. Chaque pétale ressemble à un rubis miniature. En son cœur, un médaillon d’or se forme. La pierre rouge en son centre est la source de cette lumière divine.
Mon père regarde la rose, puis moi. Il me supplie de la prendre.
Sans comprendre comment, je tends la main. Et je la prends.
Au contact du médaillon, tout s’éclaire en moi.
Je sais. Je comprends enfin ce qu’on m’a caché.
Qui je suis.
Qui ils sont.
Qui il est.








