∞ Chapitre 1 ∼ Ce qu’il reste de moi ∼ Rowan ∞
Le noir m’enveloppe, oppressant, écrasant. Puis je le vois.
Alden. Debout, à quelques pas de moi, avec ce regard que je connais trop bien. Ce regard plein d’espoir et de colère, cette intensité qui m’a toujours désarmé. Il avance, et mon cœur se serre. Je veux parler, je veux bouger, mais mon corps refuse.
— Rowan !
Sa voix résonne, brutale, désespérée. Elle s’accroche à moi, m’entoure, comme une chaîne qui me cloue sur place. Je le vois courir, ses gestes rapides, fébriles, comme s’il pouvait encore me rattraper, encore me sauver.
Puis viennent les mots. Ces foutus mots.
— Je t’aime. Plus que je n’ai jamais aimé personne. Tu entends ça ? Plus que ma putain de fierté. Plus que ma propre vie.
Mon souffle se bloque. J’essaie de détourner les yeux, mais je ne peux pas. Mes doigts bougent enfin, presque malgré moi. Je tends la main vers lui, cherchant… quelque chose. Un contact. Une preuve qu’il est encore là, qu’il ne va pas disparaître comme tout le reste. Mais à mesure que ma main s’approche, sa silhouette vacille.
— Alden…
Sa forme se trouble, se dissout, comme un mirage. Je veux crier, le retenir, mais mes mots s’étranglent dans ma gorge. Et lui, il disparaît. Complètement. Ne laissant derrière lui que le vide, immense et glacial.
Je me réveille en sursaut, trempé de sueur, le souffle court. La lumière douce de la lampe de chevet éclaire faiblement la chambre, mais j’ai encore du mal à réaliser où je suis. Pendant une seconde, je suis encore là-bas, face à lui. Puis tout s’efface. Le rêve, les images, le noir.
Charlotte bouge à côté de moi. Je sens son bras frôler le mien, et ce simple contact me fait reculer d’un centimètre, presque instinctivement.
Six mois. Ça fait six mois qu’on est mariés, et je n’arrive toujours pas à m’y faire. Elle dort paisiblement, son souffle régulier brisant le silence de la pièce. Elle semble si… paisible, tellement à sa place. Moi, je ne le suis pas. Je ne le serai jamais.
Je passe une main sur mon visage, essuyant la sueur froide qui s’accumule sur mon front. Mon cœur bat encore trop vite, trop fort, comme s’il voulait éclater. Ce rêve, ce foutu rêve, ne me lâche jamais. Il revient, encore et encore, comme une lame que je m’enfonce moi-même, chaque nuit.
Je baisse les yeux vers la bague à mon doigt. Elle brille faiblement dans la lumière tamisée, mais elle me semble plus lourde qu’une pierre. Je la tourne lentement, sentant son métal contre ma peau, et tout en moi hurle que c’est faux.
Ce mariage. Cette chambre. Cette femme. Tout ça. Ce n’est qu’un mensonge, une mascarade bien orchestrée pour sauver ce qui reste de ma famille. Pour sauver Alden. Et pourtant, je l’ai détruit ce soir-là. Pas vrai ? Avec mes mots, avec mon silence, avec cette foutue portière qui a claqué entre nous. Je l’ai brisé, et en le brisant, je me suis brisé moi-même.
Charlotte bouge à nouveau, murmurant quelque chose d’inintelligible dans son sommeil. Je la regarde, incapable de ressentir quoi que ce soit. Ni tendresse, ni colère, juste ce vide, immense et suffocant.
Je me lève lentement, prenant soin de ne pas faire de bruit. Mes pieds touchent le sol glacé, et je reste là, assis sur le bord du lit, le regard perdu dans l’obscurité. Parfois, je me demande combien de temps je peux encore tenir. Combien de nuits comme celle-là je peux encore encaisser avant que tout ne s’effondre.
— Rowan ? murmure une voix encore imprégnée de sommeil.
Je me fige. Sa voix douce, teintée d’une légère inquiétude, me heurte comme une vague froide. Ce ton… Il me rappelle tout ce que je ne peux pas lui donner. Je ne me retourne pas tout de suite, espérant qu’elle se rendorme, espérant qu’elle ne cherche pas à aller plus loin. Mais elle insiste :
— Tu fais encore ces cauchemars ?
Elle sait. Bien sûr qu’elle sait. Elle m’a vu me réveiller en sursaut des dizaines de fois. Mais elle ne sait pas pourquoi, pas vraiment. Et je ne peux pas lui dire.
— Non, tout va bien, dis-je d’un ton neutre, presque trop calme.
— Rowan… Tu ne devrais pas rester seul comme ça. Viens te recoucher.
Sa main effleure mon dos, un contact léger, presque hésitant. Mon premier réflexe est de me tendre. Ce geste devrait être réconfortant, mais il ne l’est pas. Il me rappelle juste à quel point je suis loin d’elle, loin de tout.
Je finis par me retourner légèrement, juste assez pour croiser son regard. Dans la pénombre, ses yeux brillent d’une inquiétude sincère. C’est presque pire.
— Tu n’as pas à t’inquiéter pour moi, murmuré-je en détournant le regard.
Charlotte ne répond pas immédiatement. Elle s’assoit à son tour, enroulant les draps autour d’elle comme une protection contre le froid.
— Ce n’est pas ça, Rowan. Je ne m’inquiète pas juste pour toi. Je m’inquiète pour nous.
Son “nous” résonne étrangement dans l’air, lourd de sous-entendus que je refuse d’affronter. Elle attend une réponse, mais je n’ai rien à lui offrir. Que ce soit sur le plan physique, intime, ou même émotionnel, je suis un désert. Une coquille. Je ne peux rien lui offrir, et je ne le pourrais jamais.
Mon corps ne m’appartient plus depuis longtemps, il répond à un autre. Et mon cœur… il est déjà pris, emprisonné par un nom, par un souvenir, par un homme qui ne devrait plus être là mais qui hante chaque fibre de mon être. Alden. Même en son absence, il est partout.
— Ne t’inquiète pas, Charlotte. Rendors-toi.
Elle soupire, un long souffle résigné, puis passe une main dans ses cheveux décoiffés.
— Tu dis toujours ça. “Ne t’inquiète pas.” Mais tu sais quoi, Rowan ? Je m’inquiète. Parce que rien ne va. Rien du tout.
Son ton est calme, mais chaque mot est un coup. Je reste silencieux, parce que c’est tout ce que je peux faire. Si je parle, si j’ouvre la bouche, je risque de laisser sortir des vérités qu’elle ne devrait jamais entendre.
— Tu ne m’aimes pas, n’est-ce pas ? lâche-t-elle finalement.
Mon souffle se bloque. Je devrais mentir. Lui dire quelque chose pour apaiser la tension, pour maintenir la façade. Mais je n’y arrive pas.
— Charlotte…
Je laisse son prénom flotter dans l’air, sans suite. Ce n’est pas une réponse. Mais c’est tout ce que j’ai. Elle secoue la tête, un petit rire amer s’échappant de ses lèvres.
— Tu sais quoi ? Je crois que je préférais encore quand tu fais semblant.
Puis elle se rallonge, me tournant le dos. Je reste là, incapable de bouger, incapable de parler. Tout en moi crie que je devrais faire quelque chose, dire quelque chose, mais je ne bouge pas. Je ne fais rien parce que je ne peux pas. Tout simplement.
En éloignant Alden de moi, je crois que je n’ai pas seulement mis un terme à notre histoire. J’ai brisé plus que nous deux. J’ai anéanti le peu d’âme qu’il me restait. Je suis encore là, physiquement, mais à l’intérieur, je ne suis plus rien. Juste un vide. Une coquille qui respire, mais sans vie, sans émotion.









Son connard de paternel aura non seulement gâché la vie de son fils et d'Alden mais aussi de cette pauvre Charlotte qui se retrouve coincée dans un mariage bidon ! D'ici que l'autre dégénéré exige de son fils de devenir père y a pas loin 😡
Ca commence bien on pleure déjà. Pour Alden, pour Rowan et pour Charlotte T_T
Charlotte ne mérite pas ça 😔