Chapitre 1 | Sous le soleil
Nathalie
Les pieds en éventail, allongée sur mon transat à l’ombre de la pergola, je profite pleinement d’un court instant de répit en sirotant un jus de fruits frais. L’été débute à peine, mais la chaleur pointe déjà le bout de son nez. La vue sur la mer m’enchante, comme chaque jour. Jamais je ne m’en lasserai…
Jusqu’à ce que les bruits de chantier de la maison d’à côté ne reprennent. J’ai envie d’hurler. C’est le même calvaire depuis un mois, et je n’ai qu’une hâte : que tout ce vacarme se termine.
Mon moment de détente est gâché. Il a été court, et c’est ma faute : je n’ai pas su me lever plus tôt. Soupirant, j’entre chez moi pour préparer deux tasses de café — l’une pour moi, l’autre pour mon fils. Une fois qu’elles sont prêtes, je sors à nouveau, m’approche de la haie mitoyenne et crie pour que mon fils, qui travaille juste derrière, m’entende :
— Ton café est prêt ! Tu aurais pu passer à la maison avant de commencer à me casser les oreilles !
Dan, rénove des maisons et a hérité du chantier voisin. Pratique. Je ne peux même pas m’en prendre à l’ouvrier qui fait du bruit. Il est malin, ce gamin. Il faut dire qu’il est associé à l’agent immobilier qui a vendu la propriété.
— J’arrive ! Je termine juste un truc !
La perceuse reprend de plus belle, me faisant sursauter comme à chaque fois. Je déteste ce bruit. Je râle seule dans ma cuisine en l’attendant. Moins de cinq minutes plus tard, la porte d’entrée claque.
— Salut maman.
Dan contourne la table pour déposer un baiser sur ma joue.
— Désolé de ne pas être passé avant. J’étais certain que tu étais sortie, vu que ta voiture n’est pas devant la maison.
Il me faut une petite seconde pour réaliser qu’effectivement, ma voiture n’est pas garée à sa place habituelle. Hier soir, je suis sortie avec Zoé, l’une de mes amies. Et je me suis un peu lâchée sur l’alcool. J’ai beau avoir cinquante ans, j’aime toujours autant m’amuser. Depuis que mon fils est grand, je vis à fond.
— Disons qu’hier, la soirée était plutôt arrosée, avoué-je dans un sourire coupable. J’ai laissé ma voiture devant le bar.
— Qui t’a ramenée ?
Je le vois jeter un coup d’œil méfiant autour de lui, ce qui déclenche immédiatement mon fou rire.
— Zoé ! Et non, rassure-toi, il n’y a aucun homme caché dans la maison à part toi.
— Tant mieux.
Mon fils est du genre protecteur. Un peu trop, d’après mes copines qui désespèrent de me voir un jour accompagnée. Même si j’aime m’amuser, danser et profiter de la vie, ma vie amoureuse et sexuelle est aux abonnés absents.
— Comme si tu avais déjà croisé un homme ici ! ne puis-je m’empêcher de souligner en plaisantant.
Le regard de Dan s’assombrit soudain.
— Effectivement.
— Pourquoi cette grimace ?
Mon fils, gêné ? Ça ne lui ressemble pas le moins du monde. Pourtant, c’est bien de la gêne que je lis sur son visage. Il passe une main dans ses cheveux, son signe distinctif dès qu’il est agité.
— Avec Érika, on a longuement discuté au sujet de ton célibat…
— Mon célibat ? m’étonné-je.
— Oui. Je m’en veux, j’ai l’impression d’avoir été égoïste. Je n’ai jamais vraiment voulu que tu refasses ta vie, et je m’en veux que tu sois seule.
— Dan… Je n’ai jamais souhaité vivre avec quelqu’un. Je suis très bien seule. Tu n’as pas à te sentir coupable, c’est mon choix. Si j’avais eu l’opportunité ou l’envie de construire quelque chose avec un homme, je l’aurais fait, avec ou sans ton accord.
— En es-tu certaine ?
Je lui souris tendrement. Même à son âge, il reste le même : protecteur, adorable et prévenant.
— Mon grand, ça suffit ! Tu n’es en rien responsable de mes choix. Je suis adulte et j’aime ma vie telle qu’elle est, crois-moi. Si l’occasion se présente un jour, alors pourquoi pas. Mais rien de sérieux ne s’est profilé jusqu’à présent. J’apprécie mon rôle de maman et de grand-mère. Et pour être tout à fait honnête, j’aurais détesté que quelqu’un s’immisce entre nous dans cette maison. Je suis très possessive, tu le sais.
Dan éclate de rire, ce qui me réchauffe le cœur. Mon cœur est au bord de l’implosion à chaque fois que je mesure tout l’amour que je ressens pour lui.
— Bon, il va être l’heure pour moi d’y retourner.
Je fais la moue, sachant qu’à côté, le boucan va reprendre de plus belle. J’ai hâte que cette maison soit terminée pour retrouver mon calme.
Dès que Dan quitte les lieux, je me prépare pour récupérer ma voiture. Hors de question de la laisser en ville plus longtemps. J’envoie un message rapide à mes amies. Nous sommes un petit groupe de copines inséparables depuis l’enfance. Elles connaissent ma vie par cœur, et vice versa. C’est à la vie, à la mort entre nous. Je les préviens sur notre groupe WhatsApp que je vais chercher mon véhicule et que je chercherais bien un prétexte pour boire un verre (non alcoolisé, “lol”) et traîner à la plage pour fuir la maison pendant quelques heures.
Immédiatement, Candice répond :
« Ne bouge pas de chez toi, je te récupère dans cinq minutes. »
Cinq minutes ? Ça me laisse à peine le temps de m’habiller. Tant pis, Candice patientera, comme toujours. La ponctualité n’a jamais été mon fort.
Miracle, je réussis à ne pas être trop en retard lorsqu’elle klaxonne devant la maison.
Mon amie me dépose devant ma voiture, puis nous rejoignons ensemble Isabelle qui nous attend chez elle.
Cette après-midi entre filles me tente beaucoup, même si je pressens qu’Isabelle a quelques confidences douloureuses à nous faire. Je tente de faire taire mon intuition. J’ai l’impression de toujours tout deviner à l’avance et, franchement, ça me gonfle. J’aimerais tant que mon entourage m’annonce des nouvelles qui puissent me surprendre ! Mais non, c’est souvent moi qui leur prédis ce qu’ils vont vivre.
Pourtant, depuis plusieurs semaines, un drôle de pressentiment m’habite. Je ne me sens pas très bien, comme si une épée de Damoclès planait au-dessus de ma tête. Je n’arrive pas à capter ce que c’est, et ça me rend folle. Je n’en ai encore parlé à personne, pas même aux filles. C’est mon jardin secret : je ressens les choses, je les crains, et je me trouve parfois bizarre au milieu d’elles avec mon côté excentrique de « Madame Irma ».









J'aime bien l'avant dernier paragraphe où ont vois comment tu met habilement l'idée qu'elle prévoit certains événements social. Bonne immersion.