Entre ombre et sang - L'obsession du loup

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Résumé

Clara Romano pensait connaître sa vie. Danseuse à l'American Ballet Théâtre à la discipline millimétrée, elle revient s'installer dans l'appartement de sa grand-tante décédée, au cœur de Little Italy. Ce retour aux sources ne devait être qu'un refuge temporaire. Mais dès les premiers jours, le quartier s'agite. On la regarde. On murmure. Comme si son visage réveillait de vieux fantômes. Sandro De Luca, lui, règne sur ces rues avec un calme menaçant. Stratège redouté, héritier d'un empire criminel, il pensait tout contrôler... jusqu'à ce qu'il croise le regard vert d'une inconnue. Clara. Ce qu'ils ignorent tous les deux, c'est qu'ils sont les pièces d'un échiquier bien plus ancien qu'eux. Que leurs familles partagent un passé aussi sanglant que secret. Et que leur attirance irrépressible pourrait rallumer une guerre qu'on croyait éteinte. Mais plus Sandro s'approche, plus les non-dits s'effritent. Et dans l'ombre, certains sont prêts à tout pour que la vérité ne ressurgisse jamais. Entre secrets de famille, rivalités mafieuses et passion dévorante, Clara et Sandro devront choisir : l'amour... ou la loyauté.

Genre :
Romance
Auteur :
Avasinclart
Statut :
En cours
Chapitres :
19
Rating
4.0 1 avis
Classification par âge :
18+

Prologue

New York, Été 2013

Le soleil déclinait sur le quartier italien, laissant flotter dans l’air la chaleur écrasante de la journée. L’odeur de sauce tomate et de basilic s’échappait des trattorias, se mêlant aux rires d’enfants et au bruit lointain de la circulation.

Dans une ruelle adjacente, des garçons jouaient au basket, leurs cris résonnant entre les murs de briques rouges. Sandro De Luca, 14 ans, menait la partie, agile et concentré. Il dribbla, feinta son ami Mattheo d’un mouvement rapide, et tira. Le ballon heurta le panneau avant de retomber dans le filet.

— “Putain, De Luca, tu pourrais nous laisser une chance.” râla Mattheo en attrapant le rebond.

Mais Sandro ne l’écoutait déjà plus.

Son regard était attiré par un appartement de l’autre côté de la rue, derrière une grande fenêtre ouverte. Une silhouette évoluait avec grâce, indifférente au tumulte extérieur.

Elle était là.

La fille aux cheveux auburn.

Cela faisait plusieurs étés qu’ils l’apercevaient, toujours à la même place, enfermée dans ce grand appartement aux rideaux épais. Ils ne connaissaient presque rien d’elle. Seule certitude : elle appartenait au monde d’Isabella Romano, cette vieille femme acariâtre qui régnait sur son coin de rue comme une gardienne de temple.

Et Isabella ne voulait voir personne approcher la fillette.

—” Elle est encore là.” murmura Mattheo, suivant le regard de Sandro.

Ils la regardèrent danser. Pieds nus, vêtue d’un justaucorps blanc et d’une jupe vaporeuse, elle répétait inlassablement des pas sur un air de piano qui s’échappait par la fenêtre ouverte. Chopin, cette fois. Parfois, c’étaitClair de Lunede Debussy.

— “Elle est belle, non ?” lança un des garçons.

— “On dirait une poupée de porcelaine.”

— “La poupée d’Isabella.”

Sandro ne disait rien. Il observait. Ce n’était pas seulement sa beauté qui le troublait. C’était cette intensité dans ses gestes, ce mélange de douceur et de discipline féroce. Mais surtout, quand elle relevait la tête, il apercevait parfois l’éclat vif de ses yeux verts. Une couleur rare, éclatante sous la lumière, presque irréelle.

— “Laisse tomber, De Luca.” railla Mattheo. “Tu sais comment elle est, Isabella.”

Et comme pour appuyer ses paroles, la voix de la vieille femme résonna depuis la fenêtre du salon.

— “Sporchi ragazzacci, andatevene !“*

Les garçons éclatèrent de rire et s’éloignèrent, mais Sandro, lui, resta encore un instant, le regard fixé sur la danseuse inconnue.

Été 2013

Le ballon de basket rebondit contre le trottoir et roula jusqu’à une paire de petites ballerines blanches.

Sandro s’arrêta net.

Elle était là.

Elle n’avait plus l’air d’une enfant, mais pas encore d’une adolescente non plus. À 11 ans, elle portait un short blanc et un haut léger, ses cheveux auburn tombant en vagues souples sur ses épaules.

Les autres garçons s’étaient figés, tout aussi surpris que lui.

Sandro avança lentement pour récupérer le ballon.

— « Tu joues au basket ? »demanda-t-il, la voix plus rauque qu’il ne l’aurait voulu.

Elle secoua doucement la tête, un mince sourire aux lèvres.

— « Non. »

Un silence. Trop court pour être pesant, mais assez long pour qu’il sente qu’elle l’observait avec curiosité.

— « Tu danses toujours ? »

Elle hocha la tête aussitôt.

— « Évidemment. »

Il haussa un sourcil.

— « Pourquoi ? »

Elle haussa légèrement les épaules, comme si la réponse était évidente.

— « Parce que c’est ce que je préfère faire. »

Elle disait ça comme une évidence, avec la simplicité de quelqu’un qui ne peut pas imaginer sa vie autrement.

Sandro n’insista pas. Il ne comprenait pas encore ce que ça faisait d’avoir une passion aussi claire. Mais il savait une chose : il la croirait sur parole.

Et cette fois, Sandro put voir clairement ses yeux.

Un bleu vert limpide, presque transparent, qui lui donna la sensation étrange qu’elle voyait à travers lui, au-delà des jeux, des bravades et des postures qu’il adoptait.

— “Clara !”

La voix impérieuse d’Isabella retentit depuis une fenêtre du troisième étage.

Sandro la vit tressaillir légèrement. AlorsClara.

Elle tourna les talons pour s’échapper, mais juste avant de disparaître dans la trattoria, elle lui jeta un dernier regard.

— « Toi, tu joues tout le temps au basket, non ? »

Il haussa les épaules.

— « Ouais. »

Elle sourit.

— « Alors tu comprends. »

Puis elle disparut.

Il ne la reverrait plus.

L’été suivant, elle ne revint pas.