Chapter 1: Errance dans l'ombre
J’entre dans la classe, mes pieds traînant presque sur le sol. Mon regard est flou, mon esprit absent. Parfois, c’est ma maladie qui me laisse épuisée. D’autres fois, c’est le manque de sommeil qui alourdit mes paupières.
Mais au fond, peu importe la cause : tout est toujours pareil.
Un air fatigué se dépose sur mon visage, et je ne peux rien y faire.
Je m’assois à ma place, attendant que les cours commencent, espérant que cette journée passe plus vite que la précédente.
Iris, comme toujours, me raconte sa journée. Ses joies, ses petits tracas, tout ce qui fait sa vie.
Aujourd’hui, elle parle d’une grosse dispute avec son père.
Son visage est marqué par une légère tristesse, une colère qu’elle ne tente même pas de cacher.
Et curieusement, c’est de ça dont j’ai besoin : entendre ses histoires.
Elles m’aident à oublier les miennes, à m’évader, même si ce n’est que pour quelques instants.
Loïc Rousseau — ou Rouxy, comme je l’appelle toujours — est différent.
Il fait partie de ces rares personnes auxquelles je tiens vraiment.
Sa présence, même brève, colore un peu mes journées ternes.
Avec lui, je souris. Je ris. Je me sens un peu plus… vivante.
Mais ce n’est jamais assez.
Toujours trop court. Toujours trop peu.
Hier soir, tout me semblait lointain, comme flou.
Le visage de mon père me hante encore.
Son regard, plein de déception, après avoir vu ma note en physique.
C’était la goutte de trop.
Ses reproches, ses insultes, fendaient l’air comme des lames.
Il disait que je n’étais plus la même, que je l’avais déçu.
J’avais envie de lui crier ce que je portais en moi.
De lui hurler :
« Et tu dis m’aimer ? Ne sais-tu pas que chaque mot, chaque reproche, me transperce le cœur un peu plus ? »
Mais je suis restée silencieuse. Comme toujours.
Les larmes ont coulé sans permission.
Et je me suis sentie aussi faible qu’hier. Aussi insignifiante.
Théo, mon frère, est souvent là après les disputes.
Il essaie de m’apaiser, mais finit toujours par défendre notre père.
Il me dit que ça passera, que je dois relativiser.
Mais moi, je sais que non.
Rien ne change.
Rien ne peut réparer ce qui est déjà trop brisé.
Je suis fatiguée.
Épuisée de tout donner, de ne jamais être assez.
Chaque geste, chaque pas, chaque pensée semble me mener vers un mur.
Un mur trop haut, trop dur.
Alors, je m’évade.
Dans la musique.
Dans les webtoons.
Dans la romance fictive.
Ces mondes-là me blessent moins que le mien.
Parfois, je me dis que ce monde est une prison.
Une cage dont je cherche la sortie… sans jamais la trouver.
Les cours se terminent à 16h. Enfin.
Je marche lentement vers l’arrêt de bus, écouteurs dans les oreilles.
La musique me permet d'échapper à tous ces bruits extérieurs . Les cris, les klaxons, les discussions.
Et c’est tout ce qu’il me faut.
Et c’est là que je le vois.
Au loin.
Entouré de ses amis.
Ils rient.
Lui aussi.
Son sourire est éclatant, lumineux.
Il marche avec aisance, naturel.
Comme s’il appartenait à un autre monde.
Un monde où je n’ai pas ma place.
Je déteste les gens heureux.
Mais son sourire…
Il m’accroche.
Il est grand. Bien plus que les autres.
Mais ce n’est pas sa taille qui retient mon regard.
C’est cette expression sur son visage.
Cette lumière.
Je suis figée.
Mes yeux ne peuvent plus se détacher de lui.
« Comment quelqu’un peut-il avoir un sourire aussi lumineux ? »
Nos regards se croisent. Juste un instant.
Un instant suffisant pour faire battre mon cœur plus fort que d’habitude.
Un de ses amis l’appelle. Il détourne les yeux.
Mais moi… je reste là, immobile.
Ce moment, aussi bref soit-il, s’imprime en moi.
Je ne sais pas ce que je ressens.
Peut-être de la simple curiosité.
Ou peut-être... quelque chose d’autre.