Livia
[ Livia ]
Je m’appelle Livia Ray. Mes parents m’appellent Liv. Ça leur donne l’impression d’avoir une fille normale.
Mais je ne suis pas normale. Je suis pire : je suis sérieuse.
Tu vois le genre ? La fille qui lit pendant les trajets en voiture au lieu de regarder le paysage ou de scroller sur son téléphone. Celle qui fait des plannings pour ses plannings, classant ses heures de révision par codes couleur. Celle qui termine les exposés seule dans son coin parce que « ça ira plus vite » et que le travail d'équipe ressemble souvent à un naufrage collectif. Celle qui prend volontiers les devoirs en charge quand tout le monde soupire devant la charge de travail, non pas par esprit de sacrifice, mais pour s'assurer que ce soit parfait.
J’ai toujours été cette fille-là. Celle qu’on regarde en coin, avec un mélange d'agacement et de soulagement, quand les notes sont affichées dans le couloir du lycée. Celle qu’on surnomme « la prof », « la coincée », ou pire encore : « celle qui comprend tout ». Comme si l'intelligence était une anomalie, une barrière invisible entre les autres et moi.
J’ai dix-huit ans. Et parfois, j’ai l’impression d’en avoir trente. Pas parce que je suis mature, non. Mais simplement parce que je suis fatiguée. Épuisée des gens, des attentes parentales, des conversations superficielles qui tournent toujours en boucle sur les réseaux sociaux, les amours de couloir et les mêmes drames insignifiants. Fatiguée de faire semblant de vouloir m’intégrer alors qu’au fond, la solitude me paraît bien plus rassurante, bien plus propre que la compagnie.
Je suis cette fille qu’on trouve polie mais distante. Celle qui sourit poliment pour éviter les questions indiscrètes, qui fuit les soirées du vendredi soir en prétextant des révisions cruciales, qui préfère s’enfermer dans ses bouquins que dans des discussions stériles autour d'un gobelet en plastique rouge.
Mon grand frère s’appelle Ezra. Il vit à l’étranger, loin de notre quotidien millimétré. Il m’appelle de temps en temps, entre deux vols, quand il n’oublie pas le décalage horaire. Il me manque. Mais c’est un manque étrange, pas douloureux. Un peu comme une vieille mélodie qu’on connaît par cœur, qu’on fredonne parfois sans s’en rendre compte, mais qui ne fait plus vibrer comme avant. Le temps et la distance ont émoussé les angles.
Ezra me surnommait « La Machine ». Pas parce que j’étais froide ou dénuée de sentiments. Mais parce que je ne m’arrêtais jamais. Toujours en train de bosser, toujours en train d’éviter les gens, connectée à mes objectifs comme un programme informatique. C’était sa manière à lui de s’inquiéter pour sa petite sœur. Et moi, c’était ma manière de survivre dans un monde qui va trop vite et fait trop de bruit.
Depuis toute petite, j’ai été cette fille-là. La discrète. La cérébrale. Celle qu’on remarque à cause de ses bulletins, mais qu’on n’invite jamais vraiment aux anniversaires. Celle qui donne les réponses dans les rangs du fond, mais qu’on n’écoute pas vraiment quand elle parle d'autre chose. J’ai appris à me faire oublier, à me fondre dans le décor, sauf quand il fallait briller sur une copie d'examen. Et même ça, au fond, ça m’a épuisée.
Je n’ai pas vraiment d’amis. J’ai des camarades de promo. Des connaissances polies. Des gens opportunistes qui m’envoient parfois des messages paniqués la veille des partiels pour récupérer mes fiches de révision. Rien de plus. Je les regarde vivre de loin, à travers une vitre invisible. Spectatrice d’une vie normale, faite de légèreté et d'insouciance, à laquelle je n’ai jamais vraiment su appartenir.
Et ça ne m’a jamais dérangée. Du moins, c'est ce que je me répétais. Enfin… jusqu’à ce que mes parents décident que mon fonctionnement devait devenir un problème à régler.
— Tu devrais sortir un peu, Liv.
— Tu vis comme une vieille fille.
— Tu vas passer à côté de ta jeunesse.
Ces phrases, je les ai entendues en boucle pendant des mois. Comme si le simple fait d’aimer le calme, l'ordre et la solitude était une maladie mentale qu’il fallait soigner à tout prix. Alors, dans leur grande logique de parents inquiets et maladroits, ils ont pris une décision radicale. Sans me consulter, bien sûr. C'eût été trop simple. Leur plan ? Me faire passer l’été chez ma tante, dans une autre ville, loin de mes repères et de mon bureau. Changer de décor. Changer d’air. Selon leur grand théorème miracle : changer de décor égale changer de personnalité.
Spoiler : ça n’a pas marché. On ne réinitialise pas une vie d'habitudes en prenant un billet de train.
Chez ma tante, il y a Eleanor. Ma cousine. Elle, c’est tout mon opposé, mon antithèse parfaite. Solaire. Spontanée. Bruyante. Toujours entourée d’une nuée de gens, toujours à l’aise dans ses baskets, peu importe l'endroit. Toujours souriante, comme si la vie lui devait une éternelle bonne humeur. Elle parle à tout le monde, des inconnus dans la rue aux commerçants du quartier. Elle charme sans s’en rendre compte, par sa seule présence. Elle possède cette énergie rare qui remplit l’espace sans jamais écraser les autres.
Elle me dit souvent que je devrais m’ouvrir, profiter de ma jeunesse, vivre un peu plus fort. Et le pire, c’est qu’elle le dit sans jamais me juger, juste avec cette tendresse désarmante qui me donne parfois envie de l’écouter, de baisser la garde. Même quand j’ai envie de lui hurler que je suis très bien comme je suis, enfermée dans ma coquille.
Avec Eleanor, c’est différent. C’est peut-être la seule personne avec qui je ne ressens pas ce décalage permanent qui me pèse le reste de l'année. On ne vit pas dans la même ville, on ne se voit pas souvent. Mais chaque fois qu’on se retrouve, c’est comme une vieille chanson qu’on reprend ensemble, sans avoir besoin de se concerter, sans fausse note. Un équilibre fragile entre l'ombre et la lumière, mais étonnamment confortable.
Et puis… il y a lui.
Riden Aim.
Rien que son prénom sonne comme un avertissement. Comme une provocation lancée au monde. Son attitude, c’est pareil : un ouragan ambulant qui renverse tout sur son passage. Il me connaît depuis que j’ai trois ans. On était voisins de palier. Enfin, nos familles l’étaient. Moi, j'étais la petite fille silencieuse, assise dans son coin avec ses feutres bien alignés. Lui, c'était le gamin hyperactif qui grimpait aux arbres, faisait un boucan d'enfer et provoquait tout ce qui bougeait.
Et bizarrement, malgré nos trajectoires opposées, il a toujours été là. Collé à ma vie comme un chewing-gum usagé sous une chaussure. Incrusté dans mes souvenirs d'enfance et d'adolescence. On ne s’aime pas. On ne s’est jamais aimés. Mais on se connaît. Trop bien, peut-être. Il sait lire mes silences et je sais décoder ses sourires en coin.
Avec lui, l'air devient immédiatement électrique. Tendu. Irritant. On avance toujours sur le fil du rasoir. Il sait exactement quels mots employer pour me faire sortir de mes gonds, pour briser ma façade de glace. Et moi, je sais exactement comment l’ignorer, comment lui opposer un mépris souverain jusqu’à ce qu’il explose de frustration. Notre relation ? Un mélange instable de silences lourds, de piques cinglantes, de souvenirs flous d'enfance et de regards électriques qui en disent trop sans jamais aller au bout de l'intention.
Et cet été, apparemment, la mécanique du destin a décidé que je devais le recroiser. Parce qu’il connaît Eleanor. Et qu’ils sont proches. Trop proches à mon goût.
Bref. C’est l’été. La chaleur est poisseuse. Je suis dans une ville dont je ne maîtrise pas les rues, entourée de gens dont je ne comprends pas les codes. Et ma cousine vient tout juste de m’annoncer, entre deux éclats de rire, qu’on va à une soirée organisée par une certaine Lou.
Je ne connais pas Lou. Je n’ai rien à me mettre pour ce genre d'événement. Je n’ai aucune envie de m’infliger une foule sentimentale. Mais j’ai accepté. Peut-être par faiblesse, pour qu'Eleanor arrête de me couver du regard. Peut-être par une pointe de curiosité malsaine. Peut-être juste pour prouver à mes parents, par un rapport détaillé et cynique, qu’ils ont tort et que les soirées me ennuient profondément.
Ou peut-être… peut-être parce qu’au fond de moi, tout au fond de cette Machine bien huilée, une petite voix me souffle que cette soirée va tout faire basculer. Et qu’une partie de moi, aussi terrifiée soit-elle, en a cruellement besoin. Besoin que ça bascule. Besoin que quelque chose, enfin, change dans la monotonie de mon existence.
Même si je sais déjà, avec ma lucidité habituelle, que je risque de le regretter amèrement.
[ Livia ]
Les gens normaux s’habillent pour sortir, pour plaire, pour s'exhiber. Moi, je m’habille pour survivre à l’idée de sortir. C'est une nuance de taille.
J’ai passé dix bonnes minutes plantée devant le miroir de la chambre d'amis, les bras croisés, à essayer de trouver cet équilibre impossible entre « je fais un effort pour ne pas ressembler à un fantôme » et « je m’en fous royalement de votre avis ». Un vrai casse-tête vestimentaire pour quelqu'un qui déteste attirer l'attention. Je me suis finalement arrêtée sur un jean noir. Simple, sobre, sécuritaire ma véritable armure. Et un haut discret, sans fioriture, d'une couleur neutre. Pas trop moulant pour ne pas me sentir observée, mais pas informe non plus pour éviter les remarques d'Eleanor. Juste assez pour qu’on me fiche la paix et qu’on me confonde avec les ombres des murs.
Eleanor, elle, est déjà prête depuis une éternité. Robe fluide, dos nu vert émeraude qui fait ressortir sa peau dorée, des cheveux parfaits tombant en cascades sans même qu’elle n’y ait passé des heures. Elle ressemblait à une héroïne de clip pop, irréelle et lumineuse.
Quand elle me voit débouler dans le couloir, elle a souri de toutes ses dents :
— T’es canon, Liv.
Je la regarde en plissant les yeux, un demi-sourire sceptique aux lèvres. Je sais pertinemment où elle veut en venir.
— Tu dis ça juste pour que je vienne.
— Oui. Mais t’es canon quand même.
Ses yeux brillent de cette bienveillance agaçante qu’elle maîtrise à la perfection. Cette gentillesse brute, sans arrière-pensée, celle qui te paralyse et t’empêche de trouver un vrai argument rationnel pour faire demi-tour et retourner à ton livre.
On monte dans un Uber qui sent le sapin désodorisant et le cuir chaud. Tout le trajet, je reste le visage à moitié tourné vers la vitre, le regard fixé sur le verre, à observer les lumières floues de la ville défiler à toute vitesse. Eleanor, elle, parle. Beaucoup. Comme toujours. Son débit de parole est un flot ininterrompu qui comble le vide de la nuit. Elle me parle de Lou, de son frère Adam, des potes du lycée qui seront là, de la playlist qu'ils ont préparée, des shots de tequila prévus, de « l’ambiance de ouf »… Je crois qu’elle a utilisé cette expression trois fois en l'espace de dix minutes.
Je hoche la tête à intervalles réguliers. C’est devenu une seconde nature chez moi, un réflexe de préservation. Hoches de tête automatiques. Participer visuellement à la conversation sans vraiment y entrer par la pensée. Un art de la survie sociale que je maîtrise sur le bout des doigts.
Puis la voiture ralentit, ses pneus crissant légèrement sur les graviers. La maison de Lou apparaît au bout de l’allée. Elle est immense, très immenses. En fait, c’est une villa ça. Pas une maison. Une villa moderne, une structure d'architecte en béton et en verre, avec des baies vitrées géantes qui laissaient filtrer les lumières colorées et électriques de l’intérieur. Dans le jardin richement éclairé, on devine déjà les silhouettes mouvantes, les verres levés, les rires éclatants qui couvrent le bruit du vent. Les basses de la musique sont si fortes qu'elles font vibrer l’air et la carrosserie de la voiture jusque sur le trottoir.
Mon estomac se noue instantanément, formant une boule d'angoisse bien compacte. Je reste immobile quelques secondes sur mon siège, figée devant cette scène presque irréelle, le pas lourd. Là, tout de suite, je n’ai plus du tout envie d’y aller. L’idée même de traverser cette foule compacte, d'affronter ces regards, me compresse la poitrine au point de me couper le souffle.
Sentant mon hésitation, Eleanor m’attrape fermement par le bras, me tirant doucement hors de l'habitacle.
— T’es pas en train de me faire un plan lâchage, hein ?
— Je suis là.
Ma voix est posée. Presque plate. Un ton clinique. Comme toujours quand j’essaie de contrôler de force ce qui m’échappe à l'intérieur.
— Ok. Allez, viens. On entre comme des reines.
Spoiler : je suis entrée comme une ombre, rasant les murs avec la ferme intention de me dissoudre dans le décor.
Dès le seuil franchi, la surcharge sensorielle me frappe de plein fouet, comme un mur invisible. Les gens agglutinés partout dans le hall, les rires beaucoup trop forts, presque hystériques, les verres qui s’entrechoquent dans des bruits cristallins, les flashs de téléphones qui crépitent pour immortaliser des instants éphémères. Les discussions croisées formaient un brouhaha continu, une cacophonie insupportable pour mes oreilles habituées au silence des bibliothèques. L’air ambiant, lourd et surchauffé, sent un mélange d’alcool bon marché, de parfum fort et de faux naturel. Cette odeur si typique des soirées adolescentes où tout le monde joue un rôle, où chacun s'invente une vie le temps d'une nuit. Où personne ne respire vraiment sous les masques.
Instantanément, mon mécanisme de défense s’active : je me dissocie. Mon corps est bien présent, marchant mécaniquement, mais mon esprit se met en retrait, haut perché, observant la scène avec une froideur analytique. Spectatrice invisible de la vie des autres.
Eleanor s’éclipse rapidement après m'avoir jeté un regard d'excuse pour aller saluer Lou, l'hôtesse des lieux. Je l’aperçois brièvement au loin : Lou est jolie, débordante d’énergie, entourée d’un groupe de fidèles déjà acquis à sa cause. Elle ne m’a pas vue. Tant mieux. Moins j'ai de présentations à faire, mieux je me porte.
Je me glisse avec agilité dans un coin reculé du grand salon, juste près d’une immense plante verte en pot qui a l’air aussi mal à l’aise et déplacée que moi au milieu de cette débauche d'énergie. Position stratégique parfaite : pas trop centrale pour éviter les bousculades, assez isolée pour qu’on m’oublie vite. Un point d'observation idéal.
Et c’est là, au milieu du chaos, que je l’ai vu.
Riden.
Il est adossé à un mur porteur, un verre à moitié vide à la main, adoptant cette posture nonchalante qui n'appartient qu'à lui. Le sourire en coin parfaitement placé, celui qui transpire l'assurance tranquille. Il parle avec un type blond au rire bruyant que je ne connaissais pas. Rien qu’à son attitude, à cette manière qu'il a d'occuper l'espace, je peux deviner que c’est lui sans même lever les yeux, juste à l'électricité ambiante.
Il ne m’a pas encore repérée parmi la foule. Mon cœur se serre pourtant d'un coup sec dans ma poitrine. Un réflexe débile, incontrôlable, purement physique. Je voulais reculer d'un pas, m’enfoncer davantage derrière les feuilles de la plante, m’éloigner de son rayon d'action.
Trop tard. Son regard balaye la pièce et s'ancré sur moi. Sa voix claque à travers la foule, distincte, coupante, comme un coup de projecteur braqué sur ma clandestinité :
— Ray ?
Même ses cordes vocales suintent l’arrogance et le défi. Je me résigne à lever les yeux vers lui, redressant la tête pour ne pas paraître affaiblie.
Lui. Toujours aussi exaspérant de confiance. Toujours cette étincelle provocante, presque moqueuse, au fond de ses yeux sombres. Toujours… lui, le perturbateur de mon enfance.
— Aim.
Un simple échange de noms de famille. Sec, laconique. Presque comme une vieille habitude, un rituel de combat qu'on reprendrait après une trêve.
Il hausse les sourcils, feignant une surprise monumentale, un air amusé peint sur le visage :
— J’y crois pas. C’est toi, là ? En vrai ? En dehors d’une bibliothèque ou d’un concours de vocabulaire ?
Je souffle doucement par le nez, sentant l'irritation pointer le bout de son nez. Je contracte la mâchoire, tentant de garder mon calme légendaire face à ses attaques gratuites.
— Je vois que t’as pas changé. Toujours aussi obsédé par ma vie.
— Non. Juste intrigué par le miracle : Livia Ray. À une soirée. J’ai failli appeler le journal local.
Classique. Du grand Riden Aim. Toujours cette facilité déconcertante à piquer là où ça fait réagir, à chercher la faille dans mon armure. J’esquisse un mouvement pour passer à côté de lui, bien décidée à m’éloigner et à chercher un coin plus tranquille, mais il me coupe la route d’un pas lent, calculé. Pas un geste agressif, non. Juste une manière de s'imposer, insupportablement familière, brisant la distance de sécurité que j'essaie de maintenir.
— T’es venue pour Eleanor ?
— T’es toujours aussi perspicace.
— Et toi, toujours aussi glaciale.
Son ton ralentit légèrement sur la fin de sa phrase. Une infime variation de fréquence, presque imperceptible pour le commun des mortels. Un détail mineur, mais je connais assez ses intonations et ses pièges depuis le temps pour le remarquer. Il m’observe alors, fixant ses yeux dans les miens plus longtemps que d'ordinaire, brisant nos codes habituels de duels rapides. C’est un regard lourd, insistant. Comme s’il cherchait à deviner quelque chose sous mon masque de marbre. À lire entre les lignes de mon silence. À comprendre la véritable raison de ma présence ici, ce soir.
Puis, après un silence pesant, il sourit. Ce sourire spécifique. Celui qui joue dangereusement sur la frontière invisible entre la provocation pure et le charme désinvolte. Celui qui donne instantanément envie de le gifler pour effacer sa suffisance.
Et moi… face à ce trouble imprévu, j’ai juste une envie viscérale de disparaître sous le plancher.
— Tu sais quoi, Ray ? Bienvenue. Ça va être un été… intéressant.
Et il part. Comme ça. Tournant les talons sans attendre de réponse, se fendant d'un signe de main négligé avant de se reperdre dans le flot des invités.
Me laissant là, plantée au milieu du salon. Seule avec mon cœur qui bat un peu trop vite, un rythme irrégulier qui n'a rien à voir avec les basses de la musique. Seule avec cette sensation étouffante et persistante d’avoir mis les pieds sur un terrain hautement miné. Comme si, sans m’en rendre compte, en acceptant de venir à cette soirée, je venais d’ouvrir une porte dérobée qu’il aurait peut-être mieux valu laisser doublement verrouillée.
