Nouveau Départ
Une valise dans une main, son téléphone dans l’autre, elle inspira profondément : « Cette fois, c’est ma nouvelle vie. Pas de retour en arrière. »
Après deux années d’une relation toxique, un ex jaloux au point de lui faire douter d’elle-même, elle avait tout quitté pour Ravenhill, une ville côtière charmante mais un peu isolée.
Son cœur battait vite, non pas de peur… mais d’une étrange impatience.
Le taxi qu’elle avait pris depuis la gare s’arrêta devant un vieil immeuble aux murs couleur crème, marqué par le sel de la mer. Les volets en bois avaient perdu un peu de peinture, mais une chaleur familière s’en dégageait. Au troisième étage l’attendait un petit appartement avec un balcon surplombant l’océan.
— C’est ici ? demanda le chauffeur.
— Oui… c’est chez moi, répondit-elle, presque surprise de le dire à voix haute.
Elle sortit du taxi, la porte d’entrée grinça quand elle la poussa. Une odeur de bois ancien et de peinture fraîche l’accueillit. Le couloir était silencieux, sauf pour une voix masculine qui fredonnait un air grave et apaisant. Intriguée, elle leva les yeux : un homme était accroupi devant la porte d’en face, occupé à réparer une boîte aux lettres avec un tournevis.
— Oh… salut, lança-t-il avec un sourire en coin. Nouvelle voisine ?
Sa voix était grave, posée, et son regard… intense.
— Oui… enfin… oui, je viens d’emménager, répondit-elle maladroitement.
Il se redressa, essuya ses mains sur son jean.
— Je m’appelle Noah. Bienvenue à Ravenhill.
Avant qu’elle ne puisse répondre, une vieille dame sortit d’un appartement plus loin.
— Faites attention à lui, ma petite, lança-t-elle d’un ton sec, sans même les regarder.
Élina fronça les sourcils. Noah haussa les épaules et rit doucement.
— Ne l’écoutez pas, elle adore dramatiser.
Pourtant, quelque chose dans son regard donnait l’impression qu’il cachait quelque chose.
En entrant dans son appartement, Élina remarqua qu’il était plus spacieux qu’elle ne l’imaginait. Les murs blancs reflétaient la lumière, et le bruit régulier des vagues s’infiltrait par la fenêtre entrouverte. Elle posa sa valise et s’approcha du balcon.
En bas, la rue était calme, bordée de petites boutiques fermées pour l’après-midi. Mais ses yeux furent attirés par l’immeuble d’en face… une silhouette sombre se tenait immobile derrière une fenêtre entrouverte.
Elle avait l’impression que cette personne… la fixait.
Un frisson lui parcourut la nuque.
En se retournant pour fermer la porte du balcon, elle aperçut par le coin de l’œil Noah, de l’autre côté du couloir, qui la regardait encore.
Elle remarqua alors une cicatrice fine et irrégulière qui partait de sa mâchoire pour disparaître sous le col de sa chemise.
Il détourna le regard, passa une main derrière sa nuque comme pour se protéger, et lança simplement :
— À bientôt, voisine.
La porte se referma, et le couloir retomba dans un silence presque oppressant.Élina soupira et entreprit de déballer ses affaires. Chaque tiroir qu’elle ouvrait grinçait comme pour protester contre cette intrusion. Son appartement était modeste : un salon-cuisine avec un vieux canapé beige, une chambre minuscule, et une salle de bain à la peinture écaillée. Mais elle s’y sentait… étrangement bien.
En rangeant ses tasses dans un placard, elle entendit frapper doucement à la porte.
— Oui ?
La porte s’ouvrit légèrement et Noah passa la tête.
— Désolé de déranger… mais j’ai un problème de clé. Elle est coincée dans ma serrure, et j’avoue que je pourrais avoir besoin d’une petite main pour la tourner.
Élina le fixa, un peu méfiante.
— Une petite main ? C’est une façon de dire que j’ai des mains minuscules ?
— Non… mais… disons que c’est plus élégant que “des doigts de fée”, répondit-il avec un sourire qui se voulait innocent.
Elle éclata de rire malgré elle, et finit par accepter. Dans le couloir, il lui montra la serrure. Effectivement, la clé semblait coincée. Après deux essais infructueux, elle réussit à la tourner d’un coup sec.
— Voilà. Problème réglé.
Noah la regarda, surpris.
— Impressionnant… tu fais ça souvent ?
— Je déverrouille des portes ? Non. Mais j’ai eu un ex qui oubliait toujours ses clés… disons que j’ai eu un entraînement intensif.
Un léger silence suivit, et Noah sembla vouloir dire quelque chose… mais une voix d’homme cria depuis l’escalier :
— Eh Noah ! Tu descends ou je t’attends toute la soirée ?
Il sursauta, lui adressa un rapide « merci », puis disparut dans son appartement.
Élina retourna chez elle, mais une question lui trottait déjà dans la tête :
Pourquoi avait-il eu l’air gêné quand l’autre homme avait parlé ?
Plus tard dans la soirée, alors qu’elle dégustait un bol de nouilles instantanées sur son balcon, elle entendit au loin un éclat de voix dans la rue. En se penchant, elle aperçut Noah discutant vivement avec un homme grand au blouson sombre.
Ils semblaient se disputer… puis l’homme jeta un regard vers son balcon, la vit, et se figea.
Un sourire énigmatique se dessina sur son visage avant qu’il ne s’éloigne dans l’ombre.
Une fois Noah parti, Élina reprit son installation. Elle étala ses vêtements sur le lit, déballa un carton de livres et installa ses cadres photos sur une petite étagère. Certains clichés étaient tournés face contre le mur. Les souvenirs de son ancienne vie lui faisaient encore trop mal.
Pour se changer les idées, elle décida de sortir faire quelques courses au petit supermarché du coin. Ravenhill avait des rues pavées qui sentaient l’iode et le pain chaud. Les passants se connaissaient tous, échangeaient des bonjours, et la regardaient parfois avec curiosité. Elle se sentit un peu comme “la nouvelle” au lycée, mais en plus adulte et avec un caddie.
En approchant de la caisse, une femme aux cheveux roux flamboyants lui lança :
— Vous devez être Élina… La nouvelle locataire de l’immeuble de Noah.
Surprise, Élina bredouilla un « oui » prudent.
— Faites attention à lui, souffla la rousse avec un petit sourire en coin. Il a ses… histoires.
— Ses histoires ? répéta Élina.
Mais la femme haussa les épaules et partit avec son sac, la laissant avec plus de questions que de réponses.
En rentrant à l’immeuble, elle croisa la vieille dame du couloir, celle qui avait déjà laissé un avertissement. Cette fois, elle lui adressa un regard encore plus appuyé.
— Je sais reconnaître une jeune fille qui ne voit pas le danger.
Élina faillit répondre, mais Noah apparut en bas des escaliers, une bouteille d’eau à la main, un sourire lumineux comme si tout était parfaitement normal.
— Ah, voisine ! Vous êtes déjà sortie explorer ?
Elle leva son sac de courses.
— J’ai fait le plein… au cas où la mer déciderait de m’engloutir.
— Bonne idée, mais… l’eau ici est plus imprévisible que vous ne le pensez, répondit-il, presque sérieusement, avant de reprendre un ton plus léger.
Ils restèrent un instant à se regarder, comme si chacun essayait de deviner ce que l’autre pensait. Puis Noah s’éclipsa dans son appartement, et la vieille dame secoua la tête comme si elle venait de voir une tragédie se préparer.
De retour dans son appartement, Élina s’assit sur le vieux canapé, les jambes croisées, et regarda la mer à travers la fenêtre. Le soleil commençait à se coucher, teignant le ciel de nuances orange et rose. Le calme de Ravenhill semblait apaisant… mais quelque chose dans l’air la rendait nerveuse.
Elle entendit un bruit de pas derrière la porte. Son cœur s’emballa.
— C’est juste le vent… se murmura-t-elle à elle-même.
Mais non, ce n’était pas le vent. La clé tourna dans la serrure. Noah entra doucement, comme pour ne pas l’effrayer.
— J’ai oublié quelque chose… dit-il en souriant maladroitement.
Il posa un petit paquet sur la table. Élina s’approcha, intriguée. C’était un sachet de biscuits maison.
— Pour… la voisine qui a sauvé ma serrure, expliqua-t-il.
Élina sourit, touchée.
— Merci… c’est très gentil.
Un silence confortable s’installa. Mais alors que Noah s’apprêtait à partir, un bruit métallique retentit dans le couloir. Il se figea, son sourire disparaissant.
— Qu’est-ce que… murmura-t-il.
Élina sentit un frisson parcourir son échine. De la fenêtre du balcon, elle vit une silhouette sombre disparaître derrière l’immeuble d’en face. Elle n’aurait su dire si c’était un homme ou une femme, mais cette personne l’avait fixée… et maintenant, elle avait disparu.
Noah se tourna vers elle, le regard sérieux.
— Reste à l’intérieur ce soir… et ferme bien la porte.
Élina sentit un mélange de peur et de curiosité. Elle avait l’impression que Ravenhill n’était pas aussi tranquille qu’elle l’avait imaginé.
Alors qu’elle s’installait pour enfin manger ses nouilles instantanées, elle jeta un dernier coup d’œil au balcon. Dans l’immeuble d’en face, derrière une fenêtre entrouverte, une ombre la regardait à nouveau, immobile, silencieuse…
Le cœur battant, elle comprit que son nouveau départ venait juste de commencer…
Élina resta un moment immobile, le regard fixé sur l’immeuble d’en face. L’ombre n’avait pas bougé. Son souffle se fit plus court. Ce n’est pas possible… Qui ça peut bien être ?
Soudain, son téléphone vibra sur la table. Un message inconnu :
“Tu n’es pas seule. Regarde derrière toi.”
Son cœur s’arrêta. Elle se retourna brusquement. L’appartement était vide. Pas de Noah, pas de personne. Juste le silence et le clapotis de la mer en contrebas.
Elle relut le message, les mains tremblantes. Puis un léger grincement se fit entendre derrière la porte d’entrée. Quelqu’un essayait de l’ouvrir…
Élina recula vers le balcon, son esprit tournant à cent à l’heure.
Est-ce que je viens vraiment de tomber dans un piège ? Ou est-ce juste quelqu’un qui s’amuse ?
Une silhouette passa furtivement devant la fenêtre de l’immeuble d’en face, disparaissant aussitôt dans l’ombre.
Elle se précipita vers la porte, verrouilla toutes les serrures, et s’assit par terre, le dos contre la porte, le souffle court.
Pour la première fois depuis qu’elle était arrivée à Ravenhill, elle sentit un vrai frisson de peur… mais aussi une étrange excitation.
Son nouveau départ venait à peine de commencer. Et quelque part, quelqu’un la surveillait déja...
Quelle sera son nouveau défi ?A découvrir dans le prochain chapitre








