Chapitre 1 : Ager Desolationis

Imire
Comment a-t-on pu en arriver là ? Là, dans ce champ de ruines, jonchent les corps étendus sans vie, meurtris, je perds pied, comme si je n’étais plus dans mon propre corps. Mes ailes et ma tenue ample, d’un blanc éclatant, sont à présent immaculées du sang de ces dépouilles gisants sur le sol de ce magnifique champ de lycoris blanc, qui, comme moi, ont fini aussi rouge que le nectar d’une cerise. L’atrocité de ce massacre recouvre la beauté indescriptible de ce paysage inoubliable. La Lune écarlate éclaire le ciel nocturne de ses puissants reflets et le colore intensément, lesquels reluisent harmonieusement sur ce sol souillé de cadavres déchiquetés. Malheureusement, ce sont mes mains qui commettent couramment des actes aussi barbares. Je m’y suis définitivement accoutumée, mais cette sensation de vide après la tempête m’oppresse toujours autant. Mon cœur ne bat plus en vérité que pour faire survivre mon enveloppe charnelle. Pour le reste, il est à déclarer absent, si ce n’est déjà mort. J’ai fini par détourner mon regard de ce somptueux paysage de désolation. Autour de moi, une forêt noire et épaisse de pain gigantesque m’encercle, comme pour me condamner à abaisser les yeux sur mes œuvres abominables. Je ne peux faire autrement, je ne sers qu’à ça de toute façon. Quand bien même je serais la personne la plus généreuse, bienveillante et vertueuse de ce monde, je ne serais rien de plus qu’un monstre aux yeux de tous. Un bruit agite les branches derrière moi. Mais pas de panique, je reconnais l’odeur du pouvoir du sang de Nefea, se différenciant par son arôme sucré de celui qui recouvre mon visage. Elle s’approche doucement derrière mon épaule. Si elle est là, c’est que le nettoyage est achevé de l’autre côté de la forêt. On se remet immédiatement en route, sans se retourner, vers le palais d’Anor, le royaume du soleil flamboyant.








