[Chapitre 1] – Le vide de la routine
Cela faisait exactement un an. Douze mois de calme apparent, de silence feutré, d’une vie paisible qui, aux yeux du monde, n’aurait rien laissé transparaître d’autre qu’une parfaite normalité.
Lisa était partie à New York, pour une opportunité professionnelle qu’elle ne pouvait pas refuser. Là-bas, elle avait rencontré un homme, un Américain à succès, plus âgé, divorcé, riche… un cliché d’expatriée en quête de nouveau départ, se plaisait à dire Claire, dans un sourire triste. Elles échangeaient encore, par messages, de rares appels, mais quelque chose s’était étiolé. Lisa appartenait désormais à un autre monde.
À leur monde, Claire et Emmanuel, il manquait une couleur essentielle. La plus vive.
La maison était pourtant agréable, presque trop. Une villa moderne, aux grandes baies vitrées donnant sur un jardin impeccable, dans une banlieue chic de l’ouest parisien. Les haies étaient taillées avec une précision maniaque, les pierres blanches de la façade renvoyaient une lumière douce, apaisante. L’intérieur respirait une harmonie travaillée, une élégance sans faute : parquet clair, mobilier aux lignes épurées, tons crème et gris perle.
Un cocon, murmuraient les visiteurs.
Pour Claire, certains soirs, ce n’était plus qu’une prison ouatée.
Le matin, le bruit des pas de Thomas, adolescent discret mais studieux, descendait l’escalier alors qu’elle préparait le café. Melissa, six ans, courait après lui, en riant, traînant dans son sillage son doudou élimé.
Leur vie de famille était ordonnée, presque parfaite. Les repas étaient pris à heure fixe, les devoirs corrigés avec sérieux, les activités du mercredi et les stages de vacances réservés des mois à l’avance.
Le week-end, ils recevaient parfois des amis, toujours des gens “bien”, courtois et charmants. Il y avait des dîners, du vin, des éclats de rires polis. Mais Claire savait que ce qu’ils partageaient autour de ces tables n’était plus que des souvenirs d’une époque révolue. Une époque où la table basse du salon servait à d’autres jeux, où la salle de bains devenait le théâtre d’ébats improvisés.
Lisa leur avait apporté le chaos nécessaire.
Un souffle de provocation, d’audace, un grain de folie. C’était elle qui les avait dérangés, poussés hors de leurs zones de confort. Et quand elle était partie, ce souffle avait disparu, comme si elle avait aspiré la substance même de leur couple.
Depuis, Claire et Emmanuel se cherchaient sans se trouver.
Ils faisaient encore l’amour, par habitude plus que par envie. Chaque samedi soir, comme un rituel silencieux, une parenthèse domestique aussi lisse que les draps de lin blanc qu’ils repassaient encore eux-mêmes. Il n’y avait plus de frissons, plus d’excès, plus de ces moments où leurs corps s’abandonnaient dans l’urgence ou l’imprévu.
Emmanuel n’était plus cet homme audacieux qui l’avait autrefois entraînée dans un univers de plaisirs troubles.
Il ne la prenait plus dans l’entrée à peine la porte refermée derrière lui, il ne la surprenait plus en pleine nuit, il ne la regardait plus avec cette lueur dévorante qui l’avait tant bouleversée autrefois.
Il remplissait son rôle d’amant, appliqué, mais absent quelque part.
Elle savait qu’il le sentait.
Alors elle simulait, parfois. Pour ne pas lui faire de mal. Pour ne pas reconnaître à haute voix que leur passion s’était éteinte sans qu’ils sachent vraiment pourquoi.
Il ne disait rien, lui non plus. Il s’effaçait. Il travaillait.
Emmanuel avait renoncé à Perle, cette muse virtuelle qui l’avait tourmenté, inspiré, puis trahi en disparaissant sans prévenir. Elle ne s’était jamais présentée au rendez-vous qu’il avait pourtant longuement préparé. Il s’était retrouvé seul ce soir-là, au bar feutré d’un palace, à attendre, le regard fixé sur la porte.
Depuis, il n’en parlait plus.
Il avait fermé le chapitre. Définitivement.
Son appétit sexuel, si débordant autrefois, avait disparu.
Claire ne comprenait pas tout à fait ce vide chez lui. Lui, le premier à l’avoir entraînée dans ce monde de plaisirs, de fantasmes et de découvertes. Lui, qui lui avait ouvert les portes d’un autre univers, plus intense, plus libre.
Et maintenant ?
Maintenant, il semblait n’avoir plus faim.
Elle, en revanche, avait encore soif.
Une soif inextinguible.
Elle s’ennuyait, Claire.
Elle étouffait dans cette maison parfaite, dans ces journées minutées. Elle se souvenait, avec une précision douloureuse, des moments où Lisa l’avait guidée, touchée, goûtée. Où Emmanuel l’avait regardée se perdre, offerte, à genoux, tremblante d’abandon.
Il lui manquait quelque chose de réel, de charnel, pas simplement ces mots échangés sur un écran, même si elle continuait à écrire.
Sur le site, elle était Claire Curieuse. Une plume qu’on respectait, qu’on désirait.
Les hommes, les femmes, la flattaient, la courtisaient. Certains lui proposaient des rencontres, des rendez-vous secrets. Elle avait décliné, toujours poliment, toujours en laissant un peu de doute planer. Elle savait encore allumer des flammes, mais cela ne lui suffisait plus.
La masturbation, tard le soir, après qu’Emmanuel se soit endormi, les draps trop froids et les bruits du jardin assourdis derrière les volets… c’était une maigre consolation. Cela ne remplissait pas ce vide dans sa poitrine, ce besoin de peau, de chaleur humaine, de regards réels.
Elle s’était parfois demandé si Lisa reviendrait.
Peut-être.
Peut-être pas.
L’idée flottait, comme une promesse incertaine, ou un piège.
Et puis, il y avait ce souvenir de Perle…
Claire s’interrogeait encore : cette femme virtuelle avait-elle jamais existé ? Ou avait-elle simplement disparu pour laisser Emmanuel face à son propre vide ?
Les journées s’enchaînaient.
Les semaines défilaient.
Les mois s’effaçaient.
Et bientôt, Claire et Emmanuel réaliseraient qu’ils avaient besoin d’aide.
Quelqu’un pour les soulager du quotidien.
Quelqu’un pour s’occuper de Melissa et de Thomas, de leurs horaires, de leurs repas.
Un nouveau souffle dans la maison.
Mais ils ne savaient pas encore à quoi cette nouvelle présence allait les exposer.
La vie semblait paisible.
Peut-être trop.
Comme si le calme cachait une menace invisible, tapie, patiente.









Ah mince, notre joli couple.
Perle n'est pas venue, est-ce cela qui lui a coupé la faim, et/ou avec le départ de Lisa?
can't I translate it in english?Your stories look interesting when will you shift it in english language?