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Cette histoire a des dents - L'affaire de la Supernova-Cerises

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Résumé

Ouais, bon, je sais pas comment résumer ça. C’est juste mon journal intime et ma thérapie, quoi. Si vous croyez qu’être médium, c’est fun, ça devrait vous faire prendre mesure de la réalité. Parce que déjà , ma vie de base est nulle, et ensuite, j’attire toutes les Horreurs Métaphysiques de l’univers. Là, c’est l’histoire de la fois où j’aurais mieux fait de pas sécher le lycée. Une réaction en chaîne de barge, sérieux. Alors, si vous voulez savoir comment on se débarrasse d’un agglomérat de haine traumatique en robe à cerises et à tendances incendiaires , c’est ici. Ça peut servir vu le monde dans lequel on vit, on sait jamais.

Genre :
Fantasy
Auteur :
Dunk_The_Lunk
Statut :
il y a un mois
Chapitres :
11
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Birth Ritual

Cette histoire a des dents -

Carnet 1

L’affaire de la Supernova-Cerises

(Ou le début des embrouilles)

(Birth ritual)

(Au commencement, Jackie acheta un cahier et des stylos Bic. Parce que les plumes et les Moleskines, c’était hors de prix)

J’ai beaucoup réfléchi à la manière de débuter ce carnet et , pour être honnête, j’en ai toujours pas la moindre foutue bribe d’idée. Ecrire pour mettre de l’ordre dans le chaos, c’est bien beau sur le papier. En pratique, faut se demander où commence réellement mon histoire et ça devient compliqué parce que ça amène à se poser d’autres questions façon David Copperfield, style « Est ce qu’on est le protagoniste de sa propre vie ? ». Ça paraitrait logique que ce soit le cas, je le concède. Mais si chacun est le personnage principal, alors on est aussi un second couteau ou un simple figurant dans un millier d’existence et ça devient vertigineux. Vous parvenez à le concevoir, vous, que chaque personne que vous croisez pourrait aussi noircir des pages et des pages avec sa propre mémoire ? Croyez-moi, j’en sais quelque chose. En fait, ça me flanque le cafard de me dire que très peu le feront au final et que ces histoires non partagées ne seront connues que d’un cercle restreint. Puis petit à petit oubliées avec le temps. Y aurait tellement à apprendre avec un minimum de curiosité sur les autres. Toute personne porte un roman, c’est pas qu’une palabre d’animateur d’atelier d’écriture créative. Le mec qui fait la manche à l’arrêt de bus en bas de chez vous, il a peut-être fait la guerre. Vous voyez la jambe manquante et vous évitez soigneusement de la regarder – mais en parlant cinq minutes avec lui, vous découvririez l’Irak derrière et l’abandon des vétérans qui rentrent déglingués. Et la caissière du magasin au bout de la rue a peut-être vaincu un cancer. On lui disait qu’elle ferait bien de profiter des quelques mois qu’elle avait devant elle, mais elle, elle a rien lâché et a mis une branlée à cette saloperie. Mais vous préférez râler parce qu’elle scanne pas assez vite plutôt que de vous interroger sur la lenteur de ses mouvements. Et bah, c’est les stigmates de plusieurs opérations. Elle peut juste pas se permettre de pas travailler ; faut rembourser les frais médicaux – et ça prendra probablement le reste de sa vie. Peut-être même qu’ils étaient au lycée ensemble et qu’ils ont fait des galipettes dans une bagnole après le bal de promo alors que leurs parents étaient carrément contre cette relation. Maintenant, la force des choses les a séparés. Ils savent même pas qu’ils passent leurs journées à trois-cents mètres l’un de l’autre. ( Mais ils pourraient se retrouver, je sais pas, à cause d’une panne de voiture qui obligerait madame à prendre le bus. On serait loin du happy ending vu que ça changerait pas grand chose à leurs problèmes, mais ils pourraient y trouver un peu de chaleur).Voilà. Deux personnes, deux protagonistes, une romance et deux drames sociaux. J’invente, mais c’est pas irréaliste. Des personnes avec une profondeur cachée digne d’un best-seller, y en a partout.Je suis personne dans leurs romans, moi. Même figurant, c’est une exagération dans la plupart des cas. La petite meuf brune qui remonte la rue , une clope au bec avec ses écouteurs, on s’en tape complet. Vous remarqueriez même pas qu’elle porte constamment des gants et qu’elle fait parfois des écarts étranges, comme pour pas percuter quelqu’un.

Bref, vous y songez pas forcément au jour le jour, mais tout le monde pourrait être à l’affiche de son film. On va prendre l’exemple réel qui m’a inspiré ces deux-là. Regardez ma tante Angie. Ok, à l’heure actuelle, c’est une dame dans la quarantaine bien tassée qui mets des tampons en rayon et donne parfois des boites gratos à celles qui ont pas les moyens de les payer. (Le lait en poudre et les couches aussi).Ouais, elle fait plus jeune parce qu’elle est bien conservée, mais je vous jure qu’elle approche des quarante-cinq ans. C’est parce qu’elle court dix bornes chaque jour , qu’il neige ou que ce soit la canicule et qu’elle fait un tas d’étirements et d’exercices physiques. Ça lui vient de son temps dans les Marines. Eh oui, l’employée d’une petite épicerie d’un bled de Pennsylvanie, celle qui ferme volontiers les yeux sur les petits vols des ados, est allée deux fois au feu et en est pas vraiment revenue. Qui l’eût cru, hein ? Elle a l’air fonctionnelle et tout, mais moi, j’ai principalement grandi avec elle, alors je sais que son esprit n’est jamais tout à fait là où est son corps. J’entrerai dans les détails de sa vie bien remplie plus tard, je suppose, car nos deux histoires sont indissociables. Pas de moi telle que je suis sans Angie ; Pas de Angie telle qu’elle est sans moi. C’est carrément une série entière, à ce stade – comme chaque relation durable, en fait. Pendant des années, j’étais son sidekick, la gamine branquignole et ingérable qui créait l’élément déclencheur de chaque épisode.

Et pourtant, indépendamment d’elle, il m’est arrivé un paquet de trucs de dingue.

Donc, si tout le monde est le protagoniste, personne n’est le protagoniste. La logique est bancale, ouais, mais je me comprends. Le monde, c’est rien qu’un colossal univers cinématique partagé dans lequel chacun a son spinoff, si on continue de réfléchir en termes de narration. John Truby peut aller se rhabiller ( je plaisante, il sait de quoi il cause).

Je vous vois venir : Jack, c’est cool tout ça, mais c’est quoi le rapport avec le début de ta propre histoire ? Aucun, je viens juste de passer une heure à mâchonner le capuchon de mon stylo pour pondre ces réflexions parce que je joue la montre. La vérité, c’est que je cogite un peu trop sur des trucs sans importance parce qu’au fond, je rechigne à me lancer. Le plus bizarre, c’est que j’en ai conscience, mais c’est plus simple d’accuser mon subconscient. Il a bon dos, l’animal.

Faut essayer de me comprendre. Un plongeon dans mon passé, c’est aussi flippant qu’un saut à l’élastique, sans déconner. Y a un paquet de choses qui vont remonter quand je vais toucher la surface, c’est clair. Des choses qui étaient pas si mal là où elles étaient. Des choses qui, si on les remue, risquent de vous (me) mordre en plein dans l’âme. Un nid de couleuvres métaphysique, en somme. Vous en crèverez pas, mais ça va piquer (euphémisme). Bref, disons que je suis sur un pont, harnachée, et que des gars en enterrement de vie de garçon attendent leur tour en rigolant, les inconscients. Qu’est-ce qu’on fait dans ce cas-là ? Au bord du vide, y a que deux possibilités : descendre de la plateforme la queue entre les jambes ( sans remboursement) ou croiser les doigts de pied et sauter. J’ai beau chercher, je vois pas d’intermédiaire. Ou je veux pas la voir, j’imagine. Fuite ou combat, baby. J’ai toujours fonctionné comme ça. Les jambes ou les poings, pas de médiation.

On ferme les yeux, on inspire, on fait un pas en avant et on essaie de pas trop souiller ses sous-vêtements .

C’est donc parti pour le grand saut.

Alors, on y va sans plus attendre sinon cette page restera vierge et j’ai pas acheté ces stylos pour rien en faire. C’est cher, ces bidules ( je roule pas sur l’or). Du coup, je vais écrire comme ça vient et on verra où ça nous mène. C’est déjà ce que je faisais dans mes journaux intimes de l’époque - et ils sont marrants, le plus souvent . Parfois, ils sont tranchants comme le Ka-Bar d’un Marine, mais quand même, y a un tas de conneries bien drôles dans tout ce bordel. Je comprenais que dalle à tout ce qui m’arrivait, autant le raconter avec panache quoi. La tragédie, ça va deux minutes, hein. Faudrait pas que le film soit réalisé par un étudiant en cinéma qui brigue les oscars avec des tirades larmoyantes ( parce que je me contentais de faire des doigts et de balancer les pires insultes jamais créées dans la plupart des cas). En plus, les oscars, c’est une gigantesque escroquerie. Non, je vendrai les droits des journaux intimes de mon adolescence aux frères Coen et à eux seuls (appelez-moi, les gars).

Tout ça pour dire qu’on fait pas une dissert’ chiante de cours d’Anglais, ici. J’ai jamais été douée pour ça, d’après les profs. Mon truc, c’était les pamphlets en roue libre bien vulgaires. J’ai même été virée d’un bahut, une fois, à cause de ça ( comme j’en avais rien à foutre du sujet, j’avais écrit sur l’arnaque de devoir payer pour les produits menstruels et je m’étais un poil emportée).

Puis, qui a décidé qu’on devait avoir un plan pour écrire, en fait ? Des mecs pas rigolos morts depuis deux-mille ans, vous pouvez en être sûrs. On les emmerde, du coup. Une vague idée de direction, ça suffit amplement pour aller quelque part. Où ? On sait pas trop, mais on y va quand même . Se perdre en chemin, c’est le sel du road trip. Sans les détours, les pannes et les nuits à serrer le cul en entendant des coyotes hurler tout près, c’est rien de plus qu’un trajet. Jetez vos GPS, vous passez à côté du plus important. Vous avez déjà dormi sur le toit d’une Chevy au bord d’une route des Appalaches, vous ? J’ai choppé la crève, mais les étoiles, putain, c’était magnifique. J’aurais pas vu ce spectacle si ma tante était pas sortie de l’autoroute sur un coup de tête. Angie, elle sait faire de l’absence d’itinéraire une aventure. C’est un des nombreux trucs qu’elle m’a appris et j’en ai fait ma philosophie. Pas forcément par choix, remarquez. Les choix, j’en ai jamais trop eu, en définitive- et ceux que j’ai fait étaient souvent mauvais.

Donc, on prend le volant et on met le pilote automatique ? Moi, ça me va.

Après tout, si j’ai pu vivre en me laissant porter toutes ces années, pourquoi pas écrire de cette manière ? Essayer de pas trop penser, prendre les choses comme elles se présentent, rien espérer –surtout pas de miracle. En voilà un mode de vie, tiens. Je m’étais jamais aperçue de la tristesse du truc avant de le mettre en mots. En théorie, on peut pas faire plus romanesque. Les surprises, c’est sympa, comme je le disais au-dessus. Dans une certaine mesure, mentons pas. Surtout quand elles sont bonnes, disons ( on applaudit Jack pour cette évidente évidence) . Sauf que dans mon monde, j’ai plus de chances de tomber sur un cadavre dans les chiottes d’une station-service que de me faire offrir un repas parce que je suis le centième client de la journée. Je demande même pas plus, mais c’est apparemment déjà trop pour l’Univers. Comme y a un bail que cet enfoiré m’a rayée de la liste des miracles, je peux pas me permettre d’attendre qu’une fée vienne me tapoter la tête avec sa baguette magique pour me tirer du puits sans fond de la page blanche. Non. Si personne me lance d’échelle, faut remonter toute seule, à la force des bras. Ecrire, raturer, écrire, raturer. Péter les plombs et cramer le cahier ( optionnel). C’est comme ce qu’on vous dit pendant un sevrage, en fait. On vous prévient d’emblée que c’est un cycle d’éternel recommencement. Vous allez monter, glisser un peu, vous raccrocher, puis carrément vous casser la gueule, toucher le fond, vouloir remonter– et ainsi de suite et ainsi de suite. L’ouroboros, voilà ma putain de vie.

Bref, je cause, je cause et on a pas tellement avancé sur la question initiale.

Ma naissance ? Ce serait trop facile – en plus d’être une connerie. Les gens disent que pour savoir qui on est, faut regarder d’où on vient. Les gens disent aussi pas mal de trucs stupides ( moi la première), mais là-dessus, je pense qu’ils ont raison. Une naissance, c’est une couche d’enrobé tout neuf sur une route cahoteuse. Si on gratte un peu, on trouve la merde de ceux qui vous ont précédé. Dans vos traits, dans votre éducation, même dans votre caractère. Moi, ma vie était déjà niquée avant même de venir au monde, puisque maman oscillait entre contractions, morphine et héroïne et que je suis probablement un de ces bébés qui naissent accro – le fléau de notre siècle.Donc, faudrait comprendre comment elle en est arrivée là pour me comprendre moi, ce qui fait que mon histoire ne serait que le prolongement de celle de ma mère. Le truc, c’est que pour la piger elle, je devrais revenir à grand-père, puis à son père à lui. Et on recommence jusqu’à remonter à un Irlandais débarquant à Fort Clinton en 1855 ( le premier foutu O’Reilly à foirer son American dream). Ou même, si on joue à ça, on pourrait déboucher sur un singe qui a décidé que se redresser sur ses pattes arrière, ça pouvait être sympa ( une belle erreur de l’évolution, ça). Voire à un mec et sa femme se baladant à poil ,main dans la main , dans le jardin d’Eden ( si vous êtes du genre grand barbu dans le ciel et femme créée à partir d’une côte). Vous pouvez bien croire à la version que vous préférez, ça n’a pas réellement d’importance en définitive. La bible, je l’ai lue et j’y ai pas trouvé la Foi avec un grand F ; Quant à Darwin, j’ai lu que quelques passages en cours de biologie. Pour ce que j’en sais, on pourrait tout aussi bien être arrivés d’une autre planète grâce à une grotte-trou-de-ver et il faudrait quand même remonter jusqu’au premier maillon de votre chaine. Passons.

On pourrait aussi chercher le moment où les choses ont vraiment dérapé et le prendre pour point de départ. Et là, y a foule, plus de prétendants que pour le trône de Westeros. Des trucs qui ont déconné et des mauvaises décisions, j’en ai un paquet en stock. La mort de maman, déjà. Un bras , inerte , qui pend du canapé dans la lumière poussiéreuse du matin , l’incompréhension la plus totale d’une mioche de cinq ans et la colère d’avoir été abandonnée. Les quatre longues années chez grand-père et l’ambivalence d’aimer quelqu’un qu’on déteste aussi. Un cerf qui brame, étendu dans la neige écarlate, des larmes et de la morve gelées sur mon visage et un Remington, aussi lourd que la gamine que j’étais, calé contre mon épaule. Notre fuite avec ma tante, puis les années passées en étant que de passage partout. Nulle part chez soi, parce que la maison, c’était là où la vieille Chevy d’Angie tombait en rade d’essence, le temps de pouvoir se permettre un nouveau plein. (Bon j’exagère, on finissait toujours par rester quelques mois, mais l’essentiel, c’est qu’on partait sans se retourner dès que ça chauffait un peu. Trailer park ou motel pérave, jobs dont personne d’autre ne veut, Jackie fait une connerie, Angie s’inquiète des services sociaux, départ précipité et rebelotte. C’était grosso modo le schéma classique). Une soirée d’été en 2011 à Buffalo et un brasier qui se rallume. La première clope que j’ai fumée ou bien le jour où j’ai découvert que le silence pouvait s’arracher chimiquement. Une petite fille disparue, un manoir en ruines au milieu d’une forêt de l’Illinois et un jeu de marelle qui mène à l’horreur. La fois où j’aurais mieux fait de pas frauder le cinéma et d’aller au lycée. Un garçon que j’aimais, une bague de fiançailles refusée par pure terreur de l’engagement, une portière claquée et de l’asphalte à perte de vue.

Même, dans une note un peu moins coupante, des rencontres qui changent le cours d’une vie. Celle d’une fugueuse en doudoune rouge, sur un terrain de baseball, et un stage de cinq minutes qui s’est prolongé des années ( t’es toujours ma stagiaire, ma petite Amy, même si tu mesures bien quinze centimètres de plus que moi aujourd’hui). Ou celle avec une serveuse rousse beaucoup trop curieuse dans un diner de Pennsylvanie en juillet 2017 (c’est pas contre toi, Ruby, mais tu sais le nombre de problèmes dans lesquels tu m’as précipitée, ma belle. Dans ton cas, la curiosité, ça devrait être interdit par la loi, sérieusement). Un jardinier-colosse au cœur tendre dans un cimetière, une jeune flic trop perspicace au blouson de ouf, une graine de criminel à la mèche rebelle et la mauvaise influence réciproque qu’on exerçait l’un sur l’autre …. La liste serait trop longue.

Tout ça, c’est le sommet de la salade iceberg, sans croûtons ni vinaigrette. Rien que des trucs qui me sont arrivés avant mes vingt ans. Allez savoir quant au reste. Je pourrais aussi vous parler d’une mascotte Koala-pédophile qui se prenait pour Dieu, d’un carillon qui s’entendait à plusieurs kilomètres à la ronde, d’un carrousel tout droit sorti d’un roman de Bradbury, ou de deux ou trois tueurs en série. On y viendra – si j’arrive à y retourner. Tout ce que je peux dire, c’est que ces sept dernières années, ça a pas non plus été de tout repos– mais pour le coup, c’est moi qui ai cherché la plupart de ces problèmes. J’ai carrément foncé tête la première dans toutes ces embrouilles, ces morts et autres non-joyeusetés. Pourquoi ? Mais qu’est-ce que j’en sais, moi ? C’est pour ça qu’on écrit, il paraît: pour comprendre et avancer. Mais j’aurais pas assez de pages (ou la force) pour tout passer en revue, j’imagine. On verra ( ça va devenir la devise de ce carnet).

Puisqu’on en est là, je sais vers quel endroit de ma vie minable on se dirige, à deux-cent à l’heure, sans freins sur l’autoroute de la perdition, sans même avoir de quoi payer le péage . Et quelques cachetons avec lesquels vous pouvez pas trop passer la douane dans les poches.

Bon ok, j’ai fait exprès de dériver jusqu’ici, j’avoue, parce que je savais exactement ce que j’allais raconter dans ce carnet depuis genre vingt lignes .

Ma première véritable affaire, ça m’a l’air d’être un bon début pour savoir comment je suis devenue celle que je suis aujourd’hui. Car c’est à partir de là que j’ai changé, pour le meilleur et pour le pire. Un putain de mariage avec les problèmes, même. Le souci, c’est qu’ici aussi, c’est difficile de savoir comment attaquer. Le cinéma ? Oui, c’est cohérent, mais plus j’y pense et plus je vois un autre commencement à toute cette merde.

Ouais, c’est clair, en fait. Alors, prenez un petit quelque chose à manger et à boire, installez vous confortablement et n’éteignez pas les lumières ( bah oui, comment vous allez lire, sinon ? ). On va remonter le temps de presque dix années et se replonger de ce pas dans le cerveau de la moi de dix-sept ans, celle qui pensait tout savoir sur tout et qui connaissait franchement rien à rien. Celle qui une nuit a défié l’Univers , lui a demandé des péripéties et qui depuis le regrette chaque jour. Une bouteille lancée à la mer qui, allez savoir comment, a créé un tsunami. Forcément, j’ai dû apprendre à nager. C’était toujours mieux que la noyade.

Comme l’a si bien dit une tarée en robe à cerises: Demandez, demandez, demandez et il vous sera toujours donné. Donnez, donnez, donnez et rien ne vous sera jamais rendu.

Finalement, le début de mon histoire , on s’en fout. Ce qui compte, c’est ce que ça m’a coûté. Parfois, j’ai perdu ; Souvent, j’ai gagné. J’ai ri ; j’ai chialé comme une madeleine. J’ai perdu des gens ; J’en ai trouvé d’autres. J’ai aimé plus d’une fois, au point de transformer un film d’horreur en romcom niaise de temps en temps. Dit comme ça, ça ressemble à la vie de madame tout le monde. Vous méprenez pas. Je vais pas vous faire le coup du « je suis pas comme les autres meufs », mais c’est par pose plus que par vérité ( donc je le fais indirectement ). Parce que – et je déteste ce que je vais écrire– je suis pas madame tout le monde, vous vous en rendrez vite compte si vous choisissez d’aller plus loin. Y a un truc pour lequel j’avais pas signé, si tant est que j’ai signé pour quoi que ce soit. La morale de tout ça, c’est qu’il faut lire les petites clauses en bas de page, sinon vous risquez de payer un prix indécent, moi je vous le dis.

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