Chapitre 1 — Mon idylle
Je m’appelle Arthur Beynac, vingt-quatre ans, un mètre quatre-vingt-un de vie tranquille et de certitudes douces. Mes cheveux noirs tombent paresseusement jusqu’à mes épaules, et mes yeux verts… paraît-il… se teintent différemment selon la lumière du jour.
Mais tout cela n’a pas grande importance.
Ce qui compte, dans mon existence, ce qui lui donne sa couleur, sa respiration, son axe… c’est elle.
Noémie.
Noémie Leroy, une femme pour qui la douceur n’était pas une manière d’être, mais une manière d’habiter le monde. Une femme dont la beauté n’écrasait pas, mais éclairait.
Elle ne ressemblait pas à ces silhouettes parfaites que l’on croise dans les magazines : elle était bien mieux que ça. Elle était vraie.
Un caractère franc, un sourire qui désarmait mes mauvaises journées, et cette manière de m’aimer sans jamais me presser, sans jamais me juger.
J’ai su dès le premier regard que ma vie allait changer.
Elle aussi, je crois.
Mais la timidité nous a fait tourner autour d’une évidence pendant un an entier, comme si l’univers voulait s’assurer que nous étions vraiment faits l’un pour l’autre avant de nous laisser sauter.
Je vivais avec elle dans un appartement modeste, mais peu importe. Le monde aurait pu s’effondrer autour de nous : tant qu’elle était là, tout semblait à sa place. Après mes études, j’avais trouvé un poste de cadre commercial dans une start-up de la région. Le salaire était bon, l’avenir semblait stable, et j’aimais travailler dur pour offrir davantage à ceux que j’aimais.
Noémie me le reprochait parfois — elle disait que je « me tuais au boulot » — mais son reproche n’était jamais une critique, simplement une inquiétude.
Ce mardi-là, comme beaucoup d’autres, je rentrai tard. Il était presque vingt heures trente. Je poussai la porte et j’entendis dès l’instant où mon pied entra dans l’appartement :
— « Tu travailles encore trop, Arthur ! »
Elle fronçait les sourcils, mais ses yeux riaient déjà.
Moi, j’avais prévu le coup.
Je déposai les sushis sur la table comme un magicien dévoilant son dernier tour. Ses reproches s’évaporèrent aussitôt, remplacés par un baiser, puis par ce rituel sacré : le choix du film.
Évidemment, elle opta pour un Disney.
Je feignis l’ennui, l’air de dire « encore ? », mais la vérité, c’est que j’aimais ces soirées autant qu’elle.
Il y avait quelque chose d’enfantin et de rassurant dans le fait de s’endormir contre elle devant ces histoires que l’on connaissait déjà par cœur.
Ma vie, à ce moment-là, était d’une simplicité presque insolente.
Un travail qui tournait rond.
Une famille recomposée qui s’entendait à nouveau.
Des amis fidèles.
Et au centre : Noémie, ma source, mon étoile fixe.
Trois années de bonheur s’enchaînèrent ainsi.
La première, je fus promu. Une augmentation qui nous permit de quitter mon appartement pour une jolie petite maison dans la même ville.
La deuxième, je mis un genou à terre devant elle, avec la bénédiction tremblante mais fière de son père.
Et notre mariage… Mon Dieu.
Une semaine suspendue, comme si l’univers s’était arrêté pour nous regarder être heureux. Mes parents, fâchés depuis des années, s’étaient rapprochés. Les familles s’étaient unies. Les rires avaient rempli l’air du matin au soir.
Je n’avais jamais ressenti une joie aussi pure que le jour où elle marcha vers moi dans sa robe blanche.
La troisième année, nous décidâmes d’avoir un enfant. Noémie tomba enceinte.
Six mois.
Je me souviens de la manière dont elle posait ses mains sur son ventre comme si elle berçait déjà notre futur.
Je me souviens de mon propre cœur, élargi soudain, comme s’il fallait y faire de la place pour un amour plus immense encore.
J’avais vingt-sept ans.
Une femme que j’adorais.
Un enfant en route.
Un travail stable.
Une famille soudée.
Et cette certitude simple et profonde : j’étais heureux.
À cette époque, j’aurais juré que rien ne pouvait s’effondrer.
Que la vie, satisfaite de ma gratitude, continuerait à me laisser avancer sur ce chemin calme et lumineux.
J’étais loin d’imaginer à quel point le destin peut être cruel lorsqu’il décide de reprendre ce qu’il vous avait prêté.