Autel de l'Obsession JENLISA G!P

Résumé

​Sans le vouloir, j'ai éveillé l'intérêt d'un monstre. Lisa Manobal est une prédatrice de sang-froid qui dissimule ses instincts derrière un charme sophistiqué. Le monde est aveugle face à sa nature sauvage, mais j'ai vu son obscurité, et cela me coûtera tout. Peu importe le nombre de kilomètres que je mets entre nous ; Lisa n'est pas du genre à laisser échapper sa proie. Une fois qu'un monstre vous trouve, la traque ne s'arrête que lorsqu'il vous a rattrapé.

Genre :
Erotica
Auteur :
Aless
Statut :
Terminé
Chapitres :
42
Rating
5.0 9 avis
Classification par âge :
18+

UNO

|Alijah : Amie de Jennie.|

Les désastres commencent toujours lors des nuits les plus sombres.

Des nuits sans étoiles, sans âme, sans une étincelle.

Le genre de nuits qui servent de toile de fond sinistre aux contes folkloriques.

Je fixe les vagues qui viennent s’écraser avec violence contre les immenses rochers pointus formant la falaise.

Mes pieds vacillent au bord du vide tandis que des images sanglantes défilent dans mon esprit avec la force dévastatrice d’un ouragan.

Ce qui vient de se passer repasse en boucle, dans une séquence perturbante.

Le vrombissement du moteur, la voiture qui glisse, puis, enfin, le crissement sinistre du métal contre la roche et le plongeon dans l’eau mortelle.

Il n’y a plus de voiture désormais, plus personne à l’intérieur, aucune âme errante dans l’air pour s’excuser.

Il n’y a que le fracas des vagues en furie et la férocité des rochers imperturbables.

Pourtant, je ne peux me résoudre à cligner des yeux.

Je n'avais pas cligné des yeux à l'époque, non plus. J'avais juste regardé, observé, avant de hurler comme une créature mythique maudite. Mais il ne m'a pas entendue. Ce garçon dont le corps et l'âme ne sont plus parmi nous. Ce garçon qui luttait tant intérieurement, mais qui avait réussi à être là pour moi.

Un frisson soudain me parcourt l'échine et je resserre ma veste en flanelle sur mon chemisier blanc et mon short en jean.

Mais ce n'est pas le froid qui me glace jusqu'aux os.

C'est la nuit.

La terreur des vagues impitoyables.

L'atmosphère est étrangement similaire à celle d'il y a quelques semaines, quand Elijah m'avait emmenée sur cette falaise, sur l'île de Brighton. Une île accessible après une heure de ferry depuis la côte sud du Royaume-Uni.

Quand nous sommes arrivés ici, je n'aurais jamais imaginé que tout finirait dans une spirale mortelle.

Il n'y avait pas non plus d'étoiles à ce moment-là, et comme ce soir, la lune brillait intensément, telle une traînée d'argent pur sur une toile vierge.

Les rochers immuables sont les témoins silencieux de ce sang cramoisi, de cette vie perdue et de cette douleur qui m'envahit tout entière.

Tout le monde dit que ça ira mieux avec le temps. Mes parents, mes grands-parents, mon thérapeute.

Mais la situation n'a fait qu'empirer.

Depuis des semaines, je n'ai pas dormi plus de deux heures par nuit, mes rêves hantés par des cauchemars. Chaque fois que je ferme les yeux, le visage aimable d'Elijah apparaît, puis il sourit alors que du rouge écarlate jaillit de tous ses orifices.

Je me réveille en tremblant, en larmes, la tête enfouie sous mon oreiller pour que personne ne pense que j'ai perdu la tête.

Ou que j'ai besoin de plus de thérapie.

Je devais passer les vacances de Pâques avec ma famille à Londres, mais je n'en pouvais plus.

C’est sur un coup de tête que je me suis éclipsée dès que tout le monde dormait. J'ai conduit deux heures, pris le ferry pendant une heure, pour finir ici, après deux heures du matin.

Parfois, je veux arrêter de me cacher, même de moi-même. Souvent, pourtant, le poids devient trop lourd et il m'est impossible de respirer normalement.

Je ne peux pas regarder maman dans les yeux et lui mentir. Je ne peux plus affronter papa et grand-père et faire semblant d'être leur petite fille.

Je crois que la Jennie Kim qu'ils ont élevée pendant dix-neuf ans est morte avec Elijah, il y a quelques semaines. Et je ne peux pas supporter l'idée qu'ils s'en apercevront bientôt.

Qu'ils me regarderont et verront une imposture.

Une honte pour le nom des Kim.

C'est pour ça que je suis ici, pour une ultime tentative de libérer ce fardeau qui étouffe mon corps.

Le vent ébouriffe mes cheveux et les plaque sur mes yeux. Je les écarte de mon visage et essuie mes mains sur les côtés de mon short tout en regardant vers le bas.

En bas…

Mon frottement s'intensifie, tout comme le sifflement du vent et le fracas des vagues à mes oreilles.

Les cailloux craquent sous mes baskets alors que je fais un pas de plus vers le précipice. Le premier pas est le plus dur, mais après, c'est comme si je flottais dans les airs.

Mes bras s'ouvrent en grand et je ferme les yeux.

Comme possédée par une force extérieure, je ne réalise pas que je suis toujours là, debout, ni que mes doigts ont désespérément envie de peindre quelque chose.

N'importe quoi.

J'espère que maman ne verra jamais la dernière toile que j'ai faite.

J'espère qu'elle ne se souviendra pas de moi comme de la moins douée de ses enfants. Cette ratée qui n'a même pas pu exploiter son génie.

Cette freak dont le sens artistique est niqué de toutes les manières possibles.

— Je suis tellement désolée, — je murmure les mots qu'Elijah m'a sans doute dits avant de s'envoler vers nulle part.

Un éclair lumineux frappe le coin de mes yeux fermés et je sursaute, craignant que son fantôme n'ait resurgi de l'eau pour venir me chercher. Il va me dire la même chose que ce qu'il me crache au visage dans chacun de mes cauchemars.

« Tu es une lâche, Jennie. Tu l'as toujours été et tu le seras toujours. »

Cette pensée fait ressurgir les images de mes rêves.

Je me retourne si brusquement que mon pied droit dérape et je pousse un cri en basculant vers l'arrière.

En arrière…

Vers la falaise mortelle.

Une main puissante se referme sur mon poignet et tire avec une force qui me coupe le souffle.

Mes cheveux volent en désordre, mais mon regard est rivé sur la personne qui me retient sans effort d'une seule main.

Elle ne me ramène pourtant pas en sécurité et me maintient dans un angle dangereux, à deux doigts de basculer dans le vide.

Mes jambes tremblent, glissant sur les gravillons, ce qui aggrave ma position et le risque de chute.

Le visage de celle qui me retient — une fille, à en juger par sa carrure — est masqué par un appareil photo suspendu à son cou. Une fois de plus, le flash aveuglant illumine mon visage.

C'était donc ça, cet éclair soudain.

Elle me prenait en photo.

C'est seulement maintenant que je réalise que mes yeux sont humides, que mes cheveux sont un désastre total et que les cernes sous mes yeux pourraient probablement être vus depuis l'espace.

Je m'apprête à lui demander de me tirer vers elle, car je suis littéralement au bord du gouffre et j'ai peur de tomber si je bouge toute seule.

Mais alors, quelque chose se passe.

Elle éloigne l'appareil de ses yeux et les mots restent coincés au fond de ma gorge.

Comme il fait nuit et que seule la lune nous éclaire, je ne devrais pas pouvoir la voir si clairement. Mais j'y arrive. C'est comme si j'étais installée devant un film. Un thriller.

Ou peut-être un film d'horreur.

Le regard des gens trahit d'ordinaire leurs émotions. Même la douleur les fait briller de larmes, de mots tus et de regrets irrévocables.

Ses yeux à elle, en revanche, sont éteints. Le plus étrange, c'est qu'on ne peut pas les distinguer de l'obscurité ambiante. Si je ne la fixais pas, je croirais avoir affaire à une créature de la nature.

Un prédateur.

Un monstre, peut-être.

Son visage exige toute l'attention, comme si elle avait été conçue pour attirer ses proies dans un piège savamment orchestré.

Non, pas des gens.

Ses proies.

Il se dégage de sa silhouette une impression qu'aucun pantalon noir ou t-shirt ne pourrait dissimuler.

Malgré cette nuit de printemps glaciale, ses muscles saillants ne semblent pas souffrir du froid, comme si elle était née avec le sang froid. La main qui retient mon poignet en otage, bloquant ma chute mortelle, est tendue, sans le moindre signe d'effort.

Impassible. C'est le mot.

Toute son attitude transpire une aisance absolue. Elle est trop froide... trop neutre, ce qui lui donne presque un air ennuyé.

Un peu... absente, alors qu'elle est là, devant moi.

Ses lèvres charnues et symétriques forment une ligne droite, une cigarette éteinte coincée entre elles.

Au lieu de me regarder, elle fixe son objectif et, pour la première fois, une étincelle de vie vacille derrière son iris.

C'est rapide, éphémère, presque imperceptible. Mais je le remarque.

C'est le seul instant où ce masque d'indifférence s'anime, s'assombrit et se détache du décor, avant de disparaître totalement.

— Impressionnant.

J'avale l'angoisse qui me monte à la gorge. Ça n'a rien à voir avec le mot en lui-même, mais avec la façon dont il a été prononcé.

Sa voix profonde ressemble à du miel mêlé à de la fumée noire.

Le mot a vibré sur ses cordes vocales avant de se propager dans l'espace entre nous, avec la létalité d'un venin.

D'ailleurs, vient-elle de parler avec un accent américain ?

Mes doutes se confirment quand ses yeux glissent vers moi avec une confiance mortelle qui pétrifie mes muscles. Pour une raison obscure, je sens que si je ne respire pas exactement comme il faut, ma fin arrivera plus tôt que prévu.

L'étincelle a disparu depuis longtemps et je me retrouve face à cette version sombre d'avant : éteinte, ennuyée et totalement dépourvue de vie.

— Pas toi. La photographie.

Ça sonnait vraiment américain.

Mais que ferait-elle dans un endroit si désolé, où même les habitants ne s'aventurent jamais ?

Elle relâche un peu sa prise, et quand je glisse, plusieurs rochers dévalent la paroi.

Un cri de terreur résonne dans l'air.

C'est le mien.

Sans réfléchir, je m'agrippe à son avant-bras avec mes deux mains.

— Qu'est-ce que... qu'est-ce que tu fous ? — je halète, le cœur battant à tout rompre, une sensation de terreur pure traversant ma cage thoracique comme je ne l'avais pas ressenti depuis des semaines.

— Qu'est-ce que ça a l'air d'être ? — Elle parle toujours avec une telle aisance, comme si elle discutait du menu du petit-déjeuner avec des amis. — Je termine le travail que tu as commencé. Comme ça, quand tu tomberas et que tu mourras, je pourrai commémorer ce moment. J'ai le sentiment que tu seras un bel ajout à ma collection, mais si ce n'est pas le cas... — Elle hausse les épaules. — Je brûlerai simplement la pellicule.

Je reste bouche bée alors qu'un flot de pensées envahit mon esprit.

Vient-elle vraiment de dire qu'elle allait ajouter une photo de moi en train de tomber dans le vide à sa collection ?

J'ai trop de questions, mais la plus importante est : quel genre de tarée tient une telle collection ?

Non, oublie ça, la vraie question est : qui est cette nana, bordel ? Elle a l'air d'avoir mon âge, elle est belle, et elle n'est pas d'ici.

Ah, et elle dégage une aura de criminelle, mais pas du genre minable ou ordinaire. Elle est dans une catégorie à part.

Une aura de criminelle dangereuse.

Le genre de cerveau qui contrôle d'innombrables brutes, celles qui restent généralement tapies dans l'ombre.

Et, d'une manière ou d'une autre, je me suis retrouvée sur son chemin.

Ayant passé ma vie entourée de gens qui dévorent le monde au petit-déjeuner, je sais reconnaître le danger.

Je sais aussi reconnaître les gens dont je devrais m'éloigner. Et cette étrangère est l'incarnation même de ces deux options.

Il faut que je sorte d'ici.

Maintenant.

Bien que la panique s'empare de mon état mental déjà fragile, je me force à garder un ton sensé.

— Je ne prévoyais pas de mourir.

Elle hausse un sourcil et la cigarette entre ses lèvres frémit légèrement.

— Vraiment ?

— Oui. Alors, tu peux... me remonter ?

Je pourrais me servir de son avant-bras pour le faire moi-même, mais n'importe quel mouvement brusque risque d'avoir l'effet inverse et de m'envoyer rejoindre mon créateur.

Toujours en train de me saisir le poignet d'une main indifférente, elle attrape un briquet de l'autre main pour allumer sa cigarette. Le bout s'embrase comme un crépuscule orange intense. Elle prend son temps avant de remettre le briquet dans sa poche et de souffler une bouffée de fumée en plein sur mon visage.

D'habitude, l'odeur du tabac me donne envie de vomir, mais c'est le cadet de mes soucis en ce moment.

— Et qu'est-ce que j'y gagne à t'aider ?

— Ma gratitude ?

— Je n'en ai aucune utilité.

Mes lèvres se serrent et je me force à rester calme.

— Alors, pourquoi m'as-tu rattrapée au départ ?

Elle effleure le bord de son appareil photo, puis le caresse avec la sensualité d'une personne qui touche quelqu'un dont elle ne peut se détacher.

Pour une raison qui m'échappe, ça fait monter ma température.

Elle ressemble au genre de personne qui fait ça souvent.

Très souvent.

Et avec autant d'intensité qu'elle en dégage.

— Pour prendre une photo. Alors, que dirais-tu de terminer ce que tu as commencé et de me donner le chef-d'œuvre pour lequel je suis venue ici ?

— Tu es en train de me dire sérieusement que ton chef-d'œuvre, c'est ma mort ?

— Pas ta mort, non. Ce serait trop sanglant et désagréablement graphique quand ton crâne explosera sur les rochers en bas. Sans compter que la luminosité actuelle ne permet pas de capturer une bonne image. C'est ta chute qui m'intéresse. Ta peau pâle créera un contraste merveilleux avec l'eau.

— Tu es malade.

Elle hausse les épaules et expire une bouffée de fumée toxique. Même sa façon de faire glisser ses doigts sur la cigarette et de fumer est désinvolte, indifférente, alors même que la tension est palpable.

— C'est un non ?

— Évidemment que c'est un non, espèce de psychopathe. Tu crois vraiment que je vais mourir juste pour que tu puisses prendre une photo ?

— Un chef-d'œuvre, pas une photo. Et tu n'as pas vraiment le choix. Si je décide que tu vas mourir... — Le haut de son corps se penche en avant et elle desserre ses doigts sur mon poignet, sa voix tombant dans un murmure terrifiant. — Tu mourras.

Je crie quand mon pied glisse et mes ongles s'enfoncent dans son bras avec un besoin farouche de vivre qui bouillonne dans mes veines, avec le désespoir d'un animal en cage. Comme un prisonnier qui aurait passé des années de cauchemar à l'isolement.

Je suis sûre de l'avoir griffée, mais si elle est blessée, elle ne montre aucun signe d'inconfort.

— Ce n'est pas drôle, — je halète, la voix étranglée.

— Tu me vois rire ? — Ses longs doigts enveloppent la cigarette et elle tire une bouffée avant de l'éloigner de sa bouche. — Tu as jusqu'à ce que j'aie fini ma cigarette pour me donner quelque chose.

— Quelque chose ?

— Tout ce que tu es prête à faire en échange de mon acte de bonté, moi sauvant une demoiselle en détresse.

Je ne rate pas la façon dont elle insiste sur le mot « bonté », ni sa manière provocante d'utiliser les mots en général. Comme s'ils étaient des armes dans son arsenal. Un bataillon à ses ordres.

Elle prend son pied, pas vrai ? Toute cette situation qui a commencé par mes tentatives pour tout oublier m'a menée droit dans un cauchemar.

Mon regard se tourne vers la cigarette à moitié fumée et, alors que je songe à gagner du temps, elle aspire ce qu'il en reste en quelques secondes et écrase le mégot.

— Ton temps est écoulé. Adieu.

Elle commence à lâcher prise, mais j'enfonce mes ongles encore plus profondément.

— Attends !

Aucun changement sur son visage, même quand l'air rejette ses cheveux en arrière. Bien que je sois certaine qu'elle me sente trembler avec le désespoir d'une feuille luttant pour survivre.

Rien ne semble avoir le moindre effet sur elle.

Et ça m'effraie.

Comment peut-on être aussi... aussi froide ?

Aussi détachée ?

Aussi sans vie ?

— Tu as changé d'avis ?

— Oui. — Ma voix tremble malgré mes efforts pour garder le contrôle. — Remonte-moi et je ferai tout ce que tu veux.

— Tu es sûre de vouloir le dire comme ça ? « Tout ce que je veux » pourrait inclure une série de choses que le commun des mortels ne voit pas d'un très bon œil.

— Je m'en fiche. — Dès que je serai sur la terre ferme, je m'éloignerai à jamais de cette idiote de folle.

— Bienvenue à tes funérailles. — Ses doigts se referment sur mon poignet dans une poigne impitoyable et elle me tire du bord avec une facilité déconcertante.

Comme si je n'étais pas suspendue à un fil au-dessus de la mort il y a un instant.

Comme si l'eau en bas n'était pas en train de montrer les crocs pour me déchiqueter.

Peut-être, juste peut-être, ce n'est pas une bonne nouvelle, vu le diable auquel je fais face.

Ma respiration rauque résonne comme celle d'une bête dans le silence de la nuit. J'essaie de la réguler, mais c'est inutile.

J'ai été éduquée pour avoir une volonté d'acier et une présence imposante. J'ai grandi avec un nom plus grand que nature, et des proches qui attirent l'attention partout où nous allons.

Et pourtant, tout ce que je savais semble s'évaporer en ce moment.

C'est comme si je me détachais de celle que je suis censée être pour devenir une version que moi-même je ne comprends pas. Et tout est à cause de cette fille devant moi.

Ses traits sont vides, ses yeux éteints et sans vie, elle est chaque couleur sombre de la palette.

Si je devais lui donner une couleur, ce serait sans aucun doute le noir : inexpressive, froide et d'une profondeur infinie.

J'essaie de libérer mon poignet de sa main, mais elle resserre sa prise jusqu'à ce que je sois convaincue qu'elle va me briser les os, juste pour voir ce qu'il y a à l'intérieur.

Ça ne fait qu'une minute que je l'ai rencontrée, mais honnêtement, ça ne m'étonnerait pas qu'elle me brise le poignet.

Après tout, elle voulait me prendre en photo alors que je tombais vers la mort.

Et si c'est étrange, c'est aussi franchement terrifiant. Parce que je le sais, je sais juste que cette étrangère pourrait le faire en un clin d'œil sans réfléchir aux conséquences.

— Laisse-moi partir, — dis-je d'un ton saccadé.

Ses lèvres se courbent aux coins.

— Demande-le poliment et je le ferai peut-être.

— C'est quoi ta définition de « poliment » ?

— Ajoute un « s'il te plaît » ou mets-toi à genoux. L'un ou l'autre fera l'affaire. Faire les deux en même temps serait vivement conseillé.

— Et si je ne fais aucun des deux ?

Elle penche la tête sur le côté.

— Ce serait à la fois inutile et stupide. Après tout, tu es à ma merci.

D'un geste rapide, elle me repousse vers le bord. J'essaie de contrer la brutalité de son mouvement, mais ma force n'est qu'une goutte d'eau face à son pouvoir brut.

En peu de temps, mes jambes flottent dans le vide au bord de la falaise, mais cette fois, je m'agrippe à la courroie de son appareil photo, à sa chemise et à tout ce sur quoi je peux planter mes ongles.

Froide.

Elle est si froide qu'elle me glace les doigts et me coupe le souffle.

— S'il te plaît !

Un son de satisfaction s'échappe de ses lèvres, mais elle ne m'éloigne pas du précipice.

— Ce n'était pas si difficile, n'est-ce pas ?

Mes narines se dilatent, mais je parviens à dire :

— Tu peux arrêter ça ?

— Pas tant que tu n'as pas rempli la deuxième partie du contrat.

Je la fixe, probablement avec l'air le plus abasourdi du monde.

— La deuxième partie ?

Elle pose une main sur ma tête, et c'est là que je réalise qu'elle est grande. Si grande qu'elle en est intimidante.

Au début, elle se contente de glisser quelques mèches de mes cheveux derrière mes oreilles.

Le geste est si intime que ma bouche devient sèche. Mon cœur bat si fort que je crois qu'il va déchirer ma cage thoracique. Personne ne m'a jamais touchée avec un tel niveau de confiance absolue.

Non, pas de la confiance. De la puissance.

Une puissance écrasante.

Ses doigts qui caressaient mes cheveux s'enfoncent dans mon crâne et appuient avec une telle force que mes jambes lâchent.

Comme ça.

Sans résistance.

Rien.

Je tombe.

Je tombe...

Je descends...

Je crois qu'elle m'a poussée vers la mort, après tout, mais mes genoux heurtent le sol solide, tout comme mon cœur.

Quand je lève les yeux, je retrouve cette lueur à nouveau.

Avant, je pensais que c'était un reflet, une apparition de blanc dans le noir.

J'avais tort.

C'est du noir sur du noir.

Une ombre d'obscurité absolue.

Un pur sadisme brille dans ses iris émeraude alors qu'elle prend ma tête en otage, et le pire, c'est que si elle me lâche, je risque de basculer en arrière.

Un sourire terrifiant étire ses lèvres.

— Être à genoux est vivement conseillé. Alors, on commence ?