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Les guerres lemniscates Tome 1 : Les derniers nés de Nunn

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Résumé

Le baron Ugmar, grand chambellan du roi Roll, dirige la nation elfe d'une main de fer. Gal, le capitaine orc du village d'Udgog combat pour la plus grande gloire de l'Orcania. Nomrad, la maîtresse forgeron des nains de Kur-Dhural, cherche à s'imposer dans les concurrentiels territoires de l'infra-monde. Epiphone, la princesse dryade se désole de voir ces trois races ravager la nature. Qu'ont en commun toutes ces créatures ? Le désir de faire triompher leur dieu et leur peuple à la fin des temps les guerres lemniscates. Nunn, le créateur de toute chose, a conçu ce conflit immémorial pour divertir les Sept, ses divins enfants. Et alors que chaque force en présence semble avoir trouvé sa place sur le bouclier-monde, une nouvelle espèce vient d'apparaître. Les derniers nés de Nunn pourraient-ils briser le fragile équilibre ? Faibles, pauvres et à la vie éphémère, qu’ont-ils pour lutter contre les autres peuples ? Une famille de ces chétives créatures décide de s’opposer à l’ordre établit. La Lignée atteindra-t-elle son but ?

Statut :
En cours
Chapitres :
23
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapitre 1 : Une pluie de nourrissons

À la fin de chaque guerre lemniscate, Nunn, le créateur de toute chose offre un nouveau peuple à celui des Sept sorti vainqueur de l’affrontement. Alors une trêve séculaire sacrée s’instaure entre les sept bannières pour que chacun reconstitue ses forces.

«Nunn engendre de nouvelles races »

extrait de La bible des servants dragons d’Abath-Khal



— Ouvrez les portes ! ordonna sèchement Ugmar.

— Le roi n’est pas encore là ! Les portes doivent rester fermées ! protesta Otto, le maire du palais.

— Ouvrez ces portes, j’ai dit ! Général Ull, nous avons assez attendu ! Faites exécuter mon ordre.

Le grand chambellan Ugmar ne supportait pas la contradiction. L’absence de cet imbécile de roi Roll importait peu. N’était-ce pas lui le personnage le plus important de l’empire en tant qu’administrateur du royaume elfe ? Il était parti de rien et avait gravi un à un les échelons jusqu’à parvenir à être le chef du gouvernement. Ce petit parvenu de baron Otto tentait de s’opposer à lui en toutes circonstances. Lorsqu’il ceindrait la couronne, Ugmar ferait payer cher au petit maire du palais son insoumission.

La stature d’Ugmar était impressionnante pour son espèce. Morphologiquement fin et élancé, mais de grande taille et large d’épaules, le baron imposait en tout lieu une prestance physique et une autorité naturelle sur ses congénères. Une teinte jaune dorée donnait à son regard un caractère hypnotique et presque divin. Il était très difficile de refuser quelque chose au baron Ugmar, chef de la première caste de gens du sang.

Le général Ull, allié du grand chambellan, ordonna donc l’ouverture des portes de la cité. Le spectacle qui se dévoila alors stupéfia l’assistance composée des soldats du chef militaire et des fonctionnaires du maire du palais. Une mer de nourrissons entièrement nus jonchait les pourtours de la grande muraille extérieure protégeant Zulla, la capitale du royaume. Les elfes s’attendaient à une offrande de Nunn. Ne venaient-ils pas de triompher dans la bataille finale de la guerre des centaures ? Cependant, l’image était saisissante. Les derniers nés du créateur de toutes choses semblaient innombrables et paradoxalement extrêmement fragiles, presque inachevés. Ils ne tenaient pas debout et se contentaient de geindre.

En quoi ce nouveau peuple allié pourrait-il s’avérer utile ? Ugmar s’attendait à découvrir une nouvelle race forte et finie comme les géants ou les cynocéphales, capable d’apporter immédiatement un écot à l’avancée inexorable de Batum-Khal, le dieu de la sagesse et des sciences. Pour toute récompense, Nunn leur donnait de rachitiques petites choses roses par trop semblables aux elfes. Quel bénéfice pouvait donc tirer le baron de créatures aussi inoffensives que des lutins ?

Cela faisait vingt millénaires que les elfes triomphaient dans les guerres lemniscates et imposaient leur hégémonie sur le bouclier-monde. Le royaume était tellement prospère que le grand chambellan tentait d’étendre le territoire de Alfheim pour en faire un véritable empire. Ugmar avait profité de cette incroyable période de félicité pour asseoir son influence sur les dix castes et ainsi diriger le pays d’une main de fer. Cependant, aussi puissant était-il, il demeurait toujours second, derrière le « bon » roi Roll. Peut-être le temps du désordre était-il venu ? Remplacer la concorde entre peuples alliés par le conflit ferait sans doute choir le bien-aimé souverain conciliateur de son piédestal.

Les fonctionnaires s’activaient pour recenser les bébés. Une fois les nourrissons consignés dans les registres, les soldats les chargeaient dans des charrettes, dans l’attente de les confier à leurs familles d’adoption. Au milieu de la matinée, le roi Roll arriva enfin, suivi de la foule de ses courtisans.

— Bonjour, mon roi ! Les évènements de cette nuit confirment ce que nous supposions. La victoire acquise lors de la bataille des champs phlégréens a été décisive. Pour la gloire de Batum-Khal, une nouvelle constellation à l’effigie du Centaure apparaîtra dans le ciel du Ponant. Ugmar marqua alors une hésitation avant de poursuivre Et par conséquent, Nunn vient de nous confier ses derniers nés. Je me suis permis de ne pas vous attendre. Ces créatures paraissent si fragiles. Les laisser ainsi aux quatre vents paraissait inapproprié.

En retrait, Otto, le maire du palais scrutait la réaction de son souverain. D’humeur joviale malgré tout le Bon Roll sourit en tapant l’épaule d’Ugmar . Ces marques de familiarité insupportaient le grand chambellan, mais tel était le prix de sa mainmise sur le conseil du roi.

— Vous avez bien fait, grand chambellan. Ceci confirme une fois encore la supériorité des Elfes sur les autres espèces. Cela fait plus de 20 000 ans que nous sommes invaincus, pour la gloire de Batum-Khal ! Grand Chambellan Ugmar, nous vous faisons confiance pour que cela perdure. Vous procédez comme d’habitude n’est-ce pas ?

— Bien entendu Sir. Nous organisons les adoptions au sein de la population.

— L’organisation des adoptions des derniers nés de Nunn reste une prérogative de la mairie du palais !

Rouge comme une pivoine, le baron Otto tentait de revenir dans la discussion pour conserver sa place sur l’échiquier politique.

— Nous en convenons, mon cher baron Otto, nous en convenons. Observant la mine inquiète de son grand chambellan, le monarque le relança. Quelque chose ne va pas mon cher baron Ugmar ?

C’était trop facile. Le grand chambellan pouvait presque lire dans les pensées de cet imbécile indolent de Roll. Avec une simple mimique, il l’avait manipulé. Ugmar s’avança alors plus près et fit part de ses craintes au suzerain.

— Mon roi, pour la première fois, j’ai des doutes sur le bien fondé de notre stratégie. Certes, le fait d’éduquer les derniers nés de Nunn dans la gloire de Batum-Khal nous assurerait des alliés précieux pour les futures batailles. Mais cette fois-ci, bien qu’inachevés, les derniers nés de Nunn nous sont trop ressemblant.

— Et en quoi cela constitue-t-il un problème, chambellan ? interrogea le maire du palais qui s’était à son tour rapproché du roi des Elfes.

— Mêler cette nouvelle race à notre peuple pourrait engendrer des unions contre-nature bien qu’inévitablement stériles. Ces nouveaux nés de Nunn nous sont par trop semblables !Il pourraient menacer notre primauté parmi les peuples alliés de Batum-Khal ! Si des elfes s’entichaient de ces femelles lorsqu’elles auront grandi ? Ce risque n’existait pas avec les précédentes espèces comme les centaures, les basilics ou les licornes. Nous risquerions d’assister à la dégénérescence du peuple elfique, comme l’ont connu les nains et les orcs en s’accouplant avec les races qu’ils ont dû accueillir dans des unions infertiles.

Ugmar pensait ce qu’il disait. Il détestait viscéralement tout ce qui n’était pas elfique. Pendant des centaines de millénaires, il avait fait bonne figure, mais aujourd’hui il sentait qu’il devait changer de stratégie pour se rapprocher encore plus du trône. Instaurer une ségrégation pouvait engendrer un chaos et à terme le reprocher encore du trône. C’était pourquoi il semait les graines de la discorde. Son argument suscita un temps de réflexion après lequel le roi exposa ses pensées.

— Ugmar, nous ne saurions dire si votre vision constitue de la clairvoyance. Rien ne dit que ces unions contre-nature sont techniquement possibles. Et de toute façon la fécondité de notre peuple constitue en elle-même un frein à sa dégénérescence. Combien y-a-t-il eu de naissances au cours du dernier siècle ? À peine un millier alors que nous sommes des millions d’Elfes. Même avec leurs pratiques ignobles, les nains et les orcs restent largement majoritaires comparés à leurs peuples alliés et leurs hybrides alors que cela a commencé bien avant notre naissance il y a cinq cent mille ans ! De plus, la loi elfique interdit toute union entre espèces différentes.

Le chambellan allait l’interrompre mais le souverain le soumit au silence d’un geste de la main et poursuivit.

— Néanmoins, nous comprenons vos craintes, mon très cher baron. L’interdit est fait pour être bravé. Il est possible que quelques cas isolés se produisent un jour. Que pouvons-nous faire pour en limiter l’impact sur notre peuple ?

Sans aucune hésitation, le maire du palais intervint pour couper l’herbe sous le pied de son contradicteur.

— Si aucune personne de haut rang ne se voit confier un dernier né de Nunn et que cette espèce reste assignée à des taches subalternes, la nation elfique devrait rester la plus grande, pour la gloire de Batum-Khal !

C’était la première fois depuis fort longtemps qu’Otto partageait le point de vue et les inquiétudes de son principal adversaire. Ugmar n’aurait nul besoin de multiplier les manipulations pour arriver à ses fins. Le maire du palais lui offrait ce qu’il désirait sur un plateau. En manœuvrant correctement, il pourrait rester en retrait et ne pas ternir son image tout en salissant celle de ses adversaires. Pour l’instant, le grand baron Ugmar apparaissait souvent comme un manipulateur multipliant les complots pour s’accaparer une part toujours plus grande de pouvoir. Mais il possédait une conscience aiguë des enjeux fondamentaux pour maintenir la nation elfe à son zénith. Fort de cette légitimité, le grand Chambellan renchérit.

— Il faut demander à la deuxième caste des gens de la foi de créer des écoles spécifiques pour ces derniers nés. En contrôlant leur éducation et en limitant les interactions avec les jeunes Elfes, nous tuerons dans l’œuf les possibilités d’unions contre nature.

Ugmar le savait. Le maire du palais ne pouvait pas laisser son adversaire avoir le dernier mot. Il craignait trop le risque de perdre la charge des derniers nés de Nunn.

— Si, à terme, ces derniers nés ressemblent tellement aux elfes, je pense qu’il faut également leur imposer le port d’un signe distinctif. Leurs oreilles sont rondes. Pourquoi pas les obliger à se raser le crâne ? Ou alors une couleur spécifique pour leurs habits. Et lorsqu’ils auront atteint une certaine autonomie, il faudra imposer une ségrégation sociale stricte des deux races. Après tout, cela s’est fait naturellement avec les Cynocéphales, les Griffons et tous ceux qui les ont précédés. Je veillerai personnellement à l’exécution de ces mesures si vous le désirez, Sir.

Sans doute surpris par une telle concorde, le roi Rôll saisit la balle au bon.

— Toutes ces propositions nous semblent acceptables. Mon cher grand chambellan Ugmar, si vous n’y voyez aucune objection, nous proposons finalement que le maire du palais conserve la charge de la gestion du cas des derniers nés de Nunn. Baron Otto, vous nous ferez une proposition aujourd’hui au conseil du matin, à onze heures. À présent, nous vous demandons à tous deux de partir afin que nous puissions préparer notre lever. Nous analyserons le sujet plus en détail lors du conseil d’aujourd’hui. Messieurs !

Une fois dans le couloir, le baron Otto s’adressa à son pair.

— Très cher grand chambellan, j’espère que vous ne porterez pas ombrage du fait que la gestion des derniers nés de Nunn demeure à la charge du maire du palais. N’ayez crainte, mes gens bénéficient de plusieurs millénaires d’expériences répertoriés dans nos registres. Tout se passera parfaitement bien, comme d’habitude, pour la gloire de Batum-Khal !

Otto jubilait sans doute intérieurement en imaginant la colère qui devait consumer le baron Ugmar. Il semblait fort content d’avoir pu contrecarrer la tentative de son ennemi. Le grand Chambellan se mit face au maire du palais, plantant ses yeux jaunes dorés dans ceux de son adversaire. Il le dominait d’une demi-tête et sa carrure imposante ajoutait au sentiment de menace de ses propos. Les dents serrées, il menaça.

— Baron Otto, la question de la gestion des nouveaux nés de Nunn n’a jamais été aussi primordiale. Je veillerai personnellement à ce que les adoptions organisées par la mairie du palais respectent scrupuleusement la ligne de conduite que nous avons définie !

Puis Ugmar se retourna et, dans un grand mouvement de cape, prit congé pour retourner au château. Comme d’habitude, cela avait été d’une facilité déconcertante de manipuler cet imbécile de maire du palais et ce crédule roi Roll. Il devait réfléchir à de nouvelle mesures pour encourager la ségrégation des derniers nés de Nunn. Slymock l’aiderait et il présenterait tout cela tout à l’heure au conseil. Le chaos s’abattrait bientôt sur le royaume de Alfheim. Ugmar pourrait alors en profiter pour devenir l’elfe providentiel seul capable de rétablir la situation. Il fallait faire vite. Le temps était compté. Le baron avait cent cycles de trêve avant la reprise des guerres lemniscates.

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