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Off The Record

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Résumé

CAMERON BLAKE AVAIT BESOIN D'UN LOGEMENT. DEVON WILSON PENSAIT AVOIR TROUVÉ LE COLOCATAIRE IDÉAL. SPORTIF. DISCRET. PAS PRISE DE TÊTE. SAUF QUE CAMERON N'EST PAS UN HOMME. ELLE RÊVE DE DEVENIR JOURNALISTE SPORTIVE. IL VIT POUR LE VOLLEY. ENTRE EUX. IL NE DEVAIT Y AVOIR QUE DES RÉGLES SIMPLES. DES PORTES FERMÉES ET UNE COHABITATION SANS AMBIGUÏTÉ. MAIS CAMERON POSE TROP DE QUESTIONS. DEVON RÉPOND TROP HONNÊTEMENT. ET CERTAINES CONVERSATIONS. MÊME OFF THE RECORD. FINISSENT PAR TOUT CHANGER. QUAND LE TRAVAIL. LA JALOUSIE ET L'ATTIRANCE SEN MÊLENT. RESTER SEULEMENT COLOCATAIRES DEVIENT LEUR PLUS MAUVAIS PLAN.

Genre :
Romance
Auteur :
emmhrv
Statut :
Terminé
Chapitres :
37
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

CHAPITRE 01 - Devon :

Je balance un grand coup de pied dans le t-shirt de sport rouge vif qui traîne au milieu du couloir, l’envoyant valser directement sous le canapé. C’est la méthode de nettoyage éclair, celle qui a fait ses preuves depuis que j’ai emménagé ici. Moo, installé sur le dossier du fauteuil en velours vert émeraude, un peu usé sur les accoudoirs, me regarde faire avec ce détachement supérieur propre aux chats qui savent pertinemment que leur humain est un imbécile.

— Je te dis que tout est sous contrôle, Rox. Arrête de stresser pour rien.

Je coince le téléphone entre mon oreille et mon épaule tout en essayant de redresser le tapis du salon qui s’entête à faire des boudins dans les coins. À l’autre bout du fil, le soupir de Roxanne grésille dans le haut-parleur. J’entends le bruit sec de ses ongles qui tapotent contre l’arrière de sa coque de portable, son tic habituel quand elle s’apprête à m’asséner une vérité désagréable. De l’autre côté du salon, l’aquarium géant et désespérément vide que l’ancien propriétaire a laissé traîner contre le mur, ramasse-poussière de verre massif.

— Devon, mon cœur, mon libero préféré, tu n’as aucun sens de l’organisation. Tu as trouvé ce type sur un forum de l’université il y a trois semaines, vous avez échangé quatre messages textuels sur la moyenne de points par match des Knicks, et tu as signé un bail partagé sans même vérifier s’il n’avait pas des têtes humaines coupées dans son congélateur.

— Déjà, le congélateur est minuscule, il y a à peine la place pour deux boîtes de pizza surgelée et mes blocs de glace pour les genoux, je réplique en passant une main dans mes cheveux fraîchement lavés, que j’ai fini par teindre en rose pâle la semaine dernière. Et ensuite, il s’appelle Cameron. C’est un mec carré. Il fait du journalisme sportif, il connaît la liste des blessés des Philadelphie Eagles par cœur et il déteste les gens qui laissent traîner la vaisselle. On est faits pour s’entendre.

— Tu ne l’as même pas FaceTime une seule fois. Pas une.

— On était occupés ! Entre mes entraînements de volley, ses partiels et ses piges pour le journal de la fac, on n’a pas eu le temps. On s’est texté, c’est moderne. Et puis sa voix écrite transpirait la masculinité. Un truc direct, sans émojis cœurs ou points d’exclamation inutiles. Le mec va arriver, on va poser ses cartons, on va s’ouvrir une bière devant le match de ce soir et ce sera le début d’une colocation de rêve entre bros.

— Une voix écrite qui transpire la masculinité, répète Roxanne avec une lenteur exagérée, visiblement ravie de mon choix de mots. Tu es un poète, Wilson. Un poète tragique. Je te parie vingt dollars que ton super pote de canapé a un énorme red flag que tu as complètement occulté parce qu’il sait ce qu’est un touchdown.

— Pari tenu. Prépare ton billet, Rox, parce que Cameron Blake est le colocataire parfait que le destin a mis sur ma route pour m’éviter de payer l’intégralité de ce loyer exorbitant.

Au même instant, un bruit strident résonne dans le couloir de l’entrée. La sonnette. Un coup sec, franc, qui fait sursauter Moo. Le chat se redresse d’un bloc, ses yeux ronds fixés sur la porte d’entrée avant de sauter lourdement au sol pour aller se cacher derrière le canapé.

— Il est là, je chuchote, sentant une pointe d’excitation grimper dans ma poitrine. Le Messie est là. Je te rappelle plus tard pour te donner les détails de notre première poignée de main virile.

— Que la force soit avec toi, l’idiot. Ne signe rien d’autre avec ton sang.

Je raccroche sans attendre, glisse le téléphone dans la poche de mon short de sport élimé et passe une main rapide dans mes cheveux roses pour essayer de les dompter. J’ai mis mon polo blanc le plus propre, même si j’ai un peu la flemme de porter des chaussures à l’intérieur, donc je suis pieds nus. J’espère que je n’ai pas l’air trop négligé pour un premier contact. Je traverse le salon en trois enjambées, traverse le petit vestibule dont le linoléum commence à se décoller dans les angles, et j’attrape la poignée de la porte d’entrée.

J’affiche mon plus beau sourire d’accueil, celui que je garde pour les jours de victoire ou les photos d’équipe.

— Salut Cameron, bienve…

Les mots se coincent net dans ma gorge. Ma main reste suspendue sur la tranche de la porte, mes doigts se crispant sur le bois peint en blanc.

Sur le paillasson, juste à côté d’une énorme valise rigide gris anthracite et d’un sac à dos d’ordinateur de marque, se tient une fille.

Une fille qui ne ressemble absolument pas à un étudiant en journalisme de deux mètres avec qui je pourrais partager mes shorts de rechange. Elle est plutôt petite, ou alors c’est l’effet de ma propre taille qui fausse la perspective, mais elle dégage une présence qui prend immédiatement tout l’espace du cadre de la porte. Ses cheveux sont un ouragan de boucles rousses, vibrantes comme des flammes, qui lui tombent sur les épaules. Son visage a des traits fins, presque géométriques, et ses yeux, d’un vert émeraude percutant, m’examinent de haut en bas avec une précision qui me donne instantanément l’impression d’être un spécimen de laboratoire un peu décevant. Elle porte une robe à fines bretelles d’un blanc pur qui semble glisser sur son corps svelte, et des talons aiguilles blancs qui allongent encore ses jambes. Elle n’a aucune trace de sueur, aucune trace de stress. Juste une assurance tranquille qui me frappe de plein fouet.

Je cligne des yeux une fois. Deux fois. Je regarde derrière elle, dans le couloir de l’immeuble, à la recherche du véritable Cameron qui se cacherait peut-être dans les escaliers pour faire une blague. Le couloir est vide, à l’exception d’une plante verte à moitié crevée près de l’ascenseur.

Mon cerveau refuse d’imprimer la situation. Les connexions nerveuses se mélangent, Roxanne rira de moi pendant les dix prochaines années si ce que je pense est vrai, et la seule chose que ma bouche réussit à articuler, c’est la pire énormité possible.

— Vous vous êtes trompée d’appartement. J’attendais pas de fille aujourd’hui.

Dès que les mots franchissent mes lèvres, je veux me frapper le front contre le mur. C’est stupide, c’est maladroit, et c’est surtout dit avec une voix légèrement trop haute qui trahit mon panique totale. Je me sens soudain très conscient de mon polo blanc froissé et de mes pieds nus.

La fille ne bouge pas d’un millimètre. Ses sourcils se froncent à peine, créant une petite ligne verticale entre ses deux yeux verts. Elle baisse le regard sur mes pieds nus, remonte le long de mes jambes, s’arrête un instant sur mes cheveux roses, puis plante ses yeux dans les miens. Sa bouche se pince en une ligne droite, froide comme un hiver dans le Michigan.

— Numéro 4B, dit-elle d’une voix claire, posée, sans une once d’hésitation. Devon Wilson. C’est bien ici. Et je ne me suis pas trompée d’adresse.

Le silence qui s’installe est tellement lourd qu’on pourrait le couper au couteau de cuisine. J’entends le ronronnement lointain du vieux réfrigérateur qui fatigue dans la cuisine et le bruit des voitures sur l’avenue en bas. Je reste planté là, la main toujours sur la poignée, les yeux écarquillés, l’air aussi utile qu’un filet de volley troué.

— Mais… Cameron ? je balbutie, espérant encore un miracle, une explication logique, un jumeau caché, n’importe quoi.

Un soupir imperceptible soulève ses épaules sous sa robe blanche. Elle lâche la poignée de sa grosse valise grise qui reste droite sur le paillasson, et croise les bras sur sa poitrine avec une lenteur calculée. Les boucles rousses tombent un peu plus sur son visage.

— Laisse-moi deviner, commence-t-elle, sa voix se teintant d’un sarcasme tellement aiguisé qu’il pourrait écorcher la peinture du couloir. Cameron. Le journalisme sportif. Les discussions tactiques sur la défense de zone des Knicks et les pronostics pour la saison de NFL. Tu as supposé que j’avais un pénis.

Je sens la chaleur me monter instantanément aux joues. Ma peau devient brûlante, et je sais pertinemment que je suis en train de virer au rouge pivoine, ce qui est particulièrement humiliant pour un athlète de haut niveau censé gérer la pression devant des gradins pleins. Je me passe une main nerveuse dans mes cheveux roses, les ébouriffant encore plus.

— Non ! Enfin, si… je veux dire… Cameron, c’est souvent un nom de mec, non ? Et puis tu parlais de sport comme si… enfin…

— Comme si les femmes n’avaient pas le droit de comprendre les schémas de jeu ou d’analyser une feuille de statistiques ? complète-t-elle en inclinant légèrement la tête sur le côté, ses yeux verts fixés sur moi. C’est intéressant comme concept. Très moderne pour le XXIe siècle.

— C’est pas ce que je voulais dire ! je m’empresse de rectifier, les mains levées devant moi comme pour arrêter un ballon qui me fonce dessus. Je n’ai rien contre les filles qui aiment le sport. C’est super, même. C’est juste que… j’avais imaginé un truc différent. Une ambiance différente.

Ses yeux se rétrécissent encore un peu plus. Elle jette un coup d’œil par-dessus mon épaule, essayant de percer l’obscurité relative du vestibule de l’appartement. Je me décale d’un pas par réflexe pour lui masquer la vue, réalisant soudain que le t-shirt rouge que j’ai poussé sous le canapé dépasse peut-être encore un peu et que la vaisselle du petit-déjeuner stagne toujours dans l’évier.

— Une ambiance de vestiaire mal aéré avec des canettes de bière vides qui servent de décoration et des concours de rois du rot ? demande-t-elle, le ton d’une neutralité terrifiante. Désolée de gâcher tes projets de fraternité étudiante, Devon. Mais le bail est signé par nous deux, le premier mois de loyer a été prélevé sur mon compte bancaire hier matin, et mes cartons de livres arrivent par coursier demain à la première heure. Donc, que ça te plaise ou non, la mauvaise Cameron va habiter ici.

Elle marque une pause, me laissant digérer l’information. Je me sens complètement dépassé par les événements. En l’espace de deux minutes, mes rêves de soirées jeux vidéo entre potes se sont évaporés pour laisser la place à une réalité beaucoup plus complexe, incarnée par une fille rousse en robe blanche qui a l’air de vouloir me disséquer sur place avec ses yeux verts. Et cette robe et ces talons pour un déménagement… C’est absurde.

— Non, mais c’est cool ! je tente de rattraper le coup avec un rire nerveux qui sonne terriblement faux. C’est pas un problème du tout. Vraiment. Entrez, je t’en prie. Laisse-moi t’aider avec ça.

Je me penche en avant pour attraper la poignée de sa valise géante, désireux de montrer que je suis un mec sympa, serviable, le genre de colocataire sur qui on peut compter malgré une première impression désastreuse. Mais au moment où mes doigts effleurent le plastique rigide, elle fait un pas en avant, s’interposant entre moi et son bagage. Sa main fine se pose sur le haut de la poignée avant la mienne.

— Je peux gérer mes propres affaires, merci.

Le contact n’a même pas eu lieu, mais le message est clair. La distance de sécurité est activée. Elle franchit le seuil de la porte avec sa valise qui roule dans un petit bruit sec sur le linoléum usé, les talons aiguilles claquant sur le sol. Elle s’arrête net au milieu du vestibule, juste sous l’ampoule nue qui pend du plafond. Elle ne pose pas son sac, elle ne retire pas sa robe. Elle reste là, droite, les mains enfoncées dans ses poches imaginaires, à observer les lieux comme un inspecteur de l’hygiène examine les cuisines d’un restaurant douteux.

Moo choisit précisément ce moment pour sortir sa tête de derrière le canapé. Il avance à pas de loup, sa queue noire dressée en point d’interrogation, ses grands yeux jaunes fixés sur la nouvelle venue. Il s’arrête à deux mètres d’elle, pousse un petit miaulement plaintif, puis s’assied sur son arrière-train, l’air de dire qu’il décline toute responsabilité pour ce qui se passe ici.

Cameron baisse les yeux vers le chat. Son expression s’adoucit à peine pendant une demi-seconde avant de redevenir un masque de marbre analytique.

— C’est le chat dont tu parlais dans l’annonce ?

— Ouais, c’est Moo, je dis, reconnaissant pour cette diversion inespérée. Il est propre, il ne griffe pas les meubles, enfin, sauf le fauteuil vert mais il est déjà foutu de toute façon. Il est sympa. Il aime bien les gratouilles derrière les oreilles.

— Tant qu’il ne prend pas mes notes de cours pour une litière, on devrait pouvoir cohabiter, répond-elle sans même tenter de se pencher pour caresser la bête.

Moo, vexé par ce manque flagrant d’intérêt pour sa personne, tourne les talons et repart vers le salon d’un pas digne. Je reste au milieu de l’entrée, les bras ballants, de plus en plus conscient de mon polo froissé, de mes cheveux roses et du désordre ambiant. Cameron se retourne lentement vers moi. Son regard s’arrête sur le couloir qui mène aux chambres, puis revient sur mon visage. Il y a une sorte de fatigue résignée dans ses yeux verts, mais aussi une détermination qui me fait comprendre que la discussion ne fait que commencer.

— Bon, Devon, dit-elle en posant son sac d’ordinateur au sol, juste à côté de sa valise. On va mettre les choses au clair tout de suite. On a manifestement eu un problème de communication avant mon arrivée. Tu t’attendais à un mec, je m’attendais à quelqu’un qui lit les profils universitaires jusqu’au bout au lieu de s’arrêter aux trois premiers mots clés. On est logés à la même enseigne. Mais je n’ai ni le temps ni l’énergie de chercher un autre logement en plein milieu du semestre, et je suppose que tu n’as pas les moyens de me rembourser ma part de caution là maintenant.

— C’est vrai, j’avoue, les mains enfoncées dans les poches de mon short pour me donner une contenance. Mon compte en banque est plus vide que l’aquarium là-bas.

Elle jette un coup d’œil rapide vers la cuve en verre poussiéreuse, fronce les sourcils, mais ne pose pas de question. Elle préfère se recentrer sur l’urgence du moment : moi.

— C’est bien ce que je pensais. Donc, on va devoir faire fonctionner cette colocation. Mais pour que cela se passe sans qu’on se retrouve dans la rubrique des faits divers du journal local avant la fin du mois, il va falloir établir des règles. Et on va le faire maintenant, avant même que je ne déballe le moindre t-shirt.

— Des règles ? Genre, un planning pour la vaisselle ? Je te jure que je suis plutôt propre quand je m’y mets, j’essaie de me défendre avec un sourire encourageant.

Cameron ne sourit pas. Elle croise les bras sur son torse, la robe blanche accentuant la sveltesse de sa silhouette. Elle me fixe avec une intensité qui me donne l’impression d’être face à mon entraîneur après une série de fautes directes en plein match.

— Non, Devon. Pas seulement pour la vaisselle. Des règles claires, écrites et non négociables pour ma sécurité physique et mentale dans cet endroit.

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