1 - Sombre prémonition (Partie 1)
La pluie battante martelait le sol, écho lugubre à l’épuisement qui pesait sur les Élus. Chaque minute qui s’égrène les enfonçait davantage dans un abîme de désespoir. Le conflit avec les Archéens, tel un nœud coulant, resserrait son emprise sur leur destin, étouffant toute lueur d’espoir. Ils étaient pris au piège, incapables de trouver une issue à cette fatalité qui les menait droit à leur perte.
Face à eux, leurs ennemis se dressaient, puissants et implacables, à la tête d’une armée innombrable de disciples fanatiques. Les forces du mal, déchaînées, s’étendaient comme une gangrène, consumant tout sur leur passage. Les Élus, quant à eux, ne pouvaient compter que sur une poignée d’alliés, une centaine d’âmes courageuses mais dérisoires face à la marée montante des ténèbres.
Ce jour-là, sous le ciel gris et pluvieux, le poids de la réalité s’abattit sur eux avec une violence inouïe. La guerre, imminente, se profilait à l’horizon, annonçant un cataclysme d’une ampleur sans précédent. Ils étaient acculés, condamnés à assister, impuissants, à la fin du monde. Ce même monde qu’ils auraient dû protéger. C’était inévitable.
Jonah, gisant sur le sol jonché de débris, parvint à tourner la tête avec une difficulté extrême. Ses amis, autour de lui, partageaient son épuisement, leur poitrine se soulevant et s’abaissant dans un halètement désespéré. Ils étaient incapables de se relever, contraints d’assister à cette fin lugubre, résignés par leur échec répétitif. Le monde, tel qu’ils le connaissaient, était englouti par le chaos.
Le temps s’écoulait, tandis que chaque seconde les rapprochait de l’anéantissement. Les créatures, avides de destruction, se répandaient à travers les ruines, emportant l’humanité dans un tourbillon de violence, dans une cruauté sans nom. Leur soif de sang était insatiable, et bientôt, il ne resterait que ténèbres et mort, un paysage désolé où résonnaient les cris des mourants.
Un sursaut de volonté anima Jonah. Le jeune homme rassembla les dernières parcelles de force qui subsistaient en lui, déterminé à se relever, à jouer une ultime carte, à inverser le cours de cette tragédie. Mais alors qu’il tentait de se redresser, une douleur fulgurante le traversa de part en part. Ses yeux se baissèrent lentement, découvrant une lame enfoncée dans sa poitrine, le cœur transpercé. Puis le métal froid fut retiré avec une brutalité sèche, scellant son destin.
Ses yeux se fermèrent, se laissant emporter par la mort qui l’enveloppait de son étreinte glaciale. Dans la brume lointaine, il entendit les cris déchirants de son frère, l’appelant désespérément, le suppliant de rester. Mais il n’y avait plus de retour possible. Le chaos et la mort avaient triomphé, et le monde sombrait dans un abîme sans fond où ils avaient été impuissants ; où seul un nom résonnait : les Achéens.
« Allez, réveille-toi, marmotte ! »
La voix de Nash résonna violemment dans les oreilles de Jonah, le secouant brutalement dans son lit, où les draps avaient été témoins de son combat. Une lumière aveuglante le frappa, le tirant de son sommeil avec un cri étouffé. Il lui fallut un moment pour reprendre ses esprits, pour distinguer la réalité du cauchemar qui le hantait. Le souvenir de la lame dans sa poitrine, la douleur lancinante, étaient encore trop vifs pour sembler irréels, brouillant la frontière entre le rêve et l’éveil.
« Encore un cauchemar ? » demanda Nash, son regard empreint d’inquiétude.
Jonah porta machinalement sa main à sa poitrine, comme pour vérifier ce qui le maintenait encore endormi.
« Ça semblait si… réel… » murmura-t-il, la voix encore chargée d’effroi.
La sensation du poignard froid dans sa chair le glaçait, n’étant plus que son seul repère dans cette matinée mouvementée.
« Ça l’était, » conclut-il, le regard perdu dans le vide.
« Un avant-goût de ce qui nous attend, tu penses ? » interrogea Nash, son ton se faisant plus grave.
Jonah leva les yeux vers son frère, et l’image de son visage, déformé par la douleur et la colère, lui revint en mémoire. Un nouveau frisson parcourut son échine, alimentant la raideur cadavérique de ses muscles. L’homme hocha lentement la tête, réalisant avec une certitude glaciale que ce cauchemar n’était pas qu’une simple vision comme on pouvait secrètement l’espérer, mais un présage. Leur avenir était scellé, et ils fonçaient droit dedans, vers cette mort cruelle, une fin inéluctable. La peur et la résignation se mêlaient dans son regard, reflétant le désespoir qui commençait à s’emparer de lui.
Les nuits étaient devenues un champ de bataille. Les cauchemars, autrefois vagues et distants, se transformaient en scènes d’une clarté terrifiante, chaque détail gravé dans sa mémoire telle une brûlure qui ne disparaît jamais vraiment. Jonah voyait des visages familiers se tordre de douleur, des paysages autrefois paisibles ravagés par une force obscure, et au centre de tout, une ombre grandissante, une présence malveillante qui semblait se nourrir de leur peur.
Le partage de ces visions avec le groupe avait été difficile, un aveu de faiblesse, une fissure dans l’armure qu’il s’était efforcé de maintenir. Mais il n’était pas seul. Les autres, à leur tour, avaient révélé leurs propres tourments nocturnes, des cauchemars qui se rejoignaient. Depuis, ils avaient compris, avec horreur, que leurs destins étaient liés à la chute du monde, qu’ils étaient les témoins impuissants d’une apocalypse imminente.
Animés par un mélange de désespoir et de défi, ils s’étaient jetés à corps perdu dans leurs recherches, espérant trouver une faille, un espoir dans les anciennes prophéties qui les désignaient comme les Élus, les salvateurs de ce monde. Ils avaient exploré des bibliothèques oubliées, déchiffré des parchemins poussiéreux, cherchant des indices sur la nature du mal qui se rapprochait, sur la manière de le vaincre.
Pourtant, leur mission était claire : se retrouver, unir leurs forces, leurs talents uniques, afin de repousser les ténèbres. Mais la réalité était cruelle. Ils n’étaient que cinq hommes et, une poignée d’individus, face à une armée grandissante de créatures monstrueuses, de cultistes fanatiques, de puissances obscures. Leur nombre diminuait, leurs alliés tombant un à un, victimes de la folie, de la corruption, ou simplement de la mort.
Dix années s’étaient écoulées depuis leur rencontre, dix années de lutte incessante, de sacrifices, de pertes, où ils étaient devenus des vétérans usés, portant les cicatrices de mille batailles, physiques et mentales. La fatigue pesait sur eux comme une chape de plomb, le doute rongeait leur détermination, leur courage, leur certitude.
Ils étaient à bout, au bord du gouffre, se demandant, jour après jour, si leur combat avait un sens, si l’espoir qu’ils incarnaient n’était pas qu’une illusion dans de vieux parchemins.
L’atmosphère ce matin-là était plus lourde, presque palpable, comme un brouillard épais qui enveloppait la maison. Jonah sentait le poids de la fatigue peser sur ses épaules alors qu’il se levait, le corps engourdi par cette nouvelle nuit agitée. Son frère, d’ordinaire si jovial et énergique, se déplaçait tel un fantôme, silencieux et distant. Jonah le suivit, les pieds traînant à son tour sur le sol froid.
La cuisine, habituellement un lieu de rassemblement bruyant et animé, était plongée dans un silence sépulcral. Thiago, le visage pâle et les yeux cernés, tournait machinalement sa cuillère dans son café, son regard perdu dans le vide. Morgan, habituellement si stoïque, imposant, sûr de lui, était affalé sur sa chaise, les bras croisés sur sa poitrine, le visage fermé et ailleurs. L’homme semblait prisonnier de ses propres pensées, perdu dans un labyrinthe de doutes et de peurs.
Myke, le leader du groupe, l’homme qui avait toujours incarné l’espoir et la détermination, tenait sa tête entre ses mains, tentant d’empêcher son crâne d’exploser sous la pression de cette guerre perdue d’avance. Les rides autour de ses yeux étaient plus profondes, sa peau plus pâle, témoignant de ces nuits blanches et ces jours de tension. Quand il entendit Jonah descendre les marches, sa tête se leva lentement, ses yeux fatigués rencontrant ceux de son ami. Son visage, habituellement illuminé par un sourire encourageant, était maintenant empreint d’une tristesse profonde, d’un désespoir à glacer le sang.
« Myke… » murmura Jonah, sa voix rauque et brisée. « Je… Je ne sais pas combien de temps nous pourrons tenir comme ça. »
Le silence qui suivit ces mots était plus assourdissant que n’importe quel cri. Chacun était confronté à la même question, la même peur : combien de temps pouvaient-ils encore lutter contre un ennemi qui semblait invincible ? Combien de temps avant que le poids de leurs échecs ne les écrase complètement ?
L'espérance de vie chez les hommes est moins élevés que les femmes, preuve ? TÉMA ces bougres !
J'adore toujours autant ta plume