Au mauvais endroit au mauvais moment
Je rentrais les dernières plantes et fleurs coupées qui étaient exposées sur le trottoir à l’intérieur de la boutique avant de baisser le rideau de fer pour pouvoir rentrer chez moi.
C’était mon rêve de petite fille cette boutique mais malheureusement celui-ci risquait bien de tourner court. L’emplacement avait été mal choisi, il n’y avait clairement pas assez de passage, les clients se faisaient rare. Peu importe à quel point je mettais tout mon cœur dans ce travail, cela n’y changeait rien. Le déficit se creusait un peu plus chaque jour. Je n’allais plus pouvoir la garder ouverte encore longtemps et ça me minait le moral…
Je marchais tête baissée et décidais de prendre un raccourci pour rentrer, d’habitude je l’évitais parce qu’il me faisait passer par des ruelles mal éclairées. Ça m’inquiétait mais je n’avais jamais rien vu qui puisse me conforter dans cette peur irrationnelle alors je préférais l’ignorer ce soir, trop déprimée pour m’en soucier.
Après quinze minutes de marche, la tête dans mes bilans comptables catastrophiques, à me triturer l’esprit pour trouver une solution miracle qui pourrait me sortir de cette galère, je passais dans une ruelle très étroite, il y faisait vraiment sombre mais je marchais vite pour la traverser rapidement, jusqu’à ce que j’aperçois dans mon champ de vision un homme au sol couvert de sang !
Ça me stoppa net et me coupa le souffle, je relevai la tête pour découvrir trois hommes devant moi qui me fixaient. Je reculai lentement comme si j’avais affaire à des bêtes sauvages qu’il ne fallait pas exciter.
L’un d’eux m’interpella d’une voix grave et autoritaire :
« Ça ne sert à rien de t’enfuir ma jolie à part à m’énerver un peu plus.»
J’ignorai ces paroles et me mis à courir aussi vite que mes jambes le pouvaient. J’entendais mes pulsations cardiaques dans mes tempes, j’étais complètement paniquée.
Je sentais bien que je n’y arriverai pas, qu’ils allaient me rattraper rapidement et je commençais à imaginer le pire…
Soudain, quelqu’un attrapa mes cheveux et les tira violemment sur le côté, ce qui me déséquilibra et me fit chuter lourdement sur le béton. Mon visage heurta le sol.
L’homme me ramassa aussitôt et me jeta sur son épaule pour me ramener vers les autres. Je sentais du liquide chaud couler sur mon visage et mes mains éraflées me lançaient, je savais bien que ce n’était rien à côté de ce qui allait m’arriver.
«Le patron t’avait pourtant prévenu de ne pas t’enfuir, tu aurais dû l’écouter, maintenant, il risque de ne plus être indulgent.» me dit l’homme qui me portait.
«Je vous promets de ne jamais parler de ce que je viens de voir, s’il vous plaît, reposez-moi, laissez-moi partir.» suppliai-je, terrifiée par ce qu'il allait m'arriver.
«Ça, ce n’est pas moi qui décide.»
Quelques minutes plus tard, je l’entendis à nouveau mais il ne s’adressait pas à moi.
« Qu’est-ce que je fais d’elle ?»
« Dans la voiture.» C’était la même voix qui me disait de ne pas m’enfuir.
Je me retrouvais sur le siège arrière d’une berline luxueuse, soulagée de ne plus avoir la tête en bas. J’essayais de toucher mon visage pour savoir dans quel état j’étais quand la portière s’ouvrit et un homme à la carrure impressionnante monta s’asseoir près de moi.
Je n’osais pas le regarder, ma gorge se serrait, j’avalais ma salive avec difficulté. Il ne disait rien mais je sentais qu’il m’observait. C’était effrayant, je préférerais rompre ce silence.
« Je ne dirai rien, je vous le promets.» dis-je d’une petite voix en détournant la tête.
« Comment pourrais-je en être sûr ? Tu n’arrives même pas à me regarder dans les yeux !»
Sa voix était grave et pleine d’assurance, il semblait calme, ça me rassurait un peu, au moins ce n’était pas un tueur fou sanguinaire.
Je me tournai lentement vers lui en levant mes yeux vers les siens. Je restai bouche bée, je ne m’attendais pas à voir un homme aussi séduisant, il était tout en noir, costume et chemise, ses cheveux aussi étaient sombres, quand à ses yeux marrons foncés ils semblaient presque brillants et envoûtants dans la pénombre.
N’importe quoi, je n’allais certainement être sous le charme d’un assassin. Je détournai le regard mais il attrapa ma mâchoire d’une main pour ramener mon visage vers lui. Il semblait examiner ma plaie. Un homme ouvrit la portière pour lui donner mon sac, j’avais dû le lâcher pendant ma tentative de fuite.
Il fouilla jusqu’à sortir mon portefeuille. Il examina mes papiers d’identité et les pris en photo puis me montra l’adresse inscrite sur ma carte d’identité.
«Tu habites toujours là ?»
J’ hésitais à lui répondre. Je me sentais piégée et j'avais peur.
«Ne me mens pas, je le saurai et ce sera juste pire pour toi !»
«Oui, c’est toujours mon adresse.» Il m’avait vite convaincu, je n’allais pas faire deux fois la même erreur et prendre le risque de le mettre plus en colère.
«Très bien ! Alors allons-y.»
«Chez…chez moi ? » bégayai-je.
«C’est ça. » confirma-t-il calmement.
Il sortit parler brièvement à ses hommes et s’installa sur le siège conducteur. Le trajet se fit dans un silence lourd et pesant. J’ avais un nœud à l’estomac, je n’arrêtais pas de me faire pleins de scénarios sur ce qu’il allait bien pouvoir se passer et à chaque fois, ça finissait d’une façon terrible pour moi !
La voiture ralentit, puis s’arrêta, on était arrivés devant mon immeuble. Il m’ouvrit la portière et me tendit la main, ne la saisissant pas, il me lança des éclairs avec ses yeux qui me firent sortir rapidement de la voiture pour marcher à ses côtés. Cet homme me faisait vraiment peur !
Puisque je n’avais pas pris sa main, il se rapprocha de moi pour passer un bras autour de ma taille et me tendit mon sac qu’il tenait dans l’autre main, je le pris puis il me murmura à l’oreille :
«Je te préviens ma jolie, pas d’esclandre, si tu attires l’attention de quelqu’un, tu auras sa mort sur la conscience, c’est compris ?»
Je répondis en hochant la tête fébrilement. Nous montons les deux étages sans qu’il n’enlève sa main de ma hanche. Devant ma porte, il me fit un signe de tête pour que je l’ouvre. Je m’exécutais rapidement, mais n’y arrivant pas à cause de ma main tremblante, il me prit la clé des mains pour s’en occuper.
A l’ intérieur de l’appartement, mon adorable chat couru pour m’accueillir comme il le faisait à chaque fois que je rentrais mais quand il aperçut que je n’étais pas seule, il se stoppa net et nous observa d’un air inquiet.
L’homme qui venait de refermer la serrure de l’intérieur et de glisser les clés dans sa poche, se retourna et fixa mon Garry sans rien dire, ce qui m’inquiéta encore plus.
« Je t’en pris, dis-moi que tu n’es pas un de ces cinglés qui prend plaisir à faire du mal aux animaux ?» lui demandais-je, soucieuse de la sécurité de mon meilleur ami.
Il secoua la tête en riant faussement.
« T’es sérieuse, là ? Pour qui tu me prends ?»
« Peut-être pour un assassin ?»
Il me jeta un regard noir et je levai les épaules. Puis il fit le tour de l’appart, c’était vite fait, il n’y avait qu’une pièce avec cuisine ouverte, je dormais dans un canapé lit dans le salon et il y avait une salle de bain avec WC.
En revenant il attrapa mon bras et m’emmena vers la salle de bain, il se plaça derrière moi et prit mes mains éraflées pour les passer sous l’eau, la douleur me fit avoir un mouvement de recul qui me plaqua contre son torse.
Je levais les yeux, choquée de voir mon visage dans le miroir, il était couvert de sang séché sur tout un côté, le sang avait coulé d’une plaie au niveau de l’arcade sourcilière. Il souffla et remit mes mains sous l’eau et les nettoya délicatement avec du savon, il y avait même des petits graviers coincés dans les chairs. Je ne pensais pas qu’un homme comme lui, qui paraissait si dur pouvait faire preuve de tant de douceur. Je l’observais discrètement dans le miroir, il semblait concentré sur ce qu’il faisait.
Après m’avoir demandé où était ma trousse de premiers secours, il me désinfecta et posa une bande autour de mes deux mains puis il me fit pivoter sur moi-même et pris un gant humide pour nettoyer mon visage et le contour de la plaie, ensuite il nettoya mon arcade blessée avec une compresse et un spray désinfectant, ce qui me fit reculer la tête plusieurs fois par réflexe, le faisant grogner de mécontentement à chaque fois.
Pendant qu’il plaçait des pansements strip pour resserrer les chairs, mes palpitations se calmaient un peu, je commençais à être rassurée sur ses intentions, pourquoi s’occuperait-il de moi s’il voulait me tuer ? Ça n’aurait absolument aucun sens !









pas rassurant
j’aime mais pas assez longt