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Personnaliser la lisibilité

Sourire Solaire (Première partie)

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Résumé

Je sais que j'ai pour habitude de lister ce que j'ai fait sur un carnet, mais résumer toute mon année de première en quelques lignes, ce n'est pas la même chose. Enfin, deuxième année de première... Avoir si peu de mots pour décrire les amis que je me suis faits, ça ne leur rendrait pas justice. Balayer mes anxiétés, ma cardiopathie congénitale ou les obstacles que j'ai rencontrés en une ligne, je n'apprécierais pas. C'est trop bizarre. Enchaîner tout le bonheur que j'en ai tiré et toute la tristesse qui a pu m'accompagner... non, je ne me vois pas le faire. Sans compter son sourire. Le smiley. Lui. Découvrez le premier tiers du roman sur Inkitt. La suite est actuellement en phase de bêta-lecture ! N'hésitez pas à me contacter pour pousrsuivre la lecture. Illustrations de @kessietajan (Merci<3)

Statut :
Excerpt
Chapitres :
19
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapitre 1 - Rentrée Sportive

J’imaginais Flora me crier :

- Tu veux te tuer ?

Je courais sur la chaussée aussi vite que mon cœur le permettait. Lors d’une matinée normale, il m’aurait fallu une quinzaine de minutes pour effectuer le trajet entre ma maison et le lycée, soit dix de plus que mes amies. L’activité physique n’était pas mon fort. Mon cœur s’emballait au moindre effort plus important que de trottiner. Flora le savait. C’était probablement pour cela que je me souvenais de ses mots. Lorsqu’elle avait appris pour ma cardiopathie congénitale, nous n’avions que onze ans et venions tout juste d’entrer au collège. J’essayais de toutes mes forces de maintenir la cadence des autres élèves, mais le résultat était lamentable. L’écho d’un souvenir sonnait à mes oreilles :

- Tu veux te tuer ?

Flora m’avait rattrapée avec aisance et m’avait forcée à m’arrêter. Alors que je reprenais mon souffle, un autre élève nous cria :

- Monsieur Moreau nous a demandé de ne pas s’arrêter de courir !

- Ne t’inquiète pas pour moi, ai-je répondu entre deux respirations, je vais repartir tout de suite.

- Ah ça non ! Tu as vu dans quel état tu es ?

J’avais voulu répondre à Flora, mais je n’y arrivais pas. J’avais juste posé la main sur ma poitrine et m’étais penchée en avant sous son regard. Quelques minutes plus tard, nous étions sur le chemin de l’infirmerie. Même lorsque je n’étais plus recroquevillée sur moi-même, elle était plus grande que moi. Si elle ne portait pas des couleurs pastel, on ne verrait qu’elle. Ses cheveux blonds plus clairs qu’un rayon de soleil étaient toujours attachés en queue de cheval ou chignon, comme si elle se tenait toujours prête à l’action. Je découvris rapidement qu’elle portait ses joggings même en dehors des cours d’EPS. Elle adorait s’habiller avec des vêtements de sport ou confortables, et si possible les deux. Après cette rencontre, nous devînmes amies.

Maintenant, je la connaissais si bien que je savais qu’après avoir couru jusqu’à l’école, m’être faite réprimander par la prof de mathématiques pour mon retard, et avoir suivi péniblement le cours, elle allait m’engueuler pour avoir foncé sans prendre mon temps. Flora allait me dire, sur un ton dramatique, qu’il fallait mieux arriver en retard que de risquer la mort puis, après avoir réfléchi, elle ajouterait :

- Non, tu devrais juste éviter d’avoir ce choix à faire. Tu devrais mieux t’organiser le soir pour ne pas manquer de temps le lendemain matin.

Mais tout cela ne servirait à rien si je n’arrivais pas à m’endormir dans ma chambre et ce n’était pas chose aisée. Il m’était pénible de m’endormir dans un endroit que je considérais comme la maison d’une autre, une petite fille qui n’avait pas grandi. Ce n’était plus mon foyer. La petite pièce rose bonbon n’avait pratiquement pas changé depuis mes cinq ans, comme l’image que se faisaient mes parents de moi : leur mignonne petite fille qu’il fallait protéger. Lorsqu’un jour, j’avais invité Bruno à passer chez moi, il avait été choqué en découvrant les lieux. Le lit, maintenant trop petit, était prolongé par l’ancien repose-pieds du salon. Le bureau installé face à la fenêtre était couvert de manuels scolaires, stylos, crayons, fiches Bristol et autres fournitures. Ma machine à coudre, couverte de paillettes, avait quitté sa place pour finir sur une étagère. Mon lit était dans un état catastrophique. Je le fis aussi bien que possible, avant qu’il ne le remarque. Quand j’eus fini, il était sur mon bureau. Sous tout ce fouillis, il avait deviné des dessins incrustés dans le vieux plan de bois que je n’avais pas différencié d’une feuille de papier, il y a bien des années. En un éclair, j’avais pris des feuilles et couvert tous les dessins que l’on pouvait entrapercevoir.

- C’est pas une visite de musée !

- Pourtant les murs présentent plein d’œuvres d’art !

Je savais qu’il se moquait de moi en faisant référence aux posters de Girl’s Generation, EXO et autres images de K-pop que j’avais mises pour essayer de couvrir les murs roses. Bref, de toute ma chambre, seule la penderie dont le contenu avait pu grandir avec moi ne me déplaisait pas. Dans ces conditions, il m’était devenu très difficile de trouver le sommeil.

Au-dessus du portail était écrit “Lycée privé Alexandre Dumas”. L’école était ouverte, mais les élèves étaient déjà entrés. Je m’arrêtai quelques instants pour laisser mon cœur battre à tout rompre. Je m’étais trompée. Flora n’allait pas pouvoir me réprimander sur ma course effrénée, car elle n’allait pas savoir que j’étais en retard. Nous n’étions plus dans la même classe. J’avais redoublé. Et quelle bonne idée d’entamer ma deuxième année de première avec un retard ! Même si nous étions toujours dans la même école, Flora allait me manquer. La voir se rouler les pouces lorsqu’elle avait fini les exercices en premier (fini ne voulait pas dire réussi), la voir faire disparaître ses affaires à la seconde où la cloche retentissait ou encore lever la main comme si elle cherchait à toucher le plafond, son énergie ne m’accompagnerait plus chaque heure de la journée... Et j’en avais besoin. Alors que mon rythme cardiaque redevenait normal et que je devais rentrer dans l’école, mon second pire ennemi, le stress, m’asséna un nouveau coup : j’étais en retard !

Ce n’était évidemment pas ce que je voulais ajouter à ma liste de succès. Tous les jours, avant de me coucher, j’écrivais dans un petit carnet les succès de la journée. J’aurais préféré y noter une phrase de l’ordre de “Mardi 17 septembre, j’ai réussi à parler au nouveau”. J’ai cru entendre qu’il s’appelait Sam. Il était à peine plus petit que moi, mais prenait tout de même plus de place avec sa masse musculaire (il m’expliqua plus tard qu’il n’allait “que” trois fois par semaine à la salle à cause de “la règle des 80/20”). Il avait les cheveux noirs corbeau en undercut qui semblaient toujours de la même longueur. La seule chose qui changeait avec le temps était le nom des écoles qu’il portait sur ses sweats.

- Tu as vécu aux États-Unis ? lui demandais-je quand nous apprîmes à nous connaître.

- As you can hear from my accent, absolutely not.

Effectivement, son accent presque indien semblait provenir d’une des vidéos tutoriels que Bruno aimait tant.

- Ah, ce sont tes écoles préférées ?

- Non. Pour tout te dire, je ne suis même pas sûr que ce soient des écoles.

Lorsque nous avions vérifié, il s’était avéré que c’étaient des noms fictifs pour des raisons de droit. Mais ces conversations n’arrivèrent pas les premiers jours. Malheureusement, approcher le nouvel élève de la classe de moi-même m’aurait demandé de surmonter mon stress et mon cœur. Ce qui reviendrait presque à la situation actuelle : moi, devant la porte fermée de la classe, avec un quart d’heure de retard.

Lorsque j’ouvris la porte, la pièce était vide. Nous n’avions pas cours et j’avais une heure d’avance.

Était-ce une bonne nouvelle ? D’un côté je n’étais pas arrivée en retard en cours, et de l’autre, j’allais devoir attendre en permanence durant presque une heure, seule. Dans ce collège-lycée, quel que soit votre âge, vous n’aviez pas le droit de traîner dans les couloirs. S’il n’y avait pas cours et pas de mots pour sortir, c’était la permanence. Vive les lycées privés à l’ancienne... Je fus prise d’un pincement au cœur. Flora avait toujours quelque chose à faire. Elle n’allait pas m’accompagner dans mes révisions ou me prêter l’un de ses romans. Je n’aurais pas dit non à Hunger Games ou Le pacte des Marchombres, car je n’avais pas de devoirs à faire. Ce n’était que la première semaine de classe et la permanence était donc pratiquement vide.

Le hall principal de l’école avait une triple utilité au sein de notre lycée. Le midi, il servait de cantine: le reste du temps, il servait de salle de permanence à l’exception de grandes occasions où il redevenait un hall, comme pour le bal de fin d’année. Je le connaissais bien plus comme une cantine et j’avais hâte de le retrouver ainsi. J’allais pouvoir profiter des repas avec Flora. Mais, voilà que j’étais là pour attendre. J’allais perdre mon temps. Mais pour tout avouer, même si je préférais étudier l’anglais avec Madame Robert, discuter pour la centième fois du sort le plus pratique décrit dans Harry Potter avec Flora, relire mes fiches Bristol avant un examen ou profiter de la brise matinale dans la cour de récréation, être en permanence était tout de même plus réjouissant que de devoir respirer l’air pesant de ce qui était censé être ma chambre.

Au fond de la salle se trouvait un petit groupe d’élèves qui discutaient. À l’avant, une fille était assise sur la table et parlait avec le pion. Elle semblait avoir l’habitude d’être ici. Peut-être n’appréciait-elle pas de rester chez elle. Sa jupe en jean qui descendait jusqu’en bas des cuisses ne couvrait pas ses genoux comme le règlement nous le demandait, mais le pion ne semblait pas dérangé. Son débardeur orange et sa casquette bleue qu’elle gardait sur la tête donnaient l’impression qu’elle voulait attirer l’attention.

Peu importe, je n’avais pas envie d’écouter qui que ce soit aujourd’hui. Je signais la feuille d’émargement et m’installais au milieu du hall, sur une table où un garçon lisait tranquillement. Normalement (il m’a toujours semblé bizarre de débuter une phrase ainsi pour enchaîner par une exception, mais voilà que je m’y mets), je n’étais pas du genre à juger sur les apparences comme Flora. Mais tout chez le garçon semblait simplet : il devait probablement faire partie de ces gens qui n’ont pas de voix intérieure.

- Tout le monde n’a pas de monologue intérieur, avait affirmé Flora.

- Tu veux dire une voix dans sa tête ?

- Oui. Ceux qui n’en ont pas sont anendophasiques, précisa-t-elle.

- C’est drôle. C’est un peu comme les gens qui ne voient pas d’images dans leur tête.

- Parce que tu vois des images dans ta tête ? se moqua-t-elle.

- Bah oui ! Pas toi ?

- Tu te moques de moi ?

Nous avons découvert plus tard qu’elle était atteinte d’aphantasie. Elle ne pouvait effectivement pas voir d’images dans sa tête.

Dans tous les cas, la tête du garçon qui lisait semblait totalement vide. Ses cheveux longs en bataille, qui descendaient jusqu’à son menton, formaient comme une surface sur laquelle on aurait dessiné son visage rond. Deux petites noisettes lui servaient d’yeux et un petit nez se portait au-dessus d’un large sourire : on aurait dit un smiley vivant.

Je m’assis à l’autre bout de la table, posai mon sac à mes côtés puis laissai tomber ma tête dans mes bras. J’étais épuisée. Cela ne faisait que quinze minutes que j’avais quitté ma chambre, mais la fatigue me donnait l’impression que ça faisait des heures. J’avais trouvé ce que j’allais faire : récupérer mon sommeil, car il n’était pas dans mes habitudes de si mal dormir. Bien au contraire, j’avais toujours profité d’un sommeil de plomb jusqu’à cette rentrée. Mon redoublement y était peut-être pour quelque chose ou alors était-ce ma chambre ? C’était sûrement un peu des deux. J’avais envie de changement.

Pourquoi ma chambre n’avait-elle pas le bruit lointain des discussions qui me berçait ? La sensation de chaleur qui m’enveloppait ? Comme si un foyer ardent se tenait tout près de moi. C’est ce que je ressentais en ce moment même dans le hall de l’école. J’avais la sensation d’être entourée d’une aura qui me protégeait. Une aura à l’odeur de brasier. Un brasier de cheminée en plein hiver, comme si des pieds me pendaient juste sous le nez... Hein ? J’ouvris les yeux.

Le smiley avait gardé son sourire, mais avait décidé de sortir ses jambes de sous son siège. Ses pieds étaient confortablement croisés sur la table dans ma direction. Le dessous de ses chaussures était couvert de feuilles. J’étais scotchée. Qu’est-ce que...

- Euh... tes chaussures...

Il s’empressa de retirer les pieds de la table en demandant pardon. Peut-être aurait-il mieux fait de ne pas faire comme chez lui plutôt que d’être désolé. Enfin... même chez soi ce n’est pas poli ! Il est au lycée et il n’a toujours pas appris les bonnes manières...

Quoi ?

Alors que j’étais pensive, le smiley avait retiré ses chaussures pour positionner de nouveau ses pieds sur la table ! Je le fusillai du regard et il me répondit avec un encore plus grand sourire aux lèvres ! Il n’était ni amusé, ni moqueur, le garçon avait le sourire de celui qui avait fait une bonne action. Était-ce possible qu’il soit si simplet ? Il retourna à sa lecture et je n’eus pas la force de l’interroger. Que lui passait-il par la tête ? Pour ma part, les émotions de la matinée m’écrasaient et le sommeil m’appelait. Sans force, je retournais dans la pénombre de mes bras et m’endormis.Le soir même, j’inscrivis sur mon carnet de succès : “Mardi 17 septembre, je ne suis pas arrivée en retard”.

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