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La Malédiction des Clans- le Secret d'Alexandrie

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Résumé

Éléonore McAllistair mène une existence presque ordinaire. Presque. Entre les fournées de son café d’Édimbourg, une colocation aussi chaotique qu’attachante et les morts qui ont la fâcheuse habitude de venir lui demander de l’aide, la jeune sorcière s’accommode plutôt bien de sa nécromancie. Jusqu’à ce qu’un esprit refuse de partir. Quelque chose le retient. Quelque chose qu’Éléonore n’aurait jamais dû être capable de percevoir. Et il n’est pas le seul. Tandis que les frontières entre les vivants et les morts commencent à se fissurer, d’anciens secrets refont surface et attirent sur elle l’attention de clans dont les rivalités remontent à plusieurs siècles. Au milieu de ce chaos se trouve Calum MacRae, un neurochirurgien aussi insupportable qu’énigmatique, dont la magie semble être l’exact opposé de la sienne. **Elle appartient à la Mort. Lui, à la Vie.** Et quelque part, bien loin des brumes d’Édimbourg, **Alexandrie garde encore le secret qui pourrait expliquer pourquoi leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser.** Car certaines malédictions ne meurent jamais. **Elles attendent.**

Genre :
Fantasy
Auteur :
danae
Statut :
En cours
Chapitres :
3
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Prologue

Dans une dimension hors du temps

Froid.

Un froid si profond qu’il ne mord plus ma chair : il la dévore.

Il s’insinue sous ma peau diaphane, se glisse entre mes os et fige les perles de sang noir qui suintent de mes plaies avant même qu’elles n’aient le temps de couler.

Voilà des millénaires que je le connais.

Des millénaires que je demeure recroquevillé dans cette prison de verre, abandonné au silence et aux ténèbres.

Je ne vois rien.

Cela m’importe peu.

L’obscurité a toujours été ma plus fidèle alliée.

La lumière appartient aux autres.

À ceux qui respirent encore sous cet astre infâme qu’ils appellent Soleil. À ceux qui m’ont arraché à leur monde avant de m’enfermer ici, persuadés que quelques enchantements et une cage suffiraient à me faire disparaître.

Pauvres créatures.

Le temps leur aura sans doute permis de m’oublier.

Moi, je n’ai rien oublié.

Ni leurs visages.

Ni leurs voix.

Ni leur peur.

Bientôt.

Je relève lentement la tête.

La voix est là.

Elle traverse le néant depuis quelque temps déjà. Des jours, peut-être. Des siècles. Ici, ces choses n’ont aucune importance.

Bientôt.

Mes lèvres craquelées s’étirent.

Enfin.

Du sang perle de mes gerçures. Je passe ma langue dessus et ferme les yeux tandis que son goût emplit ma bouche.

Même ma propre souffrance est devenue un festin.

Puis—

Crac.

Je me fige.

Le son résonne dans le silence.

Un éclat de verre se détache de ma prison et tombe à quelques pas de moi.

Je le contemple.

Un deuxième craquement retentit.

Puis un troisième.

Une fissure serpente le long de la paroi obscure.

Je me redresse péniblement.

Mes jambes tremblent sous mon poids. Mes muscles, inutilisés depuis une éternité, protestent à chaque mouvement.

Crac.

Cette fois, un pan entier de ma prison vole en éclats.

Les fragments lacèrent ma peau en tombant.

Je ne sens presque rien.

Pour la première fois depuis des millénaires, quelque chose caresse mon visage.

De l’air.

Je l’aspire avec avidité.

Mes poumons brûlent.

Un son rauque s’arrache à ma gorge. J’aurais voulu rire. Hurler. Faire trembler les fondations mêmes de ce monde.

Il n’en sort qu’une plainte misérable.

Pathétique.

Mais je suis libre.

Je déploie mes ailes.

Les membranes desséchées se tendent douloureusement entre leurs os saillants. Quelques lambeaux de peau morte s’en détachent.

Peu importe.

Quelqu’un m’appelle.

Et j’ai attendu assez longtemps.

Je m’élance.

La voix me guide à travers les ténèbres jusqu’à ce qu’une déchirure apparaisse devant moi.

Une ouverture.

Vers leur monde.

Je la franchis.

L’odeur me frappe avant même que mes pieds ne touchent le sol.

Sang.

Cendres.

Putréfaction.

Et autre chose.

Quelque chose que je n’avais plus senti depuis une éternité.

La Magie.

J’inspire profondément.

Délicieux.

Une femme se tient au centre d’un cercle tracé à même la terre.

Enfin… ce qu’il reste d’une femme.

Son corps porte déjà le prix de ce qu’elle a invoqué.

Sa peau jaunâtre se fend par endroits comme du vieux parchemin. Quelques mèches noires pendent encore autour de son crâne. Une moitié de son visage s’est affaissée sous l’effet de la décomposition et l’un de ses yeux n’est plus qu’une cavité humide.

Pourtant, elle tient debout.

À ses pieds repose une enfant.

Petite.

Beaucoup trop petite.

Son sang s’est répandu à l’intérieur du cercle rituel et abreuve les symboles gravés dans la terre. Sa poitrine se soulève encore faiblement.

Vivante.

À peine.

Je m’approche.

La femme ne bouge pas.

Je m’accroupis auprès de l’enfant et passe un doigt dans le sang qui s’écoule de l’une de ses blessures.

Chaud.

Je porte mon doigt à mes lèvres.

Un frisson délicieux parcourt mon corps.

La vie.

J’avais oublié son goût.

Je me penche davantage.

La fillette gémit lorsque mes dents rencontrent sa chair.

Faiblement.

Si faiblement.

Je ferme les yeux.

La chaleur se répand dans ma gorge tandis que je bois.

Quelque chose bouge derrière moi.

Un couinement.

Je relève la tête.

La femme s’est agenouillée.

— Maître…

Sa voix ressemble au souffle du vent dans un tombeau.

Je ne réponds pas.

Je mâche lentement ce que j’ai arraché à ma victime tout en l’observant.

— Maître, reprend-elle. C’est moi qui vous ai appelé.

Un grognement suffit à la faire taire.

Elle se prosterne aussitôt, le front contre terre.

Je me redresse.

Même courbée par la magie qui la consume, elle devait autrefois être grande. Pourtant, lorsqu’elle se relève sur mon ordre silencieux, son crâne m’arrive à peine au coude.

Je m’approche.

Elle tremble.

Pas de peur.

D’excitation.

Intéressant.

Je saisis son menton entre mes serres et l’oblige à lever le visage.

Sa peau se tend sous mes doigts.

Elle a été belle.

Je le vois encore dans les ruines de ses traits.

Une peau autrefois pâle. Des cheveux noirs comme les plumes d’un corbeau. Des yeux bruns qui avaient peut-être été chaleureux avant que quelque chose ne les vide de toute humanité.

Il n’en reste presque rien.

Dans son unique œil valide brûle autre chose.

Une faim.

Pas la mienne.

La sienne.

Une ambition dévorante. Une colère ancienne. Une cruauté soigneusement entretenue.

Je connais cette faim.

Elle détruit les mortels bien avant que la magie ne commence à ronger leur chair.

— Qui es-tu ?

Ma voix grince dans ma gorge, roc contre roc.

Elle sourit.

— Cela n’a aucune importance, mon Seigneur.

Mes serres s’enfoncent légèrement dans sa peau.

— Réponds.

Elle ne cille pas.

— On me nommait Ego, autrefois.

Ego.

Je goûte silencieusement le nom.

— Pourquoi m’as-tu libéré ?

Son sourire s’élargit.

— Je veux le pouvoir.

Évidemment.

— Quel pouvoir ?

— Celui qui me permettra de détruire ceux qui se dresseront devant moi. Celui qui fera plier les Clans. Celui qui réduira leurs lois, leurs serments et leurs lignées en poussière.

Voilà qui devient intéressant.

Je la relâche.

Elle baisse aussitôt les yeux.

Je pourrais la tuer.

Ce serait facile.

Un mouvement.

Un instant.

Son sang rejoindrait celui de l’enfant et personne ne prononcerait plus jamais le nom d’Ego.

Mais mon corps est faible.

Trop faible.

Mes geôliers existent peut-être encore. Leurs descendants, certainement.

Et si le monde a oublié mon nom, il n’a peut-être pas oublié comment m’emprisonner.

Je regarde de nouveau la sorcière.

Un corps.

Voilà ce qu’il me faut.

Pas une alliée.

Pas une disciple.

Un réceptacle.

— Tu souhaites me suivre ?

— Oui, Maître.

— Alors regarde-moi.

Elle obéit.

— Tu renonceras à tout.

Son expression ne change pas.

— Ton corps ne t’appartiendra plus. Ton esprit ne t’appartiendra plus. Ton âme elle-même cessera d’être entièrement tienne.

Une lueur presque extatique traverse son regard.

— Je l’accepte.

— Je n’ai pas terminé.

Elle se tait.

Je tourne lentement autour d’elle.

— Les siècles passeront et tu passeras avec eux. Ton visage changera. Ton nom changera. Ton corps changera. Femme. Homme. Jeune. Vieux. Peu importe. Tu deviendras ce dont j’aurai besoin.

Je m’arrête derrière elle.

— Tu seras ma voix lorsque je ne pourrai parler. Mes mains lorsque je ne pourrai frapper. Mes yeux lorsque je devrai demeurer caché.

Je me penche près de son oreille.

— Et lorsque le temps sera venu, tu ne seras plus rien.

Un silence.

Puis :

— Je l’accepte.

Je souris.

— Bien.

Je pose une main contre sa poitrine.

Son cœur bat encore.

Faiblement.

Rapidement.

Je ferme les yeux.

Et j’entre.

Ego hurle.

Son corps se cambre lorsque mon essence s’insinue en elle.

Je sens chaque parcelle de son être.

Ses souvenirs.

Sa haine.

Ses désirs.

Ses peurs les plus enfouies.

Je pourrais tout dévorer.

Je pourrais ne rien laisser.

Mais pas encore.

Son corps se reconstruit autour de moi.

La chair morte tombe.

Une peau neuve apparaît dessous, blanche et douce. Ses cheveux repoussent en longues mèches noires et brillantes. Ses lèvres retrouvent leur couleur. Ses yeux se reforment.

Lorsqu’elle les ouvre, quelque chose de moi regarde désormais à travers eux.

Je quitte son corps avant de m’y perdre entièrement.

La quasi-totalité de mon essence demeure en elle.

Ce qu’il me reste suffit à peine à conserver une forme propre.

Je rassemble mes dernières forces.

Mes os se brisent.

Se déplacent.

Rétrécissent.

Des plumes noires jaillissent de ma peau.

Quelques secondes plus tard, un corbeau se tient à l’endroit où se dressait autrefois mon corps.

Je déploie mes ailes et viens me percher sur l’épaule d’Ego.

Elle tourne légèrement la tête vers moi.

Je n’ai plus besoin de parler.

Elle m’entend.

Regarde l’enfant.

Ego obéit.

La fillette respire toujours.

Quelle obstination.

Elle t’a ouvert la porte jusqu’à moi.

Ego s’agenouille auprès d’elle.

Mais le sacrifice n’est pas achevé.

Ses doigts se referment autour de la petite main ensanglantée.

Prends ce qu’il lui reste.

La sorcière ferme les yeux.

Les symboles du cercle s’embrasent.

L’enfant pousse un dernier cri.

Puis plus rien.

Une lumière pâle s’échappe de sa poitrine.

Pure.

Fragile.

Ego tend la main.

La lumière hésite.

Puis vient à elle.

Je sens l’instant précis où quelque chose se brise.

Pas dans le corps de l’enfant.

Ailleurs.

Plus profondément.

Une frontière invisible cède sous le poids du rituel.

Quelque chose vient de changer dans le monde.

Ego ouvre les yeux.

Ils sont noirs.

Entièrement noirs.

Son rire s’élève dans la nuit.

Je ferme les paupières et savoure le son.

Puis des voix éclatent au loin.

Des hommes.

Ils approchent rapidement.

Ego se relève.

Une première boule de feu traverse les ténèbres et s’écrase contre le sol à quelques mètres de nous.

Une deuxième la suit.

Puis une troisième.

Des silhouettes apparaissent entre les arbres.

Je reconnais la magie qui crépite autour de leurs mains.

Ainsi donc, ils existent toujours.

Mes anciens ennemis.

Ou leurs héritiers.

Je sens Ego se tendre sous mes serres.

Je déploie lentement mes ailes.

Enfin.

Après des millénaires de silence, le monde se souvient de moi.

Bien.

Que le spectacle commence.

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Bien écrit

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