Le Deuxième Visage 1

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Résumé

🌑 LE DEUXIÈME VISAGE À seulement cinq ans, Léa est confiée à sa tante Alberta lorsque sa mère, Mariana, part en Angola à la recherche d'un avenir meilleur. Mariana promet de revenir, mais la guerre va bouleverser tous ses projets et couper définitivement les communications avec sa famille. Chez Alberta, Léa grandit entourée de ses cousins et de Karl, un enfant abandonné recueilli par la famille. Au début, elle pense être chez elle. Elle croit même qu'Alberta est sa mère. Mais Léa est différente. Depuis son plus jeune âge, elle fait d'étranges rêves qui se réalisent parfois. Elle voit des choses que personne d'autre ne semble voir. Peu à peu, elle découvre que son quartier possède un autre visage après la tombée de la nuit. Puis, la veille du sixième anniversaire de Nathan, son cousin et enfant préféré d'Alberta, Léa fait un rêve terrifiant : elle voit Nathan mort. Elle prévient Alberta. Mais personne ne la croit. Le lendemain, Nathan meurt dans des circonstances inexplicables. À partir de ce jour, Alberta commence à croire aux visions de Léa... mais son comportement envers elle devient de plus en plus cruel. Pendant ce temps, d'autres mystères apparaissent : une voisine réclame étrangement « sa chair », Karl semble cacher quelque chose, Amanda surprend Alberta en train de pratiquer une mystérieuse magie avec de l'eau, et certaines personnes du quartier semblent ....

Genre :
Drama
Auteur :
Ngakala
Statut :
Terminé
Chapitres :
1
Rating
4.0 1 avis
Classification par âge :
16+

Chapter 1

CHAPITRE 1 — LE DÉPART

Le soleil descendait lentement derrière les maisons lorsque Mariana ferma la dernière valise.

Elle resta quelques secondes immobile au milieu de la chambre.

Tout était prêt.

Ses vêtements étaient rangés dans un petit sac. Quelques documents importants étaient soigneusement pliés dans une enveloppe. Elle avait également préparé quelques affaires pour ses enfants.

Mais une chose n'était pas prête.

Son cœur.

Mariana regarda sa fille cadette.

Léa était assise sur le bord du lit, les jambes dans le vide. À cinq ans, elle avait encore ce visage innocent qui donnait l'impression qu'elle ne pouvait jamais imaginer le mal.

Ses cheveux épais entouraient son petit visage.

Elle observait sa mère depuis plusieurs minutes.

— Maman...

Mariana se retourna.

— Oui, ma chérie ?

— Tu vas où ?

Mariana s'approcha et s'agenouilla devant elle.

Elle prit les petites mains de Léa dans les siennes.

— Je dois aller travailler.

— Où ?

Mariana hésita.

— En Angola.

Léa fronça les sourcils.

— C'est loin ?

Mariana sourit légèrement.

— Oui. Mais je vais revenir.

— Quand ?

Cette question, Mariana la redoutait.

Elle ne savait pas combien de temps son voyage durerait.

Elle espérait seulement que tout se passerait bien.

— Bientôt.

Léa la regarda avec méfiance.

— Tu promets ?

Mariana posa doucement sa main sur la joue de sa fille.

— Je te le promets.

Derrière elles, quelqu'un frappa doucement à la porte.

C'était Thérèse.

La grand-mère de Léa entra lentement dans la pièce.

Elle avait déjà compris que sa fille allait partir.

Son visage était grave.

— Tout est prêt ?

Mariana hocha la tête.

— Oui, maman.

Thérèse regarda Léa.

La petite fille ne quittait pas sa mère des yeux.

— Tu es sûre de vouloir la laisser ici ?

Mariana baissa les yeux.

— Je n'ai pas le choix.

Elle inspira profondément.

— Je dois trouver du travail. Je dois pouvoir subvenir aux besoins de mes enfants. Et je ne sais pas combien de temps je vais rester là-bas.

Thérèse ne répondit pas.

Elle connaissait sa fille.

Mariana était déterminée.

Mais avant de partir, Mariana avait déjà prévu certaines choses.

Elle s'approcha de deux de ses filles aînées.

Marie et Cyntiche étaient sur le point de partir à l'étranger.

Elle les regarda longuement.

— Vous allez devoir penser à votre sœur.

Marie acquiesça.

— Bien sûr, maman.

— Léa est encore petite. Je ne sais pas combien de temps je serai absente.

Elle marqua une pause.

— Si vous avez la possibilité de la faire venir auprès de vous un jour, faites-le.

Cyntiche serra les lèvres.

— On fera tout ce qu'on pourra.

Mariana sourit.

— C'est tout ce que je vous demande.

Elle ne pouvait pas savoir que cette simple consigne deviendrait, des années plus tard, l'une des choses qui permettraient de découvrir une terrible vérité.

---


Plus tard dans la soirée, Mariana accompagna Léa chez Alberta.

Alberta était sa grande sœur.

Entre elles, les relations avaient toujours été compliquées.

Elles s'étaient aimées.

Elles s'étaient disputées.

Elles s'étaient pardonnées.

Puis elles s'étaient à nouveau éloignées.

Certaines rancunes étaient anciennes.

Très anciennes.

Mais Mariana n'avait personne d'autre à qui confier Léa.

Alberta avait déjà élevé plusieurs enfants.

Elle saurait s'occuper d'elle.

Du moins, c'est ce que Mariana croyait.

Lorsqu'elles arrivèrent, plusieurs enfants étaient déjà dans la cour.

Ken était occupé à parler avec quelqu'un.

Bryam était assis à l'écart.

Luca travaillait sur quelque chose.

Léon courait derrière les autres enfants.

Et Nathan, le plus jeune, jouait près de la maison.

Un autre garçon se trouvait également là.

Karl.

Un enfant qui n'était pas réellement celui d'Alberta ou de Mariana.

Il avait été abandonné par l'un de leurs cousins et avait été recueilli par la famille.

Léa le regarda.

Karl la regarda également.

Ils ne le savaient pas encore, mais leurs destins allaient être liés par un événement qu'ils n'oublieraient jamais.

Mariana posa sa main sur l'épaule de Léa.

— Sois sage.

Léa hocha la tête.

Puis elle demanda :

— Tu pars maintenant ?

— Oui.

— Je viens avec toi.

Mariana sentit son cœur se serrer.

Elle s'agenouilla.

— Non, ma chérie.

— Pourquoi ?

— Parce que je dois travailler.

— Alors je vais travailler avec toi.

Mariana eut un petit rire malgré elle.

— Tu es encore trop petite.

Léa réfléchit quelques secondes.

— Alors tu travailles vite et tu reviens.

Cette fois, Mariana ne put retenir ses larmes.

Elle prit sa fille dans ses bras.

— Je reviendrai.

Léa s'accrocha à son cou.

— Promis ?

— Promis.

Puis Mariana se releva.

Elle regarda Alberta.

— Prends soin d'elle.

Alberta répondit simplement :

— Ne t'inquiète pas.

Mariana regarda une dernière fois sa fille.

Puis elle partit.

Léa resta debout devant le portail.

Elle regarda sa mère s'éloigner.

Elle ne savait pas encore qu'elle venait de la voir pour la dernière fois pendant de nombreuses années.

Derrière elle, Alberta referma lentement le portail.

Et au même instant, quelque part dans le quartier, un chien se mit à hurler.

Léa se retourna.

Elle regarda la rue.

Il n'y avait personne.

Seulement la nuit qui commençait à tomber.

Elle fronça les sourcils.

Pendant une seconde, elle eut l'impression d'avoir aperçu une silhouette immobile au bout de la rue.

Elle cligna des yeux.

La silhouette avait disparu.

— Léa !

La voix d'Alberta la fit sursauter.

— Entre.

Léa se retourna.

Elle entra.

Le portail se referma derrière elle.

Et sans le savoir, la petite fille venait d'entrer dans une maison où l'attendaient des années de secrets, de souffrance...

et de visions.

Fin du chapitre 1.


CHAPITRE 2 — LA MAISON D'ALBERTA

Les premiers jours, Léa ne trouva rien d'étrange chez Alberta.

Elle s'était simplement convaincue que sa mère était partie travailler et qu'elle reviendrait bientôt.

Chaque matin, elle se réveillait avec la même question.

— Tata Alberta, maman revient quand ?

Alberta, occupée à préparer le petit-déjeuner, répondait sans même se retourner :

— Quand elle aura terminé son travail.

— C'est dans combien de jours ?

— Je ne sais pas.

— Dix jours ?

— Peut-être.

— Vingt ?

Alberta soupira.

— Léa, va jouer.

La petite fille descendit de sa chaise.

Elle n'aimait pas quand sa tante répondait comme ça.

Chez elle, avec Mariana, elle avait toujours eu le droit de poser des questions.

Beaucoup de questions.

Elle voulait savoir pourquoi le ciel était bleu, pourquoi les adultes travaillaient, pourquoi les poules dormaient debout et pourquoi certaines personnes parlaient toutes seules.

Elle était curieuse de tout.

Mais chez Alberta, elle comprit rapidement qu'il y avait des questions qu'il valait mieux ne pas poser.

---


Les journées passèrent.

Léa commença à connaître les habitudes de la maison.

Ken sortait souvent chercher du travail.

Il avait son diplôme, mais revenait régulièrement sans bonne nouvelle.

Luca passait beaucoup de temps à étudier.

Léon, lui, semblait ne pas se soucier de grand-chose.

Bryam était différent.

Il avait un regard dur.

Il pouvait être calme pendant plusieurs heures, puis devenir agressif pour presque rien.

Léa préférait rester loin de lui.

Et puis il y avait Nathan.

Nathan était le plus jeune des garçons d'Alberta.

Il avait six ans et adorait jouer.

Avec lui, Léa oubliait parfois qu'elle était loin de sa mère.

Ils couraient dans la cour, se disputaient pour des jouets, puis redevenaient amis quelques minutes plus tard.

— Léa !

— Quoi ?

— Viens !

— Où ?

Nathan lui fit signe de le suivre.

— Je vais te montrer quelque chose.

Léa courut derrière lui.

Ils arrivèrent près d'un vieux mur.

Nathan regarda autour de lui avant de chuchoter :

— Regarde.

Il désigna une petite fissure dans le mur.

— Il y a quoi ?

— Je sais pas.

Léa éclata de rire.

— Alors pourquoi tu me demandes de regarder ?

Nathan haussa les épaules.

— Parce que c'est peut-être un passage secret.

Léa s'accroupit.

Elle observa la fissure.

Et soudain...

Elle eut une étrange sensation.

Son sourire disparut.

Pendant une seconde, elle vit quelque chose.

Une porte.

Une vieille porte en bois.

Elle était derrière le mur.

Puis l'image disparut.

Léa recula brusquement.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Nathan.

Elle resta silencieuse.

— Léa ?

— Rien.

— Tu as eu peur ?

— Non.

Elle mentait.

Elle ne comprenait pas ce qu'elle venait de voir.

---

Cette nuit-là, Léa dormit mal.

Elle rêva d'une longue rue plongée dans l'obscurité.

Elle marchait seule.

Au bout de la rue se trouvait un arbre immense.

Quelqu'un était assis sur une branche.

Léa ne voyait pas son visage.

La personne lui faisait signe d'approcher.

Léa avançait.

Un pas.

Puis deux.

Puis une voix murmurait :

— Ne regarde jamais derrière toi.

Léa se retourna malgré tout.

Et se réveilla en criant.

— Maman !

La porte de la chambre s'ouvrit brusquement.

Alberta apparut.

— Qu'est-ce qu'il y a encore ?

Léa était assise dans son lit, les yeux remplis de larmes.

— J'ai fait un cauchemar.

Alberta soupira.

— Dors.

— Mais j'ai vu...

— Léa.

La petite fille se tut.

— Dors.

Alberta referma la porte.

Léa se recoucha.

Elle ferma les yeux.

Mais avant de s'endormir, elle regarda par la fenêtre.

La rue était silencieuse.

Le vieux lampadaire du coin clignotait.

Une fois.

Deux fois.

Puis trois fois.

Et pendant une fraction de seconde, Léa aperçut une silhouette au pied d'un arbre.

Elle se redressa.

La silhouette avait disparu.

Elle se frotta les yeux.

Peut-être avait-elle encore rêvé.

Elle se recoucha.

Sans savoir qu'elle venait de voir quelque chose que les autres habitants du quartier avaient appris à ne jamais regarder trop longtemps.

---

Le lendemain matin, Léa raconta son rêve à Nathan.

Il éclata de rire.

— Tu as peur des arbres maintenant ?

— Je n'ai pas peur.

— Alors pourquoi tu trembles ?

Léa lui donna une petite tape sur le bras.

— Tais-toi !

Nathan rit.

Puis il s'arrêta.

— Tu sais quoi ?

— Quoi ?

Il désigna la fenêtre.

— La nuit, maman dit qu'il ne faut jamais aller dehors après minuit.

Léa fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

Nathan haussa les épaules.

— Elle dit que certaines personnes ne dorment pas.

Léa regarda la fenêtre.

— Quelles personnes ?

Nathan répondit très sérieusement :

— Les gens de la nuit.

Léa ne répondit pas.

Elle ne savait pas encore ce que Nathan voulait dire.

Mais elle allait bientôt le découvrir.

Et ce qu'elle allait découvrir changerait sa vie pour toujours.


CHAPITRE 3 — LES GENS DE LA NUIT

Les paroles de Nathan restèrent dans la tête de Léa toute la journée.

Les gens de la nuit.

Elle n'avait jamais entendu cette expression auparavant.

À l'école, elle demanda discrètement à une camarade :

— Tu connais les gens de la nuit ?

La fille la regarda bizarrement.

— Quels gens ?

— Ceux qui sortent quand tout le monde dort.

— Tu racontes encore tes histoires ?

Léa baissa les yeux.

Elle n'aimait pas qu'on se moque d'elle.

Pourtant, quelque chose lui disait que Nathan n'avait pas inventé cette expression.

---

Le soir, après le dîner, Léa observa Alberta.

Sa tante semblait fatiguée.

Elle rangeait la cuisine pendant que les enfants se préparaient à dormir.

Thérèse était passée dans l'après-midi et avait apporté quelques provisions du marché.

Avant de repartir, elle avait discrètement glissé un petit morceau de pain dans la main de Léa.

— Garde-le pour plus tard, ma chérie.

Léa avait souri.

Thérèse était l'une des rares personnes avec lesquelles elle se sentait vraiment en sécurité.

Quand la nuit tomba, la maison devint silencieuse.

Léa partageait la chambre avec d'autres enfants.

Elle attendit que tout le monde dorme.

Puis elle ouvrit doucement les yeux.

L'horloge indiquait 23 h 47.

Elle se retourna.

Tout le monde dormait.

Léa repensa aux paroles de Nathan.

Les gens de la nuit.

Elle se leva doucement.

Elle s'approcha de la fenêtre.

La rue était presque totalement plongée dans l'obscurité.

Puis elle vit une lumière.

Une petite lumière venait d'une maison située quelques rues plus loin.

Une silhouette sortit.

Léa plissa les yeux.

Elle connaissait cette personne.

C'était une voisine.

Mais quelque chose était différent.

La femme marchait lentement, portant un récipient contre elle.

Elle s'arrêta devant une maison.

Une autre personne sortit.

Puis une troisième.

Léa sentit un frisson parcourir son corps.

Pourquoi ces personnes se retrouvaient-elles à cette heure-ci ?

Elle voulut mieux voir.

Elle posa les mains sur le rebord de la fenêtre.

Et soudain...

tout devint silencieux.

Même les chiens cessèrent d'aboyer.

Le vent s'arrêta.

Léa entendit alors un murmure.

Pas dans la rue.

Dans sa tête.

> « Ne regarde pas. »

Elle retira immédiatement ses mains.

La rue redevint normale.

Les chiens recommencèrent à aboyer.

Le vent souffla.

Léa recula.

Elle avait le cœur qui battait très vite.

Elle retourna dans son lit et se couvrit entièrement avec le drap.

---


Le lendemain matin, elle ne parla de rien.

Mais elle commença à observer.

Elle remarqua que certaines personnes du quartier étaient différentes la nuit.

Un voisin toujours souriant pendant la journée ne sortait jamais de chez lui après le coucher du soleil.

Une femme qui travaillait au marché disparaissait régulièrement pendant quelques heures au milieu de la nuit.

Et certaines maisons avaient toujours leurs portes fermées avant minuit.

Léa commença à noter mentalement tout ce qu'elle voyait.

Elle ne savait pas encore pourquoi.

Elle savait seulement qu'il y avait quelque chose.

Quelque chose que les adultes ne voulaient pas expliquer.

---

Quelques semaines plus tard, Léa et Karl commencèrent à se rapprocher.

Pas parce qu'ils s'appréciaient particulièrement.

Mais parce qu'ils étaient les deux enfants les plus proches en âge.

Ils étaient également les meilleurs élèves de leur classe.

Une petite compétition s'installa entre eux.

Quand Léa terminait première à une évaluation, Karl faisait tout pour la dépasser à la suivante.

— Tu crois toujours que tu es la plus intelligente ? lui lança-t-il un jour.

— Je n'ai pas besoin de le croire. Les notes le montrent.

Karl fit une grimace.

— Attends seulement.

Léa sourit.

— J'attends.

Karl avait quelque chose de particulier.

Il savait mentir avec une facilité déconcertante.

Il pouvait raconter une histoire avec tellement d'assurance qu'on finissait presque par le croire.

Même Alberta avait parfois du mal à savoir quand il disait la vérité.

Mais Léa, elle, avait remarqué quelque chose.

Quand Karl mentait, il évitait toujours de regarder les gens dans les yeux.

---


Un soir, Karl revint de chez une voisine avec un morceau de nourriture dans la main.

Léa le regarda.

— Tu as volé ça ?

— Non.

— Alors pourquoi tu le caches ?

Karl sourit.

— Je ne cache rien.

Il passa devant elle.

Mais quelques minutes plus tard, une voix retentit dans la cour.

— QUI A MANGÉ DANS MON ASSIETTE ?

Tout le monde se retourna.

La voisine était debout devant le portail.

Son visage était déformé par la colère.

Alberta sortit immédiatement.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

La femme regarda les enfants.

Ses yeux s'arrêtèrent sur Karl.

Karl baissa la tête.

La femme pointa un doigt vers lui.

— Lui.

Alberta regarda Karl.

— Qu'est-ce que tu as fait ?

— Rien.

La voisine s'approcha.

— Il a mangé dans mon assiette.

Alberta soupira.

— Ce n'est qu'un enfant.

Mais la femme ne semblait pas vouloir entendre raison.

Elle prononça alors une phrase qui fit frissonner Léa.

— Je veux ma chair.

Alberta resta silencieuse.

— Quelle chair ? demanda-t-elle.

La femme répondit :

— Ma chair.

Alberta rentra chercher de l'argent.

Elle revint quelques minutes plus tard avec de la viande fraîche.

Elle la tendit à la femme.

— Voilà. Prends ça.

La voisine regarda le paquet.

Puis elle le repoussa.

— Je ne veux pas ça.

Alberta fronça les sourcils.

— Mais tu voulais de la viande.

La femme secoua lentement la tête.

— Non. Je veux ma chair.

Puis elle se retourna et partit.

Personne ne parla.

Léa regarda Karl.

Karl regardait le sol.

Pour la première fois, Léa remarqua quelque chose dans son regard.

De la peur.

Et ce soir-là, pour la première fois, elle se demanda :

Qu'avait réellement fait Karl ?

Elle ne savait pas encore que cette étrange histoire de « chair » allait précéder le plus grand drame de son enfance.

La mort de Nathan.

Et cette fois-là...

Léa allait voir la mort avant qu'elle n'arrive.


CHAPITRE 4 — LA CHAIR

Pendant plusieurs jours, personne ne parla de l'incident avec la voisine.

Du moins, pas devant Léa.

Mais les adultes avaient commencé à chuchoter.

Chaque fois que Léa entrait dans une pièce, les conversations s'arrêtaient.

Elle avait remarqué ce détail.

Elle remarquait beaucoup de choses.

Depuis quelque temps, elle avait cette impression étrange que les adultes savaient des choses qu'ils ne voulaient pas lui raconter.

Un après-midi, elle retrouva Thérèse assise devant la maison.

La vieille femme triait les légumes qu'elle avait rapportés du marché.

Léa s'assit à côté d'elle.

— Mamie ?

— Oui ?

— C'est quoi « ma chair » ?

Les mains de Thérèse s'arrêtèrent.

Pendant quelques secondes, elle ne répondit pas.

— Pourquoi tu me demandes ça ?

— La voisine l'a dit.

Thérèse reprit lentement son travail.

— Tu as mal entendu.

— Non.

— Léa...

— Elle a dit qu'elle voulait sa chair.

Thérèse leva les yeux vers elle.

Son visage avait changé.

— Certaines choses ne concernent pas les enfants.

Léa fit la moue.

— Mais je suis curieuse.

Thérèse sourit tristement.

— Je sais.

Elle caressa les cheveux de la petite fille.

— Et c'est justement pour ça que tu dois apprendre à ne pas poser toutes les questions.

Léa fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

Thérèse regarda brièvement autour d'elle.

Puis elle murmura :

— Parce que certaines réponses peuvent faire plus de mal que les questions.

Léa ne comprit pas.

Mais elle n'insista pas.

---


Pendant ce temps, Karl semblait avoir oublié l'affaire.

Il jouait normalement.

Il riait.

Il provoquait Léa.

Il se disputait avec les autres enfants.

Mais un soir, Léa le surprit seul derrière la maison.

Il regardait quelque chose dans ses mains.

— Karl ?

Il sursauta.

— Qu'est-ce que tu fais ?

Il cacha immédiatement ses mains.

— Rien.

— Tu fais toujours « rien ».

— Occupe-toi de tes affaires.

Léa s'approcha.

— C'est quoi ?

— Rien !

Il partit rapidement.

Léa le regarda s'éloigner.

Elle aurait voulu le suivre.

Mais quelque chose l'en empêcha.

Une sensation étrange.

Un froid soudain traversa son corps.

Elle regarda vers la clôture.

Une femme se tenait de l'autre côté.

La voisine.

Elle regardait Léa.

Sans sourire.

Sans bouger.

Léa cligna des yeux.

La femme avait disparu.

---

Les mois passèrent.

L'incident fut presque oublié.

Puis vint une nouvelle année.

Léa grandit.

Elle devint une excellente élève.

À l'école, elle arrivait régulièrement première.

Karl était presque toujours juste derrière elle.

Cette compétition les rapprochait autant qu'elle les opposait.

Mais Léa commençait également à faire des rêves de plus en plus étranges.

Elle voyait des événements avant qu'ils ne se produisent.

Une fois, elle rêva qu'une institutrice tomberait malade.

Deux jours plus tard, cela arriva.

Une autre fois, elle rêva qu'un voisin perdrait son argent.

Le lendemain, tout le quartier en parlait.

Léa commença à avoir peur de dormir.

Elle ne voulait plus voir ces choses.

Mais personne ne savait ce qu'elle vivait.

---


Un soir, elle s'endormit plus tôt que d'habitude.

Cette nuit-là, son rêve fut différent.

Elle se trouvait dans une grande cour.

Il y avait des ballons.

De la musique.

Des enfants riaient.

Elle reconnut immédiatement la maison.

C'était chez Alberta.

Elle vit Nathan.

Il courait partout.

Il riait.

Puis l'image changea.

La musique disparut.

Le ciel devint noir.

Nathan était seul.

Léa voulut courir vers lui.

Mais elle n'arrivait pas à avancer.

— Nathan !

Il ne l'entendait pas.

Puis elle vit quelque chose derrière lui.

Un arbre.

Un arbre immense.

Le même arbre qu'elle avait déjà vu.

Nathan se retourna.

Et Léa vit son visage.

Il était sans vie.

Elle cria.

— NATHAN !

Elle se réveilla brutalement.

Son cœur battait très vite.

Elle était trempée de sueur.

Elle regarda autour d'elle.

Tout le monde dormait.

L'horloge indiquait 3 h 17.

Léa porta une main à sa bouche.

Elle avait encore les images dans la tête.

Nathan.

L'arbre.

Son visage.

La mort.

Elle descendit de son lit.

Elle traversa le couloir.

Puis elle alla chercher Alberta.

Elle frappa doucement à sa porte.

— Tata...

Aucune réponse.

Elle frappa encore.

— Tata Alberta...

La porte s'ouvrit brusquement.

Alberta apparut, visiblement irritée.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Léa tremblait.

— J'ai vu Nathan.

— Il est dans sa chambre.

— Non.

Alberta fronça les sourcils.

— Qu'est-ce que tu racontes ?

Léa inspira difficilement.

Puis elle prononça les mots qui allaient changer leur vie :

— J'ai rêvé que Nathan était mort.

Alberta resta silencieuse.

Puis son visage se durcit.

— Ce n'est qu'un cauchemar.

— Mais...

— Retourne dormir.

— Tata, j'ai vraiment vu...

— Léa !

La petite fille sursauta.

Alberta s'approcha.

— Ne raconte ça à personne.

— Pourquoi ?

— Parce que tu vas faire peur aux gens pour rien.

Léa baissa la tête.

Alberta retourna dans sa chambre.

Mais avant de fermer la porte, elle ajouta :

— Demain, c'est l'anniversaire de Nathan. Tout ira bien.

La porte se referma.

Léa resta seule dans le couloir.

Elle regarda vers la fenêtre.

Au loin, dans l'obscurité...

l'arbre semblait attendre.


CHAPITRE 5 — L'ANNIVERSAIRE

Le lendemain matin, Léa se réveilla avant tout le monde.

Elle resta quelques secondes immobile dans son lit.

Elle avait encore le rêve en tête.

Nathan.

L'arbre.

Son visage sans vie.

Elle se leva et alla immédiatement voir Nathan.

Il dormait profondément.

Léa resta devant son lit à le regarder respirer.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

Il bougea.

Elle soupira de soulagement.

— Tu es vivant...

Nathan ouvrit un œil.

— Hein ?

Léa sursauta.

— Rien.

— Pourquoi tu me regardes dormir ?

— Je voulais juste voir si tu respirais.

Nathan se redressa.

— Mais bien sûr que je respire !

Léa sourit malgré elle.

Elle commençait à se sentir ridicule.

Peut-être qu'Alberta avait raison.

Ce n'était qu'un cauchemar.

---

La maison était particulièrement animée.

C'était l'anniversaire de Nathan.

Alberta avait préparé un repas plus important que d'habitude.

Les enfants couraient partout.

Nathan était heureux.

Il portait un petit vêtement neuf que sa mère lui avait acheté pour l'occasion.

— Regarde ! dit-il à Léa.

Il tourna sur lui-même.

— Tu es beau, répondit-elle.

— Je sais.

Léa éclata de rire.

— Tu es vraiment prétentieux.

— C'est mon anniversaire.

— Ça ne change rien.

Nathan lui tira la langue.

Pour la première fois depuis son rêve, Léa se sentit presque rassurée.

Peut-être que rien n'allait arriver.

---


Dans l'après-midi, Thérèse arriva avec quelques cadeaux.

Elle embrassa Nathan.

— Joyeux anniversaire, mon garçon.

— Merci, mamie !

Puis elle s'approcha de Léa.

— Et toi, comment vas-tu ?

Léa hésita.

— Bien.

Thérèse l'observa attentivement.

Elle remarqua immédiatement que quelque chose n'allait pas.

— Tu as dormi ?

— Oui.

— Tu as fait un rêve ?

Léa releva brusquement la tête.

— Comment tu sais ?

Thérèse sourit doucement.

— Je connais ton visage.

Léa regarda autour d'elle.

Puis elle murmura :

— J'ai rêvé que Nathan mourait.

Thérèse cessa de sourire.

— Quand ?

— Cette nuit.

Un silence s'installa.

— Tu as raconté ça à quelqu'un ?

— À Tata Alberta.

— Et qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

— Que ce n'était qu'un cauchemar.

Thérèse regarda Nathan jouer dans la cour.

Son visage devint inquiet.

Mais elle ne voulait pas effrayer Léa.

Elle posa simplement une main sur sa tête.

— Ne pense plus à ça.

---

La fête continua jusqu'au soir.

La musique résonnait dans la cour.

Les voisins passaient.

Les enfants jouaient.

Léa observait Nathan.

Elle voulait profiter de chaque minute avec lui.

À un moment, elle remarqua Karl près du portail.

Il regardait quelque chose dans la rue.

— Karl ?

Il se retourna.

— Quoi ?

— Tu regardes quoi ?

— Rien.

Léa soupira.

— Tu dis toujours ça.

Karl sourit.

— Parce que je ne regarde rien.

Puis il rentra.

Léa regarda à son tour vers la rue.

Elle ne vit rien.

---


Vers 22 heures, les invités commencèrent à partir.

La maison retrouva peu à peu son calme.

Nathan était fatigué.

Alberta lui demanda d'aller dormir.

— Mais je veux encore jouer.

— Tu as joué toute la journée.

— Encore cinq minutes.

— Non.

Nathan bouda.

Léa le regarda.

— Bonne nuit.

— Bonne nuit.

Nathan partit.

Léa resta quelques instants dans la cour.

Elle regarda le ciel.

Elle ne savait pas pourquoi elle avait cette sensation étrange.

Comme si quelque chose allait arriver.

---

Plus tard dans la nuit, tout le monde dormait.

Léa se réveilla brusquement.

Elle ne savait pas pourquoi.

Elle regarda l'horloge.

00 h 03.

Elle entendit un bruit dehors.

Un bruit de pas.

Elle se leva.

Puis elle entendit une voix.

— Léa...

Elle se figea.

C'était Nathan.

Elle ouvrit la porte.

Nathan était dans le couloir avec deux bouteilles vides.

— Tu fais quoi ?

— Je vais chercher de l'eau.

— Maintenant ?

— Oui.

Léa regarda dehors.

La cour était plongée dans l'obscurité.

Elle pensa immédiatement à son rêve.

— Attends-moi.

Nathan sourit.

— D'accord.

Quelques secondes plus tard, Karl apparut également.

— Vous allez où ?

— À la pompe, répondit Nathan.

Karl prit lui aussi une bouteille.

Les trois enfants sortirent.

Mais après quelques mètres, Léa s'arrêta.

Elle regarda l'arbre.

Le même.

Celui de son rêve.

Son cœur se mit à battre très vite.

— Nathan...

— Quoi ?

Léa ne répondit pas.

Elle avait l'impression que quelque chose les observait.

Karl regarda l'arbre.

Puis il murmura :

— On ferait mieux de partir.

Et soudain...

quelque chose bougea sur la branche.

Les trois enfants levèrent les yeux.

Léa aperçut une silhouette.

Elle ne pouvait pas distinguer son visage.

Mais elle savait une chose.

Ce n'était pas un humain.

— COUREZ !

Ils lâchèrent leurs bouteilles et se mirent à courir vers la maison.

Mais derrière eux...

un bruit étrange retentit dans l'obscurité.

Comme un rire.

Ils atteignirent le portail.

Alberta sortit immédiatement.

— Qu'est-ce qui vous prend ?

Les enfants étaient essoufflés.

Karl pointa l'arbre.

— Il y avait quelqu'un !

Alberta regarda dans cette direction.

— Il n'y a personne.

— On l'a vu ! cria Léa.

Alberta fronça les sourcils.

— Vous avez probablement eu peur pour rien.

Puis elle regarda les bouteilles abandonnées.

— Retournez les chercher.

Léa resta bouche bée.

— Mais Tata...

— Retournez à la pompe.

Un silence lourd s'installa.

Nathan regarda Léa.

Puis Karl.

Finalement, les trois enfants repartirent.

Ils ne savaient pas qu'ils étaient en train de retourner exactement là où Léa avait vu Nathan mourir dans son rêve.

Et cette fois...

le rêve était sur le point de devenir réalité.


CHAPITRE 6 — LA POMPE

La nuit semblait plus sombre qu'avant.

Léa marchait entre Nathan et Karl, serrant sa bouteille contre elle.

Aucun des trois ne parlait.

Même Karl, qui avait toujours quelque chose à dire, gardait les yeux fixés sur le sol.

Ils arrivèrent à la pompe.

Les bouteilles étaient toujours là.

Nathan se pencha pour en prendre une.

— Elle est là.

Karl récupéra la sienne.

Léa resta immobile.

Elle regardait l'arbre.

La branche où elle avait vu la silhouette était maintenant vide.

— Vous avez vu quelque chose ? demanda Nathan.

— Oui, répondit Léa.

— Quoi ?

— Je ne sais pas.

Karl intervint :

— On ne regarde pas.

Il avait parlé très sérieusement.

— Pourquoi ? demanda Nathan.

Karl ne répondit pas.

Il commença à remplir sa bouteille.

Léa fit de même.

La pompe grinçait à chaque mouvement.

Krrr... krrr... krrr...

Puis le bruit s'arrêta.

Léa leva les yeux.

— Pourquoi tu t'arrêtes ?

Karl regardait la pompe.

— Elle ne fonctionne plus.

Nathan essaya à son tour.

Rien.

Puis, soudain...

L'eau se remit à couler.

Mais elle n'était pas claire.

Elle était légèrement sombre.

Léa recula.

— Regardez...

Nathan approcha son visage.

— C'est quoi ça ?

Karl lui attrapa brusquement le bras.

— Ne touche pas.

— Pourquoi ?

— Je sais pas.

Léa sentit alors une douleur derrière les yeux.

Elle porta ses mains à sa tête.

— Léa ? demanda Nathan.

Elle ne répondit pas.

Le monde autour d'elle semblait disparaître.

Elle vit l'arbre.

Puis la cour.

Puis Nathan.

Mais cette fois, elle vit quelque chose qu'elle n'avait pas vu dans son premier rêve.

Une silhouette se tenait derrière Nathan.

Elle semblait tenir quelque chose.

Léa voulut crier.

Mais aucun son ne sortit de sa bouche.

Puis elle vit une main.

Une main qui se rapprochait de Nathan.

— NON !

La vision disparut.

Léa tomba à genoux.

Nathan s'approcha.

— Léa !

Elle respirait difficilement.

Karl la regardait avec inquiétude.

— Qu'est-ce que tu as vu ?

Léa releva les yeux.

Elle regarda Nathan.

Puis l'arbre.

— On doit rentrer.

— Pourquoi ?

— Maintenant.

Karl n'attendit pas.

Il prit sa bouteille et partit.

Nathan suivit.

Léa resta une seconde derrière eux.

Puis elle entendit quelque chose.

Une voix.

Très faible.

Derrière elle.

> « Tu as déjà vu. »

Léa se retourna.

Personne.

Elle courut.

---


Lorsqu'ils arrivèrent à la maison, Alberta les attendait.

— Enfin !

Elle était furieuse.

— Pourquoi avez-vous mis autant de temps ?

Karl posa sa bouteille.

— La pompe ne marchait pas.

Alberta soupira.

— Et alors ?

Elle regarda Léa.

— Pourquoi tu trembles ?

Léa ne répondit pas.

Alberta s'approcha.

— Qu'est-ce que tu as encore vu ?

Léa leva les yeux.

Cette question la surprit.

— Rien.

Alberta la fixa.

— Tu mens ?

— Non.

Alberta la regarda quelques secondes.

Puis elle se détourna.

— Allez dormir.

Les enfants partirent.

Mais lorsqu'Alberta resta seule dans la cour, elle regarda longuement vers l'arbre.

Son visage changea.

Elle ne semblait plus en colère.

Elle semblait...

inquiète.

Elle murmura quelque chose que personne ne put entendre.

Puis elle rentra rapidement dans la maison.

---

À l'intérieur, tout semblait normal.

Les enfants se couchèrent.

Léa resta éveillée.

Elle regardait le plafond.

Elle ne pouvait pas oublier ce qu'elle avait vu.

La main.

La silhouette.

Nathan.

Elle se demandait si son rêve était réellement un rêve.

Ou si elle avait vu quelque chose qui allait arriver.

À côté d'elle, Nathan dormait paisiblement.

Léa se leva.

Elle s'approcha de son lit.

Elle posa doucement une main sur son épaule.

Nathan ouvrit les yeux.

— Léa ?

— Oui ?

— Pourquoi tu me regardes encore ?

Elle sourit tristement.

— Parce que je veux être sûre que tu es là.

Nathan se rendormit.

Léa retourna dans son lit.

Mais cette nuit-là, elle ne dormit presque pas.

---


À l'extérieur, le quartier était silencieux.

Puis une porte s'ouvrit.

Une personne sortit.

Elle traversa la rue.

S'arrêta sous un arbre.

Et leva les yeux.

La même silhouette apparut sur une branche.

La personne murmura :

— Pas encore.

Puis elle repartit.

Et quelque part, dans une maison voisine...

une femme ouvrit brusquement les yeux.

Elle semblait avoir entendu quelque chose.

Elle murmura :

— La petite a vu.

Puis elle referma les yeux.

La nuit continua.

Mais le lendemain matin...

Nathan ne se réveilla pas.


CHAPITRE 7 — LE MATIN OÙ TOUT A BASCULÉ

Le soleil se leva comme un matin ordinaire.

Dans la maison, personne ne savait encore que cette journée allait changer la famille pour toujours.

Léa fut la première à se réveiller.

Elle resta quelques secondes dans son lit.

Son regard se posa immédiatement sur Nathan.

Il n'avait pas bougé.

— Nathan ?

Aucune réponse.

Elle se redressa.

— Nathan ?

Toujours rien.

Léa descendit de son lit et s'approcha.

Elle posa doucement sa main sur son épaule.

— Réveille-toi...

Nathan ne bougea pas.

Léa commença à paniquer.

— Nathan ?

Elle le secoua légèrement.

Puis plus fort.

— Nathan !

Les autres enfants se réveillèrent.

Karl se redressa.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Léa recula.

Son visage était devenu blanc.

— Il ne se réveille pas.

Karl s'approcha.

Il regarda Nathan.

Puis il recula immédiatement.

— Va chercher Alberta.

Léa courut.

---

— Tata !

Alberta sortit de sa chambre.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— Nathan...

Léa avait du mal à parler.

— Nathan ne se réveille pas.

Alberta fronça les sourcils.

— Qu'est-ce que tu racontes ?

Elle entra dans la chambre.

Elle s'approcha du lit.

Puis elle posa une main sur son fils.

Elle resta immobile.

— Nathan ?

Aucune réaction.

— Nathan !

Elle le secoua.

Puis elle recommença.

Rien.

Son visage changea.

— NON...

Elle cria son prénom.

Tout le monde accourut.

Quelques minutes plus tard, la maison était remplie de bruit.

Des voisins arrivèrent.

Thérèse fut appelée.

Léa était assise dans un coin.

Elle ne parlait pas.

Elle regardait simplement Nathan.

Et dans sa tête résonnait une phrase :

« Je l'avais vu. »

---

Thérèse arriva rapidement.

Lorsqu'elle entra dans la pièce, elle comprit immédiatement que quelque chose de grave s'était produit.

Elle se précipita vers Alberta.

Alberta était effondrée.

— Mon fils...

Thérèse la prit dans ses bras.

— Ma fille...

— Il allait bien hier !

Alberta pleurait.

— Il fêtait son anniversaire !

Personne ne savait quoi répondre.

Puis quelqu'un murmura :

— Il faut appeler les secours.

---


Quelques heures plus tard, la maison était silencieuse.

Le corps de Nathan avait été emporté.

Les adultes parlaient à voix basse.

Léa était toujours assise au même endroit.

Karl se tenait loin d'elle.

Il semblait terrifié.

Thérèse vint s'asseoir à côté de Léa.

— Ma chérie...

Léa ne répondit pas.

— Tu avais rêvé de ça ?

Léa hocha lentement la tête.

Thérèse ferma les yeux.

Elle commençait à comprendre que les rêves de cette enfant n'étaient peut-être pas de simples cauchemars.

Mais Alberta, elle, n'avait plus le même regard envers Léa.

Elle la fixait.

Longuement.

Comme si elle cherchait quelque chose dans son visage.

Puis elle s'approcha.

— Qu'est-ce que tu savais ?

Léa leva les yeux.

— Rien.

— Tu avais dit qu'il allait mourir.

— J'avais fait un rêve.

Alberta attrapa son bras.

— Qu'est-ce que tu as vu ?

Thérèse intervint immédiatement.

— Alberta !

Alberta lâcha Léa.

Mais son regard resta dur.

Pour la première fois, quelque chose venait de changer entre elles.

Alberta ne considérait plus Léa comme une simple enfant.

Elle commençait à avoir peur de ce qu'elle pouvait voir.

---

Le soir venu, la maison était plongée dans le silence.

Léa n'arrivait pas à dormir.

Elle regardait la fenêtre.

Puis elle entendit un bruit.

Toc.

Elle se redressa.

Toc.

Quelqu'un frappait doucement à la fenêtre.

Léa s'approcha.

Elle écarta le rideau.

Personne.

Seulement la nuit.

Elle allait retourner dans son lit lorsqu'elle aperçut quelque chose au sol.

Une petite flaque d'eau.

Juste devant la fenêtre.

Léa fronça les sourcils.

Elle s'accroupit.

L'eau était parfaitement claire.

Puis, sous ses yeux...

elle devint noire.

Léa recula brusquement.

Elle se releva.

Et derrière elle, dans le miroir...

elle vit Nathan.

Debout.

Immobile.

Léa se retourna.

Il n'y avait personne.

Elle regarda à nouveau le miroir.

Nathan était toujours là.

Il leva lentement un doigt.

Et pointa derrière elle.

Léa sentit son sang se glacer.

Elle se retourna une nouvelle fois.

Rien.

Quand elle regarda le miroir...

Nathan avait disparu.

À sa place, une phrase semblait apparaître sur la surface embuée :

« CE N'ÉTAIT PAS UN ACCIDENT. »

Léa recula.

Elle ne comprenait pas.

Mais une chose était désormais certaine.

La mort de Nathan n'était pas naturelle.

Et quelqu'un...

ou quelque chose...

voulait qu'elle découvre la vérité.


CHAPITRE 8 — CE N'ÉTAIT PAS UN ACCIDENT

Léa resta figée devant le miroir.

Son cœur battait si fort qu'elle avait l'impression que toute la maison pouvait l'entendre.

La phrase avait disparu.

Le miroir était redevenu normal.

Elle passa timidement un doigt sur sa surface.

Rien.

Elle recula.

— Nathan...

Sa voix tremblait.

Elle ne savait pas si elle avait réellement vu son cousin ou si son chagrin avait transformé son imagination.

Mais une chose ne quittait pas son esprit :

« Ce n'était pas un accident. »

---

Le lendemain matin, Thérèse trouva Léa assise seule dans la cour.

La petite fille n'avait presque pas dormi.

— Pourquoi es-tu déjà debout ?

Léa leva les yeux.

— Mamie...

Thérèse s'assit à côté d'elle.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Léa hésita.

Elle voulait parler.

Mais elle avait peur qu'on ne la croie pas.

— J'ai vu Nathan.

Thérèse se figea.

— Dans un rêve ?

— Non.

Léa secoua la tête.

— Dans le miroir.

Thérèse observa attentivement son visage.

— Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

— Il n'a pas parlé.

— Alors comment sais-tu que c'était lui ?

Léa réfléchit.

— Je le savais.

Thérèse resta silencieuse.

Puis Léa ajouta :

— Il m'a montré quelque chose.

— Quoi ?

— Il y avait écrit que sa mort n'était pas un accident.

Thérèse pâlit légèrement.

— Tu es sûre ?

Léa hocha la tête.

— Oui.

Thérèse regarda autour d'elle.

Personne ne semblait les observer.

Elle prit les mains de Léa.

— Écoute-moi bien. Tu ne dois raconter ça à personne.

— Même pas à Tata ?

Thérèse hésita.

— Surtout pas à Alberta.

Léa fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

Thérèse ne répondit pas.

Elle avait une raison.

Depuis la mort de Nathan, elle avait remarqué quelque chose chez sa fille.

Alberta ne pleurait plus comme avant.

Elle semblait chercher des réponses.

Et surtout...

elle semblait avoir peur.

---


À quelques mètres de là, Alberta se tenait derrière une fenêtre.

Elle les observait.

Elle ne pouvait pas entendre leur conversation.

Mais elle vit Thérèse prendre les mains de Léa.

Son visage se ferma.

Puis elle se détourna.

Elle entra dans sa chambre et verrouilla la porte.

Elle ouvrit une vieille armoire.

À l'intérieur se trouvaient plusieurs objets qu'elle gardait soigneusement cachés.

Elle en sortit un petit récipient.

Puis une bouteille remplie d'un liquide sombre.

Elle posa le tout sur une table.

Ses mains tremblaient.

— Pourquoi lui ?

Elle ferma les yeux.

Une larme coula sur sa joue.

— Pourquoi mon enfant ?

Elle resta quelques secondes silencieuse.

Puis son visage devint dur.

— Je ne laisserai personne prendre les autres.

Elle ouvrit la bouteille.

Une odeur étrange se répandit dans la pièce.

Elle commença à murmurer des paroles incompréhensibles.

---

Pendant ce temps, Amanda jouait dans la cour.

Elle avait observé sa grand-mère depuis quelques jours.

Depuis qu'elle avait surpris Alberta avec l'eau, quelque chose avait changé dans son regard.

Elle avait peur d'elle.

Mais elle était aussi curieuse.

Amanda s'approcha de la fenêtre de la chambre d'Alberta.

La porte était fermée.

Elle entendit une voix à l'intérieur.

Elle posa son oreille contre le mur.

— ...il ne fallait pas que l'enfant voie...

Amanda se figea.

Elle recula.

Puis une autre phrase lui parvint.

— ...maintenant elle commence à comprendre...

Amanda sentit un frisson lui parcourir le dos.

Elle partit en courant.

---

Quelques heures plus tard, la famille se réunit pour préparer les funérailles de Nathan.

L'ambiance était lourde.

Alberta ne parlait presque pas.

Ken était silencieux.

Luca pleurait discrètement.

Léon semblait complètement perdu.

Karl, lui, ne regardait personne.

Léa remarqua quelque chose.

Chaque fois qu'elle regardait Karl, celui-ci détournait les yeux.

Finalement, elle s'approcha.

— Karl.

— Quoi ?

— Tu sais quelque chose.

Karl se raidit.

— Non.

— Tu étais avec moi cette nuit-là.

— Et alors ?

— Tu as vu quelque chose à la pompe.

Karl resta silencieux.

— Dis-moi.

— Je ne sais rien.

Léa le fixa.

— Tu mens.

Karl se retourna brusquement.

— Laisse-moi tranquille !

Il partit.

Mais avant de disparaître derrière la maison, Léa remarqua quelque chose.

Il pleurait.

---


La nuit suivante, Léa fit un nouveau rêve.

Cette fois, elle ne vit pas Nathan.

Elle vit Karl.

Il marchait seul dans une rue sombre.

Quelqu'un le suivait.

Karl se retourna.

Puis la scène changea.

Léa vit une assiette.

Une femme.

La voisine.

Et une voix qui répétait :

> « Ma chair... ma chair... ma chair... »

Puis l'image changea encore.

Léa vit Nathan.

Il était devant l'arbre.

Il regardait quelque chose au-dessus de lui.

Puis une silhouette descendit lentement de la branche.

Léa voulut voir son visage.

Mais juste avant qu'elle puisse le distinguer...

elle se réveilla.

Elle était en sueur.

Et cette fois, quelque chose était écrit sur le mur de sa chambre.

Pas avec de l'encre.

Avec de l'eau.

Trois mots.

« CHERCHE LA CHAIR. »

Léa resta immobile.

Elle comprit alors que la mort de Nathan et l'étrange phrase de la voisine n'étaient peut-être pas deux histoires différentes.

Elles étaient liées.

Et quelque part dans le quartier, quelqu'un connaissait déjà la réponse.


FCHAPITRE 9 — LE SECRET DE KARL

Léa resta longtemps devant le mur.

Les trois mots avaient disparu quelques minutes plus tard, comme si l'eau s'était évaporée.

CHERCHE LA CHAIR.

Elle aurait voulu réveiller quelqu'un.

Mais elle pensa à Thérèse.

Tu ne dois raconter ça à personne.

Alors elle garda le silence.

Pour la première fois, Léa comprit que ses visions ne lui montraient pas seulement des choses qui allaient arriver.

Elles pouvaient aussi lui montrer des choses qu'elle devait comprendre.

---

Le lendemain, Karl était absent.

— Où est Karl ? demanda Léa.

Personne ne répondit.

Elle chercha dans la cour.

Puis derrière la maison.

Elle le trouva finalement assis près d'un vieux mur.

Il avait les genoux contre la poitrine.

Léa s'approcha.

— Tu pleures ?

— Non.

— Tu mens.

Karl essuya rapidement ses yeux.

— Qu'est-ce que tu veux ?

— Te parler.

— Je n'ai rien à te dire.

Léa s'assit à côté de lui.

Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.

Puis Léa demanda :

— Qu'est-ce que tu as fait avec l'assiette de la voisine ?

Karl se raidit.

— Rien.

— Karl...

— J'ai juste mangé.

— Pourquoi elle disait qu'elle voulait sa chair ?

Il se leva brusquement.

— Je ne sais pas !

Léa se leva aussi.

— Tu sais quelque chose !

— Arrête !

Karl la regarda.

Son visage était paniqué.

Puis il murmura :

— Je ne voulais pas que ça arrive.

Léa sentit son cœur s'accélérer.

— Quoi ?

Karl ne répondit pas.

— Qu'est-ce que tu veux dire ?

Il regarda autour de lui.

Puis il parla si bas que Léa dut se rapprocher.

— La veille de l'anniversaire de Nathan... je suis retourné chez cette femme.

Léa resta silencieuse.

— Pourquoi ?

Karl baissa les yeux.

— Parce que j'avais encore faim.

— Et ?

— J'ai pris quelque chose.

— Quoi ?

Karl secoua la tête.

— Je ne peux pas te le dire.

— Pourquoi ?

— Parce qu'elle m'avait dit de ne jamais en parler.

Léa sentit un frisson.

— Qui ?

Karl désigna la maison de la voisine.

— Elle.

---


À cet instant, un bruit retentit derrière eux.

Crac.

Les deux enfants se retournèrent.

Personne.

Seulement un arbre qui bougeait légèrement sous le vent.

Karl devint livide.

— On doit partir.

— Pourquoi ?

— Maintenant !

Il attrapa le bras de Léa.

Ils coururent jusqu'à la maison.

Mais Léa se retourna une dernière fois.

Sous l'arbre, elle aperçut une silhouette.

Une femme.

Elle ne bougeait pas.

Elle regardait les deux enfants.

Puis elle leva lentement la main.

Léa s'arrêta.

La silhouette disparut.

---

Le soir venu, Thérèse passa chez Alberta.

Elle trouva Léa assise seule.

— Viens manger, ma chérie.

Léa hésita.

— Je n'ai pas faim.

Thérèse la regarda attentivement.

— Tu as encore vu quelque chose ?

Léa ne répondit pas.

Thérèse comprit.

— Léa...

La petite fille finit par murmurer :

— Mamie, est-ce que les morts peuvent parler ?

Thérèse resta immobile.

— Pourquoi cette question ?

— Parce que Nathan m'a parlé.

Thérèse ferma doucement les yeux.

— Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

— Il m'a demandé de chercher la chair.

Thérèse pâlit.

— Qui t'a dit ça ?

— Nathan.

— Léa, écoute-moi. Tu ne dois plus chercher cette histoire.

— Mais pourquoi ?

Thérèse prit son visage entre ses mains.

— Parce que certaines portes, une fois ouvertes, ne peuvent plus être refermées.

Léa la regarda.

— Tu sais quelque chose ?

Thérèse détourna les yeux.

C'était la première fois que Léa voyait sa grand-mère avoir peur de répondre.

---


Plus tard dans la nuit, Amanda se réveilla.

Elle entendit des bruits dans le couloir.

Elle sortit de sa chambre.

La maison était plongée dans l'obscurité.

Puis elle vit une lumière sous la porte de la chambre d'Alberta.

Amanda s'approcha.

La porte était légèrement entrouverte.

Elle regarda à l'intérieur.

Alberta était debout devant une bassine remplie d'eau.

Elle avait les yeux fermés.

Elle plongea lentement ses deux mains dans l'eau.

Amanda retint son souffle.

L'eau était claire.

Puis elle commença à changer.

D'abord légèrement grise.

Puis rouge.

Puis presque noire.

Amanda porta une main à sa bouche pour ne pas crier.

Alberta murmura quelque chose.

Puis elle ouvrit brusquement les yeux.

Elle regarda directement vers la porte.

Amanda se précipita dans sa chambre.

Elle se glissa sous sa couverture.

Quelques secondes plus tard...

des pas s'arrêtèrent devant sa porte.

Amanda ferma les yeux.

La poignée bougea.

Une fois.

Deux fois.

Puis plus rien.

Les pas s'éloignèrent.

Amanda resta immobile pendant plusieurs minutes.

Elle venait de comprendre quelque chose.

Sa grand-mère ne faisait pas simplement quelque chose d'étrange avec l'eau.

Elle pratiquait réellement quelque chose qu'elle voulait cacher.

---

À l'autre bout de la maison, Léa dormait.

Elle rêvait encore.

Cette fois, elle se trouvait devant la pompe.

Elle regardait l'eau couler.

Puis l'eau devint rouge.

Une voix murmura derrière elle :

> « Nathan n'était pas la cible. »

Léa se retourna.

Elle ne vit personne.

Puis une deuxième voix murmura :

> « Mais quelqu'un devait payer. »

Léa se réveilla en sursaut.

Elle était trempée de sueur.

Et cette fois, elle entendit clairement quelque chose dans le couloir.

Un bruit de pas.

Lent.

Régulier.

Quelqu'un avançait vers sa chambre.

Léa se recroquevilla dans son lit.

La poignée de la porte commença lentement à tourner.

Clic.

La porte s'ouvrit.

Léa retint son souffle.

Une silhouette entra.

Et dans l'obscurité...

une voix murmura :

— Léa...


CHAPITRE 10 — LA VISITEUSE

Léa n'osait plus respirer.

La silhouette resta immobile près de la porte.

— Léa...

Cette fois, la petite fille reconnut la voix.

— Mamie ?

La silhouette s'approcha.

C'était Thérèse.

Léa sortit lentement de sous sa couverture.

— Tu m'as fait peur.

Thérèse s'assit au bord du lit.

— Pardonne-moi.

Elle regarda Léa pendant quelques secondes.

— Tu dois m'écouter attentivement.

Léa hocha la tête.

— Ce que tu vois dans tes rêves... ne le raconte pas à tout le monde.

— Pourquoi ?

Thérèse baissa la voix.

— Parce que tout le monde ne veut pas savoir la vérité.

Léa réfléchit.

— Est-ce que Nathan voulait me prévenir ?

Thérèse resta silencieuse.

Cette fois, son silence était une réponse.

— Alors il est vraiment venu ?

— Je ne sais pas, ma chérie.

— Tu ne me crois pas ?

Thérèse lui caressa les cheveux.

— Je te crois quand tu me dis ce que tu as vu. Mais je ne sais pas encore ce que cela signifie.

Elle se leva.

— Et surtout, ne cherche pas à te venger.

Léa fronça les sourcils.

— Je ne veux pas me venger.

— Alors promets-moi de ne rien faire seule.

— Je te le promets.

Thérèse ouvrit la porte.

Puis elle s'arrêta.

— Et si tu vois encore Nathan...

Léa attendit.

— Demande-lui pourquoi il est venu.

Elle quitta la chambre.

Léa resta éveillée jusqu'au matin.

---

Le lendemain

La maison était étrangement calme.

Depuis la mort de Nathan, Alberta n'était plus la même.

Elle ne criait presque plus.

Elle parlait peu.

Elle passait de longues heures enfermée dans sa chambre.

Et surtout, elle surveillait Léa.

Chaque fois que leurs regards se croisaient, Léa avait l'impression qu'Alberta cherchait à lire ses pensées.

Ce matin-là, Alberta appela Léa.

— Viens ici.

Léa s'approcha.

— Oui, tata ?

— Où étais-tu hier soir ?

— Dans ma chambre.

— Tu as parlé à quelqu'un ?

Léa hésita.

— À Mamie.

Alberta se raidit.

— À propos de quoi ?

— De rien.

— Léa.

La petite fille baissa les yeux.

— Elle m'a seulement parlé.

Alberta la fixa.

— Ne me mens pas.

Léa ne répondit pas.

Alberta finit par détourner le regard.

— Va aider en cuisine.

Léa partit.

Mais une question resta dans sa tête :

Pourquoi Alberta avait-elle autant peur de ce qu'elle pouvait raconter ?

---


Le carnet

Quelques jours plus tard, Léa cherchait un cahier dans une vieille armoire.

Elle voulait préparer ses devoirs.

En déplaçant quelques vêtements, elle trouva un petit carnet marron.

Il était poussiéreux.

Léa l'ouvrit.

Les premières pages étaient remplies de dates.

Certaines étaient barrées.

D'autres comportaient simplement des initiales.

Elle ne comprenait pas.

Puis elle vit une phrase :

« La première vision de l'enfant. »

Léa sentit son cœur s'accélérer.

Elle tourna la page.

Une autre phrase :

« Elle voit ce que les autres ne voient pas. »

Puis :

« Ne jamais lui parler de sa mère. »

Léa se figea.

Sa mère ?

Pourquoi quelqu'un avait-il écrit cela ?

Elle tourna rapidement plusieurs pages.

Et elle tomba sur un nom.

MARIANA.

Léa resta immobile.

Sa mère était mentionnée dans le carnet.

Mais pourquoi ?

Elle voulut continuer.

Un bruit derrière elle la fit sursauter.

Elle referma immédiatement le carnet.

Alberta se tenait dans l'encadrement de la porte.

— Qu'est-ce que tu fais ?

Léa serra le carnet contre elle.

— Je cherchais un cahier.

Alberta s'approcha.

Son regard se posa sur le carnet.

Son visage changea.

— Donne-moi ça.

Léa recula.

— Pourquoi ?

— Donne-moi ce carnet.

— Il parle de maman ?

Alberta ne répondit pas.

— Il parle de ma maman ?

— Donne-le-moi !

Léa lâcha le carnet.

Alberta le ramassa rapidement.

Elle le serra contre elle.

Puis elle regarda Léa avec une expression que la petite fille n'avait jamais vue auparavant.

De la colère.

Mais aussi...

de la peur.

— Tu n'as rien vu.

— Mais...

— Rien.

Alberta sortit de la pièce.

Léa resta seule.

Elle venait de comprendre quelque chose d'important.

Sa mère n'était peut-être pas simplement partie travailler.

Alberta savait quelque chose sur Mariana.

---

La première lettre

Cette nuit-là, Léa fit un nouveau rêve.

Elle se trouvait dans une gare.

Une femme courait avec un sac.

Elle semblait fuir quelque chose.

Léa voulut l'appeler.

— Maman !

La femme se retourna.

C'était Mariana.

Mais elle avait l'air différente.

Elle était plus âgée.

Épuisée.

Elle portait des vêtements poussiéreux.

Elle tenait une autre personne par la main.

Puis une explosion retentit.

Mariana se retourna et cria :

— Courez !

Léa se réveilla brutalement.

Elle avait les larmes aux yeux.

— Maman...

Sur sa table de chevet se trouvait quelque chose qui n'y était pas avant.

Une enveloppe.

Léa la prit.

Sur le devant, un seul mot était écrit :

MARIANA.

Elle ouvrit l'enveloppe avec des mains tremblantes.

À l'intérieur se trouvait une vieille photographie.

Mariana.

Vivante.

Et derrière elle, un paysage qu'elle ne connaissait pas.

Au dos de la photo, une phrase était écrite :

« Elle n'a jamais cessé de chercher sa fille. »

Léa sentit ses jambes trembler.

Elle regarda la porte.

Puis la photo.

Pour la première fois depuis cinq ans, une idée impossible traversa son esprit :

Et si sa mère n'avait jamais voulu l'abandonner ?

Mais avant qu'elle puisse réfléchir davantage...

un bruit de pas retentit dans le couloir.

Quelqu'un venait vers sa chambre.

Et cette fois, Léa savait que ce n'était pas Thérèse.


CHAPITRE 11 — LA PHOTOGRAPHIE

Les pas s'arrêtèrent devant la porte.

Léa serra la photographie contre sa poitrine.

La poignée bougea.

Elle glissa rapidement la photo sous son oreiller.

La porte s'ouvrit.

C'était Alberta.

— Tu ne dors pas ?

— Si...

Alberta entra.

Elle regarda autour d'elle.

— Qu'est-ce que tu caches ?

Léa sentit son cœur accélérer.

— Rien.

Alberta s'approcha du lit.

— Lève-toi.

Léa obéit.

Alberta souleva la couverture.

Puis elle regarda sous l'oreiller.

Mais la photographie avait disparu.

Léa elle-même ne comprit pas comment.

Elle était certaine de l'avoir mise là.

Alberta ne trouva rien.

Elle la fixa encore quelques secondes.

Puis sortit.

Lorsque la porte se referma, Léa souleva lentement son oreiller.

La photographie était là.

Mais elle avait changé.

Au dos, il n'y avait plus une phrase.

Il y en avait deux.

« Elle n'a jamais cessé de chercher sa fille. »

Et juste en dessous :

« Mais elle ne doit pas encore revenir. »

Léa resta pétrifiée.

— Pourquoi ?

Elle regarda la photographie.

Pour la première fois, elle se demanda si sa mère était réellement en danger.

---

Quelques jours plus tard

La vie reprit lentement son cours.

Mais quelque chose avait changé dans la maison.

Depuis la mort de Nathan, Alberta était devenue extrêmement sévère.

La moindre erreur de Léa était sanctionnée.

Un verre cassé.

Une mauvaise réponse.

Un vêtement mal plié.

Tout devenait un prétexte.

Léa ne comprenait pas pourquoi.

Elle commença à croire qu'Alberta ne l'aimait pas.

Pourtant, elle continuait à l'appeler « maman » dans sa tête.

Parce qu'elle ne connaissait rien d'autre.

Mariana était partie depuis longtemps.

Alberta était celle qui était là.

Celle qui la nourrissait parfois.

Celle qui lui criait dessus.

Celle qui la punissait.

Pour une enfant de cinq ans, la différence entre une mère et une tante pouvait être difficile à comprendre.

---


Un après-midi, Thérèse trouva Léa assise derrière la maison.

La petite fille tenait la photographie.

— Où as-tu trouvé ça ?

Léa leva les yeux.

— Je ne sais pas.

Thérèse prit la photo.

Son visage se décomposa.

— Où as-tu trouvé cette photographie ?

— Dans ma chambre.

Thérèse retourna la photo.

Elle lut la phrase.

Puis elle ferma les yeux.

— Mamie ?

— Oui ?

— Maman est-elle morte ?

Thérèse regarda sa petite-fille.

— Non.

La réponse fut immédiate.

Léa ouvrit grand les yeux.

— Tu es sûre ?

— Oui.

— Alors pourquoi elle ne revient pas ?

Thérèse resta silencieuse.

Elle ne pouvait pas lui raconter ce qu'elle savait.

Pas encore.

— Ta mère est partie pour travailler.

— Mais ça fait longtemps.

— Je sais.

— Elle m'a oubliée ?

Thérèse prit Léa dans ses bras.

— Jamais.

Léa se mit à pleurer.

— Alors pourquoi elle ne vient pas ?

Thérèse sentit son cœur se briser.

Elle savait que Mariana avait promis de revenir.

Elle savait aussi que quelque chose avait changé depuis son départ.

Mais elle ignorait encore si sa fille était simplement retenue loin de chez elle...

ou si elle était en danger.

---

De l'autre côté de la frontière

Très loin de là, dans une petite ville d'Angola, une femme travaillait dans un bâtiment modeste.

Elle portait un autre nom.

Personne ici ne connaissait Mariana.

Pour eux, elle était Maria.

Elle avait trouvé un emploi quelques mois après son arrivée.

Au début, tout allait bien.

Elle travaillait.

Elle économisait.

Elle envoyait parfois des messages à sa famille.

Puis la situation politique se dégrada.

Les routes devinrent dangereuses.

Les communications commencèrent à être coupées.

Les gens fuyaient.

Mariana avait voulu rentrer.

Mais elle n'en avait plus la possibilité.

Un soir, une explosion secoua la ville.

Les vitres tremblèrent.

Les gens sortirent dans la rue.

Quelqu'un cria :

— Ils arrivent !

Mariana prit son sac.

Elle regarda une dernière fois la petite photo qu'elle gardait dans son portefeuille.

Léa.

Sa fille.

Elle murmura :

— Maman va revenir.

Puis elle partit.

---


Le quartier

Pendant ce temps, dans le quartier de Léa, les nuits devenaient de plus en plus étranges.

Certaines personnes commençaient à parler d'une présence.

Des habitants affirmaient avoir vu des silhouettes près de la pompe.

D'autres parlaient de voix venant des arbres.

Mais personne n'osait vraiment en parler.

Un soir, un vieil homme déclara :

— Depuis la mort de Nathan, quelque chose a changé.

Un autre répondit :

— Ce quartier n'a jamais été normal.

Léa entendit cette conversation depuis sa fenêtre.

Elle observa la rue.

Puis elle vit la même silhouette qu'auparavant.

Cette fois, elle était beaucoup plus proche.

Léa recula.

La silhouette leva lentement la tête.

Elle regardait directement vers elle.

Puis elle prononça quelque chose.

Léa ne pouvait pas entendre.

Mais elle comprit.

Mariana.

Léa ouvrit brusquement la fenêtre.

— Maman ?

La silhouette disparut.

Et au même instant...

dans sa main apparut une petite feuille pliée.

Léa la déplia.

Il n'y avait qu'une phrase :

« TA MÈRE EST VIVANTE. »

Léa resta immobile.

Puis elle entendit une voix derrière elle.

— Qu'est-ce que tu tiens ?

Elle se retourna.

Alberta était debout dans l'encadrement de la porte.

Son visage était devenu livide.

Fin du chapitre 11.


CHAPITRE 12 — LA VÉRITÉ QU'ON CACHE

Léa ne répondit pas.

Elle serrait le petit papier dans sa main.

Alberta s'approcha lentement.

— Qu'est-ce que tu tiens ?

— Rien.

— Montre-moi.

Léa recula.

— C'est à moi.

Alberta tendit la main.

— Léa.

La petite fille hésita.

Puis elle donna le papier.

Alberta le déplia.

Elle lut la phrase.

« TA MÈRE EST VIVANTE. »

Son visage changea immédiatement.

Pendant quelques secondes, elle resta immobile.

Puis elle froissa le papier.

— Qui t'a donné ça ?

— Je ne sais pas.

— Qui ?

— Je ne sais pas !

Alberta attrapa les épaules de Léa.

— Qui t'a donné ce papier ?

La petite fille se mit à pleurer.

— Je ne sais pas !

Une voix retentit derrière elles.

— Alberta !

C'était Thérèse.

Elle venait d'entrer.

Lorsqu'elle vit Alberta tenir Léa, elle s'approcha immédiatement.

— Lâche-la.

Alberta relâcha la petite fille.

Thérèse prit Léa dans ses bras.

— Qu'est-ce qui te prend ?

Alberta ne répondit pas.

Elle regardait toujours le morceau de papier.

Puis elle murmura :

— Elle est vivante...

Thérèse la fixa.

— Qui ?

Alberta leva les yeux.

— Mariana.

Un silence glacial tomba dans la pièce.

Léa regarda sa tante.

— Tu savais ?

Alberta ne répondit pas.

— Tu savais que maman était vivante ?

Alberta détourna le regard.

Thérèse ferma les yeux.

La vérité venait de sortir malgré elle.

---

Cette nuit-là, Léa ne dormit pas.

Elle repensa à tout ce qu'Alberta avait dit.

À la photographie.

Au message.

À la réaction de sa tante.

Une seule conclusion était possible :

Alberta savait quelque chose sur Mariana.

Mais pourquoi lui avait-elle caché la vérité ?

---

À l'aube, Thérèse entra dans la chambre.

Léa était déjà réveillée.

— Mamie.

— Oui ?

— Je veux savoir.

Thérèse s'assit à côté d'elle.

— Savoir quoi ?

— Tout.

Thérèse resta silencieuse.

— Maman est-elle vivante ?

— Oui.

Les yeux de Léa se remplirent de larmes.

— Depuis quand tu le sais ?

Thérèse baissa la tête.

— Je ne sais pas exactement où elle se trouve.

— Mais Alberta le sait ?

— Je pense qu'elle sait certaines choses.

Léa serra les poings.

— Pourquoi personne ne me l'a dit ?

Thérèse soupira.

— Parce que ta tante avait ses raisons.

— Quelles raisons ?

Thérèse ne répondit pas.

Léa insista.

— Est-ce qu'elle ne voulait pas que maman revienne ?

Thérèse regarda sa petite-fille.

Elle ne pouvait pas mentir.

— Je crois qu'Alberta a beaucoup de rancœur envers ta mère.

Léa ne comprenait pas.

— Mais pourquoi ?

— Parce que leur histoire est ancienne.

Thérèse se leva.

— Tu comprendras quand tu seras plus grande.

Léa baissa la tête.

— Je veux juste ma maman.

Thérèse l'embrassa.

— Je sais.

---


Quelques jours plus tard

Léa commença à observer Alberta.

Elle remarqua que sa tante recevait parfois des visiteurs tard le soir.

Des personnes qu'elle ne connaissait pas.

Elles entraient par la porte arrière.

Elles ne parlaient presque jamais.

Et elles repartaient avant l'aube.

Une nuit, Léa entendit une conversation.

Elle s'approcha doucement du couloir.

Alberta parlait avec une femme.

— Elle ne doit rien savoir.

— Elle commence à voir.

— Je sais.

— Et si elle découvre la vérité ?

Alberta resta silencieuse.

Puis elle répondit :

— Alors tout ce que j'ai fait n'aura servi à rien.

Léa sentit son cœur se serrer.

Tout ce qu'elle a fait ?

Elle voulut écouter davantage.

Mais une porte claqua.

Léa courut se cacher.

Quelques secondes plus tard, elle entendit des pas.

Elle se glissa derrière un meuble.

Alberta passa devant elle.

Puis la femme qui l'accompagnait.

Léa reconnut la voix.

C'était la voisine.

Celle qui réclamait sa chair.

---

Le lendemain, Karl vint voir Léa.

— Il faut que je te dise quelque chose.

Léa le regarda.

— Quoi ?

Il semblait inquiet.

— Tu te souviens de la nuit où Nathan est mort ?

Léa hocha la tête.

— Oui.

Karl baissa la voix.

— Je ne t'ai pas tout raconté.

— Qu'est-ce que tu caches ?

— Après avoir fui la pompe...

Il s'arrêta.

— J'ai regardé derrière moi.

Léa se figea.

— Et ?

Karl avala difficilement sa salive.

— J'ai vu quelqu'un.

— Qui ?

— Je ne sais pas.

— Un homme ?

— Non.

— Une femme ?

Karl hésita.

— Je ne sais pas non plus.

— Alors comment était-elle ?

Il murmura :

— Elle ressemblait à quelqu'un que je connaissais.

Léa sentit un frisson.

— À qui ?

Karl la regarda droit dans les yeux.

— À Alberta.

Léa resta silencieuse.

— Tu es sûr ?

— Je te jure.

Puis Karl ajouta :

— Mais ce n'était pas vraiment elle.

---


Cette nuit-là, Léa rêva encore.

Elle vit Nathan.

Cette fois, il ne semblait pas mort.

Il était assis sous l'arbre.

Léa s'approcha.

— Nathan !

Il leva la tête.

— Tu dois arrêter de chercher la chair.

Léa fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

Nathan regarda derrière elle.

— Parce que ce n'est pas la chair qu'ils veulent.

— Alors qu'est-ce qu'ils veulent ?

Nathan répondit :

— L'enfant.

Léa se réveilla brusquement.

Elle posa une main sur son cœur.

Dans la chambre, tout était silencieux.

Puis elle entendit un léger grattement à la fenêtre.

Elle se retourna.

Une silhouette se tenait dehors.

Mais cette fois...

Léa reconnut son visage.

C'était Mariana.

Sa mère.

Vivante.

Et elle pleurait.


CHAPITRE 13 — LA FEMME DERRIÈRE LA FENÊTRE

Léa ne bougea plus.

Derrière la fenêtre, la femme pleurait.

Elle ne disait rien.

Elle se contentait de regarder Léa.

Mais malgré l'obscurité, malgré les années passées, Léa reconnut ce visage.

Elle l'avait vu sur des photographies.

Elle l'avait vu dans ses rêves.

C'était le visage qu'elle cherchait chaque soir avant de s'endormir.

— Maman...

La femme porta une main à sa bouche.

Une larme coula sur sa joue.

Léa s'approcha de la fenêtre.

— Maman !

Elle tendit la main vers la poignée.

Mais la femme secoua brusquement la tête.

Puis elle posa un doigt sur ses lèvres.

Silence.

Léa comprit.

Elle ouvrit malgré tout la fenêtre.

— Maman !

Mais il n'y avait plus personne.

Seulement la rue vide.

Léa regarda partout.

— Maman !

Aucune réponse.

Puis elle aperçut quelque chose sur le sol.

Un petit morceau de tissu.

Elle le ramassa.

Il sentait légèrement le parfum.

Un parfum qu'elle connaissait.

Celui de Mariana.

---

Le lendemain matin, Léa courut trouver Thérèse.

— Mamie !

Thérèse était en train de préparer ses affaires pour aller au marché.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Léa lui montra le morceau de tissu.

Thérèse le prit.

Son visage changea.

— Où as-tu trouvé ça ?

— À ma fenêtre.

— Quand ?

— Cette nuit.

Thérèse regarda Léa droit dans les yeux.

— Tu as vu quelqu'un ?

Léa hocha la tête.

— Maman.

Thérèse resta silencieuse.

Puis elle s'assit.

— Léa...

— Elle était là.

— Tu es certaine ?

— Oui.

— Tu as vu son visage ?

— Oui.

Thérèse ferma les yeux.

Une larme coula.

— Alors elle est revenue...

Léa s'approcha.

— Tu savais qu'elle était vivante ?

Thérèse hésita.

— Je savais qu'elle n'était probablement pas morte.

— Pourquoi tu ne me l'as jamais dit ?

Thérèse prit ses mains.

— Parce que je n'avais aucune preuve.

Léa se mit à pleurer.

— Mais elle était là !

— Je sais.

Thérèse la serra contre elle.

— Je sais, ma chérie.

---


Pendant ce temps, dans la chambre d'Alberta

Alberta avait entendu les voix.

Elle savait que Léa avait vu quelqu'un.

Elle entra dans sa chambre et ferma la porte.

Puis elle sortit une vieille boîte métallique cachée sous son lit.

À l'intérieur se trouvaient plusieurs lettres.

Certaines étaient très anciennes.

Elle en prit une.

L'écriture était familière.

Mariana.

Alberta regarda la lettre pendant plusieurs secondes.

Puis elle la déchira.

— Tu aurais dû rester loin d'ici.

Elle en prit une deuxième.

Puis une troisième.

Toutes portaient le même nom.

Mariana.

Mais Alberta ne savait pas que quelqu'un l'observait.

Amanda.

La petite-fille d'Alberta était dans le couloir.

Elle avait vu la boîte.

Elle avait vu les lettres.

Et elle avait compris que sa grand-mère cachait quelque chose.

---

Le retour de Mariana

Quelques semaines plus tard, la guerre s'intensifia en Angola.

Mariana n'avait plus aucun moyen de contacter sa famille.

Les téléphones ne fonctionnaient plus correctement.

Les routes étaient dangereuses.

Les gens fuyaient dans toutes les directions.

Mariana aurait pu penser uniquement à elle.

Mais elle ne le fit pas.

Elle rencontra une famille qui avait perdu le contact avec ses enfants.

Puis une autre.

Puis une autre encore.

Elle commença à aider les survivants à trouver des endroits où ils pourraient être en sécurité.

Elle accompagnait des groupes de personnes pendant leurs déplacements.

Elle utilisait parfois un autre nom pour éviter d'être reconnue.

Puis une rumeur commença à circuler :

les survivants qui avaient fui certaines zones devaient être éliminés.

Mariana comprit alors qu'elle ne pouvait plus utiliser son véritable nom.

Elle devint officiellement une autre personne.

Maria.

Sous cette identité, elle travailla.

Puis elle fut nommée responsable d'un petit groupe chargé d'aider les déplacés.

Les années passèrent.

Elle n'oublia jamais Léa.

Jamais.

Chaque nuit, avant de dormir, elle regardait la photographie de sa fille.

— Maman reviendra.

Mais elle ignorait que sa fille, elle aussi, pensait à elle.

---

La maison d'Alberta

Léa grandissait.

Elle avait maintenant huit ans.

Elle était toujours parmi les meilleures élèves de son école.

Et Karl était toujours son principal rival.

Mais quelque chose avait changé entre eux.

Ils savaient tous les deux que cette maison cachait des secrets.

Un soir, Karl retrouva Léa derrière la maison.

— J'ai découvert quelque chose.

— Quoi ?

Il regarda autour de lui.

— J'ai trouvé une vieille boîte.

— Où ?

— Près de la chambre d'Alberta.

— Qu'est-ce qu'il y avait dedans ?

Karl sortit une petite feuille pliée.

Léa l'ouvrit.

C'était un morceau d'une ancienne lettre.

Elle reconnut immédiatement le nom.

Mariana.

Léa releva les yeux.

— Où as-tu trouvé ça ?

— Dans les affaires d'Alberta.

Ils se regardèrent.

Puis Léa murmura :

— Elle reçoit des lettres de maman.

Karl acquiesça.

— Et si elle savait depuis le début où elle était ?

Léa sentit une colère monter en elle.

Pour la première fois, elle ne voulait plus seulement retrouver sa mère.

Elle voulait savoir pourquoi on lui avait menti.

---


Cette nuit-là, Léa fit une nouvelle vision.

Elle vit Mariana.

Mais cette fois, sa mère n'était pas seule.

Autour d'elle se trouvaient plusieurs personnes.

Des femmes.

Des enfants.

Des hommes blessés.

Mariana leur distribuait de l'eau.

Puis soudain, elle leva la tête.

Elle regarda directement Léa.

— Ma fille...

Léa s'approcha.

— Maman !

Mariana tendit la main.

Mais avant que leurs doigts ne se touchent...

une ombre apparut derrière elle.

Une voix murmura :

> « Si elle revient, tout le monde saura. »

Léa se réveilla en hurlant.

Dans le couloir, des pas précipités approchèrent.

La porte s'ouvrit.

Alberta entra.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Léa la regarda.

Et pour la première fois...

elle n'eut pas peur.

Elle posa simplement une question :

— Pourquoi tu caches ma maman ?

Alberta devint livide.

Elle ne répondit pas.

Et ce silence fut plus révélateur que n'importe quelle confession.

CHAPITRE 14 — LE MENSONGE

Alberta resta immobile.

Léa la regardait sans détourner les yeux.

— Pourquoi tu caches ma maman ?

La question résonna dans la chambre.

Alberta serra les mâchoires.

— Qui t'a dit que je la cachais ?

— Personne.

— Alors pourquoi tu m'accuses ?

— Parce que j'ai vu les lettres.

Alberta pâlit.

— Quelles lettres ?

— Celles de maman.

Un silence.

Puis Alberta demanda :

— Qui t'a montré ces lettres ?

— Je les ai trouvées.

Alberta s'approcha brusquement.

— Tu n'as pas le droit de fouiller dans mes affaires.

Léa recula.

— Mais pourquoi tu gardes les lettres de maman ?

Alberta ne répondit toujours pas.

— Elle est vivante, n'est-ce pas ?

Alberta ferma les yeux.

Une larme coula sur sa joue.

Léa le remarqua.

— Elle est vivante...

Alberta se détourna.

— Va dormir.

— Je veux voir ma maman.

— Elle ne peut pas revenir.

— Pourquoi ?

Alberta se retourna.

— Parce que...

Elle s'arrêta.

Comme si elle venait de se rendre compte qu'elle était sur le point de dire quelque chose qu'elle ne devait pas révéler.

— Parce que certaines personnes ne peuvent pas revenir.

Léa fronça les sourcils.

— Maman n'est pas morte.

Alberta ne répondit pas.

— Alors pourquoi tu me dis ça ?

Alberta quitta la chambre.

Léa resta seule.

Mais cette nuit-là, quelque chose avait changé.

Elle ne croyait plus aux paroles de sa tante.

---

Le secret de Thérèse

Le lendemain, Léa retrouva Thérèse au marché.

Elle l'attendit jusqu'à la fin de sa journée.

Puis, lorsqu'elles furent seules, elle posa la question.

— Mamie, pourquoi Alberta déteste maman ?

Thérèse resta silencieuse.

— Je veux savoir.

— Tu es encore trop jeune.

— Tout le monde me dit ça !

Léa se mit à pleurer.

— Mais personne ne me dit jamais la vérité !

Thérèse la prit dans ses bras.

— Tu as raison.

Elle soupira.

— Ta mère et Alberta se sont disputées pendant des années.

— Pourquoi ?

— Elles ont grandi avec beaucoup de rancunes.

— Mais ce n'est pas une raison pour m'empêcher de voir maman.

Thérèse baissa les yeux.

— Non.

— Alors pourquoi ?

Thérèse ne répondit pas immédiatement.

Puis elle dit :

— Alberta a toujours eu l'impression que Mariana avait eu une vie plus facile qu'elle.

Léa ne comprenait pas.

— Mais maman est partie travailler.

— Je sais.

— Alors pourquoi elle lui en veut ?

Thérèse regarda autour d'elle.

— Parce que certaines blessures commencent bien avant la naissance des enfants.

---

La lettre

Quelques jours plus tard, une nouvelle lettre arriva.

Cette fois, elle était adressée directement à Alberta.

Alberta la lut seule.

Elle reconnut immédiatement l'écriture.

> Alberta,

Je ne sais pas si tu recevras cette lettre.

Je suis toujours vivante.

Je n'ai jamais abandonné Léa.

Si tu peux lui transmettre une seule chose, dis-lui que je pense à elle chaque jour.

Je reviendrai.

Mariana.

Alberta froissa la lettre.

Elle pleurait.

— Pourquoi maintenant ?

Elle regarda une photographie de Léa.

Puis une autre de Nathan.

Son visage se crispa.

— J'ai déjà perdu mon fils...

Elle essuya ses larmes.

— Je ne peux pas perdre les autres.

---


Le premier signe

Cette nuit-là, Alberta se réveilla brutalement.

Elle avait entendu un bruit dans la cuisine.

Elle sortit de sa chambre.

La maison était plongée dans l'obscurité.

Elle entra dans la cuisine.

La bassine d'eau qu'elle avait laissée vide était maintenant remplie.

Alberta s'arrêta.

Elle s'approcha.

L'eau était parfaitement claire.

Puis une goutte tomba du plafond.

Ploc.

L'eau changea de couleur.

Elle devint rouge.

Alberta recula.

— Non...

Une deuxième goutte tomba.

Puis une troisième.

L'eau devint noire.

Alberta murmura :

— Pas encore...

Derrière elle, une voix répondit :

— Tu savais que ça recommencerait.

Alberta se retourna brusquement.

Personne.

Elle regarda autour d'elle.

Puis elle aperçut quelque chose sur le sol.

Une petite chaussure.

C'était celle de Nathan.

Alberta se mit à trembler.

— Non...

Elle recula jusqu'au mur.

— Tu es mort.

Un murmure traversa la pièce :

> « Mais je n'ai pas oublié. »

---

La vision de Léa

Dans sa chambre, Léa dormait.

Elle rêvait.

Elle vit la cuisine.

Elle vit Alberta.

Elle vit la bassine.

Elle vit l'eau noire.

Puis Nathan apparut.

— Léa.

— Nathan !

— Tu dois faire attention.

— À quoi ?

Il regarda derrière lui.

— À celle qui porte deux visages.

Léa fronça les sourcils.

— Qui ?

Nathan disparut.

Une femme apparut à sa place.

Léa ne distinguait pas son visage.

Puis le visage changea.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

Et finalement...

Léa reconnut Alberta.

Elle se réveilla en sursaut.

Mais quelque chose était différent.

La porte de sa chambre était ouverte.

Et dans le couloir, quelqu'un se tenait debout.

Une silhouette.

Léa resta immobile.

Puis la silhouette s'avança.

C'était Alberta.

Elle tenait quelque chose dans sa main.

Un couteau.

Léa sentit son cœur s'arrêter.

Alberta s'approcha du lit.

Puis elle murmura :

— Tu n'aurais jamais dû voir.


CHAPITRE 15 — LES DEUX VISAGES

Léa ne bougeait plus.

Alberta se tenait au milieu de la chambre, le couteau à la main.

La lumière de la lune éclairait son visage.

— Tu n'aurais jamais dû voir, répéta-t-elle.

Léa recula jusqu'au mur.

— Voir quoi ?

Alberta ne répondit pas.

Elle regarda le couteau dans sa main, puis la petite fille.

Pendant quelques secondes, Léa crut que sa tante allait lui faire du mal.

Mais Alberta posa finalement le couteau sur la table.

— Je ne vais pas te tuer.

Léa resta pétrifiée.

— Alors pourquoi tu as ça ?

Alberta s'assit sur le bord du lit.

Elle semblait soudain épuisée.

— Parce que je dois me protéger.

— De qui ?

Alberta leva les yeux.

— De ce qui est dans ce quartier.

Léa fronça les sourcils.

— Les gens de la nuit ?

Alberta se figea.

— Qui t'a parlé de ça ?

— Nathan.

Le visage d'Alberta changea.

— Nathan est mort.

— Je sais.

— Alors comment peut-il te parler ?

Léa ne répondit pas.

Alberta détourna les yeux.

— Tu vois vraiment des choses...

Cette fois, sa voix tremblait.

---


Le deuxième visage

Alberta se leva et ferma la porte.

— Écoute-moi attentivement, Léa.

Elle s'agenouilla devant elle.

— Il y a des choses que ta grand-mère ne t'a jamais racontées.

— Et toi ?

— Moi non plus.

— Pourquoi ?

Alberta inspira profondément.

— Parce que je voulais te protéger.

Léa eut un petit rire amer.

— Me protéger ? Tu me cries dessus tout le temps.

Alberta resta silencieuse.

La petite fille continua :

— Tu me punis même quand je n'ai rien fait.

Quelque chose passa dans le regard d'Alberta.

De la culpabilité.

Mais elle la repoussa aussitôt.

— Tu ne comprends pas.

— Alors explique-moi.

Alberta regarda la fenêtre.

— Ce quartier possède deux visages.

Léa se rapprocha.

— Lequel est le deuxième ?

— Celui que les adultes voient lorsqu'ils cessent de faire semblant.

Léa frissonna.

— Et les sorciers ?

Alberta se tourna brusquement.

— Ne prononce jamais ce mot ici.

— Pourquoi ?

— Parce que certains pourraient t'entendre.

---

Le lendemain

Léa raconta tout à Karl.

Ils s'étaient retrouvés derrière la maison, comme d'habitude.

— Alberta m'a dit que le quartier avait deux visages.

Karl resta silencieux.

— Tu savais ?

— Pas exactement.

— Alors tu sais quoi ?

Karl regarda autour de lui.

— Mon père me disait quelque chose avant de disparaître.

— Quoi ?

— Il disait qu'après minuit, il ne fallait jamais suivre une personne qui t'appelait par ton prénom.

Léa fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

— Parce qu'elle pourrait connaître ton nom sans être quelqu'un que tu connais.

Léa sentit un frisson.

— Et si elle ressemble à quelqu'un de notre famille ?

Karl réfléchit.

— Alors tu dois courir encore plus vite.

---

Amanda

Ce même jour, Amanda décida de parler à Léa.

Elle l'attendit près de l'école.

— Léa.

— Oui ?

Amanda semblait nerveuse.

— J'ai vu quelque chose.

Léa pensa immédiatement à ses visions.

— Quoi ?

Amanda baissa la voix.

— Grand-mère.

— Qu'est-ce qu'elle faisait ?

— Avec de l'eau.

Léa se tut.

— Elle plongeait ses mains dedans, continua Amanda. Et l'eau changeait de couleur.

Léa sentit son cœur accélérer.

— Quelle couleur ?

— Rouge.

— Puis ?

— Noire.

Les deux filles se regardèrent.

Amanda ajouta :

— Et elle parlait à quelqu'un.

— À qui ?

— Je ne sais pas.

— Tu as entendu son nom ?

Amanda hocha lentement la tête.

— Mariana.

Léa resta sans voix.

---


Une décision

Le soir même, Léa prit une décision.

Elle allait découvrir ce qu'Alberta cachait.

Elle attendit que tout le monde dorme.

Puis elle sortit de sa chambre.

Elle se dirigea vers celle de sa tante.

La porte était fermée.

Léa tourna doucement la poignée.

La chambre était vide.

Elle entra.

Elle fouilla l'armoire.

Rien.

Puis elle remarqua une petite boîte cachée sous le lit.

Elle la tira.

À l'intérieur :

des lettres,

des photographies,

un vieux carnet,

et une enveloppe portant son nom.

LÉA.

Elle l'ouvrit.

Une feuille était pliée à l'intérieur.

L'écriture était celle de Mariana.

Léa lut :

> Ma petite Léa,

si tu lis un jour cette lettre, c'est que quelque chose m'a empêchée de revenir comme je l'avais promis.

Je veux que tu saches une chose : je ne t'ai jamais abandonnée.

J'ai essayé de revenir.

Et si quelqu'un te dit le contraire, ne le crois pas.

Il y a des choses que je ne peux pas encore t'expliquer.

Mais souviens-toi de ceci : fais confiance à Thérèse.

Et surtout, ne cherche jamais à comprendre seule ce qui s'est passé cette nuit-là.

Maman t'aime.

Léa sentit ses yeux se remplir de larmes.

Puis elle entendit un bruit derrière elle.

La porte venait de se fermer.

Léa se retourna.

Alberta était là.

Mais cette fois, son visage n'exprimait ni colère ni cruauté.

Elle semblait terrifiée.

— Donne-moi cette lettre.

Léa recula.

— Pourquoi maman m'a écrit ça ?

Alberta ne répondit pas.

— Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit-là ?

Alberta ferma les yeux.

Une larme coula.

Puis elle murmura :

— La mort de Nathan n'était que le début.

Et soudain, toutes les lumières de la maison s'éteignirent.

Dans l'obscurité totale, une voix d'enfant retentit dans le couloir.

— Léa...

Léa reconnut immédiatement cette voix.

Nathan.

Puis une deuxième voix répondit.

Une voix de femme.

— Ne lui dis pas.

Alberta devint livide.

— Non...

Léa la regarda.

— Qui est là ?

Alberta saisit sa main.

— Ne bouge surtout pas.

Dans le noir, quelqu'un se mit à marcher lentement vers leur chambre.

Un pas.

Puis un autre.

Puis un troisième.

Et cette fois, Léa comprit que la chose qui approchait n'était pas un souvenir.

Elle était réellement dans la maison.

CHAPITRE 16 — CE QUI MARCHE DANS LE NOIR

Un pas.

Puis un autre.

Alberta serrait la main de Léa.

Pour la première fois, Léa sentit que sa tante avait réellement peur.

— Ne fais aucun bruit, murmura Alberta.

Les pas s'arrêtèrent devant la porte.

Silence.

Puis trois coups.

Toc. Toc. Toc.

Léa se rapprocha d'Alberta.

— C'est qui ?

Alberta posa immédiatement un doigt sur ses lèvres.

Une voix répondit derrière la porte :

— Léa... ouvre-moi.

Léa reconnut la voix.

— C'est Nathan !

Elle voulut courir vers la porte.

Alberta la retint.

— Non !

— Mais c'est lui !

— Ce n'est pas Nathan.

La voix recommença.

— Léa... maman est là.

Le cœur de Léa se serra.

— Maman ?

Alberta devint blanche.

— Ne l'écoute pas.

— Pourquoi ?

— Parce que ce n'est pas ta mère.

La poignée commença à tourner.

Alberta attrapa rapidement Léa et la fit entrer dans l'armoire.

— Reste ici.

— Tata...

— Quoi qu'il arrive, ne sors pas.

Alberta referma les portes.

Léa se retrouva dans l'obscurité.

À travers une petite ouverture, elle pouvait voir la chambre.

La porte s'ouvrit.

Une silhouette entra.

Léa retint son souffle.

La personne ressemblait à Mariana.

Même visage.

Même voix.

Même silhouette.

Mais quelque chose n'allait pas.

Elle marchait bizarrement.

Comme si elle apprenait à utiliser un corps humain.

— Alberta...

Alberta ne bougea pas.

— Tu sais pourquoi je suis revenue.

— Tu n'es pas elle.

La silhouette sourit.

— Tu as toujours été difficile à tromper.

— Qu'est-ce que tu veux ?

La femme regarda autour d'elle.

Puis son regard se posa sur l'armoire.

Léa sentit son cœur s'arrêter.

— Elle est là.

Alberta se plaça devant l'armoire.

— Laisse-la.

La silhouette sourit.

— Tu as déjà essayé de la protéger.

Elle s'approcha.

— Et regarde ce qui est arrivé à Nathan.

Alberta serra les poings.

— Ne prononce pas son nom.

— Pourquoi ? Tu te sens coupable ?

Alberta ne répondit pas.

La silhouette se rapprocha encore.

— Tu savais que la dette devait être payée.

Léa entendit cela.

Une dette ?

Quelle dette ?

Puis la silhouette murmura :

— Et tu savais aussi que Nathan n'était pas celui qu'ils voulaient.

Alberta ferma les yeux.

— Sortez d'ici.

La silhouette se mit à rire.

Puis, soudain...

la lumière revint.

La chambre était vide.

La porte était ouverte.

Alberta resta immobile.

Léa sortit lentement de l'armoire.

— Qui était cette femme ?

Alberta la regarda.

— Je ne sais pas.

— Elle ressemblait à maman.

— Je sais.

— Elle parlait de Nathan.

— Je sais.

— Quelle dette ?

Alberta détourna les yeux.

— Il est temps que tu saches une partie de la vérité.

---

La dette

Alberta s'assit.

— Il y a plusieurs années, avant même ta naissance, ta mère et moi avons découvert certaines choses sur notre famille.

— Quelles choses ?

— Des choses que nous aurions dû laisser tranquilles.

Léa attendit.

— Il existait un groupe de personnes dans ce quartier. Ils se réunissaient la nuit. Ils faisaient des choses que personne ne devait voir.

— Les sorciers ?

Alberta acquiesça légèrement.

— Certains les appellent comme ça.

— Et toi ?

Alberta hésita.

— Moi, je les appelle autrement.

— Comment ?

— Les Gardiens.

Léa fronça les sourcils.

— Ils gardent quoi ?

Alberta regarda vers la fenêtre.

— Quelque chose qui se trouve sous le quartier.

Léa sentit un frisson.

— Quoi ?

— Je ne sais pas.

— Tu mens.

Alberta la regarda.

— Je ne sais réellement pas.

Puis elle ajouta :

— Mais Mariana voulait découvrir la vérité.

— C'est pour ça qu'elle est partie ?

— Non.

Alberta baissa la tête.

— Elle est partie en Angola pour travailler. Elle ne savait pas que la guerre allait éclater.

Léa resta silencieuse.

— Alors pourquoi elle ne revient pas ?

Alberta regarda la lettre de Mariana.

— Parce qu'après sa disparition, quelqu'un a commencé à envoyer des messages.

— Quels messages ?

Alberta répondit :

— « Si Mariana revient, la dette sera réclamée. »

Léa sentit son ventre se nouer.

— Quelle dette ?

Alberta ne répondit pas.

---


Le lendemain

Léa se réveilla avec une étrange sensation.

Elle alla dans la cuisine.

Thérèse était déjà là.

— Mamie.

Thérèse se retourna.

— Oui ?

— Alberta m'a parlé des Gardiens.

Thérèse lâcha la tasse qu'elle tenait.

CLAC.

Elle se brisa au sol.

Léa la regarda.

— Tu connais ce nom ?

Thérèse resta immobile.

Puis elle murmura :

— Où as-tu entendu ça ?

— Alberta me l'a dit.

Thérèse ferma les yeux.

— Alors elle commence enfin à parler.

— Mamie, qu'est-ce qu'ils gardent ?

Thérèse regarda Léa.

— Je ne peux pas te le dire.

— Pourquoi ?

— Parce que je ne veux pas te perdre aussi.

Léa sentit une larme couler.

— Nathan est mort à cause d'eux ?

Thérèse ne répondit pas.

Mais son silence confirma quelque chose.

Nathan n'était pas mort naturellement.

---

À quelques rues de là, la voisine se tenait devant sa maison.

Elle regardait la maison d'Alberta.

Puis elle murmura :

— La petite a commencé à comprendre.

Une autre femme apparut derrière elle.

— Il faut prévenir les autres.

— Trop tard.

— Pourquoi ?

La voisine sourit.

— Elle a déjà été choisie.

Puis toutes les deux regardèrent la fenêtre de Léa.

À l'intérieur, Léa se tenait devant le miroir.

Elle observait son reflet.

Puis son reflet sourit.

Mais Léa, elle, ne souriait pas.

Elle recula.

Son reflet leva lentement la main.

Et écrivit avec son doigt sur la surface du miroir :

MARIANA REVIENDRA.

Puis une seconde phrase apparut :

MAIS PAS SEULE.


CHAPITRE 17 — MARIANA REVIENDRA

Léa resta figée devant le miroir.

MARIANA REVIENDRA.

MAIS PAS SEULE.

Elle passa sa main sur les mots.

Ils disparurent immédiatement.

Son reflet redevint normal.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

Elle recula.

Puis elle entendit quelqu'un derrière elle.

— Léa ?

Elle se retourna.

C'était Thérèse.

— Mamie...

Thérèse entra dans la chambre.

— Pourquoi tu es debout si tôt ?

Léa désigna le miroir.

— Il m'a parlé.

Thérèse s'approcha.

— Qu'est-ce qu'il a dit ?

Léa lui raconta.

Thérèse resta silencieuse.

Puis elle regarda le miroir avec inquiétude.

— Il faut que tu sortes de cette chambre.

— Pourquoi ?

— Parce que certaines choses ne doivent pas être regardées trop longtemps.

---


Une étrange découverte

Plus tard dans la journée, Léa retrouva Karl.

Elle lui raconta tout.

Karl ne se moqua pas d'elle.

Au contraire, il semblait inquiet.

— Tu sais ce que je pense ?

— Quoi ?

— Je pense que Nathan essayait de nous prévenir.

— Mais prévenir de quoi ?

Karl réfléchit.

— De quelque chose qui concerne ta mère.

Léa regarda le sol.

— Je crois qu'elle va revenir.

— Pourquoi ?

— Le miroir me l'a dit.

Karl resta silencieux.

— Et il a dit qu'elle ne reviendrait pas seule.

À cet instant, un bruit retentit derrière eux.

Boum.

Ils se retournèrent.

Une vieille porte venait de tomber.

Derrière elle se trouvait un petit passage.

Karl s'approcha.

— Je n'avais jamais vu ça.

Léa regarda à l'intérieur.

Le passage était sombre.

— On devrait partir.

Karl secoua la tête.

— Tu veux découvrir la vérité, non ?

Léa hésita.

Puis elle entra.

---

Le passage

Ils avancèrent lentement.

Le passage semblait descendre sous terre.

Les murs étaient couverts de symboles.

Certains ressemblaient à des lettres.

D'autres à des dessins.

Léa toucha l'un des symboles.

Une douleur traversa soudain sa tête.

Elle tomba à genoux.

— Léa !

Elle ferma les yeux.

Une vision apparut.

Elle vit Mariana.

Beaucoup plus jeune.

Elle était avec Alberta.

Les deux sœurs se disputaient.

— Tu ne peux pas faire ça ! cria Mariana.

— Je n'ai pas le choix !

— Tu as toujours le choix !

Puis la vision changea.

Léa vit Alberta pleurer.

Elle tenait un bébé dans ses bras.

Puis elle vit Mariana s'éloigner.

Une voix murmura :

> « Une sœur partira. Une autre restera. »

Léa ouvrit les yeux.

Karl était penché au-dessus d'elle.

— Qu'est-ce que tu as vu ?

Léa respirait difficilement.

— Ma mère et Alberta.

— Elles se disputaient ?

— Oui.

— Pourquoi ?

— Je ne sais pas.

Puis Léa regarda devant elle.

Au bout du passage se trouvait une porte.

Une vieille porte en bois.

Et dessus était gravé un symbole qu'elle avait déjà vu.

Sur le carnet d'Alberta.

---


La porte interdite

Karl posa la main sur la poignée.

— Tu es sûre ?

— Non.

— Alors on ne l'ouvre pas.

Léa le regarda.

— Mais si on veut comprendre...

Karl soupira.

— D'accord.

Ils ouvrirent.

La pièce était petite.

Au centre se trouvait une table.

Sur la table :

des photographies.

Des dizaines.

Des personnes du quartier.

Certaines étaient très anciennes.

D'autres récentes.

Léa prit une photo.

Elle reconnut Alberta.

Puis Thérèse.

Puis Mariana.

Puis Nathan.

Karl prit une autre photographie.

Son visage se décomposa.

— Léa...

— Quoi ?

Il lui tendit la photo.

C'était une photographie récente.

Dessus se trouvaient plusieurs membres de la famille.

Mais quelque chose était étrange.

Nathan était présent.

Alors que la photographie avait été prise après sa mort.

Léa sentit son sang se glacer.

— C'est impossible.

Karl retourna la photo.

Au dos, une date était inscrite.

Puis une phrase :

« LE PREMIER EST PARTI. LE DEUXIÈME ARRIVERA BIENTÔT. »

Léa regarda Karl.

— Le deuxième quoi ?

Aucune réponse.

Puis ils entendirent un bruit derrière la porte.

Toc.

Karl se retourna.

Toc. Toc.

Quelqu'un frappait.

Léa murmura :

— On n'est pas seuls.

La porte s'ouvrit lentement.

Une femme apparut.

Léa recula.

Elle la reconnut immédiatement.

C'était la femme qui était venue chez Alberta.

La voisine.

Elle sourit.

— Vous n'auriez jamais dû entrer ici.

Karl se plaça devant Léa.

— Qui êtes-vous ?

La femme ne répondit pas.

Elle regarda seulement Léa.

— Alors c'est toi...

Léa sentit son cœur battre plus vite.

— Quoi ?

La femme s'approcha.

— Celle que Mariana a laissée derrière elle.

Léa recula.

— Vous connaissez ma mère ?

La femme sourit.

— Je la connais mieux que tu ne le crois.

Puis son visage devint soudain sérieux.

— Et si tu veux la retrouver...

Elle désigna la photographie de Nathan.

— Tu dois comprendre pourquoi il est mort.

Léa serra la photo.

— C'est vous qui l'avez tué ?

La femme ne répondit pas.

Elle se contenta de sourire.

Puis toutes les lumières s'éteignirent.

Dans l'obscurité, Léa entendit une dernière phrase :

— Nathan n'était que le premier sacrifice.

Quand la lumière revint...

la femme avait disparu.

Mais sur la table, une nouvelle photographie était apparue.

Une photographie de Mariana.

Et, derrière elle...

un homme que Léa n'avait jamais vu.

CHAPITRE 18 — L'HOMME SUR LA PHOTOGRAPHIE

Léa resta immobile.

Elle tenait la photographie entre ses doigts.

Mariana se trouvait au premier plan.

Elle semblait plus âgée que sur les photos que Léa connaissait. Ses cheveux étaient attachés, son visage marqué par la fatigue.

Mais ce n'était pas Mariana qui inquiétait Léa.

C'était l'homme derrière elle.

Il se tenait à quelques mètres.

Grand.

Vêtu d'une veste sombre.

Son visage était à moitié caché par l'ombre.

Léa approcha la photographie de la lumière.

— Je ne le connais pas.

Karl regarda l'image.

— Moi non plus.

Puis Léa remarqua quelque chose.

— Attends.

Elle retourna la photo.

Au dos, une date était inscrite.

Trois mois avant la disparition de Mariana.

Et dessous :

« IL LA SURVEILLE DEPUIS LE DÉBUT. »

Karl pâlit.

— Qui ?

Léa retourna la photographie.

— Lui.

---


Une ressemblance troublante

Ils sortirent précipitamment de la pièce.

Le passage leur parut beaucoup plus long au retour.

Lorsqu'ils arrivèrent dans la cour, Léa aperçut Thérèse.

— Mamie !

Thérèse se retourna.

— Où étiez-vous ?

Léa lui tendit la photographie.

Thérèse la regarda.

Son visage changea immédiatement.

Elle lâcha presque la photo.

— Où as-tu trouvé ça ?

— Dans le passage.

— Quel passage ?

Karl répondit :

— Derrière la vieille porte.

Thérèse fixa Léa.

— Vous n'auriez jamais dû entrer là.

— Tu connais cet homme ?

Thérèse ne répondit pas.

— Mamie ?

Elle regarda encore la photographie.

Puis elle murmura :

— Oui.

Léa sentit son cœur s'accélérer.

— Qui est-il ?

Thérèse regarda autour d'elle avant de répondre.

— Son nom est Samuel.

— Samuel qui ?

— Je ne connais pas son vrai nom.

— Alors pourquoi tu le connais ?

Thérèse serra la photographie.

— Parce que c'est lui qui est venu voir Mariana avant son départ.

---

Le dernier jour de Mariana

Thérèse s'assit.

Léa et Karl firent de même.

— Le jour où Mariana est partie en Angola, elle est venue me voir.

— Elle t'a dit quoi ?

— Qu'elle avait peur.

Léa fronça les sourcils.

— Peur de quoi ?

— De quelqu'un.

— Samuel ?

Thérèse hocha lentement la tête.

— Elle m'a dit qu'un homme la suivait depuis plusieurs jours.

— Pourquoi ?

— Elle ne savait pas.

Thérèse baissa la voix.

— Mais elle avait découvert quelque chose.

— Quoi ?

— Elle avait trouvé des documents concernant les personnes qui se réunissaient la nuit dans le quartier.

Léa pensa immédiatement aux Gardiens.

— Les Gardiens ?

Thérèse la regarda.

— Oui.

Karl intervint :

— Qu'est-ce qu'ils faisaient ?

Thérèse hésita.

— Je ne sais pas exactement.

— Mais tu sais quelque chose.

— Je sais seulement que Mariana avait découvert qu'ils surveillaient certaines familles.

— Pourquoi notre famille ?

Thérèse regarda Léa.

— À cause de toi.

Léa resta silencieuse.

— Moi ?

— Pas toi en tant que personne.

Thérèse inspira.

— Tes visions.

---


Le don de Léa

— Mariana disait que lorsque tu étais petite, tu faisais des choses étranges.

Léa fronça les sourcils.

— Quelles choses ?

— Tu décrivais des personnes que tu n'avais jamais rencontrées.

— Je ne m'en souviens pas.

— Tu avais trois ans.

Thérèse sourit tristement.

— Un jour, tu as dit qu'un homme allait venir chez nous.

— Et il est venu ?

— Le lendemain.

Karl regarda Léa.

— Tu avais déjà des visions à trois ans ?

Thérèse hocha la tête.

— Mariana avait peur que quelqu'un découvre ton don.

— Alors pourquoi elle m'a laissée ?

Thérèse baissa les yeux.

— Elle ne t'a pas laissée.

Cette phrase fit mal à Léa.

— Mais elle est partie.

— Pour travailler.

— Et elle n'est jamais revenue.

— Parce que la guerre a commencé.

Thérèse prit doucement la main de Léa.

— Mariana a essayé de revenir. Plusieurs fois.

Léa sentit ses yeux se remplir de larmes.

— Alberta savait ?

Thérèse resta silencieuse.

— Mamie.

— Oui.

— Alberta savait ?

Thérèse finit par hocher la tête.

— Oui.

---

La colère de Léa

Léa se leva.

— Alors elle m'a menti !

— Léa...

— Elle savait que maman était vivante !

— Elle avait peur.

— De quoi ?

Thérèse ne répondit pas.

Léa essuya ses larmes.

— Je veux lui parler.

— Pas maintenant.

— Pourquoi ?

— Parce qu'Alberta n'est plus en sécurité.

Karl regarda Thérèse.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

Thérèse se tourna vers lui.

— Depuis la mort de Nathan, quelqu'un cherche à entrer dans cette famille.

Léa sentit un frisson.

— Pourquoi ?

Thérèse regarda la photographie de Samuel.

— Parce que Nathan n'était peut-être pas la véritable cible.

---


Pendant ce temps...

Alberta était seule dans sa chambre.

Elle avait sorti une vieille boîte.

À l'intérieur se trouvait une photographie.

La même que celle que Léa venait de trouver.

Mais Alberta en possédait une deuxième.

Elle retourna la photo.

Une phrase était écrite derrière.

« Lorsque le premier mourra, la mère reviendra. »

Alberta ferma les yeux.

— Non...

Puis elle entendit trois coups contre sa fenêtre.

Toc. Toc. Toc.

Elle se retourna.

La fenêtre était fermée.

Elle s'approcha.

Personne.

Puis elle vit une silhouette dans la rue.

Un homme.

Grand.

Vêtu d'une veste sombre.

Alberta le reconnut immédiatement.

— Samuel...

L'homme leva la tête.

Même à distance, Alberta comprit qu'il souriait.

Puis il leva une main.

Dans sa paume se trouvait quelque chose.

Une petite photo.

Alberta recula.

Elle savait ce que cela signifiait.

Il était revenu.

---

La vision

Cette nuit-là, Léa dormit profondément.

Puis une nouvelle vision commença.

Elle se retrouva dans une grande pièce blanche.

Mariana était devant elle.

— Maman !

Cette fois, Mariana ne disparut pas.

Elle s'approcha.

— Léa, écoute-moi.

— Où es-tu ?

— Loin.

— Reviens !

Mariana pleurait.

— Je vais revenir.

— Quand ?

— Bientôt.

— Pourquoi tu ne pouvais pas venir avant ?

Mariana regarda derrière elle.

Son visage changea.

— Parce qu'ils me cherchaient.

— Qui ?

Mariana ouvrit la bouche.

Mais aucun son ne sortit.

Puis une ombre apparut derrière elle.

L'homme de la photographie.

Samuel.

Mariana se retourna.

— Non...

Il s'approcha.

L'image commença à trembler.

Léa cria :

— MAMAN !

Mariana se retourna une dernière fois.

Et cette fois, elle réussit à parler.

— Ne fais confiance à personne qui porte deux visages.

La vision disparut.

---


Léa se réveilla en sursaut.

Elle était assise dans son lit.

Mais quelque chose était posé devant elle.

Une enveloppe.

Elle la prit.

Son nom était écrit dessus.

LÉA.

Elle l'ouvrit.

À l'intérieur, une seule phrase :

« TA MÈRE ARRIVE DEMAIN. »

Léa resta bouche bée.

Puis, au loin, dans la rue...

une voiture s'arrêta.

Une femme descendit.

Elle leva les yeux vers la maison.

C'était Mariana.

Et elle n'était pas seule.



CHAPITRE 20 — CE QU'ALBERTA AVAIT CACHÉ

Le silence après les paroles de Mariana était insupportable.

Alberta regardait sa sœur.

Mariana tenait toujours Léa contre elle.

— Réponds-moi, Alberta.

Alberta détourna les yeux.

— Pas ici.

— Alors où ?

— Dans ma chambre.

Mariana secoua la tête.

— Non. Cette fois, je veux que tout le monde entende.

Thérèse s'approcha.

— Mariana...

— Non, maman. J'ai perdu des années avec ma fille. Je ne veux plus de secrets.

Les enfants présents dans la maison s'étaient rapprochés.

Même Karl était là.

Alberta regarda chacun d'eux.

Puis elle soupira.

— Très bien.

Elle s'assit.

— Mais ce que je vais vous raconter ne changera pas seulement ce que vous pensez de moi.

Elle regarda Léa.

— Cela changera ce que vous pensez de toute notre famille.

---

Le commencement

Alberta commença à parler.

— Quand Mariana était encore jeune, elle avait déjà découvert que certaines personnes du quartier se réunissaient la nuit.

Mariana acquiesça.

— Je pensais que c'était simplement un groupe de personnes qui pratiquaient leurs croyances en secret, expliqua-t-elle. Je ne pensais pas que cela concernait notre famille.

— Jusqu'au jour où elle a découvert son propre nom dans leurs documents, ajouta Alberta.

Léa fronça les sourcils.

— Pourquoi ton nom ?

Mariana regarda sa fille.

— Je ne sais toujours pas exactement.

Alberta prit la parole.

— Mais nous avons découvert quelque chose d'autre.

Elle regarda Léa.

— Les enfants de notre famille qui possédaient certaines capacités étaient surveillés.

— Mes visions ?

Alberta hocha la tête.

— Oui.

Léa sentit un frisson.

— Depuis quand ?

— Depuis ta naissance.

---


Le choix d'Alberta

Mariana intervint :

— Quand j'ai compris qu'ils s'intéressaient à Léa, je voulais l'emmener avec moi.

— Et moi, je t'en ai empêchée, répondit Alberta.

Léa regarda Alberta.

— Pourquoi ?

Alberta baissa les yeux.

— Parce que je pensais pouvoir la protéger ici.

Mariana éclata presque de rire, mais ce rire était rempli de douleur.

— Tu appelles ça protéger ?

Alberta encaissa le coup.

— Je me suis trompée.

Cette confession surprit tout le monde.

Alberta continua :

— Je pensais qu'en éloignant Léa de toi, ils cesseraient de la chercher.

Mariana secoua la tête.

— Mais ils ne l'ont jamais oubliée.

— Non.

Alberta regarda Léa.

— Et après ta mort supposée...

Mariana la coupa.

— Je n'étais pas morte.

— Je sais maintenant.

— Tu le savais depuis longtemps.

Alberta ne répondit pas.

---

La guerre

Mariana prit enfin la parole.

— Lorsque je suis partie en Angola, tout se passait bien. J'avais trouvé un travail. Je voulais gagner assez d'argent pour revenir chercher Léa.

Elle inspira profondément.

— Puis la guerre a commencé.

Les enfants écoutaient attentivement.

— Les communications ont été coupées. Je ne pouvais plus appeler ma famille. Je n'avais presque plus aucun moyen de savoir ce qui se passait ici.

Elle baissa les yeux.

— Pendant ma fuite, j'ai aidé d'autres survivants. Des familles entières. Des enfants séparés de leurs parents.

Thérèse essuya une larme.

— Puis une rumeur s'est répandue. On disait que les survivants de certaines zones devaient être tués.

Mariana continua :

— Alors j'ai changé de nom.

— Maria, murmura Léa.

Mariana la regarda, surprise.

— Comment connais-tu ce nom ?

Léa hésita.

— Je l'ai vu dans mes rêves.

Mariana resta silencieuse.

Puis elle prit sa fille dans ses bras.

— Oui. Maria.

---


La véritable raison du silence

Alberta finit par parler.

— Quand j'ai appris que Mariana était vivante, j'ai reçu un avertissement.

— De qui ? demanda Karl.

Alberta regarda vers la fenêtre.

— De ceux qui la cherchaient.

— Qu'est-ce qu'ils t'ont dit ?

Alberta répondit :

— Que si je révélais son existence, ils s'en prendraient à Léa.

Mariana serra les poings.

— Alors tu aurais dû me le dire.

— Je ne pouvais pas !

— Tu pouvais essayer !

— J'avais peur !

Le cri d'Alberta résonna dans la maison.

Tout le monde se tut.

Elle pleurait maintenant.

— J'avais peur de perdre encore quelqu'un.

Elle regarda une photographie de Nathan.

— Et puis Nathan est mort.

Le silence retomba.

---

La chair

Léa se souvint soudain de quelque chose.

— La voisine...

Tout le monde la regarda.

— Elle réclamait sa chair.

Mariana fronça les sourcils.

— Quelle chair ?

Léa expliqua ce qui s'était passé avec l'assiette.

Mariana regarda Alberta.

— Tu savais ce que ça signifiait ?

Alberta secoua la tête.

— Non.

Thérèse intervint :

— Peut-être qu'elle ne parlait pas de nourriture.

Karl ajouta :

— Elle a arrêté de réclamer sa chair après la mort de Nathan.

Mariana pâlit.

Elle regarda Léa.

— Qu'est-ce que Nathan avait mangé ?

— On ne sait pas.

Alberta répondit :

— Mais Karl était là.

Tous les regards se tournèrent vers lui.

Karl devint livide.

— Je...

— Qu'as-tu pris chez cette femme ? demanda Mariana.

Karl ne répondit pas.

— Karl !

Il finit par murmurer :

— Un morceau de viande.

Mariana se figea.

— Quel morceau ?

— Je ne sais pas.

— Tu l'as mangé ?

Karl hocha la tête.

Mariana regarda Alberta.

Puis Thérèse.

Personne ne comprenait.

Mais une nouvelle question venait d'apparaître.

Et si Nathan n'était pas mort à cause de Karl ?

Et si ce qu'il avait mangé était destiné à quelqu'un d'autre ?

---

Cette nuit-là

Après la discussion, tout le monde alla se coucher.

Mais Léa resta éveillée.

Elle regardait Mariana dormir.

Elle avait enfin sa mère près d'elle.

Pourtant, elle avait toujours peur.

Quelque chose n'était pas terminé.

À minuit, Léa entendit un bruit.

Elle se leva.

Elle suivit le son jusqu'à la cuisine.

La bassine d'eau était là.

Vide.

Puis une goutte tomba.

Ploc.

Une deuxième.

Ploc.

Puis l'eau apparut.

Elle devint progressivement rouge.

Léa recula.

Une silhouette se refléta dans l'eau.

Nathan.

Il leva les yeux vers elle.

— Léa...

Elle s'approcha.

— Nathan ?

— Il faut partir.

— Où ?

Nathan regarda derrière elle.

Son visage devint terrifié.

— Ils arrivent.

Léa se retourna.

Personne.

Puis elle entendit la porte d'entrée s'ouvrir.

Des pas entrèrent dans la maison.

Un.

Deux.

Trois.

Léa courut vers la chambre.

— Maman !

Mariana se réveilla.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Léa lui attrapa la main.

— Nathan m'a dit qu'ils arrivent.

Mariana devint livide.

Puis elle entendit elle aussi les pas.

Elle se leva.

Alberta apparut dans le couloir.

Thérèse derrière elle.

Et soudain...

quelqu'un frappa trois fois à la porte.

Toc.

Toc.

Toc.

Une voix prononça calmement :

— Mariana.

Mariana regarda Alberta.

Elle venait de comprendre.

Ils avaient retrouvé sa trace.


CHAPITRE 21 — ILS SONT LÀ

Personne ne bougea.

La voix derrière la porte répéta :

— Mariana.

Léa serra la main de sa mère.

— Maman...

Mariana posa un doigt sur ses lèvres.

Alberta s'approcha lentement de la porte.

— Ne l'ouvre pas, murmura Thérèse.

— Je sais.

Un nouveau coup retentit.

BOUM.

Cette fois, la porte trembla.

Les enfants reculèrent.

Alberta se retourna.

— Tout le monde dans la chambre du fond. Maintenant.

— Et toi ? demanda Mariana.

— Je vais gagner du temps.

Mariana secoua la tête.

— Non. Je reste.

— Ils sont venus pour toi.

— Alors je ne vais pas te laisser seule.

Les deux sœurs se regardèrent.

Pour la première fois depuis des années, elles étaient du même côté.

---

Le premier intrus

La porte s'ouvrit brusquement.

Un homme entra.

Il portait une veste sombre.

Derrière lui, deux autres personnes attendaient dans la rue.

L'homme regarda autour de lui.

— Nous venons chercher Mariana.

Alberta se plaça devant sa sœur.

— Elle n'ira nulle part.

L'homme sourit.

— Tu savais que ce jour arriverait.

— Je vous ai dit de ne plus revenir.

— Tu n'as jamais eu le pouvoir de nous l'interdire.

Mariana s'avança.

— Qui êtes-vous ?

L'homme la regarda.

— Tu nous connais.

— Je ne vous connais pas.

— Tu as oublié.

Il sortit une vieille photographie.

Mariana la regarda.

C'était une photo prise des années auparavant.

Elle reconnut immédiatement le groupe.

Puis elle vit quelque chose.

Un enfant.

À l'arrière-plan.

Un petit garçon.

Mariana pâlit.

— Non...

Alberta regarda la photo.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

Mariana murmura :

— Cet enfant...

Elle regarda l'homme.

— Il était avec nous.

L'homme répondit :

— Oui.

— Il est mort.

— Non.

Un silence.

— Il a seulement disparu.

---

Le nom interdit

L'homme prononça alors un nom.

Un nom qu'aucun membre de la famille n'avait entendu depuis des années.

Samuel.

Mariana recula.

— Samuel n'est pas avec vous ?

L'homme sourit.

— Samuel n'est avec personne.

Alberta comprit immédiatement.

— Alors qui était l'homme qui nous suivait ?

L'inconnu répondit :

— Une personne qui voulait que vous croyiez qu'il travaillait pour nous.

Mariana se tourna vers Léa.

— C'est un piège.

Léa sentit soudain une douleur dans la tête.

Elle porta ses mains à ses tempes.

— Léa ?

Le monde autour d'elle commença à disparaître.

---

La vision de Léa

Elle se retrouva dans une pièce inconnue.

Samuel était devant elle.

Mais cette fois, il n'avait plus son apparence habituelle.

Il semblait beaucoup plus jeune.

Il regardait quelqu'un.

Une femme.

Léa reconnut Alberta.

Puis Mariana apparut.

Les deux sœurs étaient jeunes.

Samuel leur parlait.

— Vous ne pouvez pas toutes les deux rester.

Mariana répondit :

— Nous ne partirons pas.

Samuel sourit.

— Alors nous choisirons.

La vision changea.

Léa vit Nathan.

Puis Karl.

Puis Amanda.

Puis elle-même.

Des fils reliaient leurs silhouettes.

Et au centre se trouvait une vieille maison.

Léa entendit une voix :

> « La famille a commencé le pacte. La famille devra le terminer. »

Elle se réveilla brutalement.

---

— Léa !

Mariana la tenait dans ses bras.

Léa respirait difficilement.

— Le pacte...

Alberta se figea.

— Quel pacte ?

Léa la regarda.

— Celui de la famille.

Thérèse ferma les yeux.

— Non...

Mariana se tourna vers sa mère.

— Tu savais ?

Thérèse ne répondit pas.

— Maman ?

Thérèse tremblait.

— Je pensais que tout était terminé.

---

Le vieux secret de Thérèse

Thérèse finit par parler.

— Avant votre naissance, notre famille avait déjà eu affaire à eux.

Mariana écoutait attentivement.

— Ton père avait accepté quelque chose.

Alberta demanda :

— Quoi ?

— De protéger la famille.

— En échange de quoi ?

Thérèse baissa la tête.

— De la protection du quartier.

Mariana comprit.

— Un pacte.

Thérèse acquiesça.

— Mais personne ne vous avait expliqué ce qu'il exigeait.

Alberta regarda Léa.

— Les enfants ?

Thérèse ne répondit pas.

Le silence suffit.

---


Dehors

Un bruit de moteur retentit.

Puis un deuxième.

Mariana regarda par la fenêtre.

D'autres voitures venaient d'arriver.

— Ils sont nombreux.

Alberta prit une décision.

— Nous partons.

— Où ? demanda Thérèse.

— Quelque part où ils ne pourront pas nous trouver.

L'homme devant la porte se mit à rire.

— Vous êtes déjà trop tard.

Puis toutes les lumières s'éteignirent.

Une voix retentit dans l'obscurité.

Pas celle de l'homme.

Pas celle d'un membre de la famille.

Une voix d'enfant.

— Léa...

Léa reconnut Nathan.

Elle murmura :

— Nathan ?

La voix répondit :

— Ne partez pas par la porte.

Mariana se figea.

— Pourquoi ?

La voix répondit :

— Parce qu'ils vous attendent dehors.

Alberta regarda Thérèse.

— Alors par où ?

Un bruit venait du sol.

Toc.

Puis encore.

Toc.

Thérèse regarda sous la table.

Elle comprit.

— Le passage.

Léa regarda sa grand-mère.

— Celui sous la maison ?

Thérèse acquiesça.

— Oui.

Mariana prit Léa par la main.

— On y va.

Alberta attrapa une lampe.

Karl rejoignit le groupe.

Amanda aussi.

Ils ouvrirent la trappe cachée sous le plancher.

Un escalier descendait dans l'obscurité.

Mariana regarda derrière elle.

La porte d'entrée commençait à céder.

BOUM !

Elle descendit.

Un par un, ils disparurent sous la maison.

Alberta fut la dernière.

Avant de refermer la trappe, elle regarda la maison.

Puis elle murmura :

— Nathan... pardonne-moi.

La porte explosa.

Alberta referma la trappe.

Et toute la famille descendit dans le passage souterrain.

Mais personne ne savait encore que, tout au fond de ce tunnel...

quelqu'un les attendait déjà.


CHAPITRE 22 — CELUI QUI ATTENDAIT

Le passage était étroit.

Mariana tenait fermement la main de Léa.

Derrière elles, Alberta avançait avec une lampe.

Thérèse fermait la marche.

Personne ne parlait.

Au-dessus de leurs têtes, ils entendaient parfois des bruits sourds.

Les hommes étaient entrés dans la maison.

— Ils vont nous trouver ? murmura Karl.

Alberta répondit :

— Pas s'ils ne connaissent pas le deuxième passage.

Léa s'arrêta.

— Il y en a un deuxième ?

Alberta se retourna.

— Oui.

— Où mène-t-il ?

Alberta hésita.

— Je ne sais pas.

Thérèse intervint :

— Moi, je sais.

Tout le monde se tourna vers elle.

— Il mène à l'ancienne maison.

Mariana fronça les sourcils.

— Quelle ancienne maison ?

Thérèse ne répondit pas.

Elle continua d'avancer.

---

La porte rouge

Après plusieurs minutes, ils arrivèrent devant une grande porte.

Elle était entièrement rouge.

Au centre se trouvait un symbole étrange.

Léa s'approcha.

— Je connais ce symbole.

Mariana lui prit doucement l'épaule.

— Où l'as-tu vu ?

— Dans mes visions.

Alberta regarda Thérèse.

— Tu nous avais dit que ce symbole avait disparu.

— Je pensais qu'il avait disparu.

Mariana posa sa main sur la porte.

Elle se mit à trembler.

— Ne touche pas !

Trop tard.

La porte s'ouvrit toute seule.

CRIIIIII...

Un courant d'air froid traversa le passage.

Léa frissonna.

— Quelqu'un est là.

Karl regarda dans l'obscurité.

— Je ne vois personne.

— Moi, je le vois.

Léa pointait le fond de la pièce.

Une silhouette se tenait debout.

---

Le vieil homme

La silhouette s'avança.

C'était un homme âgé.

Ses cheveux étaient complètement blancs.

Il tenait une canne.

Thérèse s'arrêta.

— Toi...

L'homme sourit.

— Cela fait longtemps, Thérèse.

Mariana regarda sa mère.

— Tu le connais ?

— Oui.

— Qui est-ce ?

Thérèse répondit :

— Samuel.

Léa ouvrit grand les yeux.

— Samuel ?

L'homme sourit.

— Pas celui que tu as vu sur les photographies.

Léa recula.

— Alors qui êtes-vous ?

L'homme regarda Léa longuement.

— Celui qui a connu ta mère avant même que tu existes.

Mariana s'avança.

— Qu'est-ce que vous voulez ?

Samuel regarda Léa.

— Rien que tu ne puisses donner.

Mariana se plaça devant sa fille.

— Elle ne vous donnera rien.

Samuel soupira.

— Tu n'as toujours pas compris.

— Compris quoi ?

— Ce n'est pas Léa que nous voulons.

Tout le monde se tut.

— Alors qui ?

Samuel regarda Alberta.

— Toi.

Alberta devint livide.

---

La vérité sur Alberta

— Moi ?

Samuel acquiesça.

— Le pacte n'était pas avec Mariana.

Thérèse ferma les yeux.

— Non...

Samuel continua :

— Il était avec Alberta.

Mariana se tourna vers sa sœur.

— Qu'est-ce que ça signifie ?

Alberta ne répondit pas.

— Alberta !

Elle finit par murmurer :

— J'avais dix-sept ans.

Mariana resta silencieuse.

— Je ne savais pas ce que je faisais.

— Quel pacte ?

Alberta regarda Léa.

— J'ai demandé qu'on protège notre famille.

— Et en échange ?

Alberta pleurait.

— Je devais donner quelque chose.

Mariana comprit.

— Quoi ?

Alberta ne répondit pas.

Samuel prit la parole :

— Son premier enfant.

Le silence fut total.

Léa regarda Alberta.

— Mais... tes enfants sont vivants.

Samuel sourit.

— C'est là que les choses sont devenues compliquées.

---


Le cinquième enfant

Alberta baissa la tête.

— Mon cinquième enfant...

Elle n'arrivait plus à parler.

Mariana comprit.

— Nathan.

Alberta hocha lentement la tête.

— Je pensais que le pacte était terminé après sa naissance.

— Mais il ne l'était pas, répondit Samuel.

— Pourquoi Nathan ?

— Parce qu'il était le premier enfant correspondant à ce qui avait été promis.

Mariana serra Léa contre elle.

— Alors Nathan...

Alberta éclata en sanglots.

— Je ne savais pas qu'ils allaient le tuer !

Samuel resta froid.

— La dette devait être payée.

Léa sentit une colère immense monter en elle.

— Vous avez tué Nathan ?

Samuel la regarda.

— Non.

— Alors qui ?

Samuel sourit tristement.

— Celui qui a mangé dans l'assiette de la voisine.

Karl devint blanc.

— Moi ?

Samuel se tourna vers lui.

— Tu as simplement transporté ce qui devait être transporté.

Karl recula.

— Je ne comprends pas.

— Tu n'étais qu'un intermédiaire.

Léa regarda Karl.

Puis Alberta.

Puis Samuel.

Tout commençait à prendre un sens.

La chair réclamée par la voisine.

L'assiette.

La mort de Nathan.

Le pacte.

Mais une question restait.

— Alors pourquoi Nathan est-il mort la veille de mon anniversaire ?

Samuel regarda Léa.

Pour la première fois, son sourire disparut.

— Parce que ce n'était pas son anniversaire qui comptait.

— Qu'est-ce qui comptait ?

Samuel répondit :

— Le tien.

Léa recula.

— Moi ?

— Ton huitième anniversaire.

Mariana pâlit.

— Non...

Samuel hocha la tête.

— C'est ce jour-là que la vision devait commencer.

Léa se rappela soudain son rêve.

Nathan lui avait dit :

« Je vais mourir demain. »

Elle regarda sa mère.

— Maman...

Mariana la serra contre elle.

— Je suis là.

Samuel les observa.

Puis il prononça les mots qui firent trembler toute la famille :

— Nathan n'était pas le sacrifice.

Il marqua une pause.

— Il était l'avertissement.

Et soudain, derrière eux, une petite voix retentit dans le tunnel.

— Léa...

Tout le monde se retourna.

Nathan se tenait au bout du passage.

Mais cette fois...

il n'était pas seul.

À côté de lui se trouvait une jeune femme.

Mariana porta une main à sa bouche.

Elle connaissait cette femme.

— Non...

C'était une personne que toute la famille croyait morte depuis des années.

Et elle venait de revenir.



CHAPITRE 23 — CELLE QUI ÉTAIT MORTE

Mariana ne respirait plus.

La jeune femme avançait lentement dans le tunnel.

Léa regarda sa mère.

— Maman... tu la connais ?

Mariana ne répondit pas.

Elle semblait incapable de parler.

Thérèse, elle, avait reconnu la femme.

— C'est impossible...

Alberta recula.

— Non.

La jeune femme s'arrêta à quelques mètres d'eux.

Nathan se tenait à ses côtés.

Mais contrairement à ce qu'ils avaient vu auparavant, Nathan n'avait pas l'air triste.

Il semblait calme.

Presque heureux.

La femme regarda Thérèse.

— Tu as beaucoup vieilli.

Thérèse se mit à pleurer.

— Je t'ai enterrée.

La femme baissa les yeux.

— Je sais.

Léa regarda autour d'elle.

— Qui est-elle ?

Thérèse répondit d'une voix tremblante :

— Élise.

---

Le passé revient

Élise était l'une des anciennes filles de Thérèse.

Elle avait disparu des années auparavant.

À l'époque, tout le monde avait pensé qu'elle était morte.

On avait retrouvé des vêtements près d'une rivière.

On n'avait jamais retrouvé son corps.

Mariana s'approcha lentement.

— Tu étais vivante...

Élise la regarda.

— Oui.

— Pourquoi tu n'es jamais revenue ?

— Parce qu'on m'en a empêchée.

— Qui ?

Élise regarda Samuel.

— Lui.

Samuel ne bougea pas.

— Tu mens, dit-il.

Élise sourit.

— Tu as toujours été mauvais menteur.

Samuel serra sa canne.

---

Nathan

Léa regarda Nathan.

— Tu es vraiment Nathan ?

Il sourit.

— Oui.

Léa s'approcha.

— Mais tu es mort.

— Oui.

— Alors pourquoi tu es là ?

Nathan regarda Samuel.

— Parce que je ne suis pas complètement parti.

Mariana se mit à pleurer.

— Mon garçon...

Nathan la regarda.

— Je suis désolé, maman.

Mariana tendit la main.

Mais Nathan recula.

— Ne me touche pas.

— Pourquoi ?

— Parce que je ne suis plus comme avant.

Léa comprit que quelque chose n'allait pas.

— Tu peux revenir ?

Nathan secoua la tête.

— Pas comme tu le voudrais.

---

Le véritable rôle de Léa

Samuel s'approcha.

— Maintenant que tout le monde est réuni, nous pouvons enfin terminer.

Mariana se plaça devant Léa.

— Personne ne la touchera.

Samuel répondit calmement :

— Elle n'est pas le sacrifice.

Alberta regarda Samuel.

— Alors qu'est-elle ?

Samuel fixa Léa.

— La clé.

Léa frissonna.

— La clé de quoi ?

Élise répondit à sa place :

— Du pacte.

Thérèse secoua la tête.

— Non. Pas elle.

Élise la regarda.

— Tu savais depuis sa naissance.

— Je voulais la protéger.

— Comme Alberta ?

Thérèse ne répondit pas.

Alberta s'approcha.

— Alors dis-nous ce qui doit se passer.

Élise regarda Léa.

— À son neuvième anniversaire, elle devra choisir.

— Choisir quoi ?

— Entre sauver la famille...

Elle marqua une pause.

— ...ou briser le pacte.

Léa sentit son cœur accélérer.

— Et si je le brise ?

Élise regarda Nathan.

— Quelqu'un devra rester de l'autre côté.

Léa comprit.

— Nathan ?

Nathan baissa les yeux.

— Peut-être.

---

La révélation de Mariana

Mariana attrapa la main de sa fille.

— Tu ne feras rien.

Léa la regarda.

— Maman...

— Tu es une enfant.

— Mais je peux aider.

— Non.

Mariana se tourna vers Samuel.

— Je vais prendre sa place.

Samuel sourit.

— Tu n'as aucune valeur dans le pacte.

— Alors prends-moi quand même.

— Ça ne fonctionne pas comme ça.

Mariana serra les dents.

— Alors explique-moi comment le briser.

Samuel resta silencieux.

Élise intervint :

— Il existe une autre possibilité.

Tout le monde se tourna vers elle.

— La famille peut refuser le pacte.

Alberta demanda :

— Comment ?

Élise répondit :

— En réunissant les descendants qui ont été séparés.

Mariana comprit.

— Les enfants...

— Tous.

Léa pensa à Marie et Cyntiche, parties à l'étranger.

Puis à tous les cousins.

À ceux qui avaient été séparés.

À ceux qui ne connaissaient même pas toute l'histoire.

— Il faut les réunir, murmura-t-elle.

Élise hocha la tête.

— Oui.

---


Le retour à la maison

Ils quittèrent finalement le passage avant l'aube.

Lorsque Léa sortit, le quartier semblait différent.

Les rues étaient silencieuses.

Trop silencieuses.

Mariana regarda sa fille.

— Nous allons retrouver tes sœurs.

— Marie et Cyntiche ?

— Oui.

— Elles doivent savoir.

Mariana hocha la tête.

— Et elles doivent savoir que je suis vivante.

Léa sourit pour la première fois depuis longtemps.

— Elles vont être contentes.

Mais Alberta ne souriait pas.

Elle regardait sa mère.

— Maman...

Thérèse se retourna.

— Oui ?

— Est-ce que tu savais que Nathan allait mourir ?

Thérèse resta immobile.

Alberta attendit.

Puis Thérèse répondit :

— Non.

Alberta soupira de soulagement.

Mais Thérèse ajouta :

— Je savais seulement qu'un enfant devait mourir.

Alberta devint livide.

— Pourquoi tu ne m'as jamais prévenue ?

Thérèse baissa les yeux.

— Parce que je pensais pouvoir empêcher ça.

Mariana regarda sa mère.

— Et tu n'as pas pu.

— Non.

Puis Thérèse regarda Léa.

— Mais maintenant, nous avons une chance.

---

Pendant ce temps, à l'étranger

Marie et Cyntiche étaient assises dans un appartement.

Depuis plusieurs jours, elles essayaient encore de joindre Alberta.

Sans succès.

Marie regarda son téléphone.

— Toujours rien.

Cyntiche soupira.

— Elle ne veut pas nous répondre.

— Elle dit toujours que Léa est trop jeune pour avoir un téléphone.

— Je commence à penser qu'elle nous cache quelque chose.

Marie se leva.

— Alors on rentre.

Cyntiche la regarda.

— Au Congo ?

— Oui.

— Tu crois que maman serait d'accord ?

Marie prit une vieille photographie de Mariana.

— Je crois surtout qu'elle nous avait laissé une consigne.

— Laquelle ?

Marie répondit :

— Si quelque chose arrive, protégez Léa.

Cyntiche se tut.

Puis elle prit son billet.

— Alors on rentre.

---

Dans la maison d'Alberta, Léa regardait par la fenêtre.

Elle ne savait pas encore que ses deux grandes sœurs étaient sur le chemin du retour.

Elle ne savait pas non plus que son anniversaire approchait.

Mais une chose était certaine.

La famille allait enfin être réunie.

Et lorsque tous les enfants seraient réunis...

le pacte allait commencer à se fissurer.


CHAPITRE 24 — LE RETOUR DES SŒURS

Deux jours plus tard, la maison d'Alberta était étrangement calme.

Mariana avait passé la matinée avec Léa.

Elle voulait rattraper toutes ces années perdues.

Elle lui posait des questions sur l'école, ses amis, ses goûts.

Léa, elle, ne cessait de la regarder.

Comme si elle avait peur que sa mère disparaisse à nouveau.

— Tu ne repartiras plus ?

Mariana lui caressa les cheveux.

— Non.

— Même si la guerre revient ?

Mariana sourit tristement.

— Même si le monde entier essaye de me faire partir, je resterai près de toi.

Léa se blottit contre elle.

À quelques mètres, Alberta les observait.

Elle ressentait quelque chose qu'elle n'avait pas ressenti depuis longtemps.

De la jalousie.

Mais aussi de la culpabilité.

---

Un appel inattendu

Le téléphone de Mariana sonna.

Elle regarda l'écran.

Un numéro inconnu.

— Allô ?

Aucune réponse.

— Allô ?

Un souffle.

Puis une voix d'homme :

— Ils arrivent.

Mariana se redressa.

— Qui êtes-vous ?

La communication se coupa.

Alberta s'approcha.

— Qui était-ce ?

— Je ne sais pas.

Thérèse, qui avait entendu, entra dans la pièce.

— Ils savent que tu es revenue.

Mariana soupira.

— Je m'en doutais.

— Non, répondit Thérèse. Cette fois, c'est différent.

— Pourquoi ?

Thérèse regarda Léa.

— Parce que les filles arrivent.

---

Marie et Cyntiche

À l'aéroport, deux jeunes femmes descendaient d'un avion.

Marie regarda autour d'elle.

— Ça fait bizarre de revenir.

Cyntiche ajusta son sac.

— On n'est pas venues pour faire du tourisme.

— Je sais.

Elles prirent leurs téléphones.

Marie composa le numéro d'Alberta.

Une sonnerie.

Deux.

Trois.

Puis la communication fut rejetée.

Elle regarda Cyntiche.

— Encore.

Cyntiche secoua la tête.

— Elle ne veut vraiment pas nous parler.

Marie serra son téléphone.

— Alors on ira directement chez elle.

---

L'arrivée

Une voiture s'arrêta devant la maison.

Léa jouait dans la cour lorsque deux silhouettes apparurent.

Elle s'immobilisa.

Elle reconnut Marie.

Puis Cyntiche.

— Marie !

Elle courut vers elles.

Marie s'agenouilla.

— Léa !

Elle la serra très fort.

Cyntiche les rejoignit.

— Tu as tellement grandi !

Léa pleurait de bonheur.

— Vous êtes revenues !

— On ne pouvait plus attendre.

Léa les regarda.

— Maman est là.

Les deux sœurs se figèrent.

— Quoi ?

Léa se retourna.

Mariana se tenait à quelques mètres.

Marie porta une main à sa bouche.

— Maman ?

Mariana ne bougea pas.

Cyntiche éclata en sanglots.

— Maman...

Les trois femmes se retrouvèrent dans les bras les unes des autres.

Pendant quelques secondes, la famille semblait enfin réunie.

---

Alberta entre dans la pièce

Alberta arriva.

Elle s'arrêta en voyant ses nièces.

Marie se retourna immédiatement.

— Pourquoi tu nous as menti ?

Alberta ne répondit pas.

— Tu savais que maman était vivante.

— Marie...

— Tu savais !

Cyntiche intervint.

— On t'a demandé des centaines de fois de nous laisser parler à Léa.

Alberta baissa la tête.

— Je voulais éviter les problèmes.

Marie répondit froidement :

— Non. Tu voulais nous empêcher de l'aider.

Alberta ne répondit pas.

Mariana s'approcha.

— C'est terminé.

Alberta la regarda.

— Quoi ?

— Tu ne décideras plus seule de ce qui est bon pour Léa.

Alberta voulut répondre.

Mais Thérèse intervint :

— Assez.

Tout le monde se tut.

---

La révélation

Thérèse posa une vieille boîte sur la table.

— Il est temps que tout le monde sache.

Marie regarda la boîte.

— Qu'est-ce que c'est ?

— L'histoire de notre famille.

Cyntiche ouvrit la boîte.

À l'intérieur se trouvaient des photographies, des lettres et plusieurs documents.

Mariana prit une feuille.

Elle pâlit.

— C'est le document du pacte.

Marie fronça les sourcils.

— Quel pacte ?

Léa regarda ses sœurs.

— Celui qui a causé la mort de Nathan.

Marie resta sans voix.

— Nathan est mort à cause de ça ?

Mariana acquiesça.

— Mais ce n'est pas tout.

Elle leur expliqua ce qu'elle avait appris dans le passage souterrain.

Le pacte.

Alberta.

Samuel.

Les Gardiens.

La dette.

Et surtout...

Léa.

Marie regarda sa petite sœur.

— Ils veulent quoi de toi ?

— Je ne sais pas encore.

Cyntiche prit la main de Léa.

— Alors ils devront passer par nous.

Marie acquiesça.

— Tous les deux.

Léa sourit.

Pour la première fois, elle sentit qu'elle n'était plus seule.

---

Mais Alberta n'était pas convaincue

Cette nuit-là, Alberta entra dans la chambre de Thérèse.

— Tu as fait une erreur.

Thérèse la regarda.

— Laquelle ?

— Tu les as toutes réunies.

— C'est précisément ce qu'il fallait faire.

Alberta secoua la tête.

— Tu ne comprends pas.

— Je comprends parfaitement.

— Non. Tu ne sais pas ce qui arrivera lorsque tous les descendants seront réunis.

Thérèse resta silencieuse.

Alberta murmura :

— Le pacte ne va pas seulement se fissurer.

Elle marqua une pause.

— Il va réclamer son dû.

---

À minuit

Léa dormait.

Marie dormait dans la chambre voisine.

Cyntiche aussi.

Mariana était près d'elle.

Soudain...

Boum.

La maison trembla légèrement.

Mariana ouvrit les yeux.

— Qu'est-ce que c'était ?

Un deuxième bruit.

Boum.

Puis un troisième.

Boum.

Léa se réveilla.

— Maman ?

Mariana se leva.

La fenêtre s'ouvrit toute seule.

Un vent violent entra dans la chambre.

Sur le miroir, des mots apparurent.

LES TROIS SŒURS SONT RÉUNIES.

Mariana recula.

Puis une deuxième phrase apparut.

MAINTENANT, LE DERNIER DOIT REVENIR.

Mariana fronça les sourcils.

— Le dernier ?

Derrière elle, Alberta apparut dans l'embrasure de la porte.

Son visage était livide.

— Oui.

Mariana se retourna.

— Qui est le dernier ?

Alberta murmura :

— Mon fils.

Mariana la regarda, stupéfaite.

— Tu veux dire lequel ?

Alberta ferma les yeux.

— Celui que tout le monde croit mort.

Le miroir se fissura.

CRAC.

Et, au même instant, une voiture s'arrêta devant la maison.

Quelqu'un en descendit.

Un homme.

Il leva les yeux vers la maison.

Puis il murmura :

— Maman.

Alberta reconnut sa voix.

Et tomba à genoux.

Son fils était vivant.


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