Prologue : Le pacte de la Lagune
Avant que Venise ne porte des masques, avant que les palais ne se reflètent dans l’eau comme des vanités de pierre, la lagune était une voix.
Elle ne parlait pas aux hommes ordinaires. Elle murmurait à ceux qui savaient écouter.
On raconte qu’un soir de brume, un homme s’avança dans l’eau jusqu’à la taille.
On l’appelait Conchio, un nom qui s’efface avec le sel et le temps.
Ni prince ni prêtre, seulement un survivant au destin étrange.
Il portait dans ses mains un coquillage aux reflets nacrés, trouvé là où aucun homme n’osait plonger.
Lorsqu’il le posa contre son cœur, il entendit des souvenirs qui n’étaient pas les siens : des tempêtes anciennes, des villes englouties, des promesses oubliées.
La lagune sembla respirer autour de lui. Elle lui parla à sa manière : par des frissons, des visions, des éclats d’éternité. Conchio comprit qu’il devait écouter, et protéger ce qui échappait aux autres. Mais il ne sut jamais si la voix était un don… ou un avertissement.
À l’aube, l’eau se retira. Les terres restèrent. Venise put naître.
Les siècles passèrent, et le nom de Conchio devint Conchi. La famille prospéra : marchands, mécènes, bâtisseurs. On disait qu’ils avaient une chance étrange, une intuition que personne ne comprenait. Certains murmuraient que la lagune leur parlait encore, mais personne ne savait comment.
On raconte aussi que la lagune choisit parfois… Et que certaines âmes s’y reconnaissent sans jamais comprendre pourquoi.
Puis vint une nuit où l’eau changea de couleur et où la brume sembla retenir son souffle. Une nuit qui ne devait rien laisser au hasard. Une nuit où un secret ancien commença à frémir à nouveau.