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Les Royaumes Volés

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Résumé

Quand les royaumes se déchirent, cinq mercenaires prennent une route où la guerre n’est peut-être pas le plus grand danger.

Genre :
Fantasy
Auteur :
Noo_Name
Statut :
En cours
Chapitres :
2
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapitre 1

La terre ne garde pas les noms. Elle garde le sel, le sang, le fer. Quand les corbeaux reviennent, les couronnes ont toutes la même couleur.

Le matin se déchira sous les premiers cors. Dans la brume basse, les rangs n’étaient encore que des ombres : des lances serrées, des boucliers imbriqués, des étendards lourds de pluie. Puis la lumière atteignit les pointes, et la plaine prit feu par éclats.

Les flèches vinrent avant les hommes. Elles montèrent en nuées noires, si haut qu’elles semblèrent s’arrêter sous le ventre gris du ciel. Une respiration passa sur le champ, immense et unique. Puis elles retombèrent. Leurs impacts eurent le son de la grêle sur les toits, sauf qu’ici les toits criaient.

Les premiers blessés tombèrent sans rompre les lignes. On marcha sur eux. Les bottes glissèrent dans l’herbe écrasée, dans l’eau froide, dans ce qui devenait déjà autre chose que de l’eau. Des chevaux sans cavaliers traversèrent la brume, les yeux blancs, les flancs ouverts. Une bannière humaine bascula, se releva, avança encore. À sa gauche, les archers elfes tiraient sans parler, leurs arcs pliés jusqu’à gémir. Plus loin, les boucliers nains formaient une rive sombre contre laquelle la vague humaine venait se briser.

La bataille n’avait ni centre ni bord. Elle avalait tout : les prières murmurées derrière les dents, l’odeur de laine mouillée, les appels de ceux qui avaient perdu leur frère de vue. Chaque charge déplaçait le monde de quelques pas. Chaque recul ouvrait un morceau de ciel.

Le fantassin humain n’entendit pas l’ordre de tenir. Il vit seulement le dos de l’homme devant lui se raidir, puis disparaître dans un heurt de boucliers. Alors il leva sa lance.

Quelqu’un le poussa par derrière. La rangée entière avança. Ses semelles s’enfoncèrent dans une terre labourée par les sabots et les corps. Une flèche passa près de sa joue avec un petit souffle sec. Il voulut regarder où elle s’était plantée, mais le mur d’en face arriva.

Le premier choc lui arracha l’air des poumons. Son bouclier cogna contre un autre, plus bas et plus large, cerclé de métal noir. Une hache fendit l’espace au-dessus de sa tête. Il se baissa sans comprendre, sentit le vent de la lame dans ses cheveux, puis la hampe de sa lance se brisa entre ses doigts. Autour de lui, les hommes criaient des noms, des injures, des mots sans forme.

Il ramassa une épée tombée dans la boue. Elle était trop lourde et le cuir de la poignée était gras. Devant lui, un nain frappait de haut en bas, toujours au même rythme, comme s’il abattait un arbre invisible. Le fantassin tenta de passer sur le côté. Un elfe surgit derrière le nain, mince dans son armure tachée, et la pointe de sa lame trouva l’ouverture sous son bras.

Il ne sentit d’abord rien. Il regarda la lame ressortir, rouge jusqu’à la garde, puis son propre sang couler sur sa ceinture. La bataille continua sans ralentir. Il tomba à genoux, chercha un visage connu, n’en trouva aucun. Une botte lui écrasa la main. Une autre passa sur son épaule. La boue monta contre sa joue, froide, douce presque.

La naine respirait par la bouche depuis le troisième appel du cor. Son casque avait glissé bas sur son front et chaque impact le lui enfonçait davantage dans le crâne. À son pied, le talus se couvrait de silhouettes humaines qui montaient, trébuchaient, remontaient encore. Elle n’avait plus le nombre des coups. Elle avait seulement le poids de son marteau, le recul dans ses épaules et la brûlure qui gagnait ses doigts.

Un homme atteignit son bouclier. Elle planta le bord ferré dans sa bouche. Un autre leva une pique ; elle fit un pas dans le fer, trop tard pour l’éviter tout à fait, et sentit la pointe rayer les anneaux sous ses côtes. La douleur fut vive, propre, puis noyée sous le fracas. Elle abattit son marteau. L’homme disparut derrière elle.

À sa droite, une elfe tomba avec trois flèches dans le dos. La naine voulut l’attraper, mais le rang se referma déjà. Il n’y avait pas de place pour les morts. Il n’y avait même pas de place pour la tristesse. Seulement cette poussée lente, cette épaule contre l’épaule, cette décision prise par des centaines de jambes : avancer.

Elle cria sans savoir ce qu’elle criait. Son rang répondit. Les boucliers nains frappèrent ensemble. Devant eux, les hommes reculèrent d’un pas. Puis d’un autre. La ligne se fendit là où le sol avait été retourné par les chevaux. À travers l’ouverture, la naine vit la plaine entière : les lances couchées, la pluie oblique, les corps qui semblaient semés à la main.

Elle franchit la brèche. Les autres suivirent. Derrière elle, les cors elfiques montèrent de nouveau, longs et clairs, non comme un chant de victoire, mais comme l’appel d’une porte qu’on vient de forcer.

Chapitres
1. Chapitre 1
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