Créer une nouvelle liste
Partager avec vos amis
Personnaliser la lisibilité

LE HAZARD N'EXISTE PAS

Tous droits réservés ©

Résumé

LE HASARD N’EXISTE PAS Il y a des rencontres qu’on oublie. Et d’autres qui vous condamnent à ne plus jamais être les mêmes. — Si je te demande de renoncer à moi, tu le feras ? Il m’a regardée comme si ma question venait de lui arracher quelque chose qu’il s’était juré de ne jamais montrer. — Ne me demande pas de choisir entre ce que je dois être et ce que tu as fait de moi. — Alors tu m’aimes ? Son silence m’a fait plus mal qu’un aveu. J’aurais préféré qu’il me mente. Qu’il me déteste. Qu’il me dise que je n’étais qu’une erreur, une faiblesse passagère, un égarement qu’il finirait par remettre entre les mains de Dieu. Mais il a fait un pas vers moi. Un seul. Et j’ai compris pourquoi certaines choses étaient interdites : non parce qu’elles étaient incapables d’être belles, mais parce qu’elles pouvaient détruire tout ce qu’on avait construit pour leur résister. — Tu ne sais pas ce que tu me demandes, a-t-il murmuré. — Alors explique-moi. Il a fermé les yeux. — Je ne sais plus comment te regarder sans avoir envie de rester. C’est là que j’aurais dû partir. Lui aussi le savait. Pourtant, aucun de nous n’a bougé. Parce qu’il existe des amours qu’on ne choisit pas, des désirs qu’on ne sait pas faire taire et des promesses qui deviennent des prisons dès qu’un cœur décide de les prendre au sérieux. Il devait appartenir à Dieu. Elle n’avait jamais appartenu à personne. Et pourtant, entre eux, quelque chose était né. Quelque chose qu’aucun des deux n’avait le droit de vouloir. Le hasard n’existe pas.

Genre :
Romance
Auteur :
chancelvieodia08
Statut :
il y a 17 jours
Chapitres :
4
Rating
n/a
Classification par âge :
13+

Chapitre 1 : jour zéro


« Il arrive que certaines rencontres ne changent pas immédiatement notre vie. Elles se contentent de prononcer un nom que nous avions passé des années à oublier.
















Le mois avait déjà mordu l’université alors que les bancs de l’Institut Polytechnique de Kivana étaient marqués, les groupes formés et les réputations scellées. Mayelis, que tout le monde appelait Mayes, croyait avoir tout vu à l’Université Royale jusqu’à ce fameux mardi, à neuf heures. Elle traînait dans le couloir du bâtiment administratif pour obtenir une attestation de bonne vie et mœurs, une paperasse de plus dans cet endroit qui sentait la poussière, l’encre et les secrets qu’on chuchote trop fort, lorsqu’elle remarqua que la porte du bureau du Recteur était entrouverte. À l’intérieur résonnaient deux voix : l’une rocailleuse, usée par des années de soutane, l’autre étonnamment jeune, mais beaucoup trop calme pour un étudiant de première année.

— Recteur, je vous présente Lawrence, annonça le Père Louis d’un ton solennel. Il vient du Séminaire Saint-Augustin de Valmont. L’Église veille sur lui et, malheureusement, ses parents ne sont plus de ce monde.

Mayes se figea, collée au mur comme une voleuse. À travers la vitre dépolie, elle distingua Lawrence. Il devait mesurer un mètre quatre-vingt-huit et portait une chemise blanche impeccablement repassée, boutonnée jusqu’au col, comme une soutane sans croix. Un choix vestimentaire qui jurait terriblement avec le style habituel de Kivana. Il avait les cheveux légèrement trop bouclés pour être domptés, un dos droit et une gourmette au poignet qu’il semblait ne jamais quitter. Quant à son visage, il avait quelque chose d’étrangement paisible, sans être accueillant.

Lorsque le Recteur toussa pour s’enquérir de sa situation financière, le prêtre balaya la question en évoquant un fonds familial et en lui demandant de ne pas poser davantage de questions. Lawrence leva alors les yeux vers la vitre, pile dans sa direction.

Mayes retint son souffle. Pendant un instant, elle eut la désagréable impression qu’il savait exactement où elle se trouvait. Son regard ne lui parut ni froid ni hostile. C’était autre chose, quelque chose qu’elle n’arrivait pas à nommer, puis il détourna les yeux comme si elle n’avait jamais été là.

Mayes pinça les lèvres. Arrogant fils de prêtre pense-t-elle. Elle reprit son chemin, convaincue que cette rencontre ne méritait pas davantage son attention.

Le lendemain, à huit heures tapantes, elle marchait dans le couloir de l’Institut Polytechnique, la tête plongée dans son téléphone, ses écouteurs diffusant une chanson d’Ayra Starr à un volume qui aurait fait renoncer n’importe quel professeur à lui adresser la parole. Avec sa patience proche de zéro, elle ne remarqua pas la fille qui arrivait en sens inverse. Le choc fut brutal. Les feuilles de l’inconnue s’éparpillèrent sur le sol.

— Oh, désolée ! Je regardais pas...

Mayes ramassa une page et la lui tendit sans même prendre le temps de la regarder.

— Tu as des yeux ou tu les gardes pour pleurer après ? Dégage de mon chemin.

Le silence tomba. Pas le sien. Celui du couloir. Derrière Mayes, une voix basse et parfaitement contrôlée venait de s’élever.

— Tu as fini ?

Elle se retourna lentement.

Lawrence se tenait à quelques pas, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon noir impeccable. À ses côtés se trouvaient deux garçons : Léo, grand et maigre, dont les yeux s’agitaient derrière ses lunettes et Il les ajusta comme si le monde était de travers, et Nathan, qui affichait un sourire en coin sans que son regard semble réellement y participer.

Mayes les observa tour à tour, puis reporta son attention sur Lawrence.

— Oh ! Le chevalier est arrivé. Il ne manquait plus que ça.

Elle désigna la fille d’un mouvement du menton.

— Tu es venu sauver ta princesse des griffes de la sorcière ? C’est adorable. Maintenant, dégage, bouffon. Je ne me rappelle pas t’avoir sonné.

Lawrence la regarda quelques secondes avant de répondre.

— S’excuser est gratuit. L’insolence, elle, peut coûter cher.

Il marqua une pause.

— Surtout quand on confond orgueil et supériorité.

Un mouvement attira l’attention de Mayes. Marcus et Kev arrivaient au bout du couloir. Elle releva le menton, retrouvant aussitôt cette assurance qui semblait lui tenir lieu de seconde peau.

— Tu te prends pour le Pape ? Parce que si c’est le cas, tu t’es trompé d’adresse, moine.

Pour la première fois, quelque chose bougea sur le visage de Lawrence.

Un sourire si discret qu’elle aurait pu l’imaginer.

— Je suis simplement celui qui va te montrer que tout le monde ne plie pas devant la table sept.

Il la regarda droit dans les yeux.

— Mayelis.

Le sourire de Mayes disparut, une seconde, pas davantage mais elle l’avait senti, ce minuscule décalage dans sa poitrine, et elle détestait déjà qu’il en soit responsable. Personne ne l’appelait ainsi depuis des années.

— Pardon ? demanda-t-elle, plus sèchement qu’elle ne l’aurait voulu.

Lawrence inclina légèrement la tête.

— Tu m’as entendu, peste.

Léo réajusta ses lunettes. Nathan laissa échapper un sifflement discret.

Mayes aurait pu répondre. Elle avait toujours une réplique en réserve, une manière de retourner les mots contre ceux qui osaient les lui adresser. Cette fois, rien ne lui vint assez vite. Elle finit par sourire, un sourire qui ne promettait rien de bon.

— Fais attention, moine. Tu viens peut-être de gagner ta première journée à Kivana, mais ne prends pas tes habitudes pour des privilèges.

Elle tourna les talons avant qu’il puisse répondre. Derrière elle, les conversations reprirent peu à peu. Les regards, eux, la suivirent jusqu’au bout du couloir.

Leur première rencontre venait de prendre une tournure qu’elle n’avait pas prévue. Et Mayes détestait ne pas prévoir les choses.

L’air était lourd. Les plafonniers grinçaient au plafond et l’odeur de craie se mêlait à celle de la pluie qui s’annonçait sur Kivana. Après la pause, Lawrence entra dans l’amphithéâtre, suivi de ses deux ombres. Son regard balaya la salle sans s’attarder sur personne. Il s’installa tout au fond, côté fenêtre, puis sortit un stylo-plume qu’il posa sur la table avec un petit claquement sec. Mayes arriva quelques minutes plus tard.

La porte arrière s’ouvrit en grand. Elle entra, son casque autour du cou, suivie de Marcus, Kev, Djo, Samuel et Jason. Marcus poussa le battant derrière eux tandis que Kev pianotait déjà sur son ordinateur, Djo riait au téléphone, Samuel portait le sac de Mayes et Jason fermait la marche. Ils traversèrent l’amphithéâtre comme s’ils en connaissaient déjà les limites et les règles. Mayes, elle, ne regardait qu’une personne. Elle s’arrêta devant la chaise située juste devant Lawrence, y posa les pieds et fit claquer son chewing-gum.

Plusieurs étudiants se retournèrent.

— Tu pourrais respirer moins fort ? demanda-t-elle sans le regarder. On essaie de préserver l’oxygène des gens normaux.

Elle tourna légèrement la tête.

— N’est-ce pas, Saint Lawrence ?

Lawrence referma son stylo.

Clic.

Il lui accorda deux secondes de son attention.

— Et toi, tu pourrais mâcher moins fort ? Le silence est une chose fragile. Certains ont appris à le respecter.

Il baissa les yeux vers son cahier.

— D’autres préfèrent le détruire.

Mayes pivota sur sa chaise.

— Tu sais quoi, moine ? Un jour, je vais brûler cette soutane imaginaire que tu portes.

Lawrence releva lentement la tête.

— Tu menaces toujours les gens avant de les connaître ?

— Seulement ceux qui m’agacent.

— Alors tu dois avoir beaucoup de travail.

Un rire étouffé s’éleva quelque part dans l’amphithéâtre.

Mayes se redressa. Elle n’aimait pas rire de ses propres dépens. Encore moins lorsqu’elle n’était pas certaine d’avoir le dernier mot. Lawrence se pencha légèrement vers elle.

— Mais rassure-toi, Mayelis. Tu finiras bien par comprendre.

— Comprendre quoi ?

Il se redressa au moment où la porte s’ouvrait de nouveau.

— Ce que tu préfères ignorer.

Le professeur entra, déposant ses dossiers sur le bureau. Les conversations s’éteignirent.

Mayes se retourna vers le tableau, mais elle ne parvint pas à oublier cette dernière phrase. Elle avait rencontré des garçons arrogants, des garçons qui cherchaient à l’impressionner et d’autres qui préféraient l’éviter. Lawrence, lui, semblait jouer à un jeu dont elle ne connaissait pas encore les règles. Et cela l’agaçait plus qu’elle ne voulait l’admettre.

La porte de sa villa du quartier Bel-Air claqua derrière elle. Ses cinq amis s’étaient arrêtés au portail. Ici, personne ne lui demandait de sourire, de répondre ou de faire semblant de s’amuser. Elle jeta son sac Louis Vuitton sur le canapé en cuir et gravit les marches quatre à quatre. Ses talons résonnaient sur le marbre noir de la demeure, trop vaste pour une fille de dix-huit ans.

Sa chambre l’accueillit avec ses murs noir mat, ses néons violets et ses trophées de l'art. Des attestations étaient soigneusement alignées sur une étagère. Au mur, un post-it portait une phrase écrite de sa propre main, des années plus tôt :

Ne jamais plier.

Elle retira son bomber et le lança sur une chaise.

Puis elle resta immobile au milieu de la pièce.

— Mayelis…

Le prénom avait résonné dans sa tête toute la journée. Elle ouvrit son téléphone. Le groupe « Le 6 Power » comptait déjà douze nouveaux messages.

Marcus voulait savoir si elle avait remarqué la manière dont le moine l’avait défiée. Kev affirmait avoir trouvé des informations sur le dossier de Lawrence, notamment son passage au séminaire et son statut d’orphelin élevé grâce à un fonds religieux. Djo demandait si elle avait remarqué quelque chose d’étrange, tandis que Samuel insistait sur le fait que Lawrence connaissait son véritable prénom. Jason, lui, proposait déjà de le tester.

Mayes verrouilla son écran.

Elle n’avait aucune envie de leur donner matière à plaisanter.

Elle se dirigea vers sa coiffeuse et ouvrit le tiroir du bas. Sous quelques bijoux se trouvait une vieille photographie : elle y apparaissait à dix ans, en uniforme du lycée Sainte-Aurélie, deux couettes de chaque côté de la tête et un sourire qu’elle ne reconnaissait presque plus. Le Père Louis se tenait à côté d’elle.

Mayes passa le pouce sur le bord de la photo, puis la retourna. Au dos, une écriture familière avait pâli avec le temps. Elle la relut sans bouger.

Après quelques secondes, elle remit la photographie dans le tiroir et le referma.

Son téléphone vibra encore.

Elle l’ignora.

Dehors, la pluie commençait à marteler les vitres. Mayes s’approcha de la fenêtre et contempla Kivana, ses toits brillants et les tours du Haut-Centre qui découpaient le ciel. Elle connaissait cette ville, ses ambitions et ses faux-semblants. Elle savait reconnaître un défi lorsqu’on lui en lançait un. Mais Lawrence ne ressemblait pas aux adversaires qu’elle avait l’habitude de rencontrer. Elle se détourna de la fenêtre et croisa son reflet dans le miroir. Son rouge à lèvres avait disparu, ses cheveux n’étaient plus parfaitement en place et son expression semblait moins assurée qu’à l’ordinaire.

Elle arrangea une mèche derrière son oreille.

— Tu n’es qu’un moine, murmura-t-elle.

La phrase lui parut ridicule dans le silence de la chambre.

Elle éteignit les néons, se glissa sous les draps et posa son téléphone face contre la table de nuit. Le lendemain, elle aurait certainement une nouvelle réplique à lui servir. Pour l’instant, une seule question persistait.

Comment savait-il ?





Lire des livres délivre.

Une petite étoile 🌟 fait toujours plaisir