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Les Choses Murmurent - Saison 1

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Résumé

Et si les témoins les plus précieux d'un meurtre étaient ceux que personne ne pense à interroger ? À vingt-huit ans, Adrian Vale est un criminologue et profiler indépendant particulièrement talentueux. Célibataire, solitaire et entièrement dévoué à son métier, il possède une capacité que personne ne pourrait imaginer : il entend les objets parler. Une montre, une tasse, un téléphone, une voiture ou même une simple chaise peuvent lui raconter ce qu'ils ont entendu ou vécu. Pour Adrian, ce don n'a rien de magique ni de merveilleux. C'est une particularité avec laquelle il vit depuis l'enfance, parfois utile, souvent épuisante et surtout impossible à expliquer. Les objets ont leur propre caractère. Certains sont bavards, d'autres désagréables, sarcastiques ou particulièrement susceptibles. Et tous ne comprennent pas nécessairement ce qu'ils ont vu. Mais Adrian connaît une règle essentielle : ce qu'un objet lui raconte ne constitue jamais une preuve devant un tribunal. Il doit donc utiliser ses compétences professionnelles pour transformer les informations obtenues en hypothèses, rechercher des indices matériels et construire des raisonnements capables de résister à une véritable enquête judiciaire. Sa vie bascule lorsqu'il est amené à collaborer avec la brigade criminelle de Blackwood. À sa tête se trouve Renaud Blackwood, quarante-trois ans, commandant de police et président des Black Ravens, un important club de bikers. Autoritaire, méthodique et peu habitué à ce qu'on lui tienne tête, Renaud dirige ses hommes avec une discipline de fer. Pour lui, une enquête repose sur les faits, les preuves et les témoignages. L'arrivée d'Adrian dans son environnement professionnel va rapidement bouleverser ses habitudes. Car le jeune profiler possède une capacité d'observation déconcertante. Il remarque des incohérences que les autres enquêteurs ne voient pas. Il reconstitue certains événements avec une précision troublante et formule parfois des hypothèses qui semblent sortir de nulle part. Pourtant, Adrian ne révèle jamais comment il obtient certaines informations.

Genre :
Humor
Auteur :
PlumeObscure
Statut :
il y a 2 jours
Chapitres :
5
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 — Le mort de l’atelier

Blackwood — Lundi, 6 h 12.

— Adrian.

Silence.

— Adrian.

Toujours rien.

— ADRIAN !

Une main sortit de sous la couette et s’abattit brutalement sur le réveil.

— TA GUEULE !

Le petit appareil électronique émit un bip offensé.

— Charmant. Vraiment charmant. Je te rappelle que tu m’as programmé pour six heures douze. Si tu voulais dormir jusqu’à midi, fallait pas me donner des responsabilités !

Adrian Vale ouvrit un œil.

Puis le referma.

Il était beaucoup trop tôt pour supporter une dispute avec un réveil.

— Six heures treize, annonça celui-ci. Tu as perdu une minute de ta vie à m’insulter.

— Et je vais en perdre une deuxième à te débrancher.

— Violence domestique sur appareil électronique. Magnifique début de journée.

Adrian repoussa sa couette et s’assit au bord du lit.

À vingt-huit ans, il avait déjà compris trois choses essentielles concernant son existence.

Premièrement, les êtres humains étaient capables de mentir avec une facilité déconcertante.

Deuxièmement, les objets avaient beaucoup trop de choses à raconter.

Troisièmement, il aurait probablement dû devenir jardinier.

Encore que…

Il avait entendu un arrosoir se plaindre pendant quarante minutes dans une jardinerie.

Il n’était donc pas certain que cette profession aurait été plus reposante.

— Tu es en retard, reprit le réveil.

— Je ne suis pas en retard.

— Tu devais te lever à six heures douze.

— Il est six heures quatorze.

— Exactement. Deux minutes de retard.

Adrian se leva.

— Je vais acheter un réveil silencieux.

— Ça n’existe pas pour toi, mon grand.

Malheureusement, il avait raison.

Adrian traversa son appartement pieds nus.

Son logement occupait le deuxième étage d’un ancien immeuble rénové, dans une rue relativement calme de Blackwood.

Deux chambres, un salon, une cuisine ouverte, une salle de bain et un bureau rempli de dossiers criminels.

Il vivait seul.

Et cela lui convenait parfaitement.

Pas de compagnon réclamant de l’attention.

Pas de disputes sur la vaisselle.

Pas de belle-famille.

Pas de conversations interminables sur les sentiments.

Il avait déjà suffisamment de discussions avec son électroménager.

— Bonjour, beau gosse, lança le miroir de la salle de bain.

Adrian s’immobilisa.

— Pas maintenant.

— Tu as une tête épouvantable.

— Merci.

— Des cernes, les cheveux en bataille… Tu devrais dormir davantage.

— Tu devrais réfléchir moins.

— Je ne réfléchis pas. Je constate.

Adrian observa son reflet.

Cheveux noirs légèrement ondulés, yeux gris foncé, visage aux traits fins mais masculins, barbe de deux jours.

Il mesurait un mètre quatre-vingt-un.

Sa silhouette était athlétique, sans être particulièrement massive. Il entretenait sa condition physique avec plusieurs séances de sport par semaine, principalement de la course, de la musculation et des exercices de combat.

Son métier lui avait appris qu’un enquêteur incapable de courir derrière un suspect pouvait rapidement devenir un problème.

Même si, officiellement, il ne poursuivait personne.

Il était criminologue.

Pas policier.

Et cette distinction avait son importance.

— Tu devrais rencontrer quelqu’un, poursuivit le miroir.

Adrian attrapa sa brosse à dents.

— Tu vas vraiment commencer ?

— Vingt-huit ans, célibataire, beau garçon, situation professionnelle correcte…

— Je suis consultant indépendant. Mes revenus dépendent de mes contrats.

— Donc célibataire et financièrement instable.

— Je vais te remplacer.

— Tu dis ça chaque semaine.

Il ouvrit le robinet.

— Enfin un peu d’eau ! s’exclama celui-ci. Tu sais combien de temps je reste inutilisé pendant la nuit ?

Adrian ferma les yeux.

Il était six heures dix-sept.

Et il regrettait déjà de s’être réveillé.

À sept heures trente-deux, Adrian franchit les portes de son cabinet.

Une plaque discrète indiquait :

ADRIAN VALE

Criminologue — Profiler indépendant

Analyse comportementale — Reconstitution criminelle — Consultation judiciaire

Le cabinet occupait le rez-de-chaussée d’un petit bâtiment en briques rouges, à quelques rues du centre-ville.

Une salle d’attente.

Un bureau principal.

Une pièce d’archives.

Une kitchenette.

Et une salle de travail équipée d’un grand tableau mural, d’un ordinateur sécurisé et d’une table permettant d’étudier des dossiers sans transformer son bureau en champ de bataille.

Adrian verrouilla la porte derrière lui.

— Enfin ! s’exclama la machine à café.

Il suspendit sa veste.

— Bonjour à toi aussi.

— J’ai passé tout le week-end sans préparer un seul café.

— C’est généralement le principe d’un week-end.

— J’ai cru que tu m’avais abandonnée.

— Tu es une machine à café.

— Et alors ? Je n’ai pas le droit d’avoir des préoccupations ?

Adrian appuya sur le bouton.

— Double expresso.

— Comme toujours. Tu vas finir avec une tension catastrophique.

— Prépare mon café.

— Aucun respect.

La machine commença à fonctionner.

Adrian s’installa devant son ordinateur.

Son agenda était relativement calme.

Deux rapports à finaliser.

Une expertise comportementale concernant une affaire de harcèlement.

Un rendez-vous avec un avocat à quatorze heures.

Et quelques factures.

Il aimait cette organisation.

Il aimait travailler seul.

Il aimait surtout pouvoir examiner un dossier sans devoir expliquer pourquoi il regardait parfois une agrafeuse avec méfiance.

— Tu as encore oublié de classer les documents de vendredi, fit remarquer son tiroir.

— Je sais.

— Ils sont mélangés.

— Je sais.

— Il y a même une facture dans le dossier Moretti.

— JE SAIS !

Son téléphone vibra.

Le nom affiché sur l’écran lui fit froncer les sourcils.

BRIGADE CRIMINELLE — BLACKWOOD

Il décrocha.

— Adrian Vale.

— Monsieur Vale ? Ici le lieutenant Claire Moreau, brigade criminelle de Blackwood.

— Bonjour, lieutenant.

— Votre nom nous a été transmis par le procureur Delmas.

Adrian posa sa tasse.

— Concernant quelle affaire ?

Un bref silence.

— Un homicide présumé dans un atelier de réparation automobile. Notre commandant souhaite avoir votre avis sur certains éléments.

— Votre commandant ?

— Renaud Blackwood.

Adrian connaissait le nom.

Tout le monde à Blackwood connaissait le nom de Renaud Blackwood.

Quarante-trois ans.

Commandant de police.

Réputation de ne jamais abandonner une enquête.

Et, particularité nettement moins habituelle, président des Black Ravens, un club de bikers particulièrement influent dans la région.

Le cumul de ses deux fonctions faisait régulièrement parler.

Adrian ne s’y était jamais intéressé.

Il préférait juger les gens sur leur travail plutôt que sur leurs vêtements ou leurs moyens de transport.

— Où se trouve la scène ?

— Garage Vignal, zone industrielle nord.

— La scène est-elle toujours sécurisée ?

— Oui.

— Le médecin légiste est sur place ?

— Il vient d’arriver.

— Et les techniciens ?

— Ils commencent les constatations.

Adrian consulta l’heure.

Sept heures quarante et une.

— Je peux être là dans vingt-cinq minutes. Je souhaite cependant que mon intervention soit officiellement demandée et encadrée.

— Le commandant a déjà validé la réquisition du procureur.

— Parfait.

— Monsieur Vale ?

— Oui ?

— Le commandant n’est pas particulièrement patient.

Adrian prit son café.

— Ça tombe bien. Moi non plus.

Il raccrocha.

— Une affaire ? demanda le téléphone.

— Apparemment.

— Encore des morts ?

Adrian l’observa.

— Tu pourrais faire preuve d’un minimum de délicatesse.

— Je suis un téléphone. Pas un psychologue.

8 h 09 — Garage Vignal

La pluie tombait abondamment sur la zone industrielle.

Le garage Vignal occupait un grand bâtiment métallique comprenant trois espaces de réparation, une réception vitrée et un petit bureau administratif.

Deux voitures de police bloquaient l’entrée.

Une ambulance stationnait près du portail.

Plusieurs véhicules banalisés étaient garés devant le bâtiment.

Adrian se présenta au périmètre de sécurité.

— Adrian Vale. Consultant appelé par la brigade criminelle.

L’agent vérifia son identité et l’autorisation d’accès.

— Le commandant est à l’intérieur.

— Merci.

Adrian enfila les équipements de protection remis par un technicien : surchaussures, combinaison et gants adaptés à son intervention.

Il signa le registre d’entrée.

Puis passa sous le ruban de sécurité.

À peine avait-il pénétré dans le garage qu’une voix éclata.

— IL EST MORT !

Adrian s’arrêta.

La voix venait d’une vieille radio posée sur une étagère.

— IL EST MORT, JE TE DIS !

Magnifique.

Il venait d’arriver.

Et la radio avait déjà décidé de hurler.

— C’est bon, murmura-t-il presque sans bouger les lèvres.

— NON, C’EST PAS BON ! ON M’A ÉTEINTE EN PLEIN MILIEU D’UNE CHANSON !

Adrian détourna les yeux.

Il ne devait surtout pas répondre.

Pas devant les policiers.

— Monsieur Vale ?

Une femme d’une trentaine d’années s’approcha.

Cheveux châtains attachés en queue-de-cheval, regard attentif, tenue sobre.

— Lieutenant Claire Moreau.

— Enchanté.

Ils échangèrent une poignée de main.

— Le commandant vous attend.

Elle l’entraîna vers le fond du bâtiment.

Adrian profita du trajet pour observer son environnement.

Trois ponts élévateurs.

Un établi principal.

Des étagères métalliques.

Un compresseur.

Plusieurs armoires contenant des outils.

Des traces d’huile anciennes sur le béton.

Deux caméras de surveillance.

Et une étrange odeur de détergent.

Quelqu’un avait nettoyé récemment.

Peut-être était-ce normal.

Après tout, il s’agissait d’un garage professionnel.

Mais Adrian remarqua que le sol, près du troisième pont, semblait nettement plus propre que le reste.

— Le cadavre a été découvert à quelle heure ? demanda-t-il.

— Six heures quarante-huit.

— Par qui ?

— Un mécanicien venu prendre son service.

— Identité ?

— Thomas Perrin, trente-deux ans.

— Le propriétaire ?

— Étienne Vignal, cinquante-six ans.

Adrian ralentit.

— C’est lui, la victime ?

— Oui.

Ils contournèrent une camionnette.

Et Adrian aperçut enfin le corps.

Un homme était allongé sur le dos, près d’une servante à outils renversée.

Une importante quantité de sang avait séché sous sa tête.

Son visage était légèrement tourné vers la droite.

Sa chemise de travail était ouverte au niveau du col.

Des ecchymoses marquaient son cou.

Un médecin légiste examinait le cadavre.

Deux techniciens photographiaient les lieux.

Et, debout près d’un établi, un homme imposant observait la scène.

Adrian comprit immédiatement qu’il s’agissait du commandant.

Renaud Blackwood était encore plus impressionnant que sur les rares photographies qu’il avait vues.

Un mètre quatre-vingt-quinze environ.

Épaules larges.

Carrure puissamment musclée.

Cheveux bruns coiffés en arrière.

Barbe courte et soignée.

Yeux sombres.

Son tee-shirt noir était partiellement dissimulé sous une veste de cuir.

Un tatouage dépassait de son col.

D’autres couvraient ses avant-bras.

Son visage était fermé.

Il discutait avec un technicien lorsqu’il releva les yeux.

— Vale ?

— Commandant Blackwood ?

Les deux hommes se dévisagèrent.

— Vous êtes jeune.

Adrian haussa légèrement un sourcil.

— Et vous êtes grand. Nous avons tous les deux d’excellentes capacités d’observation, apparemment.

Claire baissa immédiatement les yeux.

Un policier, derrière eux, toussota pour masquer un rire.

Renaud resta parfaitement immobile.

Puis un coin de sa bouche bougea.

À peine.

— On m’avait dit que vous aviez du caractère.

— On m’avait dit que vous étiez impatient.

— On ne vous a pas menti.

— À vous non plus.

Un silence suivit.

Renaud tendit finalement la main.

— Renaud Blackwood.

Adrian la serra.

La poignée était ferme.

— Adrian Vale.

— On m’a dit que vous étiez bon.

— Ça dépend du dossier.

— Et celui-ci ?

Adrian regarda le corps.

— Je viens d’arriver.

— Vous avez besoin de combien de temps ?

— Suffisamment pour éviter de raconter des absurdités.

Cette fois, Renaud eut un véritable sourire.

Bref.

Mais visible.

— Très bien. Travaillez.

Le corps

Le médecin légiste releva la tête.

— Docteur Samuel Hartmann, annonça-t-il. Vous êtes le consultant ?

— Adrian Vale.

— Vous pouvez observer, mais ne touchez pas le corps avant la fin de mes constatations.

— Bien entendu.

Adrian s’accroupit à distance raisonnable.

— Que pouvez-vous déjà me dire ?

Samuel retira momentanément sa lampe d’examen.

— Homme de cinquante-six ans. Plaie importante dans la région occipitale. Marques suspectes au niveau du cou. Je ne peux pas encore établir l’ordre exact des lésions ni la cause définitive du décès.

— La tête ?

— Traumatisme compatible avec un choc violent. Il faudra l’autopsie pour préciser.

Adrian examina visuellement les vêtements.

La chemise était froissée.

Une manche était remontée.

La main gauche présentait plusieurs éraflures.

Sous les ongles, des traces sombres étaient visibles.

— Défense possible ? demanda Adrian.

— Possible, confirma le médecin. Nous effectuerons les prélèvements.

Adrian regarda le cou.

Des marques d’écrasement.

Leur distribution suggérait une pression externe.

— Vous suspectez une strangulation ?

Samuel acquiesça.

— C’est une hypothèse importante, oui.

— Avant ou après le choc crânien ?

— Impossible à dire pour le moment.

Adrian se releva.

Il ne voulait pas conclure trop vite.

Un corps pouvait raconter beaucoup de choses.

Mais uniquement à condition de respecter les faits.

Il observa la servante renversée.

Plusieurs outils étaient éparpillés sur le sol.

Une clé plate.

Deux douilles.

Un tournevis.

Une pince.

Et un marteau.

Un marteau dont la tête métallique présentait une coloration brunâtre.

— Cet outil a été photographié et prélevé ? demanda Adrian.

Un technicien répondit :

— Pas encore prélevé. On termine les photographies et les mesures.

— Très bien.

Adrian contourna lentement la zone.

Il étudia les projections sanguines visibles sur le béton.

Certaines formaient de petites gouttelettes.

D’autres correspondaient à des traces plus larges.

Il n’était pas spécialiste en analyse de projections sanguines et n’allait pas prétendre l’être.

Mais quelque chose l’interpellait.

La position du corps.

La servante renversée.

Et surtout…

Le sol propre.

Beaucoup trop propre.

— Commandant ?

Renaud approcha.

— Quoi ?

— Cet endroit est nettoyé régulièrement ?

— C’est un garage. J’imagine que oui.

— Je parle de cette zone précisément.

Il désigna une surface rectangulaire, plusieurs mètres derrière le corps.

— Regardez.

Renaud s’accroupit.

Le béton semblait légèrement plus clair.

— Un nettoyage récent, constata-t-il.

— Possible. Il faudrait comparer avec les habitudes du personnel.

Adrian observa les traces de semelles présentes sur la bordure de la zone.

— Et je voudrais savoir quel produit a été utilisé.

Renaud fit signe à un technicien.

— Prélèvements sur cette partie. Et photographies détaillées.

L’homme acquiesça.

Adrian poursuivit son inspection.

Lorsqu’il passa près de l’établi, une voix masculine particulièrement grave retentit.

— C’est pas là.

Il s’immobilisa intérieurement.

La voix venait d’une clé à molette.

— C’est pas là qu’il est tombé.

Adrian continua à regarder les outils.

Sans rien dire.

— Ils l’ont traîné, poursuivit la clé.

Ils ?

Adrian sentit immédiatement son attention se concentrer.

— Ils ont tout déplacé.

Il se rapprocha de l’établi sous prétexte d’examiner les traces.

— Qui ? pensa-t-il, sans prononcer un mot.

Évidemment, la clé ne pouvait pas entendre ses pensées.

Il aurait fallu lui parler.

Et il ne pouvait pas.

Pas ici.

Pas devant sept policiers.

— Il y a eu du bruit, commenta un vieux tournevis.

— Beaucoup de bruit, confirma une boîte à outils.

— ET UNE BAGARRE ! hurla la radio.

Adrian serra brièvement la mâchoire.

— Monsieur Vale ?

Il tourna la tête.

Claire l’observait.

— Tout va bien ?

— Oui.

— Vous avez l’air contrarié.

— Je réfléchis.

La radio reprit :

— IL Y AVAIT DEUX HOMMES !

Adrian sentit son cœur accélérer.

Deux hommes.

Ou deux hommes en plus de la victime ?

La précision comptait.

Mais la radio était déjà repartie dans une longue plainte concernant sa chanson interrompue.

— ET PERSONNE NE M’A RALLUMÉE DEPUIS ! C’EST UN MANQUE DE RESPECT ABSOLU !

Adrian inspira lentement.

Il avait besoin de silence.

Ou au moins d’un objet capable de rester concentré.

Ce qui était rare.

Très rare.

La première incohérence

— Commandant, dit Adrian.

Renaud le rejoignit.

— Vous avez trouvé quelque chose ?

— Je voudrais connaître votre hypothèse actuelle.

— Altercation. La victime reçoit un coup à la tête, tombe près de la servante, puis subit une compression du cou.

Adrian acquiesça.

— C’est envisageable.

— Mais ?

— Mais la scène me semble avoir été modifiée.

Renaud croisa les bras.

— Expliquez.

Adrian désigna le sol.

— La zone nettoyée se trouve à plusieurs mètres du cadavre. La servante paraît avoir été renversée dans une direction qui ne correspond pas forcément à une chute simple depuis sa position de travail. Et il n’y a pas, à première vue, autant de désordre autour du corps que ce que j’attendrais d’une altercation prolongée à cet endroit.

— Vous pensez qu’il a été déplacé ?

— Je pense qu’il faut vérifier s’il a été déplacé.

Renaud le fixa.

— C’est différent.

— Énormément.

Adrian se dirigea vers le troisième pont.

La zone se trouvait derrière une berline grise.

Sur une petite table roulante reposaient plusieurs chiffons.

L’un d’eux était humide.

Il ne le toucha pas.

— Ce chiffon doit être analysé.

Renaud appela un technicien.

Adrian s’accroupit près du pont.

Et une nouvelle voix résonna.

— Ah, enfin quelqu’un qui regarde au bon endroit !

Cette fois, c’était un petit boulon.

Adrian ferma brièvement les yeux.

Pitié.

— J’en ai vu des choses, moi ! poursuivit le boulon. Des chaussures, des roues, des huiles qui coulent… Mais hier soir, alors là !

Adrian s’arrangea pour rester un peu à l’écart.

Renaud discutait avec Claire.

Les techniciens poursuivaient leurs prélèvements.

Il pouvait prendre quelques secondes.

Il fit semblant de chercher quelque chose au sol.

— Quoi, hier soir ? murmura-t-il.

Le boulon sembla ravi.

— AH ! TU M’ENTENDS !

Adrian grimaça.

— Moins fort.

— J’AI PASSÉ DOUZE HEURES À ATTENDRE QU’ON ME RAMASSE !

— Tu veux me raconter ou pas ?

— Alors déjà, c’était tard. L’atelier était fermé. Il y avait le patron et un autre type.

Adrian se concentra.

— Un autre type ?

— Des chaussures noires.

— C’est tout ?

— Je suis un boulon posé au sol. Tu veux que je monte sur un escabeau ?

Adrian retint un soupir.

— Continue.

— Ils discutaient. Enfin… ils criaient.

— Tu as entendu quoi ?

— De l’argent. Quelque chose qu’il fallait rendre. Et après…

Le boulon s’interrompit.

— Après ?

— Un bruit énorme.

Adrian attendit.

— Et le patron est tombé ?

— Oui. Juste là. À côté de moi.

Le jeune profiler regarda discrètement l’emplacement.

Il se trouvait à presque quatre mètres de la position actuelle du cadavre.

— Quelqu’un l’a déplacé ?

— J’ai entendu qu’on le tirait. J’ai vu passer une chaussure. Après, plus grand-chose. Ils ont mis quelque chose devant moi.

Adrian réfléchit.

— Ils ?

— Des pas différents. Je crois qu’il y avait un autre homme après.

Deux personnes.

Peut-être.

— Merci, murmura-t-il.

— Tu peux me ramasser maintenant ?

Adrian regarda le petit boulon.

— Non.

— QUOI ?

— Tu es potentiellement un élément de la scène de crime.

— JE SUIS UN BOULON !

— Justement.

Il se redressa.

— TRAHISON ! hurla le boulon.

Adrian s’éloigna.

Il adorait son métier.

Vraiment.

Mais certains jours, il aurait volontiers échangé son don contre une machine à café normale.

Deux hommes, une scène

Renaud se tenait près de la réception lorsqu’Adrian le rejoignit.

— Commandant, j’aimerais que vous examiniez une hypothèse.

— Je vous écoute.

— Le décès pourrait avoir eu lieu près du troisième pont, avant que le corps soit déplacé.

— Sur quoi vous appuyez-vous ?

Adrian répondit sans hésiter.

— La zone nettoyée, la disposition des éléments et la possibilité d’un transfert secondaire. Il faudrait rechercher des traces biologiques résiduelles et comparer les empreintes.

Renaud observa la zone.

— D’accord.

— Et je pense que vous devriez envisager plusieurs intervenants.

Le commandant tourna lentement la tête.

— Pourquoi ?

Adrian avait anticipé la question.

— Parce qu’une personne seule peut évidemment déplacer un corps. Mais ici, si nous confirmons un nettoyage, un déplacement et une mise en scène, il faudra établir la chronologie et déterminer si tout cela a pu être effectué par un seul individu dans le temps disponible.

Renaud ne répondit pas immédiatement.

Puis il demanda :

— Vous pensez à deux agresseurs ?

— Je pense qu’il serait prématuré de limiter l’enquête à un seul.

Le commandant l’étudia pendant plusieurs secondes.

Adrian connaissait ce regard.

Celui des enquêteurs expérimentés.

Ils n’écoutaient pas uniquement les paroles.

Ils observaient également les hésitations.

Les expressions.

Les respirations.

Les contradictions.

Et Renaud Blackwood semblait très doué dans cet exercice.

— Vous avez une manière particulière de travailler, Vale.

— On me le dit souvent.

— Vous ne tirez jamais de conclusions définitives.

— Pas sans preuves.

— Pourtant, vous semblez avoir des convictions assez précises.

Adrian eut un léger sourire.

— Mes convictions ne feront condamner personne. Les preuves, peut-être.

Cette réponse parut satisfaire Renaud.

Du moins provisoirement.

— Claire !

La lieutenante s’approcha.

— Oui, commandant ?

— Faites identifier toutes les personnes ayant accès au garage. Personnel, fournisseurs, proches, détenteurs de clés et de codes.

— Bien.

— Je veux les horaires exacts, les mouvements de véhicules et les images de surveillance disponibles.

— Compris.

Adrian intervint :

— Et les difficultés financières éventuelles du propriétaire.

Claire nota.

— Vous soupçonnez un mobile économique ?

— Je souhaite vérifier cette possibilité.

Renaud hocha la tête.

— Ajoutez les comptes professionnels, les dettes connues et les litiges.

Puis il se tourna vers Adrian.

— Venez.

— Où ?

— Dans le bureau du propriétaire.

Le bureau d’Étienne Vignal

Le bureau était petit.

Un ordinateur.

Deux classeurs.

Un calendrier mural.

Un coffre métallique.

Une armoire.

Une tasse de café abandonnée sur un sous-main.

Adrian franchit le seuil.

Et immédiatement…

— C’EST UNE HONTE !

Il s’arrêta.

La voix venait de la chaise.

Une chaise de bureau noire, usée au niveau des accoudoirs.

— Vingt ans que je supporte ses fesses et voilà comment ça finit !

Adrian resta impassible.

Renaud ouvrit un classeur, sans déranger les documents en attente de traitement.

— Vignal était propriétaire du garage depuis vingt-trois ans.

— Il travaillait seul ?

— Trois mécaniciens, une secrétaire à mi-temps et son associé.

Adrian releva les yeux.

— Un associé ?

— Laurent Mercier, quarante-neuf ans.

— Où est-il ?

— Introuvable pour le moment.

Adrian nota mentalement l’information.

La chaise poursuivit :

— ET IL LUI DEVAIT DE L’ARGENT !

Intéressant.

— Lequel des deux ? murmura Adrian, tourné vers une affiche au mur.

— Comment ça, lequel ? Celui qui venait râler tous les vendredis !

Adrian pinça les lèvres.

Un objet ne comprenait pas toujours les questions.

Et certains développaient une mauvaise humeur remarquable.

— Monsieur Vale ?

Renaud venait de se retourner.

— Oui ?

— Vous avez dit quelque chose ?

— Je me demandais si le bureau avait été fouillé.

Renaud regarda autour de lui.

— Pas de désordre évident. Mais on attend l’inventaire.

Adrian avança vers le coffre.

— Ce coffre est intéressant.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il est fermé alors que plusieurs classeurs sont sortis.

Renaud se rapprocha.

— Vous pensez qu’il contient quelque chose ?

— Peut-être.

Le coffre intervint immédiatement.

— Je ne dirai rien !

Adrian conserva une expression neutre.

— Absolument rien ! Secret professionnel !

Il observa la serrure.

— Il faudrait déterminer quand il a été ouvert pour la dernière fois.

— Je ne m’ouvre pas pour n’importe qui !

Parfait. Un coffre susceptible.

Renaud le regardait toujours.

— Vous voulez qu’on l’ouvre ?

— Dans le cadre des autorisations judiciaires, oui.

— Nous allons voir avec le procureur.

Adrian approuva.

Il s’éloigna ensuite vers l’ordinateur.

L’écran était noir.

Mais la petite lampe du disque externe clignotait.

— Je suis plein, annonça le disque dur.

Ne commence pas.

— Plein de documents. Plein de factures. Plein de choses que personne ne veut lire.

Adrian passa derrière le bureau.

— L’ordinateur et ses supports doivent être préservés pour une exploitation numérique, dit-il.

— C’est prévu, répondit Renaud.

— Sans démarrage ni manipulation supplémentaire.

— Mes techniciens connaissent leur métier, Vale.

Adrian releva les yeux.

— Je n’en doute pas.

Le commandant le fixa.

Puis souffla :

— Vous avez toujours quelque chose à ajouter ?

— Généralement, oui.

— Ça doit être épuisant.

— Vous n’imaginez pas à quel point.

La chaise éclata :

— MOI, JE SUIS ÉPUISÉE ! ET PERSONNE NE S’EN PRÉOCCUPE !

Adrian détourna la tête pour cacher un sourire.

Renaud le remarqua.

— Qu’est-ce qui vous amuse ?

— Rien.

— Vous souriez.

— Ça m’arrive.

— Pas souvent, j’imagine.

— Uniquement lorsqu’on ne m’en empêche pas.

Renaud secoua légèrement la tête.

Et, pour la deuxième fois depuis leur rencontre, Adrian aperçut quelque chose ressemblant à de l’amusement dans son regard.

Le témoin

À neuf heures quarante-six, Claire revint dans le garage.

— Commandant, Thomas Perrin est disponible.

— Faites-le entrer dans la salle de repos. Je veux une première audition enregistrée dans les conditions prévues.

Adrian suivit Renaud.

Thomas Perrin était un homme de trente-deux ans, relativement mince, cheveux blonds courts, mains abîmées par le travail.

Il semblait nerveux.

Ses doigts tremblaient légèrement autour d’un gobelet d’eau.

Renaud s’assit face à lui.

Claire prit place sur le côté.

Adrian resta légèrement en retrait.

Il n’était pas là pour conduire l’audition.

Son rôle consistait à observer.

— Monsieur Perrin, commença Renaud, expliquez-nous comment vous avez découvert votre employeur.

Thomas déglutit.

— Je suis arrivé vers six heures quarante-cinq. J’avais une réparation urgente à terminer. J’ai ouvert avec mon badge et…

Il s’interrompit.

— Et ?

— J’ai vu Étienne par terre.

— Vous l’avez touché ?

— Oui. J’ai essayé de voir s’il respirait.

— Ensuite ?

— J’ai appelé les secours.

Adrian observait ses mains.

La respiration était rapide.

La voix légèrement instable.

Cela pouvait correspondre à un stress sincère.

Ou à autre chose.

Il était impossible de conclure uniquement à partir de son comportement.

— À quelle heure avez-vous quitté le garage hier ? demanda Claire.

— Dix-huit heures trente.

— Étienne Vignal était-il encore présent ?

— Oui.

— Seul ?

Thomas hésita.

Une fraction de seconde.

Mais Adrian la remarqua.

— Je crois.

Renaud releva la tête.

— Vous croyez ?

— Oui. Enfin… Laurent devait passer.

— Laurent Mercier ?

— Oui.

— Pourquoi ?

Thomas regarda son gobelet.

— Ils avaient des problèmes.

— Quels problèmes ?

— D’argent.

Adrian nota le mot.

Argent.

Le même thème revenait.

— Expliquez, demanda Renaud.

— Le garage avait des difficultés. Certains fournisseurs n’étaient pas payés à temps. Étienne accusait Laurent de retirer de l’argent de la société.

— Vous avez entendu ces accusations personnellement ?

— Oui.

— Quand ?

— Vendredi dernier.

Adrian releva les yeux.

La chaise du bureau avait parlé d’un homme venant se plaindre tous les vendredis.

Une coïncidence possible.

Mais une piste cohérente.

— Et hier ? demanda le commandant.

— Hier, Étienne m’a demandé de partir plus tôt.

— Pourquoi ?

— Il voulait discuter avec Laurent.

— Vous les avez vus ensemble ?

— Non.

Adrian observa la réaction du témoin.

Thomas ne cessait de regarder vers la porte.

Il paraissait impatient de partir.

Mais la peur pouvait expliquer cela.

— Monsieur Perrin, intervint Adrian après un regard d’autorisation du commandant.

Thomas tourna la tête.

— Oui ?

— Lorsque vous êtes arrivé, avez-vous remarqué une odeur inhabituelle ?

Thomas fronça les sourcils.

— Une odeur ?

— Nettoyant, solvant, détergent. Quelque chose de différent de l’odeur habituelle du garage.

Le mécanicien réfléchit.

— Maintenant que vous le dites…

Renaud ne bougea pas.

— Oui ?

— Ça sentait la javel, je crois.

Adrian hocha lentement la tête.

— Vous utilisez régulièrement ce produit ?

— Non. Enfin, pas pour le sol de l’atelier. On utilise un dégraissant industriel.

Renaud échangea un regard avec Claire.

— Qui a accès aux produits de nettoyage ?

— Tout le personnel.

— Et au bâtiment en dehors des heures de travail ?

— Étienne, Laurent, moi et deux autres mécaniciens. Avec les badges.

Adrian demanda :

— Peut-on entrer sans badge ?

— Par la grande porte, non. Mais il y a une porte de service.

— Elle est verrouillée ?

Thomas hésita.

— Normalement, oui.

— Normalement ?

— La serrure déconne depuis plusieurs semaines.

Renaud se redressa.

— Pourquoi cela n’a-t-il pas été signalé ?

— Ça l’a été !

Thomas sembla sincèrement offensé.

— Je l’ai dit à Étienne trois fois !

Adrian nota l’information.

Une porte défectueuse.

Un accès secondaire.

Un atelier nettoyé.

Et un associé absent.

L’enquête commençait à prendre forme.

Mais il manquait encore beaucoup de choses.

La porte de service

À dix heures vingt, Adrian demanda à examiner la sortie arrière.

Un technicien l’accompagna.

Renaud les rejoignit quelques minutes plus tard.

La porte métallique donnait sur une petite cour contenant plusieurs bennes et un local de stockage.

Une caméra extérieure surveillait théoriquement l’accès.

Adrian observa la serrure sans y toucher.

— Tu vois ! lança immédiatement la porte. Je l’avais dit !

Il fixa le battant.

— Personne ne m’écoute jamais !

Encore une bavarde.

— Je ferme mal depuis trois semaines !

Adrian se pencha légèrement.

Le mécanisme semblait effectivement présenter du jeu.

— Cette serrure doit être examinée, indiqua-t-il.

Le technicien hocha la tête.

— On va documenter son état.

— Et vérifier les traces d’effraction ou de manipulation.

— Bien sûr.

La porte poursuivit :

— Et hier soir, on m’a ouverte deux fois !

Adrian s’immobilisa.

Deux fois.

— UNE FOIS EN DOUCE ! reprit-elle. ET UNE FOIS TRÈS BRUTALEMENT !

Il jeta un regard vers Renaud.

Le commandant discutait avec Claire au téléphone.

Adrian pouvait peut-être obtenir un détail supplémentaire.

Il se rapprocha, examinant la tranche de la porte.

— À quelle heure ? murmura-t-il.

— J’AI PAS DE MONTRE !

— Moins fort.

— JE PARLE COMME JE VEUX !

Adrian inspira.

— Tu as entendu des voix ?

— Des hommes.

— Combien ?

— Une voix au premier passage. Deux au second.

Adrian sentit un frisson remonter le long de sa nuque.

Deux passages.

Un premier homme.

Puis deux voix.

Cela concordait avec l’hypothèse d’une arrivée successive.

Mais ce n’était toujours qu’une information à vérifier.

— Monsieur Vale ?

Il se redressa immédiatement.

Renaud l’observait.

— Vous trouvez quelque chose ?

— La serrure est usée. Je voudrais savoir si les marques correspondent à une utilisation récente ou à une dégradation plus ancienne.

Le commandant examina l’ensemble.

— Et ?

— Et il faudrait exploiter cette caméra.

Renaud leva les yeux vers l’appareil.

— Elle est hors service.

Adrian se retourna.

— Depuis quand ?

— Selon le mécanicien, cinq jours.

La caméra protesta :

— C’EST FAUX !

Adrian resta parfaitement immobile.

— Je fonctionne très bien, moi !

Il leva lentement la tête.

Pardon ?

— Ils ont juste coupé mon alimentation réseau !

Adrian sentit son intérêt grandir.

La caméra n’était peut-être pas réellement défectueuse.

Mais encore fallait-il le démontrer.

— Commandant, dit-il calmement.

— Oui ?

— Une caméra peut être fonctionnelle sans transmettre d’images au système central.

Renaud hocha la tête.

— Je sais.

— Il serait utile que le technicien vérifie la coupure exacte, les connexions et l’existence éventuelle d’un stockage local.

Le commandant se tourna vers l’un des spécialistes.

— Vous avez entendu.

— Oui, commandant.

Adrian regarda une dernière fois la caméra.

— J’AI TOUT VU ! annonça-t-elle fièrement.

Pour la première fois de la matinée, il aurait donné beaucoup pour pouvoir lui poser directement des questions.

Mais il devait attendre.

Toujours attendre.

Et surtout ne rien révéler.

Une piste concrète

À onze heures quinze, les premiers résultats des constatations de terrain commencèrent à arriver.

Le laboratoire avait confirmé qu’un prélèvement effectué sur la zone nettoyée donnait une réaction présomptive compatible avec la présence de sang.

Des analyses complémentaires seraient nécessaires.

Mais cette découverte renforçait l’hypothèse d’un déplacement.

Renaud rejoignit Adrian près du bureau.

— Vous aviez raison concernant la zone.

Adrian referma son carnet.

— Nous avons une piste intéressante. Attendons les confirmations.

— Vous êtes toujours aussi prudent ?

— Quand une erreur peut envoyer un innocent en prison ? Oui.

Renaud le regarda différemment.

Avec une forme de respect.

— Le médecin légiste confirme également que les marques au cou sont compatibles avec une compression importante, poursuivit-il. Il ne se prononcera pas sur la cause définitive avant l’autopsie.

Adrian acquiesça.

— Nous aurons besoin de comparer les lésions avec les outils et les surfaces présents dans l’atelier.

— C’est prévu.

Le commandant consulta son téléphone.

Son expression se durcit.

— Laurent Mercier est toujours introuvable.

— Son domicile ?

— Vide.

— Sa voiture ?

— Pas devant chez lui.

— Téléphone ?

— Ne répond pas.

Adrian réfléchit.

Puis demanda :

— Avez-vous vérifié s’il était encore vivant ?

Renaud releva brutalement les yeux.

— Quoi ?

— Nous savons qu’il avait un différend financier avec la victime. Nous ne savons pas s’il est l’auteur, le témoin ou une seconde victime.

Le silence s’installa.

Claire, qui venait d’approcher, s’arrêta.

Renaud fixa Adrian.

Puis il sortit immédiatement son téléphone.

— Moreau, lancez une recherche urgente sur Mercier. Vérifiez les admissions hospitalières, les dernières observations de son véhicule et ses proches. Je veux qu’on détermine sa dernière localisation connue.

— Compris.

Adrian regarda le garage.

Deux hommes avaient peut-être participé à la scène.

Mais cela ne voulait pas dire que Laurent était l’un d’eux.

C’était précisément ce qui rendait une enquête dangereuse.

On pouvait facilement tomber amoureux d’une hypothèse.

Et finir par ne plus voir les faits qui la contredisaient.

12 h 03 — Une découverte inattendue

Le technicien chargé de la vidéosurveillance apparut dans l’embrasure du bureau.

— Commandant ?

Renaud leva la tête.

— Quoi ?

— On a quelque chose.

Adrian posa immédiatement son stylo.

— La caméra arrière ?

— Oui.

Le technicien entra avec une tablette.

— Elle n’était pas hors service. L’enregistreur principal ne recevait plus son flux, mais une unité locale conservait certaines séquences.

Renaud se redressa.

— Vous avez récupéré les images ?

— Une partie. Il faudra expertiser le système complet, mais regardez.

Il posa la tablette sur le bureau.

Une vidéo apparut.

La cour arrière.

La porte métallique.

L’horodatage indiquait vingt et une heures quatorze, la veille.

Un homme entra dans le champ.

Blouson sombre.

Casquette.

Visage partiellement dissimulé.

Il s’approcha de la porte.

Manipula quelque chose au niveau de la serrure.

Puis entra.

Adrian retint son souffle.

La vidéo continua.

Vingt et une heures trente-sept.

Un second homme apparut.

Plus grand.

Plus large.

Il portait une veste claire.

Il s’arrêta devant la porte.

Puis sembla écouter.

Quelques secondes plus tard, il entra à son tour.

Renaud posa les deux mains sur le bureau.

— Deux individus.

— Au moins deux passages distincts, précisa Adrian.

Le technicien accéléra légèrement la lecture.

Vingt-deux heures six.

La porte s’ouvrit brutalement.

Les deux hommes ressortirent.

Le plus grand semblait porter quelque chose dans sa main droite.

Un sac.

Ou un objet enveloppé.

Impossible à distinguer précisément.

Ils disparurent derrière les bennes.

Renaud se tourna vers le technicien.

— Je veux les séquences originales préservées, une copie de travail, la chaîne de conservation et l’analyse des images disponibles. Cherchez aussi les caméras des bâtiments voisins.

— Bien, commandant.

Adrian observait encore l’écran.

Quelque chose le dérangeait.

Le premier homme semblait entrer sans difficulté après avoir manipulé la serrure.

Le second attendait.

Et leur sortie paraissait précipitée.

Étienne Vignal avait-il reçu la visite d’une personne qu’il connaissait ?

Le second individu était-il venu l’aider ?

Ou les deux hommes avaient-ils agi ensemble ?

Pour le moment, impossible de trancher.

Renaud coupa ses réflexions.

— Vale.

— Oui ?

— Vous aviez raison de ne pas écarter plusieurs personnes.

Adrian inclina légèrement la tête.

— Il reste à identifier ces individus et à établir leur rôle.

Renaud lui tendit une photographie tirée de la vidéo.

— Vous remarquez quelque chose ?

Adrian l’étudia.

Le second homme avait une particularité.

Sa démarche.

Sa jambe droite semblait légèrement plus raide.

— Une asymétrie dans la marche, répondit-il.

Renaud observa l’image.

— Vous pensez à une blessure ?

— Peut-être. Ou à une habitude, un problème articulaire, une chaussure particulière. Il nous faudrait davantage de séquences avant de conclure.

— Très bien.

Adrian rendit la photographie.

Et remarqua que Renaud le regardait encore.

— Quoi ?

— Rien.

— Vous avez l’air contrarié.

— Je réfléchis.

Adrian sourit.

— Ça vous arrive ?

Claire étouffa un rire.

Renaud tourna lentement la tête vers elle.

— Lieutenant.

— Oui, commandant ?

— Vous trouvez quelque chose d’amusant ?

— Absolument pas.

Adrian baissa les yeux vers son carnet.

Pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, cette matinée commençait presque à lui plaire.

13 h 21 — Le dernier indice

L’enquête se poursuivait.

Le corps d’Étienne Vignal avait été transféré vers l’institut médico-légal.

Les premiers scellés quittaient progressivement le garage.

Les techniciens terminaient leurs recherches.

Adrian était retourné près du troisième pont.

Il voulait revoir une dernière fois les lieux.

Un détail continuait de le préoccuper.

Si la victime avait été frappée là, pourquoi la scène avait-elle été déplacée près de la servante ?

Une mise en scène ?

Une tentative de faire croire à un accident ?

Mais alors, pourquoi laisser des marques de strangulation visibles ?

Un agresseur paniqué ?

Ou une intervention interrompue ?

— Hé.

Adrian s’arrêta.

La voix provenait d’une vieille clé à molette abandonnée derrière une caisse.

— Hé, le type qui écoute.

Le jeune homme regarda autour de lui.

Un technicien photographiait des étagères plus loin.

Renaud se trouvait à l’extérieur.

Adrian s’accroupit.

— Quoi ?

— Tu cherches pas au bon endroit.

Il fixa la clé.

— Explique.

— Le patron s’est disputé ici.

— Avec qui ?

— Je ne connais pas les noms, moi.

— Tu as entendu quelque chose ?

— Oui.

Adrian patienta.

— De l’argent. Des factures. Et une phrase.

— Laquelle ?

La clé hésita.

Puis sa voix devint plus grave.

— « Tu crois vraiment que je vais porter le chapeau tout seul ? »

Adrian sentit son estomac se contracter.

— Qui a dit ça ?

— Le patron.

Étienne Vignal.

Donc la victime accusait quelqu’un de vouloir lui faire porter la responsabilité d’une affaire.

Pas nécessairement un simple détournement.

Peut-être quelque chose de plus important.

— Et l’autre homme ?

— Il a répondu.

— Quoi ?

— « Alors tu tomberas avec les autres. »

Adrian ne bougea plus.

Les autres.

Pas simplement un associé.

Pas simplement un conflit entre deux hommes.

Une affaire impliquant peut-être plusieurs personnes.

— Tu as entendu un nom ?

— Non.

— Rien d’autre ?

— Si.

Il attendit.

— Le patron a dit qu’il avait gardé les copies.

Adrian fronça les sourcils.

— Quelles copies ?

— Je sais pas. Je suis une clé à molette, pas son comptable.

Il soupira silencieusement.

— Où sont-elles ?

— Il a parlé d’un endroit où personne ne chercherait.

Adrian sentit son intérêt redoubler.

— Quel endroit ?

— J’EN SAIS RIEN !

Il ferma les yeux.

Évidemment.

Toujours la même chose.

Une information capitale.

Et aucune précision.

— Merci quand même.

— De rien. Et dis à quelqu’un de me nettoyer, je suis couverte de graisse.

Adrian se releva.

Il observa les alentours.

Des copies.

Un endroit où personne ne chercherait.

Le bureau avait-il été fouillé ?

Pas visiblement.

Le coffre était fermé.

Les classeurs n’étaient pas particulièrement désordonnés.

Peut-être que les documents n’étaient pas dans le bureau.

Peut-être qu’ils se trouvaient dans le garage lui-même.

Il leva les yeux vers les étagères.

Les armoires.

Les véhicules.

Puis son regard s’arrêta sur une vieille caisse métallique placée derrière un établi.

Une caisse à outils.

Rouge.

Usée.

Fermée par un petit cadenas.

Elle paraissait ordinaire.

Et pourtant…

— Enfin !

Adrian se figea.

La voix venait de la caisse.

— Enfin quelqu’un qui me regarde !

Il s’approcha.

— Tu as quelque chose à raconter ? murmura-t-il.

— Ah ça, oui !

— Quoi ?

— Le patron m’a confié quelque chose hier.

Adrian sentit immédiatement son pouls accélérer.

— Quoi ?

La caisse prit un ton particulièrement satisfait.

— Des papiers.

Il regarda le cadenas.

— Quels papiers ?

— Aucune idée. J’ai pas d’yeux à l’intérieur.

Il résista à l’envie de lever les siens au ciel.

— Ils sont toujours là ?

— Bien sûr !

Adrian observa le cadenas.

Puis se retourna.

— Commandant !

Renaud, qui venait de rentrer dans le garage, leva la tête.

— Quoi encore, Vale ?

Adrian désigna la caisse.

— Est-ce que cet objet a été inventorié ?

Renaud s’approcha.

— Pas encore, pourquoi ?

— Il est fermé, alors que la majorité des autres caisses à outils sont ouvertes ou accessibles. Il faudrait demander aux employés à qui il appartient et vérifier son contenu dans le cadre des recherches autorisées.

Renaud étudia la caisse.

— Vous pensez qu’il pourrait y avoir des documents ?

— Je pense qu’un atelier peut servir à conserver bien autre chose que des outils.

Le commandant réfléchit.

Puis fit signe à un technicien.

— Photographiez-la, relevez son emplacement et prenez-la en charge conformément à la procédure. Nous vérifierons son ouverture avec le parquet.

La caisse protesta aussitôt :

— EH ! DOUCEMENT ! JE SUIS PAS UNE VALISE !

Adrian mordit l’intérieur de sa joue.

Un sourire menaçait de lui échapper.

Renaud le vit.

Encore.

— Vous trouvez cette caisse amusante ?

Adrian regarda l’imposant commandant.

Puis l’objet rouge qui continuait de se plaindre.

— Vous n’avez pas idée.

15 h 08 — La première vérité

L’ouverture du coffre à outils, autorisée dans le cadre des opérations de recherche, apporta une surprise.

Sous un compartiment amovible, les enquêteurs découvrirent une enveloppe épaisse.

À l’intérieur :

Des copies de factures.

Des documents comptables.

Plusieurs bordereaux de paiement.

Et des relevés faisant apparaître des transactions inhabituelles entre le garage Vignal et trois sociétés.

Le montant total dépassait plusieurs centaines de milliers d’euros.

Renaud examina les premières pages avec Claire.

— Il faudra une analyse financière complète, déclara-t-il.

Adrian observait les documents depuis l’autre côté de la table.

— Ces opérations pourraient expliquer les tensions entre Vignal et son associé.

— Ou révéler autre chose, répondit Renaud.

— Exactement.

Le commandant tourna une page.

Puis s’arrêta.

— Attendez.

Claire se pencha.

— Quoi ?

Renaud désigna une ligne.

Un même nom revenait dans plusieurs documents.

Mercier Laurent.

L’associé disparu.

Mais juste en dessous figurait une autre signature.

Une personne qu’aucun témoin n’avait encore mentionnée.

Victor Salerne.

Adrian nota le nom.

Renaud regarda Claire.

— Faites-moi identifier cet homme.

— Tout de suite.

Le téléphone du commandant sonna.

Il décrocha.

— Blackwood.

Son expression se modifia.

Son regard devint beaucoup plus dur.

— Où ?

Il écouta.

Puis demanda :

— Il est vivant ?

Adrian releva immédiatement la tête.

Un silence.

Renaud raccrocha.

Claire se redressa.

— Commandant ?

Le président des Black Ravens passa une main sur sa barbe.

— On vient de retrouver la voiture de Laurent Mercier.

— Où ?

— Sur une route forestière, à vingt kilomètres de la ville.

Adrian attendit.

— Et Mercier ?

Renaud planta ses yeux sombres dans les siens.

— Il était à l’intérieur.

Un silence pesant s’installa.

— Mort ? demanda Claire.

Renaud secoua la tête.

— Vivant. Mais grièvement blessé.

Adrian sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale.

— Quel genre de blessures ?

— Traumatisme crânien. Traces de ligatures aux poignets. Il était inconscient à l’arrivée des secours.

Le silence revint.

Deux hommes repérés par la caméra.

Un garagiste assassiné.

Un associé retrouvé grièvement blessé.

Des transactions suspectes.

Et un nom inconnu apparaissant dans plusieurs documents.

La première enquête d’Adrian auprès de la brigade criminelle prenait une dimension bien différente.

Renaud attrapa sa veste.

— Moreau, vous restez ici et coordonnez les dernières opérations. Je vais à l’hôpital dès que nous avons confirmation que Mercier peut être approché.

Puis il se tourna vers Adrian.

— Vale.

— Oui ?

— Vous venez avec moi.

Adrian cligna des yeux.

— Pardon ?

— Vous avez soulevé la possibilité que Mercier soit une autre victime. J’aimerais avoir votre avis sur son comportement lorsqu’il sera médicalement apte à être entendu.

Le jeune profiler croisa les bras.

— Vous me demandez officiellement de poursuivre ma mission ?

— Oui.

— Vous savez que je facture mes heures ?

Renaud le fixa.

Puis un sourire lent apparut sur son visage.

— Envoyez la facture au service compétent.

Adrian acquiesça.

— Alors nous sommes d’accord.

Il ramassa son carnet.

Mais, au moment de quitter le garage, une dernière voix retentit.

Celle de la vieille radio.

— HÉ, LE PETIT !

Adrian s’immobilisa une fraction de seconde.

— T’AS OUBLIÉ QUELQUE CHOSE !

Il continua de marcher.

— LE GRAND TYPE AUX CHAUSSURES NOIRES !

Son cœur accéléra.

— JE L’AI ENTENDU PARLER AVANT QU’IL PARTE !

Adrian ralentit.

Renaud était déjà dehors.

Il pouvait encore écouter quelques secondes.

— Qu’est-ce qu’il a dit ? murmura-t-il.

La radio répondit d’une voix soudainement beaucoup plus sérieuse :

— « Si Mercier parle, on s’occupera aussi de sa famille. »

Adrian sentit son sang se glacer.

La famille.

Personne n’avait encore parlé de la famille de Laurent Mercier.

Et si l’homme était encore vivant…

Il pouvait exister d’autres personnes en danger.

Adrian sortit précipitamment du garage.

Renaud se retourna.

— Qu’est-ce qui vous arrive ?

Le jeune profiler s’arrêta devant lui.

Il ne pouvait pas expliquer la radio.

Il ne pouvait pas dire qu’un appareil électronique venait de lui transmettre une menace.

Alors il posa la seule question qu’il pouvait justifier.

— Commandant, est-ce que quelqu’un a déjà contacté les proches de Laurent Mercier ?

Renaud fronça les sourcils.

— Pas encore. Pourquoi ?

Adrian soutint son regard.

— Parce que si cet homme est impliqué dans une affaire financière et qu’il a été agressé, sa famille pourrait elle aussi être vulnérable. Il faut vérifier leur situation.

Renaud ne discuta pas.

Il sortit immédiatement son téléphone.

— Moreau ? Nouvelle priorité. Localisez les proches de Mercier et organisez une vérification de leur sécurité, sans attendre son audition.

Il écouta la réponse.

Puis raccrocha.

Adrian regarda une dernière fois le garage.

Derrière les portes métalliques, les objets continuaient de parler.

La radio se plaignait.

Le boulon réclamait toujours qu’on le ramasse.

La caisse à outils protestait contre son déplacement.

Et la porte arrière racontait sa mauvaise journée à une poubelle qui semblait n’en avoir strictement rien à faire.

Adrian soupira.

Une journée ordinaire.

Ou presque.

— Vale ?

Il tourna la tête.

Renaud se tenait près d’un imposant SUV noir.

— Vous montez ?

Adrian observa le véhicule.

Puis le commandant.

— Il est à vous ?

— Oui.

Le jeune homme s’approcha.

Et immédiatement, une voix grave retentit depuis le SUV.

— Ah non.

Adrian s’immobilisa.

— Encore un passager ?

Il fixa le véhicule.

— Le dernier m’a renversé du café sur le siège. J’espère que celui-ci est mieux élevé.

Adrian ferma brièvement les yeux.

Non.

Pas une voiture bavarde.

Pas maintenant.

— Vous avez un problème ? demanda Renaud.

Adrian ouvrit la portière.

— Aucun.

Il s’installa.

Le SUV reprit aussitôt :

— Oh. Celui-là sent bon. Je l’aime bien.

Adrian attacha sa ceinture.

Renaud prit place au volant.

— Prêt ?

— Oui.

Le moteur démarra.

— Et en plus, il attache sa ceinture ! poursuivit le véhicule. Président, gardez celui-là !

Adrian tourna lentement la tête vers la fenêtre.

Il allait devoir passer le trajet entier dans cette voiture.

Avec son propriétaire autoritaire.

Et un SUV qui semblait déjà avoir décidé de l’adopter.

Formidable.

Pendant ce temps, quelque part à Blackwood, un homme inconnu possédait peut-être déjà les noms des prochaines personnes à faire disparaître.

Et Adrian venait seulement d’ouvrir le premier dossier.

Fin du chapitre 1 — Le mort de l’atelier