Chapter 1
Ceci n’est pas une poésie, ni même une pensée bien rangée.
Juste une façon de poser des mots là où il n’y en avait pas.
On dit souvent qu’il faut savoir nommer les choses pour les comprendre.
Mais comment nommer une journée qui n’est ni bleue ni grise,
ni ensoleillée ni nuageuse ?
Une journée suspendue, comme si le ciel lui-même hésitait.
Peut-être que la beauté de l’automne, c’est justement cette hésitation :
ne pas savoir s’il faut pleurer ou sourire,
brûler ou s’éteindre.
Moi, je ne suis ni triste ni joyeuse.
Juste un peu perdue, comme si j’avais arpenté un labyrinthe coriace
sans m’en souvenir.
Un peu brumeuse, comme ces jours de pluie où l’on s’allonge sous un plaid
et qu’on laisse le regard dériver —
vers la fenêtre, vers les voisins :
les timides, les boudeurs de l’averse,
et ceux dont la joie suinte par tous les pores.
Quelle manière étrange — presque glauque —
de se sentir en vie,
et pourtant si éloignée
de tout ce qu’on rêverait de ressentir.
Comme je le disais plus haut,
Il n’y a pas grand-chose à dire entre les lignes.
Je n’avais pas écrit depuis presque trois ans,
ni même lu un livre.
C’est fou comme une passion peut perdre tout son sens
après un traumatisme.
Écrire, c’était comme respirer.
Il n’y avait pas un jour sans que je gribouille quelque chose —
un vers maladroit, une phrase qui me hantait,
un texte un peu fou, une romance mal amorcée.
Les idées ne mouraient jamais ;
Elles chauffaient le toit de ma tête, prêtes à s’échapper.
Et puis un jour, plus rien.
Comme si le monde avait cessé de tourner,
ou qu’il avait dérapé à une autre vitesse.
La plume s’est tue,
et tout ce qu’elle représentait est devenu cette journée
ni nuageuse, ni ensoleillée —
un entre-deux sans couleur ni saveur,
ni manque, ni présence,
quelque chose qu’on connaît
sans jamais pouvoir l’appeler ami.








