Le pouvoir du nom
La lune n’était pas encore pleine, mais Elara la sentait déjà dans sa chair. Elle n’avait plus accès à sa magie de la Lune, mais elle en subissait les pires effets.
Une pulsation sourde, obscène, naissait au creux de son ventre et irradiait dans tout son corps. Chaque battement la faisait basculer un peu plus. Elara referma la lourde porte intérieure bardée de fer et s’adossa au battant, le souffle court. Comme chaque nuit avant la pleine lune, elle utilisa une craie cérémonielle et murmura les mots d’activation du sceau. Les runes dessinées sur la porte s’illuminèrent d’un bleu spectral avant de s’éteindre. Elle était obligée d’écrire une formule pour créer un couvercle d’air contre la porte. Elle n’était pas assez expérimentée en magie de l’Air pour maintenir le sort à distance.
L’atelier était dans une tour trapue, oubliée de tous, au cœur de la Forêt d’Argent, à moitié avalée par le lierre et les ronces enchantées. Son cœur cognait si fort qu’elle le sentait pulser jusqu’au creux de ses reins, un rythme lent et insistant qui la faisait serrer les cuisses par réflexe.
Elle détestait cette phase : l’anticipation d’une nuit de tourments. Savoir que dans trois nuits, la lune serait ronde et rougeoyante, et qu’elle forcerait son corps à devenir une offrande lascive. Ce serait bien pire encore si quelqu’un prononçait le nom maudit : Aelithara.
Rien que d’y penser, un spasme la traversa. Son sexe se contracta violemment, dans l’attente d’un soulagement qu’elle lui refusait. Elle sentit l’humidité chaude et honteuse tremper son sous-vêtement de lin grossier, puis couler plus bas, le long de ses cuisses. Ses seins gonflèrent, lourds, douloureux de désir inassouvi. Elle pressa une main contre son ventre, pour contenir le feu, mais ça ne fit qu’empirer les choses et un gémissement étouffé lui échappa. Elle se força à bouger, traversant la pièce principale, éclairée par une unique sphère de lumière froide.
Elara s’efforça de penser à autre chose en rangeant l’atelier. Les herbes à trier. Les fioles à sceller. Le grimoire à refermer. Mais une vision s’imposa à son esprit, la frappant comme un coup de poignard.
Une ombre avance dans la forêt. Grande, épaules larges, une cape noire élimée. Un capuchon cache son visage. Une dague d’un blanc d’ossuaire à la main. Il lève la tête. Directement vers elle.
Elle recula brutalement, heurta la table, renversa un flacon d’huile de belladone. La vision s’effaça, ne laissant qu’un goût aigre et des sueurs froides.
Mais aussi… une nouvelle vague de désir.
Ses cuisses tremblaient. Son sexe palpitait. Chaque pas qu’elle faisait frottait le tissu trempé contre son bourgeon sensible, envoyant des décharges de plaisir dans tout son être.
Elle courut à l’étage, écarta le rideau de toile déchirée, et regarda par la fenêtre. Rien. La forêt était immobile. Elle avait encore un peu de temps. Peut-être. Elle attrapa son manteau et glissa son couteau sacré dans sa manche. Elle dévala les escaliers et ouvrit la trappe du souterrain pour se cacher.
Au moment où son pied touchait la première marche, un craquement résonna dehors. Le bois ferré de la porte extérieure céda. La pression de l’air changea dans la tour. Elara se figea. Puis une voix grave et calme résonna.
— Aelithara !
Le mot la transperça. Ses genoux cédèrent instantanément. Elle tomba à quatre pattes sur le dallage froid. Son corps entier se cambra dans l’espoir d’un orgasme. Un cri rauque jaillit de sa gorge, entrecoupé d’un halètement désespéré. Entre ses cuisses, une contraction violente expulsa un flot brûlant, jusqu’à former une petite flaque sous elle.
Ses tétons étaient si durs qu’ils la faisaient souffrir en frottant contre le tissu rêche de sa robe. Son sexe pulsait, béant, suppliant le moindre contact. Elle serra les cuisses, mais le mouvement ne fit qu’aggraver les sensations : un nouvel orgasme la traversa, la faisant convulser, les ongles plantés dans le sol, ses hanches se soulevant involontairement comme pour chevaucher un amant fantôme. Des larmes de honte et de frustration mêlées roulèrent sur ses joues.
Non.
Le sceau de la seconde porte scintilla faiblement ; le sort résistait, mais plus pour longtemps. De l’autre côté, l’homme posa une main gantée contre le battant.
— Ouvre, sorcière, dit-il, presque doucement. Ou je prononce ton nom encore une fois…
Elara ferma les yeux, le corps toujours secoué de plaisir qui la dégoûtait, le souffle haché, l’entrejambe palpitant. La pleine lune n’était pas encore là. Mais quelque chose de plus menaçant venait d’arriver.
Avant même qu’elle ne décide de prononcer le mot d’ouverture, le sceau de la porte clignota une dernière fois, puis s’éteignit dans un sursaut de lumière mourante. Le battant s’ouvrit d’un coup sec, poussé par une main invisible, et l’homme entra.
Il glissa dans la pièce comme une ombre liquide. Plus grand qu’elle ne l’avait imaginé dans sa vision, plus imposant. Elle le voyait enfin en entier. Son visage dur était marqué par le temps et ses iris étaient d’un gris métallique, tranchants comme des épées. Il émanait de lui une magie puissante qu’elle avait du mal à appréhender. Il referma la porte d’un geste du poignet. Le loquet se verrouilla derrière lui avec un claquement bref, comme si le fer s’empressait de reconnaître son autorité.
Elara était toujours à genoux, le corps encore secoué par les affres du plaisir. Sa robe collait à sa peau trempée de sueur et de son jus. Entre ses cuisses, la sensation persistait : une palpitation autour du vide, qui la faisait trembler malgré elle. Elle tenta de se relever, mais ses jambes refusèrent. La malédiction n’était pas pleinement active, la lune n’étant pas ronde, mais le simple fait qu’il ait prononcé son vrai nom avait suffi à fissurer ses défenses.
Le sorcier s’avança lentement, sans hâte. Sans bruit. Il s’arrêta à une toise d’elle, juste assez près pour qu’elle sente sa présence sans qu’il la touche.
— Debout, ordonna-t-il.
Sa voix était basse, presque douce, mais il y avait une lame dessous. Elara serra les dents et se força à se redresser. Ses cuisses glissèrent l’une contre l’autre, stimulant davantage son sexe affamé. Un nouveau spasme la traversa, et elle étouffa un gémissement en mordant sa lèvre jusqu’au sang. Il la détailla de haut en bas. Pas avec convoitise. Mais avec une haine froide.
— Tu sais pourquoi je suis là.
Ce n’était pas une question.
Elara releva le menton, même si ses genoux tremblaient toujours.
— Parce que tu crois pouvoir prendre le plaisir que la lune te donne.
Un muscle tressaillit sur la mâchoire de Kael.
— Non. Je ne veux pas de ton corps avide. Je me nomme Kael. Je viens pour ce que tu m’as volé il y a sept ans.
Elle le regarda sans comprendre. Elle se tenait à l’écart du monde depuis si longtemps. Il s’approcha plus près.
— La nuit où le feu noir a dévoré tout ce que j’avais. Ma famille réduite en cendres parce que tu as pactisé avec des forces qu’il ne fallait pas !
Elara fut frappée de stupeur et sentit une pointe de culpabilité lui tordre les entrailles. Mais elle la repoussa.
— J’ai saboté un rituel pour empêcher quelque chose de pire.
Il explosa d’un rire sans joie.
— Pire que la mort des miens et ma déchéance ?
Il fit un pas de plus. L’air entre eux sembla s’alourdir.
— Peu importe ce que tu penses avoir fait. Tu en portes la malédiction maintenant. Et moi, je porte la dette.