SWIPE À GAUCHE, ABRUTI !
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SWIPE À GAUCHE, ABRUTI !

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Summary

Elle le déteste au bureau. Elle craque pour lui sur une appli. Le problème ? C’est le même homme. Après avoir perdu un pari stupide, Chloé s’inscrit sur une application de rencontres. Elle y rencontre Mr. Sarcasme, un inconnu drôle, attentionné et terriblement séduisant qui fait battre son cœur à chaque notification. Ce qu’elle ignore ? Derrière ce pseudonyme se cache Nathan, son collègue arrogant qu’elle rêve d’étrangler chaque matin. Et lui ? Il n’a aucune idée que la fille qui le fait craquer est celle qui lui pourrit ses journées. Ils sont en train de tomber amoureux. Dommage qu’ils se détestent déjà.

Genre
Romance
Author
Lara Dry
Status
Complete
Chapters
22
Rating
n/a
Age Rating
13+

Chapitre 1

Chloé.

— Je préfère encore me faire arracher une dent sans anesthésie plutôt que de retourner sur une application de rencontres.

Manon éclate de rire avant de manquer de s’étouffer avec son cocktail. Installée en face de moi, dans notre bar habituel, elle repose son verre avec cette expression qui annonce généralement une idée catastrophique. Je connais ma meilleure amie depuis quinze ans et, malheureusement pour moi, son cerveau fonctionne beaucoup trop bien lorsqu’il s’agit de me mettre dans des situations embarrassantes.

— Tu dramatises, Chloé, affirme-t-elle en récupérant une cacahuète.

— Absolument pas. La dernière fois, je suis tombée sur un mec qui m’a demandé si je savais faire des lasagnes avant même de connaître mon prénom. Quand je lui ai répondu que je savais surtout commander des pizzas, il m’a bloquée.

À ma droite, Camille secoue la tête en riant. Elle est la seule personne de notre groupe à avoir rencontré son copain sur une application, ce qui lui donne apparemment le sentiment d’être une spécialiste des relations amoureuses. Personnellement, je considère qu’elle a simplement gagné à la loterie.

— Tous les hommes ne sont pas comme ça, proteste-t-elle.

— Bien sûr que non, je rétorque en levant les yeux au ciel. Il y a aussi ceux qui t’envoient leurs abdominaux avant de te demander comment tu vas. Et mon préféré, celui qui m’a expliqué pendant quarante minutes que les femmes indépendantes étaient responsables de la disparition des vraies valeurs.

— Tu lui as répondu quoi ? demande Manon, visiblement ravie.

— Que les vraies valeurs avaient probablement pris la fuite en découvrant sa personnalité.

Camille manque de recracher sa boisson tandis que Manon applaudit. Je profite de leur hilarité pour récupérer une poignée de cacahuètes. Nous sommes vendredi soir et j’avais prévu une soirée tranquille avec mes deux meilleures amies, quelques cocktails et un retour chez moi avant minuit. Un programme parfaitement adapté à une femme de vingt-six ans dont la principale ambition du week-end consiste à ne croiser aucun être humain avant lundi matin.

— Je pense surtout que tu as peur, annonce Manon.

— Pardon ? je demande en reposant mon verre.

— Tu as peur de rencontrer quelqu’un qui pourrait vraiment te plaire.

Je la fixe, attendant qu’elle éclate de rire. Malheureusement, elle soutient mon regard avec une assurance qui commence sérieusement à m’agacer. Manon possède cette capacité extraordinaire à transformer une conversation parfaitement agréable en séance de thérapie improvisée.

— Je travaille quarante heures par semaine dans une agence de communication où je dois supporter des clients qui pensent que le bleu marine est une couleur agressive. J’ai un voisin qui joue de la batterie à deux heures du matin et une machine à laver qui menace de mourir à chaque essorage. Crois-moi, ma vie contient suffisamment de problèmes.

— Tu trouves toujours une excuse, réplique-t-elle en haussant les épaules.

— Ce ne sont pas des excuses. C’est un inventaire de mes souffrances, et je peux te préparer un PowerPoint si nécessaire.

Camille pose son coude sur la table, manifestement décidée à participer à mon interrogatoire sentimental. Je commence à regretter de ne pas être restée chez moi devant une série policière. Les personnages y meurent régulièrement, mais au moins, personne ne leur demande pourquoi ils sont célibataires.

— Pourtant, tu aimerais bien être en couple.

— Évidemment, je reconnais en soupirant. Je voudrais un homme drôle, attentionné, intelligent, capable de communiquer autrement qu’avec des émojis et qui ne considère pas que vider le lave-vaisselle mérite une médaille.

— Donc un homme normal, résume Camille.

— Vu mes expériences précédentes, je commence à penser qu’il s’agit d’une espèce protégée.

Manon échange un regard avec Camille avant de se redresser. Je connais beaucoup trop bien cette expression pour ne pas comprendre qu’une catastrophe se prépare. C’est exactement le même sourire qu’elle affichait avant de me convaincre de chanter devant cinquante personnes lors d’un karaoké.

— J’ai une idée, déclare-t-elle.

— Non, je réponds immédiatement en secouant la tête.

— Tu ne sais même pas ce que je vais proposer.

— Justement, je préfère prendre mes précautions.

Elle m’ignore et récupère son téléphone. Ses doigts parcourent l’écran tandis qu’un sourire inquiétant étire ses lèvres. Camille se penche pour regarder ce qu’elle fabrique et, à son expression, je comprends que je viens de perdre ma dernière alliée.

— On va faire un pari.

— Seigneur, donne-moi la force de ne pas commettre un meurtre ce soir, je marmonne.

— Pendant un mois, tu t’inscris sur une application de rencontres et tu joues le jeu.

— Définis « jouer le jeu », je demande avec méfiance.

— Tu crées un vrai profil, tu discutes avec des hommes et tu acceptes au moins un rendez-vous.

Je la regarde comme si elle venait de me proposer de traverser l’autoroute les yeux bandés. Camille observe notre échange avec un enthousiasme beaucoup trop prononcé pour une personne qui prétend m’aimer.

— Absolument hors de question.

— Très bien, répond Manon en haussant les épaules. J’avais oublié que tu étais devenue une petite joueuse.

Je repose lentement mon verre. Cette femme connaît mes faiblesses, mes habitudes et surtout mon incapacité pathologique à refuser un défi lorsqu’on remet mon courage en question. Elle sait exactement comment me provoquer et, malgré mes vingt-six années d’existence, je tombe encore dans ses pièges.

— Fais attention à ce que tu vas dire.

— Avant, tu relevais tous les défis. Maintenant, tu préfères rester chez toi avec ton chat, réplique-t-elle innocemment.

— Je n’ai pas de chat.

— Justement. Même les chats ne veulent pas s’engager avec toi.

Camille explose de rire. Je tourne lentement la tête vers elle pour lui adresser un regard menaçant, mais cette traîtresse continue de s’amuser à mes dépens. Nous partageons pourtant le même appartement depuis deux ans. Elle devrait savoir que je connais l’emplacement de sa réserve secrète de chocolat.

— Je te rappelle que je sais où tu habites.

— C’est aussi chez toi, répond-elle entre deux éclats de rire.

Elle marque un point, ce qui m’agace davantage. Manon croise les bras, satisfaite de son petit effet, et attend patiemment que mon orgueil fasse le reste du travail.

— Et qu’est-ce que j’y gagne ? je demande malgré moi.

— Si tu tiens un mois et que tu acceptes un rendez-vous, je t’offre un week-end dans le spa de ton choix, propose-t-elle après quelques secondes de réflexion.

Je me redresse immédiatement. Un véritable spa, avec des massages, des peignoirs moelleux et des gens payés pour me demander si je souhaite davantage de détente. Cette proposition mérite réflexion, surtout quand mon dernier moment de relaxation remonte à un bain interrompu par une fuite d’eau.

— Deux nuits ?

— Une, répond-elle en secouant la tête.

— Deux nuits et un massage.

— Tu négocies comme une vendeuse de voitures d’occasion.

— Merci, je rétorque avec un sourire satisfait. J’ai beaucoup travaillé cette compétence.

Manon finit par tendre la main au-dessus de la table. Je regarde ses doigts, puis Camille, puis mon cocktail, qui commence à me sembler étrangement responsable de cette situation. Je pourrais encore refuser, mais ma meilleure amie affiche déjà ce sourire victorieux qui me donne envie de lui prouver qu’elle se trompe.

— Marché conclu, je déclare en lui serrant la main.

— Parfait ! Maintenant, on choisit l’application.

Camille applaudit pendant que Manon pousse un cri de victoire suffisamment fort pour attirer l’attention des clients voisins. Je réalise immédiatement que je viens de commettre une erreur monumentale, mais il est trop tard pour récupérer ma dignité.

Vingt minutes plus tard, mon téléphone repose au milieu de la table et trois femmes adultes débattent sérieusement de la meilleure façon de vendre ma personnalité à de parfaits inconnus. Manon a téléchargé une application permettant d’utiliser un pseudonyme, tandis que Camille parcourt ma galerie à la recherche d’une photographie convenable. Je n’aurais jamais dû accepter ce troisième mojito.

— Cette photo est magnifique, affirme Camille.

— On dirait que je viens de découvrir un cadavre derrière le photographe, je proteste en examinant l’écran.

— Tu souris !

— C’est une grimace de souffrance.

Manon récupère mon téléphone et poursuit les recherches sans demander mon avis. Elle passe devant mes photos de vacances, celles de mon anniversaire et plusieurs captures d’écran que je préférerais ne jamais avoir à expliquer devant un tribunal.

— Celle-là ! s’exclame-t-elle en me montrant une photographie.

— Bon, d’accord, celle-là peut passer.

La photo date de nos vacances à Lisbonne. Je porte une robe verte, mes cheveux bruns tombent sur mes épaules et je souris en regardant quelque chose hors champ. Pour une fois, je ressemble à une personne fréquentable, ce qui constitue un excellent début pour une femme dont la spécialité consiste à faire fuir les hommes.

— Maintenant, la description, annonce Camille.

— Je m’en occupe, je réponds en récupérant mon téléphone.

Je tape rapidement quelques phrases avant de leur présenter le résultat : « Femme de vingt-six ans, propriétaire d’une plante à moitié morte, cherche homme capable de supporter le sarcasme, les pizzas du vendredi et les disputes concernant la température idéale d’un appartement. Les hommes qui disent “je suis différent des autres” seront priés de fournir des preuves. »

— C’est un peu agressif, commente Manon en fronçant les sourcils.

— C’est honnête. Je peux aussi ajouter que je suis adorable sous certaines conditions, non négociables.

Camille éclate de rire tandis que Manon secoue la tête. Je complète mon profil en renseignant ma profession, mes centres d’intérêt et quelques informations suffisamment ordinaires pour ne pas attirer immédiatement les services psychiatriques. Lorsque l’application me demande un pseudonyme, je réfléchis quelques secondes avant de taper deux mots qui résument parfaitement mon existence : Miss Catastrophe.

— C’est assez représentatif, remarque Camille.

— Je préfère considérer ça comme une marque déposée, je rétorque en validant mon inscription.

Une animation apparaît aussitôt sur l’écran, accompagnée d’un message beaucoup trop enthousiaste annonçant que mon aventure commence. Je considère ce choix de vocabulaire comme particulièrement inquiétant, sachant que la plupart des films d’horreur commencent également par des personnages persuadés de vivre une expérience extraordinaire.

— À ton futur petit ami ! s’exclame Manon en levant son verre.

— À mon futur massage, je corrige en trinquant avec elle.

Lorsque je rentre chez moi, il est presque une heure du matin. Camille a décidé de dormir chez son copain, ce qui me laisse l’appartement pour moi toute seule. J’abandonne mes chaussures dans l’entrée avant de rejoindre le canapé, un paquet de biscuits à la main, avec la ferme intention de ne plus prendre aucune décision importante avant d’avoir dormi huit heures.

Mon téléphone vibre presque immédiatement. Un certain Kevin souhaite faire connaissance et considère apparemment qu’une heure du matin représente le moment idéal pour commencer une conversation romantique. Son message affiche un magnifique « Salut beauté, tu fais quoi ? », auquel je réponds que je prépare une expédition en Antarctique. Lorsqu’il m’annonce que je suis bizarre, je ferme la conversation sans éprouver le moindre regret.

Un deuxième homme me demande combien je mesure. Je lui explique que je suis suffisamment grande pour atteindre les placards de ma cuisine, ce qui semble mettre définitivement fin à notre échange. Je commence à penser que mon système de sélection fonctionne merveilleusement bien.

Je poursuis mon exploration, découvrant une collection fascinante d’hommes photographiés devant leur voiture, dans une salle de sport ou avec un poisson mort entre les mains. Je m’interroge sérieusement sur cette dernière tendance lorsqu’une notification attire mon attention.

Mr. Sarcasme vient de m’envoyer un message.

Je consulte son profil avec curiosité. Aucune photographie de visage, seulement une silhouette masculine de dos face à la mer et une tasse de café près d’un livre. Sa description possède néanmoins le mérite de ne mentionner ni voiture ni performances sportives : « Je cuisine mieux que je ne danse. Je bois trop de café. Et je cherche quelqu’un qui comprendra que le sarcasme est une forme d’affection. »

Je souris malgré moi avant d’ouvrir son message. Après tout, quelques phrases correctement construites ne suffisent pas à rendre un homme intéressant. J’ai déjà été séduite par quelqu’un qui utilisait des virgules, et il vivait encore avec son ex.

« Une plante à moitié morte ? J’espère au moins que tu ne comptes pas avoir d’enfants. »

J’éclate de rire avant de récupérer mon téléphone pour répondre. Gérard est peut-être un ficus qui a connu des jours meilleurs, mais je refuse catégoriquement de reconnaître ma responsabilité dans son état actuel.

« Pour ta gouverne, Gérard est une plante très indépendante. Il traverse simplement une période difficile. »

« Gérard ? Tu as appelé ta plante Gérard ? »

« Tu juges mon enfant ? »

« Je m’inquiète surtout pour sa garde. »

Je plaque une main sur ma bouche pour étouffer un nouveau rire. Ce type est complètement idiot et, malheureusement, c’est exactement mon genre d’humour. Je me surprends même à attendre son prochain message, ce qui me paraît franchement ridicule après avoir passé ma soirée à critiquer les applications.

« Question importante avant de poursuivre cette conversation : pizza avec ou sans ananas ? »

« Sans. Je ne fréquente pas les criminels. »

« Parfait. On évite déjà un divorce compliqué. »

Je souris bêtement à mon écran avant de réaliser ce que je suis en train de faire. Je ne vais tout de même pas commencer à me comporter comme une adolescente parce qu’un inconnu vient de faire une blague sur une pizza.

« Doucement, Roméo. Tu ne connais même pas mon deuxième prénom. »

« Je préfère commencer par les questions importantes. Tu partages tes frites ? »

« Jamais. »

« Dommage. Je crois qu’on était faits l’un pour l’autre. »

Je repose mon téléphone sur la table basse avec l’intention très ferme d’aller dormir. Pourtant, lorsqu’il vibre une nouvelle fois, je le récupère sans même essayer de résister. Après tout, Manon m’a demandé de jouer le jeu pendant un mois et personne ne m’a interdit de m’amuser un peu en attendant mon week-end au spa.

Ce que j’ignore encore, c’est que l’homme qui vient de me faire rire pendant dix minutes est aussi celui qui, lundi matin, me donnera une furieuse envie de lui renverser mon café sur la tête. Pour l’instant, je suis simplement installée dans mon canapé, en pyjama, avec un sourire idiot sur les lèvres et la certitude que cette conversation ne mènera probablement nulle part.

Et compte tenu de ce qui m’attend, il vaut certainement mieux que je continue à le croire encore un peu.

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