Résister à Xavier (TERMINÉ)

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Résumé

Il était les ténèbres, d'une beauté pécheresse. Un fantasme dangereux, un orgasme ambulant avec un chapelet de cœurs brisés derrière lui comme preuve de sa nature impitoyable. Il était tout ce qui était décadent mais délicieux, tout ce contre quoi votre mère vous avait mise en garde. Elle voulait la lumière. Il la voulait, elle.

Genre :
Romance
Auteur :
Surreal Ink
Statut :
En cours
Chapitres :
20
Rating
4.6 22 avis
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

Xavier avala un autre shot de tequila. Il accueillit avec plaisir le goût brûlant et acide du breuvage.

Un autre verre à la main, il songea à la dernière incartade de son père avec l'une de ses très jeunes maîtresses. C’était une gamine snob dont il aurait pu jurer qu'elle n'avait pas un jour de plus que Melissa, sa petite sœur.


Ce qui l'énervait le plus, c'était que son père ne se cachait même pas. Il se fichait de l'embarras, de la honte et du suicide social qu'il infligeait à sa mère et à sa petite sœur, qui idolâtrait encore ce bâtard. Il se fichait aussi de salir le nom des Salvador, ce nom que Xavier avait été formé à protéger depuis ses dix ans.


En repensant à son enfance, il grimaça. Il ne savait même pas s’il pouvait appeler cette période ainsi. Il n'y avait rien d'enfantin à être privé de nourriture pendant six jours de suite parce qu'il voulait apprendre la batterie au lieu des cours de piano qu'on lui imposait.


Il n'y avait rien d'enfantin à subir des insultes verbales. Rien d'enfantin à voir son père frapper sa mère chaque fois qu'elle tentait de le défendre. À dix ans, il apprenait déjà à parler couramment treize langues pendant que les enfants de son âge apprenaient encore à manger sans semer des miettes partout.

Contrairement à son père, son grand-père Louis Salvador était un homme chaleureux et bon. Il avait bâti le conglomérat Salvador de ses propres mains. Pour Xavier, Noël, c’était quand il avait le droit d'aller passer du temps avec sa grand-mère et son « Pa ». C’était des vacances qui n'arrivaient qu'après une sérieuse confrontation entre son père et sa Nonna, le surnom affectueux qu'il donnait à sa grand-mère.


Et la plupart du temps, c'était Nonna qui finissait par avoir le dernier mot.


Sa Nonna était une Irlandaise originaire des îles que son grand-père avait séduite. C'était une histoire qu'ils avaient racontée des dizaines de fois à Xavier et sa sœur, mais elle ne vieillissait jamais.


Même si Nonna était raffinée, son tempérament insulaire n'était pas à prendre à la légère. Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds, surtout pas par son père. Elle était forte, tout le contraire de sa mère, une femme timide et effacée qui se complaisait dans son rôle de femme-trophée pour ce connard de père insensible.


Il se rappelait encore comment elle essayait de lui trouver des excuses pour toutes ses absences. Anniversaires ratés, remises de diplômes manquées... sa mère répétait toujours son refrain : « Il essaie de nous offrir une vie confortable ».

Cela le choquait encore qu'elle puisse dormir tranquille. Elle savait pourtant qu'au lieu d'être avec sa famille, il était enfoncé jusqu'aux couilles dans une traînée ou une michteuse ramassée en chemin. Elle vivait avec un homme qui la méprisait, la frappait et l'obligeait à ramasser ses pots cassés pendant qu'elle se contentait de sourire et de tout accepter.


Chez eux, c'était une bâtisse, pas un foyer. C'était grand et froid. Ça n'avait rien à voir avec la maison de Nonna et de son grand-père, où régnaient l'amour, la chaleur et les rires.


Il ferma les yeux. Son cœur se serrait encore après toutes ces années en repensant à leur mort tragique. Nonna était morte d'un cancer et son grand-père l'avait suivie quelques mois plus tard. Sa mère disait qu'ils étaient des âmes sœurs inséparables. Ils avaient un lien spirituel et l'un ne pouvait vivre sans l'autre.


Il eut un petit rire amer en pensant à son moi de quatorze ans, qui était totalement fasciné par ce fantasme. Il avait longtemps rêvé de trouver quelqu'un qui l'apaiserait et le compléterait. Treize ans plus tard, le terme « âmes sœurs » le faisait ricaner.


Mais au-delà de ce rêve, il s'était fait une promesse : faire grandir Salvador Inc. C'était un serment qui se renforçait chaque année. Aujourd'hui, en tant que PDG, il avait enfin la chance de le tenir.


Il ferma les yeux un instant. La lourde responsabilité qu'il portait sur les épaules lui revint soudain à l'esprit.


— Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour tes bananes bouillies, Nonna, murmura-t-il avec nostalgie. Il aurait voulu redevenir ce petit garçon qui croyait que son père voulait son bien. Il voulait retourner à l'époque où il l'admirait, sans savoir que cet homme n'était qu'un manipulateur égoïste. Un type incapable d'aimer qui que ce soit d'autre que lui-même, un sale coureur de jupons, un père raté et un mari exécrable.


Monsieur Dominic Salvador n'avait jamais été un saint. Il était même encore plus répugnant quand il était jeune. Xavier se rappela avec dégoût les nombreuses fois où il était tombé sur son père dans une position compromettante avec une femme. À l'époque, il avait au moins la décence d'être discret.


Son père n'était pas du genre à faire des erreurs. Xavier savait donc que ses derniers esclandres publics étaient intentionnels, et c’est ce qui le rendait perplexe.


Il vida son second verre d'un trait. Il reposa le verre sur la table avec plus de force qu'il ne l'aurait voulu.


— Je prendrai la même chose que lui, s'il vous plaît, dit une voix un peu hésitante derrière lui.


Il se tourna, curieux. Deux yeux d'un brun café magnifique, à la fois incertains et déterminés, le fixaient.


Elle lui adressa un clin d'œil et grimpa sur le tabouret de bar à côté de lui pendant que le barman lui servait un shot de tequila.


Il l'étudia de haut en bas. Sa robe noire courte, son rouge à lèvres provocant et ses talons rouges vertigineux lui faisaient des jambes interminables. Il ne put s'empêcher de l'imaginer totalement nue, ne portant que ses talons, les jambes enroulées autour de sa taille.


Il se visualisa en train de la baiser contre n'importe quelle surface solide pour calmer la rage qui le rongeait. Elle était superbe, mais sans cet air coincé des femmes de la haute société qu'il avait l'habitude de fréquenter.


Il était partenaire d'affaires et copropriétaire du Lights Club avec Monsieur Stone. Il venait souvent ici pour décompresser. Il savait que ce visage ne lui était pas familier, et il était sûr qu'il n'aurait pas oublié une tête pareille s'il l'avait déjà croisée.


Il sourit en la voyant observer son verre de tequila d'un air méfiant. Elle n'avait pas le profil des filles d'un soir. D'ordinaire, une fille qui dégageait un tel sérieux le ferait fuir dans l'autre direction.


Elle confirma ses pensées en secouant la tête de façon adorable après avoir goûté l'alcool. Sa moue montrait que c'était sa première fois et que cet endroit n'était pas son environnement habituel. Cela signifiait qu'elle était sans doute trop bien pour lui.


— Mon Dieu, qu'est-ce qu'ils mettent là-dedans ? De la pisse de chien ? demanda-t-elle en fixant son verre avec scepticisme.


Il laissa échapper un rire, surpris par le son de sa propre voix. Il était encore plus étonné qu'une femme rencontrée cinq minutes plus tôt réussisse à le faire rire, alors qu'il avait envie de casser le nez de son père à coups de poing.


— Salut, chuchota-t-elle en le dévisageant sans aucune gêne.


— Une photo durerait plus longtemps, marmonna-t-il avec arrogance. Il ne pouvait pas s'empêcher de réagir alors qu'elle le dévorait des yeux si ouvertement.


Elle rougit brusquement. Ses joues prirent une teinte écarlate, lui donnant une autre excellente raison de lui foutre la paix. Elle était sexy et incroyablement mignonne à la fois. C’était un mélange mortel dont elle ne semblait même pas avoir conscience, ce qui ajoutait encore à son charme.


Elle tira discrètement sur sa petite robe. Mais en tant qu'homme d'affaires habitué à analyser chaque mouvement, Xavier remarqua son geste. Elle n'était manifestement pas très à l'aise dans cette tenue moulante qui, elle, commençait sérieusement à l'échauffer. Il ne voyait plus que le galbe généreux de sa poitrine et ses hanches parfaites.


Sa réaction physique immédiate le surprit. Il se targuait d'être un homme doté d'un grand sang-froid. Il avait rencontré des tas de femmes magnifiques qui ne lui faisaient ni chaud ni froid.


Il était capable de réciter un discours tout en se faisant sucer, tant il était maître de lui-même. Pourtant, cette petite femme réussissait à le désarmer complètement et à lui faire perdre la tête.


— Salut, répondit-il sobrement. Il lui jeta ce regard froid qui faisait d'habitude fuir tout le monde, mais elle ne bougea pas d'un pouce.


Son sourire s'élargit encore plus, et ses yeux brillèrent de curiosité. Génial, il venait de l'intéresser davantage.


— Journée difficile, hein ? demanda-t-elle sans laisser paraître ses pensées.


Xavier s'en voulut d'avoir baissé sa garde. Il n'avait pas envisagé qu'elle puisse simplement jouer la comédie.


Il était souvent dans les journaux. Il était presque impossible qu'elle ne sache pas à qui elle parlait. Les médias fouinaient toujours dans ses affaires. Xavier avait appris à ses dépens qu'être jeune, beau et riche était l'ingrédient parfait pour des gros titres juteux.


Pour ce qu'il en savait, elle pouvait être journaliste ou blogueuse.


— Pourquoi dites-vous ça ? demanda-t-il d'un ton méfiant, tout en essayant de paraître décontracté.


Elle eut un petit rire sexy qui fut comme une mélodie à ses oreilles.


— Eh bien, pour commencer, vous tenez ce verre comme si vous vouliez le broyer, fit-elle remarquer.


Il haussa les épaules et lâcha prise.


— On discute depuis environ cinq minutes, et je vous ai vu prendre trois shots de ce truc... Elle s'interrompit, le visage tordu de dégoût, cherchant le bon mot pour décrire cet alcool.


— ... Qu'est-ce qui pourrait bien pousser quelqu'un à boire une chose pareille et à recommencer ? demanda-t-elle, sincèrement choquée.


Xavier appréciait la franchise de sa voix. Elle n'était pas apprêtée ou fausse. Elle ne cherchait manifestement pas à l'impressionner, puisqu'elle venait de jurer devant lui.


Pour la première fois de sa vie, quelqu'un disait ce qu'il pensait sans essayer de lui plaire ou d'obtenir quelque chose. Et il adorait ça.


Xavier n'avait jamais vraiment connu l'amitié. Presque tous ceux qui le fréquentaient voulaient profiter de lui. Son enfance n'avait pas été propice aux liens sociaux, il était trop occupé pour ça.


Et les gens de la haute avec qui il buvait un verre dans les soirées de charité n'étaient pas des amis. Ils lui souriaient pour son argent, mais le détestaient au fond d'eux. Ils voulaient juste qu'il investisse dans leurs projets. Ce milieu n'était rempli que de gens faux avec des vies de façade, qui sirotaient du champagne en attendant de savoir à quel point votre compte en banque était plein.


Il secoua la tête. Il ne pouvait pas croire qu'il envisageait de rester là à laisser une inconnue démolir les murs qu'il avait mis des années à construire. Il ne faisait pas la causette avec les femmes. Il les baisait, simplement, sans complication.


— Eh bien, je suppose que vous avez raison, dit-il en se levant. Il sortit du bar, pressé de mettre de la distance entre lui et cette superbe créature qui représentait tout ce qu'il ne cherchait pas, mais qu'il désirait malgré tout.