Chapitre 1
Samedi seize octobre
Ça pu la défaite !
Voilà ce que Aloyse se disait, obligé d’aller chez sa grand-mère un samedi soir alors qu’il était enfin invité à une soirée, première fois depuis qu’il est au lycée, mais au lieu de ça il traversait la campagne à pied dans la nuit pour aller délivrer des cachets contre la douleur, alors oui ça puait la défaite. Les balades autour du lac c’était bien quand il était petit, jeter des galets dans l’eau et escalader les fossés, mais là il en avait clairement rien à faire, lui il voulait rejoindre ses ami.e.s et aller faire la fête. Il secoua la tête en shootant dans une branche en pensant qu’elle elle devait y être. De toute façon tout le monde devait y être, en tout cas les personnes importantes de son lycée, celleux qu’il avait mit toute l’année précédente à approcher dans l’espoir de vivre enfin ses années de lycéen comme il le souhaitait. Au collège il s’était éclaté avec ses trois potes, le tout petit groupe lui suffisait et iels passaient leur temps à jouer à la console, mais là iels voulaient toustes faire parti d’un plus grand groupe, il voulait se faire ces souvenirs si particulier qu’il s’en rappellerait toujours, ceux que ses parents se remémoraient avec le sourire aux lèvres, mais au lieu de ça, il devait traverser la campagne à pied et aller donner des cachets à sa grand-mère qui venait de se casser la jambe. Si encore il avait son vélo ça irait plus vite, mais le dérailleur n’était toujours pas réparé depuis que sa sœur s’en était servi, ou si ses parents avaient pu les amener elleux même mais iels étaient invité.e.s à dîner, alors il marchait les cinq kilomètres en pestant.
Aloyse ne fit pas attention aux arbres qui changeaient doucement de couleur, aux conifères verts mélangés aux feuillus qui devenaient orange ou même jaune à certains endroits. Il ne prêta pas non plus attention à la petite berge aménagée de bancs pour les promeneureuses, ses yeux étaient fixés sur le chemin qui l’amenait à Ilay. Petit village de même pas trente pelos où sa grand-mère habitait depuis toujours, village qu’il était content de retrouver petit parce qu’elle était là, elle était toujours là, mais pas ce soir où elle devait être à la fête. Il balança son bâton et continua de marcher, même si faire un arrêt ne changerait rien à sa soirée, il avait retourné le problème dans tous les sens possibles et inimaginables, il n’avait pas le temps de faire l’aller-retour et de rejoindre ses ami.e.s après.
Il quitta le sentier pour rentrer dans le village, la maison de sa grand-mère lui apparu alors qu’il passait le panneau indiquant les chemins de randonnée. Il marcha encore quelques mètres entre les maisons qui se ressemblaient, puis avança sur l’allée de sa grand-mère, qui ouvrait la porte avec son éternel sourire accroché aux lèvre en s’appuyant sur ses béquilles.
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Aloyse fit la bise à sa grand-mère et entra après elle pour aller s’installer dans le salon. Il sortit les boites de médicaments de son sac et lui posa sur la petite table.
Ça a été pour venir ? Ilda s’assit sur son fauteuil en posant ses béquilles près d’elle.
Oui, j’ai croisé personne. Il allongea ses jambes. En même temps à dix-neuf heure il n’y a plus grand monde au lac. Il tourna la tête vers elle. Et toi, tu t’aie fait ça comment ?
J’ai loupé une marche en rentrant du bois. Rien de bien grave, mais ta mère a insisté pour m’emmener à l’hôpital.
Tu aurais dû me demander je serais venu et elle avait bien raison, regardes tu es plâtrée.
C’est trois fois rien ça. Elle leva son pied. Une petite entorse, mais comme je n’ai plus vingt ans iels ont préféré plâtrer. Je pourrai de nouveau courir dans pas longtemps, ne t’inquiètes pas. Elle lui sourit. Tu n’avais pas un truc de prévu ce soir ?
Si. Il souffla. J’avais une soirée sur TChampagnole, mais maman à insisté pour que je vienne te donner tes boites de médicaments.
Mais ça pouvais attendre ! Elle croisa ses bras. Les infirmier.e.s ne passent que demain dans la matinée, alors ce n’était pas urgent, je ne vais pas faire une phlébite d’ici là.
Maman m’a dit de venir te les donner maintenant et papa m’a quasiment mit à la porte pour que j’y aille dès qu’il est revenu de la pharmacie. Il lui sourit. J’ai dû mettre mes chaussures dehors !
N’importe quoi. Elle rigola. Files de là si tu veux pouvoir aller à ta soirée, t’es pas obligé de rester avec ta vieille grand-mère.
C’est trop tard maintenant. Il replia ses jambes. Les parents ne sont pas là et ne peuvent pas m’amener et du coup Hansy et Othon sont partit en scooter sans moi. Et comme les parents trouvent ça trop dangereux, je n’ai pas de moyen pour les rejoindre. Il est dix-neuf heure, le temps que je rentre à la maison il sera vingt heure, alors c’est mort pour ce soir.
Mon pauvre grand. Tu as mangé au moins ?
Pas encore. C’était urgent que je vienne t’amener tes boites. Il lui sourit.
Tu manges avec moi ?
Oui. Il se releva quand elle attrapa ses béquilles. Laisses, je vais préparer, reste assise.
Je ne suis pas encore infirme. Elle se mit debout. Et je ne vais pas laisser un de mes petits enfants faire à manger. Elle lui sourit. Il reste du petit salé de ce midi avec des patates à l’eau. Tu veux des pâtes comme légumes avec ?
T’embêtes pas, les restes ça me va très bien. Il sourit en la suivant dans la cuisine, la conception d’un repas équilibré vu par sa grand-mère allait très bien avec son appétit d’adolescent.
J’ai de la brioche à la cave si tu veux en manger avec ton dessert et tu peux aller chercher du jus d’orange aussi.
Tu as besoin que je te remonte autre chose pendant que je suis en bas ?
Un paquet de café, j’ai finit l’autre cet après-midi.
Ok, je te ramène ça. Aloyse poussa la porte et descendit l’escalier deux marches par deux. Entre deux étagères de conserves qui ont presque son âge, il attrapa un paquet de café ainsi qu’un jus d’orange, il récupéra la brioche qui attendait sur le congélateur puis remonta retrouver sa grand-mère dans la cuisine.
Tu as trouvé ? Ilda mettait une poêle sur le feu pour réchauffer les pommes de terre.
Oui. Il posa ses victuailles sur la table et sorti les couverts pour deux personnes. Tu n’auras pas besoin de course en urgence ou quelque chose ?
Rien de particulier. Ta mère m’a déjà proposé de faire mes courses en même temps que les siennes lundi, alors ça va aller.
Je te sors du pain ? Il ouvrit la huche en attendant sa réponse.
Oui et tu peux sortir le beurre aussi. Elle lui ouvrit le réfrigérateur. Tes parents viennent te chercher après leur repas ou tu rentres à pied ?
Je rentrerai à pied, je ne sais pas pour combien de temps iels vont en avoir, alors je ne vais pas les attendre.
Tu passes par la campagne ?
C’est ce que j’ai fait pour venir, comme c’est au milieu de la campagne ça ne craint rien pour les piétons. Et je préfère marcher sur le chemin près de la forêt plutôt que les cailloux du bord du lac, ça glisse trop.
Et le chemin le long de la route ?
Il rajoute trop de temps, il fait quasiment une boucle, ça monte et ça descend, ça ne vaut pas le coup. Je vais prendre le bord de forêt, une petite heure de marche et je suis à la maison.
Et tu retrouveras ton ordinateur. Elle lui sourit. Avec la lune qui sera pleine mercredi tu devrais avoir assez de luminosité.
Sûrement. Il haussa les épaules, il ne comprenait pas la passion de sa grand-mère pour connaître ce genre d’information. Avec les écouteurs dans les oreilles ça sera nickel.
Ne dis pas ça à ta mère elle s’inquiéterait. Ilda rigola avec lui.
Y’a pas plus sûr au monde que ce chemin. Les touristes ne sont plus là quand il fait nuit et au pire on trouve trois villageois qui se battent en duel pour savoir le nom d’une fleur qu’ils ont trouvé.
Je suis d’accord avec toi, le lac et la forêt sont des endroits très sûr, mais ta mère n’a pas grandit ici, alors elle ne se rend pas compte.
Surtout avec les légendes que papa raconte. Il rigola en s’asseyant à table.
Te moques pas des légendes. Elle lui sourit. Aller bon appétit.
Bon appétit. Il attrapa une pomme de terre qu’il engouffra en entier dans sa bouche.
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Aloyse remit la brettelle de son sac à dos sur son épaule en marchant. Il balançait la tête au rythme de la musique qui s’échappait de ses écouteurs et qui le coupait du monde. Comme lui avait dit sa grand-mère pendant le repas, la lune éclairait la route et il marchait tranquillement vers chez lui en portant le reste de brioche et deux bouteilles de jus dans son sac. Un mouvement dans la forêt de l’autre côté de la route lui fit tourner la tête, en plissant un peu les yeux il essaya de repérer ce qui venait de bouger, mais il ne remarqua rien de spécial, certainement un coup de vent qui à fait bouger quelques sapins. Il se remit en route en augmentant le son qui saturait ses oreilles. Il s’arrêta quand il revit une ombre noire de l’autre côté de la route. Le cœur battant à toute allure il s’approcha du parking pour essayer de voir ce qui bougeait, mais encore une fois il ne vit rien. Il secoua la tête pour chasser l’image qu’il venait de voir, son imagination lui jouait des tours. Il préféra faire demi tour pour passer près du lac où le vent serait moins fort et tant pis si ça rajoutait un peu de temps.
En dépassant la petite berge aménagée, au lieu d’aller à droite comme à l’aller pour aller chez sa grand mère, il s’engouffra dans la forêt à gauche où le vent faisait fortement bouger les arbres. Une nouvelle ombre qu’il aperçu du coin de l’œil le fit s’arrêter juste à l’embouchure du chemin qui donnait accès à la presque île qui étaient interdite d’accès à cette période pour laisser la nature en paix. Il prit le temps de regarder autour de lui, mais il n’y avait toujours rien, sans s’en rendre compte il accéléra de nouveau le pas entre les arbres jusqu’à ce qu’il arrive près du lac où la lune se reflétait sur l’eau. Une nouvelle ombre sur sa droite le fit s’arrêter et il retira ses écouteurs pour pouvoir entendre ce qui se passait au dessus de lui. Tout doucement, il tourna la tête vers les arbres, alors que son cœur entamait un nouveau sprint dans sa cage thoracique. D’une main il serra les écouteurs et de l’autre il s’appuya contre un arbre. Rien, il n’y avait rien en face de lui, mais son corps était tendu, sa bouche était sèche et il pouvait sentir sa respiration s’accélérer alors que sa gorge se serrait. Il n’y avait rien de particulier en face de lui, mais en tendant l’oreille il venait de se rendre compte qu’il n’y avait pas de vent, pas un souffle qui aurait fait siffler les branches ou une brise qui l’aurait décoiffé, alors ce qu’il avait vu ne venait pas du vent. Il y avait autre chose. Quoi il ne savait pas, mais il avait l’impression qu’il y avait autre chose et il accéléra le pas.
Des bruits lui firent tourner la tête alors qu’il avait presque fini de remonter le premier lac, mais il ne vit rien, il pouvait entendre des pas frapper le sol comme si quelqu’un courrait un sprint au travers de la forêt, mais il ne voyait rien. Sa tête tourna rapidement de l’autre côté quand il entendit un autre bruit, plus long, comme si quelqu’un venait de tomber. Quelques craquements de bois face à lui, lui firent encore une fois détourner les yeux. Tout avait l’air calme, mais il y avait trop de bruit, comme si plusieurs personnes marchaient sur des branchages tombés au sol. Son corps se tétanisa quand il les vit, droit devant lui, en haut du petit talus, deux biles jaunes qui flottaient entre deux arbres. Son rythme cardiaque augmenta encore, alors que l’air avait du mal à atteindre ses poumons. Ses yeux se décrochèrent de ces deux taches jaunes qui ressortaient de la pénombre de la forêt, quand une masse informe sauta d’un buisson avec fracas vers sa gauche et vint s’échouer sur le chemin devant lui.
En un instant, il vit la grosse masse devenir deux masses un peu plus petites et prendre forme. Là, à moins de cinq mètres de lui, il vit deux gros chiens de la taille d’un ours se montrer les crocs en grognant. Sans qu’il ait le temps d’assimiler les informations qu’il venait de voir, l’un des deux grogna sur l’autre et ils se mirent sur les pattes arrières pour se sauter à la gorge. Aloyse vit des canines scintiller à la lueur de la lune et leurs pattes s’entremêler alors que les griffes arrachaient quelques poils. Un nouveau grognement du plus gros des deux et ils retombèrent sur leurs pattes. A peine à terre, ils sautèrent pour rentrer en collision dans les airs. Le plus petit se fit entraîner par le poids de l’autre et ils vinrent s’échouer à moins de deux mètres de ses pieds. Un bout de bois atterrit contre le tibia d’Aloyse et il fit un pas en arrière. Ses yeux se tournèrent vers l’escalier quand il entendit un autre rugissement. Les deux billes jeunes qu’il avait vu, s’approchaient de lui et il pu voir des canines tranchantes se dévoiler quand le troisième animal grogna face à lui. Il fit un autre pas en arrière en le voyant de plus en plus près. Son pied huerta une racine et il se sentit basculer en arrière alors que la bête sautait le talus pour le rejoindre. Son dos atterrit sur le sol et une plainte sortit de sa bouche. Il se roula un peu sur le côté avant de se mettre en boule en voyant les deux autres bêtes rouler au sol en se tenant à la jugulaire. Sa respiration se coupa quand il vit la troisième bête sauter et atterrir près de lui. C’est lorsque les deux billes jaunes s’approchèrent de lui qu’il reconnu la bête, un loup. Un hurlement provenant d’un des autres lui confirma.
Il eut un sursaut en voyant les deux autres atterrir près de lui en continuant de se battre toutes dents sorti. Le troisième se retourna et se plaça entre ceux qui se battaient et lui. Il bougeait au même rythme qu’eux, en les regardant et en lui présentant son arrière train. Les poils de sa queue étaient redressés, comme ceux sur son cou. Aloyse déglutit quand il vit sa patte près de sa jambes, elle faisait quasiment la taille de son tibia. Un nouvel hurlement le sorti de sa stupeur, il devait partir, fuir. Il posa ses mains au sol pour se remettre sur ses pieds, mais il glissa et son corps roula le long de la petite pente jusqu’à atterrir sur l’herbe près du lac. Sa joue cogna contre un caillou et il senti sa mâchoire craquer, alors qu’il se sentait un peu étourdit.
Un craquement de bois attira son attention et il les vit atterrir à moitié dans l’eau alors qu’ils se battaient toujours. Aloyse se remit sur ses jambes en sentant sa tête tourner, il ne devait pas rester là plus longtemps. Il se tourna et se retrouva face à face avec le troisième loup. Ses yeux jaunes le fixaient et il senti ses jambes flageoler, il allait mourir là, dévoré par des loups. Il tourna la tête, mais aucune possibilité de fuite s’offrait à lui. Il était coincé entre les deux loups qui grognaient toujours plus fort derrière lui, celui qui le fixait en reculant légèrement, le lac et la forêt qu’il ne pourrait pas traverser. Sa vue se brouilla et son champs de vision se réduisit dangereusement. Plus le loup face à lui reculait pour mieux lui sauter à la gorge, plus tout devenait noir. En cherchant désespérément un nouveau chemin pour s’échapper, son pied glissa sur un caillou et il tomba sur ses genoux. Il regarda ses mains pleines de terre et d’éraflure disparaître dangereusement de son champs de vision. Aloyse releva la tête en entendant son nom être appelé. Une masse informe, mais plus filiforme que celle qu’il avait vu plutôt s’approcha de lui. Il plissa les yeux en entendant son nom être appelé une nouvelle fois. Il eut le temps de reconnaître Baptiste, un camarade de lycée qui prenait le même bus que lui, avant de sentir une nouvelle fois sa mâchoire s’écraser contre un caillou.








