Cambria

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Résumé

1988 Peter Barlow, un étudiant de l’université de Boston, est la proie de rêves inquiétants, où une petite fille est séquestrée dans une cave plongée dans l’obscurité. Alors qu’il tente de découvrir l’origine de ses cauchemars, Peter est approché par une mystérieuse organisation, Visores Somnia : les Arpenteurs de Rêves, composée de personnes capables de pénétrer les songes d’autrui. Il apprend que ses cauchemars sont des visions d’un passé proche : le kidnappeur a été appréhendé, mais la fillette nommée Laurine, à cause du traumatisme subi, est plongée dans le coma. Déterminé à la ramener à la réalité, Peter s’enfonce dans son esprit, accompagné de six Arpenteurs expérimentés. Hélas, ils découvrent que la petite fille s’est inventé un monde imaginaire qui défie l’imagination, Cambria, dans lequel elle s’est retranchée pour fuir l’horreur vécue. Perdus dans cet univers hostile en proie à un mal mystérieux, Peter et ses compagnons se lancent à la recherche de Laurine. Mais déjà, le piège se referme… Peter est assailli de visions de son passé. Un passé tragique qu’il pensait enfoui à jamais dans un recoin de sa mémoire, mais auquel il devra pourtant se confronter s’il veut accomplir sa mission… Pour découvrir la clé de l’énigme, il lui faudra combattre la Horde, source du mal qui ronge Cambria et déjouer la vigilance du Vortex, une entité créée pour juguler le mal, aujourd’hui hors de contrôle. Alors que Peter s’enfonce toujours plus loin dans Cambria, sa meilleure chance pourrait résider en la personne de Donna, sa petite amie, qui veille inlassablement au chevet de sa chambre d’hôpital, dans l’attente fébrile de son réveil…

Genre :
Horror
Auteur :
Chuck_Mac_Cracker
Statut :
Terminé
Chapitres :
42
Rating
5.0 1 avis
Classification par âge :
16+

1re partie : le cauchemar. Chapitre 1





Dans l’obscurité, l’enfant pleure sans bruit. Les larmes roulent sur ses joues, intarissables, au point de lui brouiller la vue. Attachés avec de la corde aux accoudoirs du fauteuil à bascule qui grince à chaque mouvement, ses poignets saignent sur le bois. À l’aube de sa détention, elle s’est longtemps débattue pour se libérer de ses liens, avant de comprendre la futilité de ses efforts.

Maintenant, elle reste sage, comme l’Ogre le lui a demandé.

— Les petites filles obéissantes sont toujours récompensées, lui a-t-il susurré à l’oreille lors de sa première visite, tout en lui caressant les cheveux avec une tendresse inquiétante.

Sa voix rauque et son haleine alcoolisée ont arraché à l’enfant une grimace de dégoût.

Devant sa répugnance, son kidnappeur s’est mis en colère.

— Je ne suis pas assez bien pour toi, c’est ça ? lui a-t-il postillonné au visage.

Puis la douleur, cinglante comme un coup de fouet, lui a enflammé la joue droite. L’enfant a retenu ses sanglots en se mordant la lèvre pour ne pas attiser davantage sa fureur. L’Ogre n’aime pas quand elle pleure. Ça le rend fou.

Après l’avoir longuement observée, il a remonté l’escalier branlant d’une démarche mal assurée, une main sur la rambarde.

Lorsque la porte s’est refermée dans un claquement sec, les larmes qu’elle a réfrénées ont jailli en un torrent furieux.

Depuis cet incident, elle prend soin de ne plus l’énerver. Il la veut docile et silencieuse. Elle ne le décevra pas.

Elle pleure uniquement quand il n’est pas là, jamais en sa présence. De toute façon, il ne vient pas souvent. Seulement pour la nourrir d’un abominable gruau ou pour lui apporter un seau pour ses besoins. Souvent, elle entend ses pas râper le plancher, au-dessus de sa tête. L’Ogre fait de nombreux va-et-vient en traînant les pieds, incapable de tenir en place. Parfois, sa voix résonne à travers les lattes. Il parle tout seul, crie sur un interlocuteur invisible. Ses monologues rageurs lui font peur.

Depuis quand est-elle retenue prisonnière dans ce lieu froid et lugubre ? La fillette n’en sait rien. Trop longtemps.

Elle n’est pas seule ici. À plusieurs reprises, des grattements et des bruits de cavalcades ont percé le silence. Des corps chauds, à la fourrure grasse, ont frôlé ses jambes. Probablement des rats. Malgré sa terreur, la petite fille s’est astreinte au silence et les bêtes ont fini par s’en aller. Elles reviendront, c’est certain, mais l’enfant refuse d’imaginer le pire.

Elle garde espoir, malgré toutes les larmes qu’elle a versées depuis le début de sa séquestration. Quelqu’un viendra la sauver de l’Ogre...

Et si personne ne se montre, elle trouvera un moyen de s’évader, loin de ce cauchemar...



Peter Barlow s’éveilla en sueur. Allongé sous ses draps poisseux, il contempla le plafond, les dernières images du rêve ancrées en son esprit. Après quelques secondes à fixer l’obscurité, il discerna les pales du ventilateur au-dessus de sa tête. Bercé par leurs rotations et la brise qu’elles généraient, il se concentra sur sa respiration, trop rapide, et attendit qu’elle retrouve un rythme normal, avant de rabattre ses couvertures et de s’asseoir sur le bord du lit.

Il resta immobile un instant, le temps de retrouver ses marques. Son réveil indiquait 3 H 24. Peter poussa un soupir.

Depuis quelques jours, des rêves étranges troublaient son sommeil. Ce qui le déroutait, outre leur côté sinistre, était d’expérimenter ces scènes éprouvantes par les yeux de la victime, cette enfant prisonnière d’un sadique. Peter n’était pas seulement spectateur, il se glissait dans la peau de cette fillette terrifiée, et pourtant courageuse. Il sentait la morsure des cordes contre ses poignets, les rats se frotter contre ses jambes menues, entendait la course des rongeurs sur le sol dur. Les pensées de la gamine affluaient, désordonnées, dans le crâne de Peter, comme si c’était les siennes.

Chaque nuit, le cauchemar recommençait, plongeant le jeune homme à un moment différent de la captivité de l’enfant. Son supplice devenait le sien.

Quand les images désagréables s’estompèrent, il se leva pour rejoindre la baie vitrée qui donnait sur la cour du campus où il résidait. La pleine lune dispensait une douce clarté dans la chambre. Nu devant la vitre, Peter contempla l’astre mort brillant parmi les étoiles. Quand il émergeait du cauchemar, il avait besoin de sentir l’immensité de l’univers. D’oublier l’espace confiné dans lequel il avait été séquestré.

Après un moment, son regard dériva vers la cour en contrebas. Malgré l’heure matinale, un couple d’étudiants assis sur un banc roucoulait sous la lumière d’un réverbère. Peter les regarda sans les voir, avant de s’en désintéresser. Au loin, un éclat lumineux attira son attention. Il se déplaçait hors de la zone éclairée par les lampadaires, sur l’immense pelouse de l’université. Intrigué, le jeune homme se concentra sur cette lueur qui s’amplifiait, à mesure qu’elle approchait de sa position. L’image d’un feu follet en train de traverser le campus s’imposa à lui. Son imagination fertile lui arracha un sourire, qui persista quand la vérité, moins fantaisiste, se fit jour : la lumière n’était que le feu de signalisation d’un cycliste.

Lorsque le vélo disparut de son champ de vision, le regard de Peter accrocha son reflet dans la baie vitrée. Malgré les cauchemars répétés et les réveils en pleine nuit, aucun cerne ne venait troubler la vivacité de ses yeux verts, aucun signe de fatigue ne ternissait ses traits. Seuls ses cheveux bruns en bataille témoignaient de ses gesticulations sur l’oreiller.

Les rêves, malgré leur intensité, avaient avivé son envie de comprendre. Pourquoi devenait-il cette enfant chaque fois qu’il s’endormait ?

Plus il se questionnait, plus il avait la certitude que cette petite fille existait réellement. Cette conviction le troublait profondément. Quelque part, une enfant vivait un enfer qu’il était seul à connaître.

Peter se massa les poignets au souvenir des cordes qui avaient mordu sa chair.La sensation perdurait, comme une douleur fantôme.

Perdu dans ses réflexions, il n’entendit pas le bruissement d’un drap dans son dos. Lorsqu’une main se posa doucement sur son épaule, il pivota dans sa direction, puis adressa un sourire à sa petite amie, Donna Hayward. Elle se tenait à ses côtés, la mine inquiète, emmitouflée dans une couverture couleur cerise. Son beau visage, piqueté de taches de son, arborait un air ensommeillé. Ses yeux, d’un vert plus vif que ceux de Peter, le contemplaient avec un mélange de reproche et de sollicitude. Elle écarta une mèche des longs cheveux roux qui lui tombaient devant les yeux, puis déclara :

— Encore un cauchemar ?

Elle avait une voix chantante, agréable à l’oreille, qui invitait à se confier.

— Oui.

Inutile de mentir, Peter ne pouvait rien lui cacher. Dès que quelque chose le contrariait, elle le devinait aussitôt. Ça ne le gênait pas, ça le rassurait même. Elle s’inquiétait pour lui et c’était la plus belle preuve d’affection qu’elle pouvait lui donner.

— Tu veux m’en parler ?

Peter déposa un baiser sur la joue de sa compagne.

— Je ne veux pas t’ennuyer avec ça. Retourne te coucher.

La jolie rousse lui prit la main et l’entraîna vers le lit.

— D’accord, mais tu viens avec moi ! Hors de question de te morfondre devant la fenêtre en reluquant ce couple sur son banc.

Donna affichait un sourire espiègle

— Nous avons mieux à faire…

— Comme quoi ? demanda innocemment Peter, bien qu’il eût saisi ce qu’elle avait en tête.

— Comme te faire oublier ces mauvais rêves… Alors laisse-toi faire et profite simplement du voyage, d’accord ?

Arrivée au bord du lit, elle posa ses deux mains sur le torse de son compagnon et le poussa sur le matelas. Peter tomba sur le dos. Sans lui laisser le temps de souffler, Donna monta à califourchon sur ses jambes, avant de lui plaquer les poignets contre la couette.

— Des objections ? murmura-t-elle d’une voix sensuelle.

Peter secoua la tête. Cet aparté érotique chasserait ses sombres pensées pour quelques heures… Il n’en demandait pas davantage.