Hell Here
Elle était en Enfer. Ou était-ce le Purgatoire ? Qu'est-ce qui était le pire ? N'est-on pas censé subir des tortures éternelles en Enfer ? Mais le Purgatoire, n'est-ce pas cet endroit où l'on attend indéfiniment que quelque chose se passe, sans jamais avancer ?
Assise dans l’avion, sur le siège du milieu, coincée entre un homme en nage qui sentait la transpiration et une dame ronflante dont les bourrelets débordaient sur l’accoudoir pour empiéter sur l’espace de Jo, cette dernière ne bougeait plus. Misérable, épuisée, incapable de fermer l’œil entre les odeurs et les ronflements, Jo maudissait intérieurement la politique de « placement libre » de la compagnie aérienne.
Certes, cela ne posait pas de problème quand elle avait prévu de voyager de Dulles à Édimbourg avec son mari, Nick. Mais c’était avant que son mariage ne vole en éclats.
Ne voulant pas replonger dans la spirale de la douleur, des regrets et du rejet, Jo mit ses AirPods et lança sa playlist de voyage. Elle monta le volume sur « Amber » de 311 pour couvrir les ronflements de la dame à sa droite. Elle tira la fine couverture fournie par la compagnie sur sa tête pour s'isoler des effluves de l'homme odorant à sa gauche. Jo commençait tout juste à somnoler quand Carly Simon lui rappela que tout recommençait...
DING DING
« Nous entamons notre descente vers Édimbourg où la météo affiche un petit 12 degrés sous la pluie. Le commandant a allumé le signal lumineux de ceinture attachée. Veuillez rester assis avec votre ceinture bouclée pour le reste du vol. »
Jo fut réveillée sans ménagement par l’annonce et l'allumage des lumières dans la cabine. Regardant autour de son petit espace, elle exhala un soupir de soulagement en commençant à rassembler ses maigres affaires. Débranchant son téléphone et son boîtier d'AirPods, elle les rangea dans son sac à dos robuste qui était resté coincé sous le siège devant elle. Elle vérifia que son passeport et son portefeuille étaient toujours en sécurité dans son sac, puis le repoussa sous le siège. En jetant un coup d'œil autour d'elle, elle était impatiente de voir l'Écosse apparaître sous ses yeux.
« Excusez-moi, madame ? Madame ? » Elle tapota l'épaule de la femme à sa droite qui était en train de relever sa tablette et de chercher son Kindle, que Jo avait vu tomber par terre. « Cela vous dérange de relever le cache du hublot ? C’est ma première fois en Écosse et j’aimerais beaucoup voir le paysage », demanda Jo aussi poliment qu'elle le put.
« Bien sûr, ma chérie », répondit la robuste dame avec un accent du Sud en relevant le volet. Essayant de ne pas l'encombrer, Jo se pencha aussi discrètement que possible pour jeter un œil à la campagne écossaise en contrebas, mais ses efforts furent vains. Elle ne vit qu'une étendue de nuages gris. Elle commençait bien.
« C’est l’Écosse, tout craché », lui conseilla sa voisine, regardant elle aussi par le hublot. « C’est votre première fois, n’est-ce pas ? »
« Oui », répondit Jo, un peu dépitée.
« Ne vous laissez pas abattre. La météo en Écosse change en un clin d’œil. S'il fait gris maintenant, il fera peut-être soleil dans une seconde, puis il pleuvra des cordes juste après, avant même que vous n'ayez eu le temps de sortir votre parapluie », expliqua la dame en riant.
« Je suis écossaise à 63 % du côté de mon père. C’est ma troisième visite en Écosse », expliqua sa voisine alors que Jo essayait en vain d'apercevoir quelque chose par-delà les nuages. « Je suis venue une fois et j'ai adoré. C'est un pays magnifique. »
Sa voisine retomba dans le silence, occupée à ramasser ses affaires, récupérant son Kindle égaré et pliant soigneusement sa couverture pour la glisser sous son siège.
Jo attendit avec impatience, comme le reste des passagers, que l'appareil se pose. Elle retint son souffle alors que les freins de l'avion grinçaient, tentant de trouver de l'adhérence sur la piste humide.
Jo eut son premier aperçu détrempé de l'aéroport d'Édimbourg alors que l'avion roulait vers sa porte. Dès l'arrêt complet, elle détacha sa ceinture et se leva. S'étirant comme elle pouvait dans cet espace exigu, Jo attendit de pouvoir débarquer.
Elle suivit la foule hors de l'avion, emprunta la passerelle et s'engouffra dans le couloir qui menait aux douanes. Jo choisit la file réservée aux non-résidents et ouvrit son sac pour attraper son passeport tout en avançant à pas lents.
À son tour, un jeune homme noir au visage bienveillant lui fit signe d’approcher. Il jeta un regard derrière elle tandis qu’elle s’avançait.
« Vous êtes seule, alors ? » demanda-t-il avec un accent prononcé.
« Euh, oui », répondit Jo, un peu mal à l’aise.
« Qu’est-ce qui vous amène en Écosse ? »
« Je suis ici pour un circuit de dix jours avec un groupe de passionnés de Falklander », expliqua Jo, en faisant référence à la série télévisée qu’elle et son ex-mari Nick avaient dévorée sur Netflix.
« Falklander ? » demanda-t-il, un sourcil levé.
« Oui, vous savez, la série où une fille est envoyée dans le passé et rencontre un highlander ? » Elle commença à s’épancher nerveusement alors que l’agent de douane la regardait sans ciller. « Il est écossais et l'intrigue se déroule quelques années avant la bataille de Bothwell Bridge. »
Ça semblait lui dire quelque chose.
« Pas Culloden, alors ? C’est un peu notre Gettysburg à nous, les Écossais. »
« Nous allons visiter Culloden aussi », ajouta rapidement Jo.
Apparemment rassuré par le fait qu’une visiteuse de Culloden ne pouvait pas être une criminelle internationale recherchée par Interpol, l’agent lui fit scanner son passeport, posa pour la photo et lui fit signe de passer.
Ses sens étaient en ébullition en pénétrant dans l’aéroport. Des hommes en kilt passaient près d'elle et elle s'efforçait de ne pas les dévisager. Suivant les panneaux vers la récupération des bagages, elle passa devant des boutiques de souvenirs et des restaurants. Elle regardait avec envie ceux qui n'avaient que des bagages cabine passer devant elle vers la sortie.
Jo avait tendance à trop charger ses valises. Elle utilisait des sacs de compression pour gagner de la place, mais il était impossible de faire dix jours en Écosse avec un simple bagage cabine. Son itinéraire incluait quelques dîners chics, des randonnées dans des ruines et des visites de châteaux. Impossible de gérer tout ça avec deux paires de chaussures.
Résignée à attendre, Jo se dirigea vers les tapis roulants. En lisant les panneaux, elle remarqua que son vol était affiché au-dessus du tapis 4. Elle trouva une bonne place et attendit que ses bagages arrivent.
Après ce qui lui sembla une éternité, le bruit des valises roulant derrière elle, Jo franchit les portes de l’aéroport et entama une aventure que même le plus fervent fan de Falklander lui envierait.









Off to a good start!
Nice solid start! Love the details of her airplane neighbors and trying to look out the window only to see clouds. Very relatable to anyone who's flown. You set up your main character nicely. I am excited to learn more about her.
As a huge Outlander fan, I am already entertained and excited to see where this goes.