Crazy day

Tous droits réservés ©

Résumé

Aujourd'hui est le jour où Lucy doit officiellement devenir une femme, une épouse, une adulte. Le plan de sa tante Judith est millimétré, la robe Dior est prête, et le futur est tracé. Mais entre son réveil impatiente la veille du mariage et sa marche vers l'autel, il y a une nuit qui n'était pas au programme. Ce qui devait être une apothéose VIP au concert de Harry Styles vire au fiasco total dès que les billets disparaissent. Entre impulsions électriques, garde à vue à l'aube et mascara qui coule, Lucy traverse les 24 heures les plus chaotiques de son existence.

Statut :
En cours
Chapitres :
3
Rating
n/a
Classification par âge :
13+

Prologue - Mauvaise fille

La lumière est blanche. Trop blanche.

Pas celle des matins d’été. Celle des néons fatigués et des erreurs de la veille.

Lucy est assise sur un banc métallique, dans une robe pas faite pour s’asseoir sur du métal froid.

Elle tient un talon cassé dans une main, un bracelet fluo "All Access" autour du poignet, et un faux cil collé à son téléphone vide.

Il est 6h42, et elle est censée se marier dans trois heures et dix-huit minutes.

Le policier en face d’elle boit un café tiède et la regarde comme on regarde une mauvaise série française. Un mélange d’ennui, de pitié, et de "ça, c’est pas mon problème".

— Vous savez quelle date on est, mademoiselle ?

Lucy lève les yeux. Cligne une fois. Deux.

— Le 17 juillet.

— Et qu’est-ce qu’il y a, le 17 juillet ?

Elle sourit, doucement.

— Mon mariage.

À ce moment précis, les portes du commissariat s’ouvrent avec un claquement théâtral.

On entend les talons avant de voir la silhouette.

— LU-CY.

Judith.

Tante, tutrice, organisatrice, gestionnaire de crises, prêtresse du planning.

Robe beige impeccable. Chignon blindé. Rouge à lèvres parfaitement mis à 6h du matin.

Et les nerfs en pelote.

— Tu veux dire "oui" dans une robe Dior ou dans une cellule avec tes copines bourrées ?

— J’hésite, murmure Lucy. La cellule a l’air moins stressante.

— Ce n’est pas drôle.

— C’est pas censé l’être.

— Tu veux savoir ce qui n’est pas drôle ? Ta grand-mère qui t’attend au salon de coiffure depuis 6h. Le traiteur qui menace d’annuler parce que personne n’a confirmé le nombre d’enfants. Et moi, moi, qui te retrouve dans un commissariat, maquillée comme une pop star de 2008 et avec un glitter en forme de cœur collé sur le front.

Judith s’arrête. Respire. Se pince l’arête du nez.

— Je suppose que vous avez une bonne raison.

Lucy hausse les épaules.

— On avait des billets VIP.

— …Des billets VIP ?

— Pour Harry Styles.

— Harry Styles ?

— Et on les a perdus.

Derrière elle, Zoé tousse pour ne pas rire. Inès ferme les yeux. Jade dort contre un mur.

Judith, elle, reste de marbre.

— Tu t’es fait arrêter. Pour avoir perdu des billets.

— Non. On s’est fait arrêter parce que Zoé a essayé d’entrer par la sortie de secours en criant qu’elle était la "fiancée officielle d’Harry Styles".

Silence.

— Bon. D’accord, dit Judith. Tu veux jouer à la mauvaise fille ? Très bien. Mais tu vas assumer jusqu’à la fin.


✦ Flashback — 18h12, la veille, devant le Stade Sylveria

La scène était un tableau.

Cinq filles.

Trop maquillées. Trop excitées. Trop sûres d’elles.

Des cœurs peints sur les joues, des pancartes "Watermelon Wife", des cris aigus à chaque son test du micro.

C’était l’enterrement de vie de jeune fille rêvé.

VIP pour Harry Styles.

Un rêve.

Un plan parfait.

Jusqu’à ce que Zoé fouille dans son sac. Puis dans ses poches. Puis dans le vide.

— Je. Les. Avais.

— T’es sûre ?

— Je les ai mis dans la petite pochette rose.

— Celle que t’as oubliée dans le taxi ? demande Inès, glaciale.

— Celle avec ton gloss, tes chewing-gums, ta carte bancaire et… nos billets VIP ? ajoute Lucy, très calme.

— Je vais vomir, murmure Jade.

— Tu vomis pas sur mes Converses, t’as juré, souffle Inès.

Silence.

Autour d’elles, le stade vibrait. La foule était un animal enragé.

Des fans en larmes, des chorégraphies improvisées, des cris à la moindre ombre derrière un rideau de scène.

Et elles.

Recalées.

— Donc, dit Lucy, très posément, on a perdu nos billets.

— Techniquement, ils sont juste… dans un taxi. Quelque part. Peut-être.

— Génial.

Lucy regarde le ciel. Puis ses copines.

Puis le stade.

Puis la pancarte géante "Love On Tour".

Et elle dit, sans réfléchir :

— On fait autre chose.

— Comme quoi ?, demande Zoé.

— On sort. On boit. On rit. On oublie.

— Et demain matin ?

— On verra demain matin.

Et elles sont parties.

Loin du stade.

Loin du concert.

Loin du plan initial.

Vers le vrai bordel.