Chapter 1 PROLOGUE - Le Dernier Message
Le néon clignotait, spasmodique, dans le couloir désert.
Chaque fois qu’il s’éteignait, le silence semblait plus épais, plus pesant, comme si la lumière maintenait à peine en échec une chose tapie juste au-delà.
Le laboratoire n’avait pas été conçu pour accueillir des cris. Pourtant, ils résonnaient encore dans les conduits d’aération, étouffés, désaccordés, comme les derniers échos d’une mémoire fracturée.
Le docteur Ava Merrill courait.
Elle n’était pas grande, ni particulièrement forte, mais il y avait dans sa fuite une énergie qui venait d’autre chose que du corps. Une sorte de résolution fébrile, née de l’horreur qu’elle avait vue quelques minutes plus tôt derrière la vitre blindée de la Chambre 7.
Elle n’aurait jamais dû s’ouvrir.
Ils n’auraient jamais dû l’activer.
Ses chaussures glissaient sur le carrelage humide d’un couloir qu’elle connaissait par cœur. Le centre de recherche, officiellement abandonné depuis trois ans, grouillait désormais de souffles et de pas qu’aucune caméra ne captait plus.
Ils étaient là.
Elle n’avait plus beaucoup de temps. Dans ses bras, une fillette. Nue, muette, à moitié consciente. Le crâne rasé, la peau diaphane comme un papier jauni par les lampes UV. Mais vivante.
Et ses yeux… oh, ses yeux…
Noirs, insondables, sans le moindre reflet. Comme s’ils n’étaient pas faits pour refléter la lumière de ce monde.
Ava trébucha, heurta une rampe en métal, mais ne lâcha pas l’enfant.
Elle savait exactement où aller. Il ne restait qu’un terminal d’accès relié aux lignes sécurisées : une salle de transmission désaffectée, aux murs couverts d’équipements obsolètes mais autonomes.
Si elle parvenait à l’atteindre, elle pourrait envoyer le message.
Pas à ses supérieurs — ils étaient déjà morts, ou complices.
À lui. À celui dont Claire parlait souvent en secret.
Samuel Griggs. La porte de la salle grinça en s’ouvrant, dévoilant un air vicié qui sentait le plastique fondu et la poussière d’années oubliées.
Les murs étaient tapissés d’armoires grises, de câbles pendants, d’écrans ternis. Une odeur métallique persistait, comme un souffle de sang froid. Ava déposa la fillette sur une chaise pivotante, l’enveloppa rapidement d’une couverture thermique arrachée à un kit de secours. L’enfant ne protesta pas, ses yeux fixant un point invisible quelque part derrière l’épaule d’Ava, comme si elle voyait à travers elle. Cela lui donna des frissons plus vifs que le froid qui s’insinuait dans ses os.
Ses doigts tremblaient tandis qu’elle activait le vieux terminal. L’écran jaillit dans une lueur verte et instable, zébrée de lignes parasites. Les systèmes autonomes prenaient vie, crachotant un sifflement électronique semblable à un souffle. Elle lança la séquence de transmission manuelle. Le protocole était archaïque, mais c’était la seule chose qui ne pouvait être interceptée.
Derrière elle, un bruit sec. Comme si quelque chose, ou quelqu’un, avait effleuré la porte.
Elle retint son souffle.
Un frottement lent. Un pas lourd. Puis plus rien.
Ava reprit, la gorge sèche. Elle entra en vitesse le nom de Samuel Griggs, accompagné des coordonnées de sa maison, et n’ajouta que trois mots — les seuls qu’elle jugeait compréhensibles dans l’urgence :
Aide-la. Cache-la.
Elle n’eut pas le temps de vérifier si la transmission avait abouti.
Une ombre glissa dans l’embrasure de la porte. Haute. Déformée. Son visage, s’il en avait un, n’était qu’un masque mouvant de chair et d’ombre.
La fillette leva les yeux vers l'ombre … et sourit.