I - Randonnée Nocturne
Un nuage de poussière filait à toute allure au départ de la petite ville de Chinle, au Nord-Est de l'Arizona. La nuit était tombée depuis un bon moment maintenant, et le temps, bien qu'encore doux, s'était rafraîchi. La motocross qui était à l'origine de toute cette poussière avait été louée par Kloé, dans les environs de l'aéroport de Gallup, au Nouveau-Mexique, un jour auparavant. Arrivée à l'aéroport la veille, l'européenne avait dormi au Red Lion de Gallup, pour ensuite louer la moto et arriver jusqu'à Chinle. Chinle, était la ville parfaite pour séjourner. Elle se situait à seulement cinq kilomètres à l'ouest du canyon de Chelly, en plein cœur d'une réserve Navajo. Ce n'était pas très grand, mais l'endroit disposait de plusieurs hôtels, restaurants ou encore d'un centre d'aide aux visiteurs. La plaque tournante du tourisme pour le canyon. Ici, même avec son accoutrement de parfaite exploratrice, Kloé passait inaperçue.
Le canyon de Chelly était un immense canyon en plein cœur de la plus grande réserve amérindienne de tous les États-Unis. Cette réserve, appelée Nation Diné par les locaux, était autrefois le lieu de vie de nombreuses tribus Navajos. Le tourisme y est désormais ancré et l'un des lieux incontournables est sans aucun doute, le canyon de Chelly. Principalement depuis Chinle, les touristes peuvent se rendre au canyon, encadrés par un guide, afin d'observer les ruines aux alentours. Pour les plus aventureux, certaines excursions proposent même de descendre au fond du canyon, encore considéré comme sacré par les Navajos.
Cependant, Kloé n'était pas venue ici pour faire du tourisme, ou du moins, pas dans le sens conventionnel du terme. Elle avait, grâce à un contact Navajo, reçu les coordonnées d'une grotte encore inexplorée et interdite au public. En effet, le canyon de Chelly était parsemé de nombreuses grottes, ayant été, pour la plupart, utilisées par les anciennes communautés Navajos. Nombre de ces cavités souterraines avaient été interdites au public, soit par respect pour la culture locale, soit par sécurité. Kloé, bien que déterminée à assouvir sa soif d'aventure, tenait à respecter au maximum la culture et les terres sacrées locales. Comme pour chacune de ses expéditions, elle s'était énormément renseignée sur les traditions des Navajos et leur mode de vie d'antan. Quelques semaines auparavant, elle avait dévoré tout un tas de bouquins et de revues scientifiques concernant cet ancien peuple. Elle était devenue incollable sur ce sujet.
Les phares de la motocross s'éteignirent alors que Kloé venait d'atteindre le quatrième kilomètre. À partir de maintenant, elle allait devoir être prudente si elle ne voulait pas se faire arrêter. En effet, même si Kloé était une aventurière expérimentée et qu'elle n'avait nullement l'intention de dénaturer les terres Navajos, son activité restait illégale. Elle avança alors sans phares, dans la nuit noire, lentement et prudemment, afin d'atteindre son but : le canyon de Chelly.
Au bout de cinq minutes, Kloé décida de s'arrêter afin d'établir son campement pour la nuit. Elle ne devait plus être très loin du Canyon. Elle cala sa moto contre une grosse pierre et s'étira, la journée avait été longue. Elle retira son casque, et l'accrocha au guidon de son destrier.
L'aventurière s'afféra à remettre ses cheveux en place. Kloé était une très belle femme. Elle avait vingt-huit ans, les cheveux lisses, blonds foncés, tombant sous ses épaules. Un visage de forme rectangulaire avec une mâchoire carrée, mais joliment affinée par son menton. Un nez concave surplombant des lèvres légèrement pulpeuses. Des yeux perçants gris-vert arborant de longs cils, et un magnifique sourire agrémenté de fossettes sur ses joues couleur crème. Elle récupéra dans son sac à dos des vêtements plus confortables et pratiques que ses vêtements de moto, puis elle se changea. Elle avait des jambes effilées et ses poignets paraissaient presque fragiles, pourtant, les muscles de ses cuisses et de ses mollets se repéraient facilement. Avec ses bras et ses épaules aux muscles saillants, Kloé ne laissait planer aucun doute sur son côté sportif. De plus, son short aux milliers de poches, sa chemise à manches courtes, et son débardeur kaki, lui donnait un côté aventurière encore plus marqué.
Une fois changée, elle entreprit de sortir une bombe d'insecticide, une lampe de poche afin de voir où elle mettait les pieds, ainsi qu'une lampe à ultraviolet. Celle-ci lui permettrait de repérer les éventuels scorpions qui, d'après ses recherches, vivaient en grand nombre dans les environs. L'exosquelette des scorpions, sensible aux lampes UV, brillait d'un bleu-vert fascinant dans la nuit. Kloé en repéra deux, qu'elle prit soin de ne pas écraser, puis continua son chemin. Non loin, elle repéra deux arbres assez proches l'un de l'autre pour y accueillir son hamac. C'est décidé, elle allait dormir ici. Après avoir installé son hamac et sa moustiquaire, elle prit son repas lyophilisé et partit se coucher rapidement. Elle devrait se lever tôt le lendemain matin. Grâce à son campement éloigné des zones touristiques, elle ne serait pas dérangée, mais la journée de demain promettait tout de même d'être périlleuse. Malgré l'excitation de la découverte du Canyon au matin, Kloé réussit tout de même à s'endormir paisiblement. Elle ne remarqua pas la famille coyote qui passa rapidement non loin de son hamac sans y prêter attention, ni les deux scorpions qui se réfugièrent dans une fissure à quelques mètres d'elle. Mais surtout, elle ne vit pas le loup gris solitaire au loin, assis sur une pierre, qui l'observait.