Chapitre 1 : Le Silence et le Sable
Quand les chaînes sont invisibles, la révolte commence d’abord dans l’âme.
Le sol était tiède. Non, pas tiède... organique.
Kael rouvrit les yeux lentement. Une lumière blanche, voilée, flottait au-dessus de lui, ni soleil ni lune. Il était allongé sur une étendue de sable noir. Mais ce n’était pas du sable. C’était… vivant.
Il redressa la main. Sa paume tremblait, recouverte d’une poussière grise. Une étrange fatigue lui rongeait les os. Comme s’il avait couru pendant des jours, ou comme si quelque chose — quelqu’un — l’avait vidé de son énergie.
Un nom lui échappa, rauque :
— Lira…
Puis un autre, plus inquiet :
— Finn…? Iris !
Personne. Seul le silence lui répondit. Un silence épais, presque liquide.
Il se redressa avec peine. Le paysage autour de lui n’avait aucun sens. Une plaine de poussière noire, zébrée par d’étranges veines rouges qui pulsaient faiblement. Aucun arbre, aucun vent. Juste cette lumière pâle tombant d’un ciel sans étoile.
Et soudain, cette réalisation brutale.
Le flux. Sa magie.
Disparue.
Il porta la main à sa nuque. Sa marque tribale, celle qui liait son groupe, avait disparu. Il était… coupé. Seul. Pas juste perdu : anéanti.
Il tituba, le cœur tambourinant dans sa poitrine. L'air n’était pas irrespirable, mais chaque souffle semblait voler une partie de sa volonté.
Au loin, il aperçut une forme. Un cercle de statues, peut-être ? Non. Des silhouettes. Humaines ? Non plus. Trop grandes. Trop lisses. Alignées autour d’un puits ou d’un pilier. Leur présence semblait irréelle, comme figées dans une attente morbide.
Il s’en approcha lentement, mais à chaque pas, elles paraissaient s’estomper, se dissoudre dans l’air, comme si leur réalité n’était qu’un mirage.
Un cri. Lointain. Féminin.
— Iris ?! cria-t-il.
Un frisson glacé le traversa. Il fit volte-face, mais ne vit que des dunes sombres et un brouillard bas. Le cri s’était déjà éteint.
Alors, il se souvint. De la lumière.
De cette lumière étrange qui les avait engloutis.
Lira avait hurlé. Finn avait tenté de la protéger. Iris… Iris s’était figée, les yeux grand ouverts, comme si elle avait vu quelque chose que les autres ne pouvaient pas voir.
Et ensuite… le vide.
La chute.
Puis ce lieu.
Kael tomba à genoux.
— Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? souffla-t-il.
Aucune réponse. Juste le silence… et ce battement sourd sous ses pieds, comme le cœur d’une bête endormie.
Il se leva à nouveau. Il ne pouvait pas rester là. Pas seul. Il devait les retrouver.
Il ne le savait pas encore, mais ce lieu était une île. Un gouffre. Une prison.
Un lieu où les légendes ne signifiaient rien. Où la douleur servait de monnaie, et où les cris nourrissaient les murs.
Un lieu sans nom.
Ou plutôt, un nom que personne ne voulait prononcer.
L’Île des Perdus.Ce chapitre a été un tournant pour Kael… voici ce que je voulais vraiment explorer à travers sa vision.
Elle était allongée sur le flanc, le souffle coupé, la gorge nouée par une peur sans nom... Chapitre 2... À suivre