Effluves

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Résumé

Suzy, dix-sept ans, quitte le pensionnat religieux pour entamer ses études en sciences dans un collège où l’ambition règne en maître. Solitaire, méfiante, elle s’enferme dans ses livres et ses entraînements sportifs, fuyant les liens et les regards. Mais l’automne, avec ses odeurs de feuilles mortes et de sueur, ouvre les pores de son corps et de son cœur. Entre les couloirs du centre sportif et les silences de la bibliothèque, Suzy découvre les effluves du désir, les frissons de l’attirance, et les vertiges de l’intimité. À travers une exploration audacieuse des phéromones et du lien entre biologie et émotion, Effluves interroge la frontière entre instinct et choix, entre animalité et amour. C’est le récit d’une jeune femme qui apprend à sentir, à désirer, à penser, et à se reconnaître dans les traces qu’elle laisse sur les autres.

Statut :
Terminé
Chapitres :
12
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

En descendant de l’autobus, Suzy, avec son sac de cuir usé sur l’épaule, habillée d’un jeans délavé, de flâneurs ramollis et d’une classique chemise blanche, marcha la tête haute vers la bibliothèque.Elle s’était inscrite pour sa première année en sciences et savait qu’elle devrait mettre les bouchées doubles pendant tout le collège pour obtenir la cote nécessaire afin d’être admise à l’université.En cette belle journée d’automne, la jeune fille voulait uniquement récupérer son horaire et la liste des bouquins à emprunter pour le semestre.Elle ne souhaitait pas rencontrer les autres étudiants.Toute la population dans le même entonnoir pour l’entrée en faculté, elle ne se leurrait pas d’illusion : il n’y a pas d’espace pour la camaraderie dans ce type de concours.

Suzy envisageait également de participer aux qualifications sportives et elle comptait bien se frayer une place dans l’équipe de soccer du collège.Elle se dirigea donc, aussitôt ses cahiers bien rangés dans son sac, vers le grand centre sportif.Suzy, une beauté naturelle, du haut de ses cinq pieds huit pouces, svelte, au visage mignon couvert de taches de rousseur marcha la tête dans les nuages et le regard fuyant. Elle feignait l’indifférence, car elle ne savait pas comment réagir envers ces hommes qui se retournaient sur son passage.

Suzy revenait de ses cinq ans au pensionnat.Ses parents d’éducation catholique et fervents croyants avaient insisté pour que leurs filles soient instruites avec la droiture reconnue des congrégations religieuses. En fait, ils tenaient surtout à minimiser le contact avec les garçons le plus longtemps possible, aussi nécessaire et inévitable soit-il. Elle et sa cadette ont donc été admises à l’école des sœurs dès l’âge de raison pour être libérées à dix-sept ans, après d’interminables années dans la plus sainte chrétienté des cours enrichis et des activités parascolaires intensives. Par conséquent, Suzy n’a jamais développé d’amitié avec des personnes du sexe opposé; créant ainsi une matière à nourrir les éventuelles psychanalystes qui tenteront d’expliquer ses difficultés amoureuses.

Vêtue d’un short et d’espadrilles, elle courrait maintenant sur le terrain frappant le ballon du pied droit esquivant du côté gauche, déjouant son adversaire.On voyait en elle une confiance de fonceuse. Évidemment, elle fut retenue par l’équipe malgré sa nature introvertie ayant plu aussitôt à son entraîneur.Il l’avait surprise le nez plongé dans un livre de sciences, sur le banc, en attendant le début de la séance et un grand sourire s’était dessiné sur le visage de l’homme.

Des jours gris et maussades passèrent et les feuilles commencèrent à tomber des arbres au sol. Pour Suzy, le collège devenait familier: son nouveau chez elle après le pensionnat. Elle étudiait et vivait le plus clair de son temps à la bibliothèque. De toute façon, elle n’avait jamais été à son aise à la maison avec « les parents ».Lorsqu’elle revenait le soir avant vingt et une heures, sa mère, souvent devant la télévision, pressait les chemises bleues de son père endormi et ronflant sur une chaise, le journal ou un livre à la main. Elle essayait de monter à pas de loup vers sa chambre, mais rarement elle réussissait à se sauver de l’interrogatoire en règle de ses parents sur ses allez et venus. Elle préférait, de loin, entrer au moment où ils étaient couchés et partir avant qu’ils ne se lèvent.

Depuis quelques semaines, les cahiers noircis et les notes griffonnées prenaient plus de place dans son sac à bandoulière et elle déambulait de moins en moins énergiquement d’une classe à l’autre.Entre les cours souvent ennuyeux, les lectures complexes et les longs matchs, il ne restait que peu de temps pour le sommeil. Un mercredi soir, elle se dirigeait vers le centre sportif. Une grande femme rousse se trouvait devant elle dans le corridor et marchait également vers le gymnase d’un bon pas. Elle reconnut Maude, une étudiante de sa classe, qui faisait la compétition pour l’équipe de Volley-ball.Suzy l’interpella et se pressa pour la rejoindre. Maude traversait une rivière à chaque enjambée. En courant presque à côté d’elle pour suivre son rythme, Suzy engagea la conversation. La rousse semblait surprise d’entendre le son de la voix de la blonde et elle lui décocha un sourire radieux. En effet, Suzy n’avait pas tenté de créer de contact avec ses compagnons de classe jusqu’à maintenant. Mais en cette journée pluvieuse, elle sentait le besoin de partager son angoisse naissante. Lorsqu’elle arrivait de peine et de misère à digérer la matière d’un cours, une autre discipline l’enterrait littéralement de nouvelles notions ardues. Elle commençait à être à bout de souffle quand Maude ouvrit la porte du vestiaire d’un coup d’épaules larges et musclées. Elle parlait fort et le son de sa voix résonna dans toute la pièce. Suzy voyait en cette grande rousse son antithèse incarnée. Maude à brûle-pourpoint proposa à Suzy de la rencontrer après la séance d’entraînement à la bibliothèque.

Pourquoi pas? Depuis le début du semestre, Suzy évitait systématiquement tous les étudiants dans ses classes. Elles les imaginaient comme des rapaces volant au-dessus de son corps émacié, prêt à se jeter sur ses moindres chances d’accéder à l’université ou comme des bêtes pilant sauvagement sur la tête des plus faibles pour grimper au sommet. Dramatiquement, elle devenait de plus en plus craintive avec le temps. Surtout au moment où elle s’aperçut du labeur fastidieux et nécessaire afin d’obtenir aussi peu que la note de passage. En réalité, ses cours se révélaient exigeant et arides. L’énergie et le positivisme de sa nouvelle amie furent comme un baume sur le cœur.

Suzy installée confortablement au bistro du centre sportif, un samedi matin, assise devant son duo réconfortant Cappucino-muffin aux canneberges, elle lisait un chapitre sur le comportement de la lumière à travers une lentille de microscope lorsque Samuel apparut à ses côtés. Absorbée par les formules de diffraction de Fraunhofer, elle n’avait pas levé l’œil sur son voisin avant qu’il n’ouvre la bouche:

— Ça semble bien complexe ton truc…

Suzy sursauta et émit un petit cri qu’elle jugea immédiatement honteux. Elle s’en mordit les lèvres. Heureusement, elle avait déjà posé sa tasse de café sur la table avant d’être surprise et aucune goutte ne se renversa sur elle, mais elle avait quand même réussi à faire éclabousser disgracieusement le liquide brunâtre sur son onéreux bouquin. Elle s’empressa de l’éponger avec une serviette froissée. À prime à bord, le visage de Samuel lui parut familier, mais elle n’arrivait pas à le reconnaître:

— Je suis désolé, je ne t’avais pas remarqué…

— En fait, je suis là parce que je cherche Maude et je t’ai vu souvent avec elle alors je me disais que tu devais savoir où elle se cachait.

— Non, je ne l’ai pas rencontré aujourd’hui… on est samedi en passant...

— Oui je sais… on devait avoir un entraînement… mais personne ne m’a informé que c’était annulé… comme d’habitude...

Samuel sourit et, embarrassé, il passa une de ses grandes mains dans ses cheveux courts. Suzy se sentit instantanément attirée par lui. Elle rougit et son regard tomba sitôt sur le titre en caractère gras de son livre de physique. Une lueur de déception luisant dans les yeux de la belle blonde, elle se rappela que Samuel tournait autour de Maude depuis déjà plusieurs semaines. Elle se concentra sur sa lecture, mais les lettres dansaient. Elle fronça fortement les sourcis. Samuel portait un parfum musqué qui la distrayait. Revenait-il de la salle d’entraînement? Est-ce son odeur naturelle? Le jeune homme reprit son sac et son manteau et la salua en s’éclipsant lentement. Suzy, sortie de ses pensées abstraites, elle leva son regard bleu et le vit se diriger dans le long corridor qui menait au collège. En paix, il marchait nonchalamment comme si aucun souci ne le tracassait. Il se retourna et découvrit Suzy qui le fixait intensément. La femme baissa finalement la tête. Gênée, elle s’efforça de ne pas rougir à nouveau. Samuel, fier, grand sourire aux lèvres, poussa la porte.