Prologue : L'Incident
Ava
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- Il y a 4 ans -
Je souris contre ses lèvres pendant notre baiser enfiévré, alors qu’il l’approfondit, sa langue effleurant ma lèvre inférieure comme s’il quémandait la permission. Je la lui accorde, nos langues s’entremêlant tandis qu’il laisse échapper un grognement rauque.
Ce n’est pas le meilleur baiser de ma vie, mais je l’aime, et ça suffit à faire monter le rouge à mes joues sous ses caresses. J’ai une envie folle de le sentir tout entier, qu’il prenne ma virginité et s’enfonce dans mon intimité palpitante.
À l’arrière-plan, la télé hurle, agaçante. C’est un reportage sur un milliardaire nommé Leonel machin, propriétaire d’une énorme boîte tech, en plein divorce.
J’ai de la peine pour lui, c’est vrai, mais c’est difficile de s’en soucier quand je me frotte contre l’amour de ma vie et que je sens son sexe tressaillir sous moi.
Je n’arrive pas à y croire.
Il rompt le baiser, et même si j’essaie de croiser son regard, il m’évite, retirant mon t-shirt d’un geste vif pour révéler le soutien-gorge rouge en dentelle que j’ai acheté rien que pour lui. Il était cher, probablement la plus belle pièce de ma garde-robe, mais je savais que ça en vaudrait la peine rien que pour voir sa réaction.
Sauf que… il n’y a pas de réaction. Il se contente de dégrafer mon soutien-gorge et de le balancer sur le côté, laissant ma poitrine nue exposée pour la première fois.
Je suis un peu déçue, mais je passe outre en voyant mes seins gonflés, mes tétons si durs qu’ils réclament d’être sucés.
Comme s’il lisait dans mes pensées, il se penche et en prend un dans sa bouche. La sensation de ses lèvres humides sur ce point si sensible me fait presque défaillir.
« Oh mon Dieu. » Je gémis, mon excitation maintenant bien visible contre ma cuisse.
Il titille mon téton durci avec sa langue, mordillant un peu trop fort, mais encore une fois, je laisse couler.
Il passe à l’autre sein en vitesse, et cette précipitation me laisse un goût d’inachevé.
« Hé, » dis-je timidement, « peut-être qu’on devrait y aller plus doucement pour notre première fois ? »
C’est seulement là qu’il me regarde, ses yeux marron habituellement si chaleureux paraissant lointains. Comment ai-je pu ne pas m’en rendre compte avant ?
« On n’a pas le temps, Jade. » Il répond vite, m’appelant par mon deuxième prénom comme il le fait souvent, tout en jetant un coup d’œil nerveux vers la porte. « On n’a vraiment pas le temps. »
Il a l’air fou, presque paranoïaque, et même si je devrais lui demander ce qui ne va pas, j’ai plus peur de gâcher ce moment et de le voir s’en aller. Alors je me penche et l’embrasse avec la même frénésie désespérée qu’il a eue plus tôt. Je ferais n’importe quoi pour le garder.
J’en ai marre de perdre les gens.
Il réagit avec fougue, glissant deux doigts sous ma culotte trempée pour effleurer mon clitoris d’un geste si soudain que j’en ai le souffle coupé. Mon sexe se liquéfie tandis que je me frotte contre ses doigts, sentant l’orgasme monter à toute vitesse.
Putain, c’est tout ce dont j’ai besoin. C’est…
Un coup violent contre la porte nous fait sursauter.
La façon brutale dont il retire ses doigts me laisse glacée, mais la peur de savoir qui se trouve derrière la porte de notre appartement est bien plus forte.
Je me précipite pour attraper mon t-shirt, l’enfilant en tremblant tandis que les coups redoublent. Quand il est enfin sur moi, j’essaie de me recoiffer, mais c’est peine perdue : je dois avoir l’air d’un vrai désastre.
Je me tourne vers lui, le seul homme au monde en qui j’ai encore confiance, mais il fixe la porte, le regard vide, sans réagir alors que les hommes de l’autre côté hurlent un nom.
Attends… son nom.
Il se retourne vers moi, et ce regard presque vide devient de plus en plus difficile à ignorer.
« Mon amour, » dis-je, la voix tremblante comme ma main alors que je tends le bras pour caresser sa joue, « qu’est-ce qui se passe ? »
Il ne répond rien, se contente de poser sa joue contre ma paume avec la même absence de vie qu’il fixait la porte, et dépose un baiser léger sur mon doigt, les yeux grands ouverts et sans ciller.
« Est-ce que tu m’aimes ? » Il demande d’une voix rauque, encore empreinte de son excitation.
Un nouveau coup s’abat sur notre porte fragile, si fort que j’entends un gond se décrocher et tomber par terre.
Mon cœur bat à tout rompre. « Chéri, qu-qu’est-ce qui se passe ? »
« Est-ce que tu m’aimes assez pour me pardonner ? » Il demande d’un ton plat.
Le monde semble soudain basculer, tout se met à tourner dans un vertige étourdissant.
« Qu’est-ce que tu as fait ? » Je murmure, une sueur froide coulant le long de ma tempe.
La porte cogne encore, chaque coup faisant sursauter mon cœur. Au lieu de me répondre, il m’attrape le visage et m’embrasse avec une rudesse désespérée. On dirait un adieu.
Désorientée, je lui rends son baiser, goûtant mes larmes salées entre nos lèvres. Quand il s’écarte cette fois, ses yeux se sont assombris, et il a l’air d’un inconnu, d’un garçon que je ne connais pas et qui a pris la place de mon amour dans mon lit.
« Mon Dieu, » dit-il, la voix lointaine, « j’espère que tu t’en sortiras. »
Mes yeux s’écarquillent, noyés de larmes, mais avant que je puisse lui demander ce qu’il veut dire, il plaque une main sur ma bouche pour étouffer mes cris et nous relève tous les deux.
« Putain, c’est ouvert ! » Il hurle.
Deux hommes font irruption dans la petite chambre, avec des gueules à faire peur.
La nausée me monte à la gorge, et j’ai l’impression que je vais vomir sur sa main. J’essaie de me débattre, mais il me serre encore plus fort contre lui.
« Ne résiste pas, Jade. » Il me murmure à l’oreille, d’une voix venimeuse. « Ne résiste pas, ou je te bute moi-même. »
« Le fric est dans la salle de bain, » dit-il aux malfrats. « Mais elle paiera le reste comme je l’ai promis. »
Les hommes en noir se regardent et hochent la tête à l’unisson. Ensemble, ils se dirigent vers la salle de bain, me laissant à moitié nue, hurlant à l’aide dans l’étau de mon amant.
« Sois sage, Jade. » Il me susurre à l’oreille. « C’est ce que tes parents auraient voulu. »
Je cesse de me débattre, mes yeux pleins de larmes levés vers lui. Une chaleur monte dans ma poitrine, remplaçant la panique familière. C’est autre chose, un sentiment que je n’ai pas ressenti depuis des années.
Je serre les poings, me rappelant Maman et Papa, à quel point ils m’aimaient, à quel point ils lui faisaient confiance, et c’est la prise de conscience qu’il les trahit aussi qui fait déborder ma colère.
Avec toute la force dont je suis capable, je mords sa main à pleines dents, satisfaite de sentir le goût métallique de son sang dans ma bouche.
« Sale pute ! » Il hurle en me lâchant, et je tombe à genoux.
Je ne reste pas à terre assez longtemps pour qu’il me rattrape. Je saisis mon téléphone sur la commode près de la porte aussi vite que possible, et l’instant d’après, je dévale la rue, slalomant entre des passants indifférents, tandis que j’entends encore l’amour de ma vie, la pire trahison de mon cœur, crier mon nom sans arrêt.
Mais je ne m’arrête pas. Je cours, c’est tout.