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KAGE for a YAKUZA

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Résumé

Yuna Mizuno devait être une épouse. Un nom offert aux Sakamoto pour sceller une alliance, une bague passée à son doigt comme une chaîne plus élégante que les autres. Renji Sakamoto pensait recevoir un accord. Une femme à protéger. Un rôle à remplir. Mais sa nouvelle épouse cache des silences trop calmes, et cette façon irritante de ne jamais baisser les yeux. La nuit, certains murmurent le nom de Kage : une pilote masquée que personne ne connaît, que personne n'arrête, et que trop d'hommes rêvent de voir tomber. Renji pensait recevoir une alliance. Il a reçu une ombre.

Genre :
Romance
Auteur :
emmhrv
Statut :
Terminé
Chapitres :
43
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

PROLOGUE - Renji

Cette femme est trop calme.

Ça fait presque dix minutes qu’elle est dans ma salle d’interrogatoire. Dix minutes depuis que mes hommes lui ont retiré sa capuche et ont baissé le tour de cou qui lui couvrait la moitié du visage. Dix minutes qu’elle est attachée à l’unique chaise de la pièce, les poignets serrés contre les accoudoirs, les chevilles bloquées contre le métal froid.

Elle n’a pas supplié.

Elle n’a pas insulté.

Elle n’a pas donné son nom.

Elle observe.

Les murs nus. L’ampoule au plafond. La porte d’acier. Kazuo, adossé près de celle-ci avec son calme habituel. Moi. Puis, de nouveau, la pièce. Son regard glisse sur l’espace comme si elle en calculait les dimensions, les failles.

Ses yeux reviennent vers moi.

— Pourquoi il n’y a pas d’autres chaises ? demande-t-elle d’une voix neutre.

Kazuo tourne lentement la tête vers elle.

— Pardon ?

— Des chaises. Pour vous. Dans les interrogatoires, tout le monde est assis, normalement.

Je reste immobile. Les bras croisés, j’analyse l’anomalie.

Elle est menottée dans un sous-sol et sa première question concerne le mobilier.

Kazuo me regarde.

Je connais ce regard. L’amusement y affleure, dangereux et contenu.

— Non, dis-je d’un ton sec pour couper court.

Il parle quand même.

— Monsieur estime qu’en étant assis, il devient trop prévisible.

La femme cligne des yeux.

— Trop prévisible.

— C’est une question de rapport de force, je corrige sans hausser la voix.

Elle baisse les yeux vers ses poignets enserrés par l’acier. Puis vers ses chevilles entravées. Quand elle relève la tête, son visage est parfaitement sérieux.

— Oui. Heureusement que tu es debout. Si tu t’asseyais, même enchaînée, je serais encore beaucoup trop dangereuse.

Le silence qui suit est bref.

Kazuo baisse légèrement le menton. Je ne sais pas s’il retient un rire ou s’il prend une décision. Avec lui, la frontière est souvent mince. Une lame cachée sous une plaisanterie.

— Elle comprend vite, finit-il par lâcher.

— Kazuo.

Il lève à peine une main, paume ouverte en signe d’apaisement.

— Je parle de la chaise. Pas du rapport de force.

Kazuo se détache du mur et s’approche de la table métallique où mes hommes ont posé le contenu de ses poches.

— Badge temporaire, téléphone verrouillé, aucun papier, énumère-t-il.

Son ton n’a plus rien de léger. La bascule est immédiate.

— Et une caméra désactivée au vingt-septième étage, ajoute-t-il en relevant les yeux vers elle. Tu comprends pourquoi on a du mal à croire à une visite de courtoisie ?

Elle le regarde sans ciller. L’espace d’une seconde, l’air semble se figer entre eux.

— Je n’ai jamais dit que c’en était une.

Intéressant. Pas innocent. Pas stupide. Surtout, pas assez effrayée. Une intruse classique se débattrait, inventerait une histoire de livraison ou d’erreur. Elle assume l’effraction.

— Ton nom, j’ordonne en m’avançant d’un demi-pas.

Elle tourne les yeux vers moi. Le contact est direct.

— Tu as mon badge.

— Ton badge n’a pas de nom.

— Merde alors, lâche-t-elle d’un ton agaçant.

Kazuo inspire lentement par le nez.

Je ne le regarde pas. S’il sourit encore, je serai obligé de faire quelque chose à ce sujet, et je préfère garder mon attention sur la fille.

— Tu as été trouvée dans les bureaux Mizuno après la fermeture, avec un accès temporaire, sans papiers, le visage couvert et un téléphone verrouillé, je reprends en martelant les faits.

— Résumé flatteur.

— Incomplet, je rétorque. Une caméra a cessé de fonctionner trois minutes après ton arrivée au vingt-septième étage.

— Les caméras tombent en panne.

— Pas quand elles te filment lever la main vers elles juste avant.

Cette fois, elle se tait. Ses mâchoires se contractent très légèrement.

Voilà. Enfin une brèche.

Kazuo pose ses doigts sur le bord de la table.

— Tu n’es pas entrée par erreur.

Elle ne répond pas. Ses yeux fixent la surface métallique devant Kazuo.

— Tu savais où aller, continue-t-il, la voix plus basse. Tu n’as pas cherché une sortie. Tu as cherché quelque chose.

Son regard glisse vers lui. Un détail minuscule. Trop rapide pour un homme distrait.

Je ne suis jamais distrait. Elle a réagi au mot cherché.

— Qu’est-ce que tu cherchais ? demandé-je.

Elle relève le menton, défiant mon autorité avec une insolence qui commence à m’intriguer sérieusement.

— Ce qui m’appartient.

— Dans un bureau Mizuno ?

— Surtout dans un bureau Mizuno.

Je la fixe. J’évalue la tension dans ses épaules, la clarté de son regard. Elle choisit ses mots avec soin. Ce n’est pas une professionnelle envoyée par un clan rival. Elle parle comme quelqu’un qui a trop l’habitude de survivre dans des pièces où personne ne lui demande son avis.

— Dans quelques jours, une alliance entre les Sakamoto et les Mizuno sera scellée, dis-je en pesant chaque syllabe. Toute personne qui s’approche des dossiers de cette alliance devient mon problème.

Son visage ne change presque pas.

Presque.

Ses doigts se crispent sur l’accoudoir. Le cuir grince imperceptiblement sous sa prise.

— L’alliance, répète-t-elle d’une voix soudain plus blanche.

— Tu sais de quoi je parle.

— Malheureusement.

Kazuo tourne légèrement la tête vers moi.

Il a entendu la même chose que moi. Pas une ignorance. Pas de la surprise. Une rancœur tenace, profonde.

Mon téléphone vibre dans la poche de ma veste.

Je l’ignore une seconde, gardant les yeux rivés sur la fille.

Elle remarque le mouvement. Elle remarque tout. C’est irritant.

L’écran affiche le nom de mon oncle. Je n’ai pas le choix. Je décroche, portant l’appareil à mon oreille sans la quitter des yeux.

— Parle.

Sa voix est basse. Pressée. Une anomalie chez lui.

— La fille Mizuno a disparu.

Je ne bouge pas. Mon souffle reste régulier.

Kazuo se redresse contre le mur, captant le changement imperceptible dans mon attitude.

— Depuis quand ?

— Trente minutes. Peut-être moins. Ses parents viennent de l’admettre. Elle n’a pas ses papiers, mais elle a pu récupérer un badge d’accès temporaire au bureau de son père.

Mon regard revient sur la femme attachée à ma chaise.

Sweat noir.

Badge temporaire.

Pas de papiers.

Mauvaise attitude.

— Description, dis-je d’un ton monocorde.

L’homme au bout du fil hésite.

Je déteste les hésitations.

— Cheveux noirs. Vingt-six ans. Un grain de beauté sous l’œil gauche. Cicatrice fine sur la pommette droite.

Je regarde son visage. La description se superpose à la réalité avec une précision chirurgicale.

Le grain de beauté.

La cicatrice.

Bien sûr.

Évidemment.

Ma future femme ne pouvait pas simplement arriver par la porte principale comme une personne raisonnable.

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Bien écrit

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Intrigue captivante

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