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Le Contrat de Soie

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Résumé

À Paris, dans l’univers luxe et impitoyable de la mode, Antoine Vasseur, 30 ans, PDG charismatique et dominant réputé de la maison Loup Bleu, engage Noah Duvall, 25 ans, apprenti styliste timide et rongé par l’anxiété. Leur rencontre lors d’un entretien d’embauche bascule dans une relation professionnelle, puis intime, où les rôles de pouvoir s’entremêlent avec leurs peurs respectives.

Genre :
Lgbtq
Auteur :
Petit loup
Statut :
En cours
Chapitres :
10
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

Noah, 9h17, devant les portes de Loup Bleu


Le bâtiment de Loup Bleu se dressait comme une menace élégante : une façade de verre noir reflétant le ciel gris de Paris, striée de fines lignes dorées qui évoquaient des griffes de loup. Noah serra son portfolio contre sa poitrine, sentant le cuir usé du dossier trembler sous ses doigts. Respire. Juste un entretien. Juste un styliste parmi des centaines.

Pourtant, quelque chose clochait. Les portes automatiques s’ouvrirent avec un sifflement presque imperceptible, comme un soupir de prédateur. À l’intérieur, l’air était chargé : un mélange de parfum de cuir neuf et de café noir. Personne ne boit ici, songea Noah. Ou alors, ils n’ont pas le temps.

La réceptionniste, une femme aux lèvres rouge sang et aux ongles vernis noir, leva à peine les yeux de son écran.

— « Vous êtes ?

— « Noah. Noah Duvall. J’ai un entretien à 9h30 avec… » Sa voix se brisa.

— « Monsieur Vasseur vous attend. Troisième étage. Ascenseur à droite. » Elle désigna d’un geste las une porte en acier brossé, où un logo de loup était gravé dans le métal.

Noah avança, les semelles de ses baskets éculées crissant sur le marbre noir. Pourquoi ai-je mis ces chaussures ? Il aurait dû porter des richelieus. Ou au moins des chaussettes sans trou.

Les miroirs de l’ascenseur lui renvoyaient une image pitoyable : cheveux bruns en bataille, chemise froissée, il l’avait repassée trois fois la veille, mais le stress avait fait son œuvre, et cette tache d’encre sur le revers de la manche. Putain. Il tenta de l’essuyer avec son pouce, mais la tache s’étala, comme une toile d’araignée.

Un ding retentit. Les portes s’ouvrirent sur un couloir sombre, éclairé par des spots dorés qui projetaient des ombres en forme de loup sur le mur. C’est un piège. Il avança, comptant les portes : 1, 2, 3…La troisième était entrouverte. Une voix grave, calme, en sortait:

— « Si vous entrez en retard, c’est que vous n’en valez pas la peine.»

— « Désolé, je… »

— « Entrez. »

La pièce était immense, mais vide : un bureau en acajou, un fauteuil en cuir noir, et une fenêtre panoramique offrant une vue sur Paris. Comme un aquarium, songea Noah. Et moi, je suis le poisson.

Antoine Vasseur était assis derrière son bureau, les doigts joints, les yeux fixes sur Noah. Il portait un costume noir sur mesure, avec une cravate en soie d’un bleu si foncé qu’elle semblait noire. Une bague en argent, un loup aux yeux d’émeraude, brillait à son annulaire.

— « Asseyez-vous, Monsieur Duvall. » Sa voix était lisse, comme de la soie glissant sur du verre.

Noah obéit, les genoux tremblants. Le fauteuil était trop grand pour lui ; ses pieds ne touchaient pas le sol.

Antoine souleva un dossier , celui de Noah, sans doute. Il feuilletta les pages sans un mot, puis ferma le dossier d’un coup sec.

— « Vous avez 25 ans, un diplôme de l’école des Beaux-Arts, et aucune expérience en entreprise. » Il souria, mais ce sourire n’atteignit pas ses yeux. « Pourquoi devrais-j vous embaucher?»

Noah avalait sa salive.

— « Parce que je vois ce que les autres ne voient pas. » Il ouvrit son portfolio d’un geste brusque, faisant tomber un croquis par terre. Merde, merde, merde. Antoine ne bougea pas. « Par exemple ? »

Noah se baissa pour ramasser le dessin, une robe en soie noire, avec des motifs de loups brodés en fil d’or.

— « La collection automne hiver de Loup Bleu manque de… » Il hésita. « De vulnérabilité. »

Un silence. Antoine se pencha en avant, les coudes sur le bureau. « Vulnérabilité ? »

— « Oui. » Noah serra les poings sous la table. « Tout est parfait, trop lisse. Les gens veulent du vrai. Du brut. » Il montrait le croquis. « Regardez ça. La soie, c’est doux, mais si vous tirez trop fort, elle casse. Comme les gens. »

Antoine fixa le dessin. Puis Noah. « Vous parlez de la soie… ou de vous ? »

Noah rougit. « Les deux, je suppose. »

Antoine se leva, contourna le bureau, et s’approcha de Noah. Trop près. Noah sentit son parfum : bois de santal et bergamote, avec une pointe de tabac. « Vous avez peur, Monsieur Duvall. »

— « Non, je… »

— « Si. » Antoine effleura le dossier de Noah du bout des doigts. « Vous tremblez. »

Noah baissa les yeux. Sur le bureau, une araignée, minuscule, presque invisible, courut le long d’un classeur. Putain. Il recula instinctivement, heurtant le fauteuil.

Antoine sourit. « Vous avez peur des araignées. »

— « Et alors ? » Noah releva le menton, malgré tout.

— « Alors, c’est intéressant. » Antoine prena un stylo, un Montblanc noir et or, et le fit tourner entre ses doigts. « La peur, c’est comme la soie. Ça peut vous paralyser… ou vous rendre plus fort. »

Noah le fixa. « C’est une métaphore pourrie. »

Antoine éclata de rire , un son rauc, inattendu. « Enfin, un peu de caractère. » Il reposa le stylo. « Voici ce que je vous propose, Monsieur Duvall. Un essai de trois mois. Vous travaillerez sur une collection secrète. Si vous tenez le coup, vous restez. Sinon… » Il haussa les épaules. « Vous repartirez avec une recommandation. »

Noah cligna des yeux. « C’est tout ? Pas de… contrat à signer ? »

Antoine sourit, énigmatique. « Oh, mais il y aura un contrat. » Il tendit la main. « Bienvenue chez Loup Bleu. »

Noah hésita, puis serra sa main. La paume d’Antoine était chaude, ferme. « Merci. »

Quand il sortit du bureau, Noah remarqua quelque chose qu’il n’avait pas vu en entrant : au-dessus de la porte, une plaque en laiton avec une inscription :« Ici, on ne domine pas les autres. On se domine soi-même. »


Antoine, 9h40, après le départ de Noah


La porte se referma avec un clic sec, comme un verrou qui se ferme. Antoine resta immobile, les doigts posés sur le bureau, les yeux fixés sur la tache de café qu’il avait volontairement renversée plus tôt. Un test. Comme toujours.

Il soupira, puis attrapa le dossier de Noah. Les croquis étaient bruts, imparfaits et géniaux. Ce gamin avait du talent, mais surtout, il avait peur. Pas la peur stupide des faibles, non : une peur qui le poussait à se dépasser. Comme un loup blessé qui montre les dents pour cacher sa blessure.

Antoine ferma les yeux. Il revit Noah :

Ses doigts qui tremblent en feuilletant son portfolio.

Son regard fuyant quand il avait mentionné l’araignée.

Sa réplique cinglante : « C’est une métaphore pourrie. »

Personne ne lui parlait comme ça. Pas ses employés, pas ses partenaires de jeu, pas même ses rivaux. Et pourtant, ce gamin en baskets l’avait fait sourire. Vraiment sourire.

Il ouvrit le tiroir de son bureau, en sortit un contrat vierge, pas celui des RH, non : son contrat. Celui qu’il réservait aux soumis potentiels. Le papier était épais, ivoire, avec une bague de loup estampillée en filigrane. Il caressa le document du bout des doigts, comme on caresse une proie.

Pourquoi lui ?Parce que Noah ne sait pas encore qu’il était fait pour ça. Pour se soumettre, non par faiblesse, mais par choix. Parce qu’il avait besoin de structure, de limites… et Antoine, lui, avait besoin de quelqu’un qui ose le défier.

Il regarda la plaque au-dessus de la porte : « Ici, on ne domine pas les autres. On se domine soi-même. » Menteur. Il dominait tout : son empire, ses désirs, ses peurs. Sauf une chose : cette envie soudaine de voir Noah à genoux devant lui… pas par obligation, mais parce qu’il aurait choisi de l’y mettre.

Antoine sourit, lentement. Il prend son stylo Montblanc et écrivit une note sur un Post-it :« Noah Duvall – Atelier 3, 14h. Apportez vos croquis… et votre courage. »

Il collait le mot sur son écran, puis se renversa dans son fauteuil. Demain, il testerait Noah. Pas avec des ordres, non : avec de la soie, des ciseaux, et un jeu bien plus dangereux qu’un entretien.

Dehors, la pluie commença à tomber sur les vitres. Antoine ferma les yeux.

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