Dédicace
TX5, La Cyberattaque Les aventures de
John Antoine Nathan Indiana
Art
Antoine Arru
Copyright © 2025 . Dédicace
À ceux qui ont trouvé l’instant pour oublier leurs livres sur le tableau de bord de leurs voitures, sur un banc d’une gare ferroviaire, dans un aéroport ou tout autre lieu improbable. Que cette aventure vous rappelle que l’imagination n’a pas de frontières, peu importe où vous vous trouvez. Puissent ces pages vous transporter vers des horizons nouveaux et éveiller en vous la curiosité et l’émerveillement, peu importe le chemin que vous empruntez. Episode précédent
Cela faisait presque trois ans que notre agence de détectives survivait dans cet îlot de béton ravagé, coincé entre une ligne de métro suspendue et des ruelles où les sirènes résonnent plus souvent que les rires. Trois ans à fouiller les entrailles de la ville, à s’enfoncer là où même les drones de police hésitent à voler. Alors quand un nouveau client s’est pointé ce matin-là, l’air défait et les mains crispées sur un chapeau hors de prix, j’ai su que ça ne serait pas une affaire banale.
Il voulait une enquête parallèle. Pas une de ces broutilles sentimentales que les gens nous confient en espérant une vérité qu’ils ne sont pas prêts à entendre. Non. Cette fois, il s’agissait de meurtre. Le sien, celui de son fils. Exécution nette, balle dans le dos, tir silencieux. Un assassinat méticuleux, sans bavure. Le genre de crime qui ne s’improvise pas, surtout quand la famille concernée appartient au cercle restreint des dynasties financières juives qui tiennent une partie des flux d’or quantique de la ville.
Le père accusait un fanatique religieux, ou quelque chose qui y ressemblait. Un cerveau lavé, préparé pour tuer, programmé peut-être dans ce futur, la frontière entre croyance et manipulation mentale est aussi floue que la fumée des néons dans les rues.
Mais ce qu’il ne disait pas attirait davantage mon attention. Pourquoi ce fiston-là ?
Un héritier éliminé, ça rime rarement avec hasard.
Alors j’ai commencé à dresser mentalement ma liste :
– Les coffres d’argenterie intelligente ?
– Les investissements familiaux dans l’or fractal ?
– Une clause obscure d’assurance-vie à sept zéros ?
– Un membre de la famille prêt à hériter trop vite ?
– Une ancienne dette que la mort seule pouvait effacer ?
Chaque piste sentait la poudre et le mensonge. Et chaque mensonge promettait un couloir sombre où je devrais m’aventurer.
Pour souffler un instant, j’ai sorti ma Gibson Les Paul, une vieille compagne qui grince plus qu’elle ne chante, mais qui a le mérite de ne jamais me trahir. J’ai ouvert un bourbon dix ans d’âge, celui que je garde pour les jours où les dossiers commencent à sentir le chaos. Les premières notes ont rempli l’air, justes, graves, comme un interrogatoire qui démarre.
Dans ce métier, on n’a que peu d’alliés. Moi, j’ai ma guitare… . Ça m’aide à garder les idées droites quand le sang commence à recouvrir les pavés.
Et au-dessus de tout ça, dans les replis du temps, une autre ombre s’étirait. Celle du futur lointain où l’humanité a percé les secrets du voyage temporel.
John-Antoine Nathan Indianart, gardien de la machine à traverser les siècles, surveille les lignes du temps comme un profiler examine une scène de crime. Il sait que chaque meurtre laisse des traces… même dans les époques que personne n’a encore vécues.
Et j’ai le pressentiment que son destin finira par se mêler au mien. Dans une enquête, il n’y a jamais de coïncidences. Juste des vérités qui patientent dans l’ombre.
*** TX5, La Cyberattaque
Prologue Depuis la dernière affaire, je m’étais barricadé dans mes quartiers, loin du bruit, loin des gens, loin de moi-même. Le silence avait quelque chose d’étrangement confortable, comme une vieille couverture humide qu’on garde par habitude. Je passais mes journées à ronger mes pensées : ma solitude, mes absences, et cette étrange relation que j’entretenais avec Anne-Charlotte, ma compagne à moitié fantôme dans ma vie.
Je dis mes quartiers comme un militaire fatigué dirait ma caserne. À force de traîner avec des officiers et des capitaines de navires intergalactiques, j’avais dû absorber un brin de leur jargon : bétonné, binard, bouffer de la viande, et d’autres expressions qui sentent la sueur des hangars spatiaux. Rien qui me ressemble, mais dans ce métier enquêter, survivre, disparaître on finit par adopter la langue du danger.
Anne-Charlotte et moi, on n’était pas un couple ordinaire. À vrai dire, on n’était un couple qu’à la façon de deux ombres décidant parfois de marcher côte à côte. On ne se voyait qu’une ou deux fois l’an, et pourtant, on se disait fidèles… fidèles à notre manière, disons. Le seul pacte vraiment solide qu’on avait scellé, c’était celui qui nous autorisait à chercher ailleurs ce que nous ne partagions plus ensemble. Le sexe. Un mot réduit au silence chez nous dès la première semaine, sans drame, sans rupture : il s’était éteint tout seul.
Alors on avait transformé le manque en jeu, en défi, en débat philosophique tordu. On se racontait nos corps étrangers, nos aventures éphémères, comme deux confesseurs qui se livrent leurs péchés sans jamais demander l’absolution.
— Non, vraiment, seulement deux fois en six mois, dit-elle un soir, comme on annonce un mauvais bilan médical. Un grand blond de New-York, d’origine russe et polonaise. Et une femme de trente ans… une beauté. Avec elle, c’était encore meilleur qu’avec le Russe. Et puis, évidemment… ma machine. Un masturbateur de dernière génération.
— Une machine sexuelle ? Une lécheuse branleuse ?
— Oui. Un modèle « lécheur », silicone médical, très efficace.
Elle disait ça comme on parle de la météo. Moi, je n’avais rien à lui offrir en retour. Pas une histoire, pas un souffle. Un désert. Et pas n’importe lequel : celui où même les ombres meurent de soif. L’Atacama à côté, c’était un parc aquatique.
Trois mois qu’on ne s’était pas revus. Anne revenait tout juste d’un reportage aux États-Unis, les yeux cernés mais brillants, et elle avait ramené un film qu’elle brûlait de nous faire regarder entre amis. Elle ignorait à quel point son absence avait creusé mes nuits.
Et moi, j’ignorais encore que l’enquête qui allait frapper à ma porte, une affaire lourde, obscure, suintant la mort et les mensonges allait tout avaler : nos jeux, nos pactes, nos solitudes, et même ce futur intergalactique dont les rumeurs commençaient à frôler les murs de la ville comme une menace encore silencieuse.
Encore quelques heures, et ma vie quitterait le désert : elle plongerait dans une nuit sans fin.

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