Juste quelques minutes
Note de l’auteurPersonne ne s’attend à ce que le quotidien bascule en quelques secondes. On croit dur comme fer que notre vie est un tracé linéaire, sécurisé par nos habitudes, nos routines et la certitude que “ce genre de chose n’arrive qu’aux autres”.48 Heures à perdre est né de cette certitude fragile.Cette histoire n’est pas seulement une fiction ou un thriller haletant ; c’est un miroir tendu vers notre vulnérabilité. En écrivant ces pages, j’ai voulu explorer l’impensable : ce moment précis où le confort d’une vie de famille se fissure et laisse place à l’urgence pure. Mon objectif, au-delà de vous faire frissonner, est de vous rappeler que chaque seconde compte.
La tragédie que traverse Julie aurait pu frapper n’importe lequel d’entre nous, un matin banal, entre deux commissions et un café pris à la va-vite. Je partage ce récit comme une mise en garde, un rappel à la vigilance, mais aussi comme un hommage à la résilience parentale.Lisez ces pages en gardant à l’esprit que ce qui arrive aux personnages de ce livre est une réalité possible pour chacun. Puissent ces 48 heures de tension vous amener à chérir, avec une intensité nouvelle, chaque instant de paix que vous vivez avec ceux qui vous sont chers.
Stéphan Fortin
Le soleil de juin filtrait à travers les vitres de la berline, chauffant doucement la peau des enfants. Dans le rétroviseur, Stéphan vit le visage de sa fille, Marine, trois ans, endormie avec son ourson en peluche, et juste à côté, le siège auto de Laure, six mois, immobile sous sa couverture légère.
— Juste quelques minutes, les amours, murmura Julie en se garant devant la station-service de la route 138.Elle embrassa son mari avant de sortir, le cœur léger, une routine millimétrée comme chaque matin. L’air était vif, le ciel d’un bleu limpide. À l’intérieur de la station, une odeur de café brûlé et de journaux frais l’accueillit.
Elle marcha vers le comptoir, son esprit déjà tourné vers la journée de travail qui l’attendait à L’Écho des Vagues.
— Un café noir et un muffin, s’il vous plaît, demanda-t-elle à la caissière.Elle glissa sa carte dans le terminal. Le bip sonore fut sec, autoritaire. “REFUSÉE”. Julie fronça les sourcils. Elle réessaya, ses doigts tremblant légèrement. Encore une fois, l’écran afficha ce mot glacial. La frustration commença à monter. Elle jeta un coup d’œil par la grande baie vitrée : sa voiture était là, immobile. Les enfants ne bougeaient pas. Tout semblait normal.À quelques mètres de là, à l’extérieur, un homme nommé Marc, le visage caché par une casquette usée, observait la scène. Il était acculé, ses dettes le poursuivaient, et la vue de cette berline, moteur tournant, sans surveillance, fut pour lui comme un signe du destin.
Ses mains tremblaient, mais pas par remords. Par pur besoin.Il s’approcha, ouvrit la portière conducteur et s’installa. Il ne prit pas le temps de regarder à l’arrière. Il était concentré sur le levier de vitesse. Il passa la marche arrière, le moteur rugit. À l’intérieur du magasin, Julie se retourna au moment précis où le moteur vrombissait. Son cœur s’arrêta.
— Non ! cria-t-elle, ses mains se projetant contre la vitre.La voiture recula, pivotant sur elle-même. Elle se rua vers la porte, manquant de trébucher sur le seuil. Elle courut sur l’asphalte brûlant, ses cris déchirant le calme matinal.
— Mes enfants ! Non, mon Dieu !La voiture s’engagea sur la route principale, accélérant dans un nuage de poussière. Le voleur, Marc, avait le volant en main, son esprit focalisé sur la fuite. Il ne remarqua pas tout de suite le changement de poids, la forme inhabituelle sur la banquette arrière.C’est alors qu’un bruit étouffé, un petit grognement, lui parvint de derrière.
Marc sursauta, ses yeux se fixant sur le rétroviseur. Le monde sembla basculer. La petite Marine venait de se réveiller, ses yeux immenses, remplis de terreur, fixés sur le dos de cet inconnu. À ses côtés, le bébé commença à pleurer. La panique, froide et tranchante, envahit Marc. Il n’était pas un kidnappeur. Il était un voleur à la petite semaine, poussé par le désespoir. Mais maintenant, il avait deux enfants.
La panique le submergea. Il savait qu’il ne pouvait plus reculer. Il se dit, dans un élan de folie pure, que ces enfants étaient devenus un obstacle, mais aussi, peut-être, une monnaie d’échange monstrueuse qu’il pourrait vendre.Il appuya sur l’accélérateur, sa conduite devenant erratique, dangereuse, slalomant entre les voitures, ignorant les limitations. Chaque virage envoyait les sièges auto valser, les pleurs devenant des hurlements. De son côté, Julie, en état de choc total, avait composé le 911. Sa voix était méconnaissable, brisée.
— Allô, police ? Ma voiture... mes enfants... on me les a volés !Au poste, c’est Lucas, une nouvelle recrue, qui décrocha. Il n’avait que quelques mois d’expérience, mais une intelligence rare, presque mathématique, pour l’analyse de données. Il entendit le désespoir dans la voix de la femme et, instantanément, il passa en mode opératoire.
— Madame, écoutez-moi. Je suis l’agent Lucas. Donnez-moi la marque de la voiture, la plaque, et votre localisation exacte. Respirez, je vous en prie.Lucas commença à tapoter frénétiquement sur son clavier. Il n’avait aucune procédure préétablie pour une telle urgence, alors il en créa une. Il visualisa la ville comme un échiquier. Il connaissait les recoins, les impasses, les zones de surveillance.
— J’ai 48 heures, pensa-t-il, les mâchoires serrées. S’il n’est pas intercepté avant, les traces se perdront dans les méandres du marché noir.Il envoya une alerte générale sur toutes les fréquences. Il activa le réseau de caméras de circulation de la ville. Les images défilaient sur son écran : la berline grillait un feu rouge à l’angle de la rue principale, puis un autre.
— Il panique, murmura Lucas. Il va faire une erreur.À l’autre bout de la ville, Marc, ivre de stress, vit une patrouille au loin. Il donna un coup de volant brusque, manquant de sortir de la route. La voiture dérapa, percutant un muret de béton. Le choc fut violent. À l’arrière, les cris cessèrent un instant, remplacés par un silence effrayant.Lucas, devant son écran, vit la voiture disparaître d’une caméra, puis réapparaître deux rues plus loin, avec une aile avant enfoncée.
— Il est blessé ou il est dangereux, analysa Lucas. Il ne s’arrêtera pas.Le jeune policier se leva, saisissant sa radio.
— Ici l’unité 402, je demande un déploiement massif. Barrages, hélicoptères, tout ce que vous avez. Il a deux enfants à bord, répète, deux enfants.Le ciel commença à se remplir du vrombissement des pales d’hélicoptères. La ville, d’ordinaire si paisible, se transforma en une traque effrénée.Stéphan Fortin, qui suivait l’évolution de la situation depuis le poste de commandement improvisé, sentait la tension monter à chaque seconde.
Il savait que chaque minute perdue était une minute de vie volée. La course contre la montre ne faisait que commencer, et le décompte des 48 heures était déjà entamé, impitoyable.Marc, lui, ne voyait plus que la route qui s’étirait devant lui. Il sentait la pression des forces de l’ordre se refermer comme un étau. Il n’avait plus de plan, seulement la peur et la nécessité de survivre, peu importe le prix.
Et dans ce jeu de hasard tragique, les vies de Marine et Laure ne pesaient pas plus lourd, dans son esprit détraqué, que la liberté qu’il tentait désespérément de préserver.La chasse était lancée, une danse macabre à travers les rues de la ville, où chaque décision, chaque erreur de conduite, chaque manœuvre désespérée pouvait signer la fin de tout ce que Julie possédait de plus cher. Le silence était rompu, l’espoir était suspendu à un fil, et le jeune policier, Lucas, n’avait plus qu’une mission : briser le cycle avant que le temps ne soit écoulé.








![The Moon's Weapon : the cursed mate [ MOVING TO GALATEA]](https://cdn-gcs.inkitt.com/vertical_storycovers/ipad_123f31099804e79c6de11657975bcaae.jpg)