Chapitre 1
Je regardais sur mon téléphone l’itinéraire pour ce nouveau boulot, à vélo, j’en avais pour une heure ! Encore heureux que c’était bien payé sinon je n’aurais jamais accepté d’y aller.
J’étais enfin en vacance, complètement épuisée par la fac de médecine cumulée aux petits boulots à gauche et à droite mais je ne pouvais pas me permettre de me reposer, alors quand l’agence me proposait d’aller faire des ménages dans des baraques luxueuses, je sautais toujours sur l’occasion, c’était ceux qui rapportaient le plus si on bossait bien.
Je pédalais à mon rythme sous un soleil brûlant jusqu’à me retrouver en pleine campagne, cette maison avait l’air vraiment isolé, je me demandais bien qui pouvait vivre là-dedans...
Marlène m’avait prévenu avant que j’accepte ce poste:
" Sois discrète, ne pose pas de questions, fais bien ton travail sans parler à quiconque et ça se passera bien !”
Ce qui n’était pas franchement pour me rassurer mais je me disais que si Marlène avait pu travailler là-bas pendant six ans sans soucis, je devrais m’en sortir. Surtout qu’elle partait uniquement parce qu’elle voulait prendre sa retraite.
J’arrivais enfin à destination en m’enfonçant au milieu d’une large allée bordée de chênes jusqu’à me retrouver bloquée par un gigantesque portail en fer forgé duquel je pouvais apercevoir la maison au fond de l’allée.
Wow, cette baraque est immense !
On dirait plutôt un genre de manoir et avec sa façade en brique rouge, son style me faisait penser à une magnifique maison de maître ! J’allais avoir un boulot fou dans un endroit aussi grand ! Les deux heures de travail prévues par jour me paraissaient clairement insuffisantes.
Un homme grand et costaud en costume noir, qui semblait effectuer un travail de surveillance, s’approcha de la grille, l’air menaçant.
" Bonjour, je suis la nouvelle femme de ménage. C’est ma première journée, alors je ne sais pas trop si je dois emprunter cette entrée ou s’il y en a une autre !”
" Carte d’identité !” m’ordonna-t-il froidement en tendant sa main à travers la grille.
M’exécutant rapidement, il la détailla longuement puis me la rendit.
“Entrez Mlle Galiani”, le patron veut vous parler avant que vous ne commenciez.” me dit-il en ouvrant la lourde grille.
Je le suivais, terriblement impressionné par cet endroit, il y avait des groupes d’hommes qui discutaient devant la maison et je remarquais rapidement qu’ils semblaient tous être armés, ce qui ressemblait à une crosse d’arme à feu dépassait de certaines ceintures. L’homme que je suivais l’était probablement aussi, ça devait juste être caché sous sa veste de costume !
Où étais-je donc en train de mettre les pieds ?
Les battements de mon cœur s’accéléraient. Je commençais à penser à faire demi-tour, tant pis pour l’argent ! Je tenais bien plus à rester en vie !
Me voyant ralentir soudainement le pas, l’homme en costume se retourna et m’attrapa brutalement le bras.
" Ma petite, tu ne vas pas me faire perdre mon temps, je n’ai pas la patience pour ça !” me dit-il en me traînant à moitié pour me faire entrer dans la maison.
" Lâchez-moi, je peux marcher toute seule, vous me faites mal !”
J’avais tellement peur que je n’arrivais même pas à voir à quoi ressemblait l’intérieur de la maison. Il continua à me tirer par le bras en traversant la grande pièce jusqu’à ce que nous arrivions dans un couloir pour finir par m’immobiliser devant une porte.
Il toqua deux fois et une voix grave lui répondit d’entrer. Il ouvrit la porte et me propulsa à l’intérieur de la pièce assez violemment pour que je tombe sur les genoux.
"C’est la nouvelle femme de ménage, clairement pas le même genre que la dernière, celle-ci je la plierai bien sur une table !” commenta-t-il de façon déplacer en me reluquant.
“Tarik ! Ça suffit ! retourne travailler !” ordonna la voix grave.
Je me relevais en regardant l’homme qui venait de parler et un frisson parcouru tout mon corps.
Il n’était pas juste beau, il était dangereusement séduisant, des yeux verts sombres, une carrure imposante, une mâchoire carrée, des cheveux bruns épais et brillants et des superbes tatouages qui dépassaient des manches retroussées de sa chemise. Son charisme imposait le respect et la peur sans bouger le moindre petit doigt.
Je ne savais pas si les frissons qui parcouraient mon corps étaient dus à la peur qu’il m’évoquait ou à l’attirance animale que je ressentais rien qu’en le regardant.!
" Alors, qu’avons nous ici…Mlle Alice Galiani, étudiante en médecine, fauchée, fille de deux cas sociaux déplorables et habitant seule dans un minuscule appartement au 25 rue Jules Verne.” récitait-il en regardant son écran d’ordinateur.
Aie, cette description faisait mal même si tout était vrai, ce n’était franchement pas agréable à entendre.
" Comment vous savez tout ça, moi je ne connais même pas votre nom, c’est l’agence qui est censée avoir tous ces détails privés, pas vous !”
" J’enquête toujours sur les gens avant qu’ils ne mettent les pieds ici, mesure de précaution...”
Il se leva pour se placer devant son bureau en s’appuyant dessus, les bras croisés. Je ne pouvais pas empêcher mes yeux de détailler son corps sculpté, sa chemise semblait prête à craquer tant ses muscles l’étiraient.
Il avait dû s’en rendre compte parce qu’il affichait un petit sourire en coin suffisant avant de reprendre son discours sérieusement.
" Alors Alice, c’est bien simple, tu seras bien payé mais en contrepartie, tu te fais toute petite, tu ne poses aucune question, tu ne déranges personne, tu travailles vite et bien et surtout tu ne parles de cet endroit ou de moi à absolument personne sinon ça finira très mal pour toi ! Si tu respectes tout ça à la lettre, ça se passera bien et t’arrivera peut-être à finir tes études sans mourir d’épuisement avant...”
Je levais les yeux vers lui mais son regard était tellement intense et j’étais trop stressée pour réussir à le soutenir alors je baissais les yeux timidement.
" C’est compris, je ne ferai pas de vagues, je vous le promets.”
" Bien, bonne fille. Tu peux aller voir Greta en cuisine, elle te montrera où tu pourras trouver tout ce dont tu auras besoin.” me dit-il en se rasseyant derrière son bureau.
Je hochais la tête en sortant. Dans le couloir, je reprenais un souffle que je n’avais pas réalisé avoir perdu. Je ne m’attendais pas à ça avant de venir ici !
Je rejoignais la pièce principale pour trouver la cuisine en croisant de nombreux hommes qui me reluquaient sans gêne en se léchant les lèvres. Heureusement que j’avais mis un jean boyfriend et un t-shirt court mais large pour cacher un peu mes formes, je voulais juste être à l’aise pour travailler mais j’y ferai encore plus attention avant de venir ici.
J’arrivais dans la cuisine, elle était très grande, les plans de travail semblaient être en marbre et les meubles en bois noble. Une femme d’une cinquantaine d’année s’y affairait.
" Bonjour, vous êtes Greta ?” lui demandai-je.
Elle se retourna en me souriant, elle avait l’air gentille avec son visage rond et ses petites lunettes.
" Alice, on m’a prévenu de ta venue. Premier jour, hein ! Ça doit te faire drôle !”
" Oh que oui, c’est plus que surprenant!”
" Je me doute ! Ne t’inquiète pas, respecte bien les règles et ça ira. ”
Après qu’elle m’ait montré le cagibi qui contenait tout le matériel que j’allais devoir utiliser, je me demandais par quoi commencer...
Peut-être par le premier étage, je croiserais moins de monde, ce serait plus facile pour la première journée si je pouvais travailler tranquillement.
C’était principalement des chambres et des salles de bains avec wc attenantes pour chacune d’elles. Je passais l’aspirateur partout, nettoyais les douches, toilettes et lavabos et les heures défilaient à toutes vitesse, j’étais en sueur et je ne voyais pas comment m’en sortir dans un endroit si grand, heureusement que tout était plutôt propre sinon je n’aurais pas pu faire autant en deux heures.
Je faisais les aller-retours pour tout remettre dans le cagibi avant de partir quand un homme arriva derrière moi, je continuais à marcher en l’ignorant, espérant qu’il fasse de même.
" Hé, ma jolie ! Je peux te montrer ma chambre si tu veux te détendre un peu après le travail !”
Je marchais toujours sans me retourner. Il m’attrapa le bras et me plaqua contre le mur sans ménagement en serrant mon cou d’une main.
" Tu m’ignores pas comme ça, pétasse ! Tu devrais être aux anges que je montre de l’intérêt à une pauvre fille comme toi !”
Quelqu’un arriva vers nous, l’homme s’écarta de moi aussitôt et reprit son chemin comme si de rien n’était. C’était Greta, qui me rejoignit rapidement, inquiète.
“Tu vas bien, Alice, il t’a fait du mal ?”
“Non...heureusement que tu es arrivée...j’ai eu peur...” lui répondis-je encore choquée.
“Je vais en parler au patron, il ne faut pas laisser ce genre de comportement se reproduire. Il fera ce qu’il faut, j’en suis sûre ! Allez, viens, je te raccompagne en bas, tu es toute tremblante.”
Je la suivais et me dépêchais de récupérer mon vélo pour m’éloigner de cet endroit oppressant. L’homme en costume de tout à l’heure m’ouvrit la grille et j’enfourchai mon vélo en pédalant aussi vite que je le pouvais.
Je n’avais aucune envie de revenir mais je repensais à toutes ces informations qu’ils avaient sur moi et ma famille et je comprenais que si je voulais pouvoir être sereine, il fallait que je revienne au moins demain pour expliquer ma décision, peut-être qu’il se montrera compréhensif et que je pourrais rester loin de cette maison à tout jamais...