:PROLOGUE
IL ÉTAIT UNE FOIS LE GAIJIN DE L'ATLAS
Le désert était silencieux.
Pas un silence vide.
Un silence ancien.
Le genre de silence qui existait bien avant les royaumes, bien avant les empires, bien avant les hommes.
Au-dessus des dunes, des milliers d'étoiles éclairaient le ciel du Sahara.
Autour d'un feu, des voyageurs, des commerçants, des enfants et des anciens s'étaient réunis pour la nuit.
Au centre du cercle était assis un vieil homme.
Sa peau sombre portait les traces du soleil et du temps.
Ses cheveux étaient devenus blancs.
Ses mains étaient ridées mais puissantes.
On l'appelait Abu.
Certains disaient qu'il venait des terres situées au-delà du Sahara.
D'autres prétendaient qu'il avait parcouru le monde entier.
Abu ne répondait jamais.
Il se contentait de sourire.
Ce soir-là, une caravane venue de l'Est était arrivée au campement.
Parmi les voyageurs se trouvait un marchand.
Il avait les mains tachées d'encre et les yeux de quelqu'un qui avait vu trop de choses pour les oublier.
Il parlait d'un guerrier africain arrivé autrefois au Japon.
Un homme gigantesque.
Un homme que les seigneurs de guerre respectaient.
Un homme appelé :
Yasuke.
Les enfants écoutaient bouche bée.
Le marchand termina son récit.
Puis il croisa les bras et dit, comme pour clore le sujet :
— Les chroniques japonaises parlent encore de lui. Je l'ai lu de mes propres yeux.
Un jeune garçon leva la main.
— Était-il le seul ?
Le marchand haussa les épaules.
— À ma connaissance...
Il n'acheva pas sa phrase.
Tous les regards s'étaient tournés vers Abu.
Le vieil homme observait les flammes.
Longtemps.
Très longtemps.
Comme s'il regardait des souvenirs perdus dans le feu.
Finalement, il sourit.
— Non.
Les enfants se rapprochèrent.
— Yasuke n'était pas le seul.
Le marchand fronça les sourcils.
— Vous en avez connu un autre ?
Abu leva lentement les yeux.
— J'ai connu un homme qui a vécu mille vies.
Le vent souffla entre les dunes.
Personne ne parla.
— Au Japon, certains l'appelaient le Gaijin. En Amérique, le Lion d'Asie. Et lorsqu'il revint enfin dans son pays natal, les hommes lui donnèrent un dernier nom.
Abu marqua une pause.
Les flammes se reflétaient dans ses yeux.
— Le Lion de l'Atlas.
Une petite fille, assise au premier rang, leva la tête.
— Comment était-il ?
Le vieil homme la regarda un moment.
Puis il répondit doucement :
— Pour toi...
— Il était ton grand-père.
Un murmure parcourut l'assemblée.
Abu s'adossa à sa selle et leva les yeux vers les étoiles.
— Je m'appelle Abu. Et ce soir, je vais vous raconter son histoire.
Il laissa le silence revenir une dernière fois.
Puis prononça le nom qui traverserait les océans, les guerres, les empires et les siècles.
— Son nom était Ashim.








