Le Jardin (Al Jannah) par J. M. Lyne chez Inkitt
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Le Jardin (Al-Jannah)

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Résumé

Le Jardin Au cœur des montagnes d'Alamût, Sohan, jeune disciple de l'Ordre des Assassins, reçoit une récompense aussi rare que mystérieuse : un breuvage réservé aux plus fidèles. Cette nuit-là, il ouvre les yeux dans un jardin qu'aucune carte ne mentionne. Un jardin où les roses ne fanent jamais. Où un vieux pommier ploie sous des fruits d'un rouge éclatant. Où le temps semble s'être arrêté. Là, il rencontre Soraya. Une jeune femme aux yeux d'émeraude qui semble l'attendre depuis toujours. Elle connaît son nom. Elle connaît Alamût. Et pourtant... elle refuse de lui dire qui elle est. À chacune de leurs rencontres, leur lien se renforce tandis que les silences deviennent plus lourds de sens. Lorsque le Vieux de la Montagne confie à Sohan une mission dans le monde réel, le jeune disciple ignore qu'il s'apprête à mettre au jour un secret enfoui depuis des années... un secret capable de bouleverser tout ce qu'il croyait savoir sur son maître, sur le Jardin... et sur la femme qu'il aime. Car certains lieux ne sont pas des rêves. Et certaines rencontres défient même la mort. Le Jardin est un roman mêlant romance, mystère, spiritualité et histoire, inspiré de la légende des Hashashin, où chaque vérité en cache une autre et où l'amour pourrait bien être plus fort que le temps lui-même.

Genre :
Romance
Auteur :
J. M. Lyne
Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapitre 1 — Celui que le jardin choisit

« Tu crois chercher le jardin. En vérité, c’est le jardin qui t’a choisi. »

— Parole attribuée au Vieux de la Montagne


On raconte beaucoup de choses sur Alamut.

Certains disent que c’est une forteresse bâtie par des hommes qui voulaient défier le ciel.

D’autres racontent que ses murs ont été élevés pour protéger des secrets que le monde n’était pas prêt à connaître.

Les marchands venus des plaines parlent d’une montagne imprenable, d’un nid d’aigle posé entre les rochers.

Les soldats parlent d’un lieu maudit.

Les croyants parlent d’un sanctuaire.

Moi, je sais seulement qu’Alamut était l’endroit où j’ai cessé d’être un enfant.

J’avais vingt-deux ans lorsque j’ai franchi pour la première fois ses portes de pierre.

Je me souviens encore du poids de mon sac sur mes épaules.

Du froid qui mordait mes doigts.

Du vent qui traversait ma tunique comme si la montagne voulait savoir si j’étais assez solide pour rester.

Je n’étais pas venu chercher la gloire.

Je n’étais pas venu chercher le pouvoir.

Je n’étais même pas certain d’être venu de mon plein gré.

Certains hommes choisissent leur destin.

D’autres sont simplement poussés vers lui.

J’ignorais encore dans quelle catégorie je me trouvais.


La première chose que l’on apprenait à Alamut était le silence.

Pas celui qui naît de la peur.

Celui qui vient de l’écoute.

Les anciens disaient qu’un homme qui parle trop finit par révéler ses faiblesses.

Un homme qui écoute apprend celles des autres.

Alors nous apprenions à observer.

Le mouvement d’une main.

La direction d’un regard.

Le changement d’une respiration.

Avant d’apprendre à manier une lame, nous apprenions à comprendre les hommes.

Le Vieux de la Montagne disait :

« Celui qui ne connaît pas l’esprit de son ennemi ne connaît pas encore son propre cœur. »

Je ne l’avais rencontré qu’une seule fois.

La première semaine de mon arrivée.

Je m’attendais à voir un vieillard fatigué, un homme dont les années auraient effacé la force.

Je découvris un homme qui n’avait plus besoin de montrer sa puissance.

Il était grand.

Très mince.

Son visage portait les marques du temps comme une carte ancienne.

Mais ce furent ses yeux qui me frappèrent.

Des yeux verts.

Profonds.

Froids.

Les mêmes yeux que ceux des hommes qui ont trop vu et qui ne sont plus impressionnés par rien.

Quand il m’avait regardé, j’avais eu l’étrange sensation qu’il ne cherchait pas à savoir qui j’étais.

Il cherchait à savoir ce que je deviendrais.



Les mois qui suivirent furent difficiles.

Certains abandonnèrent.

D’autres furent renvoyés.

Quelques-uns changèrent tellement qu’ils semblaient être devenus des étrangers.

Moi, je restai.

Je ne saurais pas dire pourquoi.

Peut-être parce que je n’avais rien qui m’attendait ailleurs.

Peut-être parce qu’une partie de moi avait toujours cherché un endroit où déposer le poids que je portais.

On croit souvent que les hommes rejoignent les ordres comme celui du Vieux de la Montagne parce qu’ils désirent devenir puissants.

C’est faux

La plupart viennent parce qu’ils sont perdus.

Ils cherchent une raison de continuer.

Une direction.

Une réponse.

La montagne ne donne aucune réponse.

Elle pose seulement de meilleures questions.



La nuit où tout commença, je revenais d’un entraînement.

Mes mains étaient couvertes de sang.

Pas celui d’un ennemi.

Le mien.

J’avais passé des heures à répéter les mêmes mouvements jusqu’à ce que mes bras refusent presque de m’obéir.

La lune éclairait les murs d’Alamut lorsque je fus arrêté par un garde.

— Sohan.

Je m’arrêtai.

— Oui ?

— Le Maître veut te voir.

Mon cœur accéléra légèrement.

Je ne savais pas pourquoi.

Le Vieux ne convoquait jamais un disciple sans raison.

Je suivis le garde à travers les couloirs.

Plus nous avancions, plus le bruit de la forteresse disparaissait.

Les voix.

Les pas.

Le métal des armes.

Tout s’effaçait.

Il ne restait plus que le silence.

Lorsque la porte s’ouvrit, je le trouvai assis devant une table où reposait une petite coupe de pierre.

Il ne leva pas immédiatement les yeux vers moi.

— Approche.

Je m’inclinai.

— Maître.

Il observa mes mains.

— Tu t’entraînes trop.

Je fus surpris.

— Je pensais que l’excès était nécessaire pour progresser.

Un léger sourire passa sur son visage.

Presque invisible.

— C’est ce que pensent les jeunes hommes.

Il prit la coupe.

— Ils confondent toujours la force avec la souffrance.

Il me tendit le récipient.

Une boisson sombre.

L’odeur était étrange.

Douce.

Amère.

Enivrante.

— Bois.

Je regardai la coupe.

— Qu’est-ce que c’est ?

Le Vieux me fixa.

— Une porte.

Je ne compris pas.

— Une porte vers quoi ?

Il répondit :

— Cela dépend de ce que tu cherches.

Je bus.

Et ce fut la dernière chose dont je me souvins avant que le monde disparaisse.


——


La nuit avait recouvert les montagnes depuis longtemps.

À Alamut, le silence n’était jamais un véritable silence. Il y avait toujours le souffle du vent contre les pierres anciennes, le craquement du bois dans les salles froides, le murmure des hommes qui veillaient dans l’ombre.

Mais cette nuit-là, quelque chose semblait différent.

Sohan le ressentait sans parvenir à l’expliquer.

Depuis son enfance, il avait appris à écouter ce que les autres ne percevaient pas. Les pas d’un homme derrière une porte. La respiration d’un ennemi caché dans l’obscurité. Le changement d’une voix lorsqu’un mensonge était prononcé.

Mais ce qu’il avait ressenti dans ce jardin dépassait tout ce qu’on lui avait enseigné.

Ce n’était pas un piège.

Ce n’était pas une illusion.

Ou peut-être était-ce la plus dangereuse des illusions : celle que l’on espère vraie.

Il passa une main sur son visage.

Le souvenir de la jeune femme était encore là.

Ses yeux verts.

Sa voix.

Cette façon qu’elle avait eue de prononcer son nom comme si elle le connaissait depuis toujours.

Pourtant, il ne l’avait jamais rencontrée.

Il en était certain.

Alors pourquoi avait-il eu l’impression de retrouver quelqu’un qu’il avait perdu ?

Cette question l’empêcha de dormir jusqu’à l’aube.



Lorsque le soleil apparut derrière les montagnes, Sohan fut convoqué.


Il connaissait ce sentiment.


Chez les disciples du Vieux de la Montagne, une convocation n’était jamais anodine.


On ne demandait pas à un homme de venir jusqu’à la forteresse intérieure pour discuter de choses sans importance.


Il traversa les couloirs de pierre, les mêmes qu’il avait parcourus des centaines de fois.


Chaque mur semblait porter une histoire.


Chaque ombre semblait observer.


Puis il entra dans la salle du maître.


Le Vieux de la Montagne était assis près de la fenêtre ouverte sur les falaises.


Il paraissait immobile, presque sculpté dans la pierre.


Son âge était difficile à deviner. Certains disaient qu’il avait vu passer plusieurs générations d’hommes. D’autres affirmaient qu’il avait simplement appris à donner cette impression.


Sohan s’inclina.


— Vous m’avez demandé, maître.


Le vieil homme ne répondit pas immédiatement.


Son regard restait fixé sur les montagnes.


— La nuit a été longue ?


La question surprit Sohan.


Il releva légèrement les yeux.


— Oui.


Un silence.


Puis :


— As-tu rêvé ?


Le cœur de Sohan manqua un battement.


Il aurait pu mentir.


Il aurait dû mentir.


Les disciples du Vieux savaient que certaines expériences n’appartenaient qu’à ceux qui les vivaient.


Mais il n’y arriva pas.


— Je ne sais pas si c’était un rêve.


Le vieil homme tourna enfin son regard vers lui.


Pour la première fois depuis qu’il le connaissait, Sohan vit quelque chose changer dans ses yeux.


Pas de la colère.


Pas de la surprise.


Quelque chose de plus profond.


Une douleur rapidement dissimulée.


— Raconte-moi.


Sohan hésita.


Il ne savait pas pourquoi il avait envie de garder cette rencontre pour lui.


Comme si prononcer son nom pouvait briser quelque chose.


— J’ai vu un jardin.


Le visage du Vieux resta impassible.


Mais ses doigts se refermèrent lentement sur son bâton.


— Continue.


— Il y avait des arbres. Des fleurs. Un pommier.


Un léger frémissement traversa le visage du vieil homme.


Presque invisible.


Presque.


— Et une femme.


Cette fois, le silence devint lourd.


Sohan observa son maître.


Il attendait une réaction.


Une question.


Un signe.


Mais rien ne vint.


— Elle s’appelait Soraya.


Le temps sembla s’arrêter.


Pendant une seconde, le Vieux de la Montagne ne fut plus le chef d’un ordre, ni le maître craint de tous.


Il fut simplement un homme.


Un homme qui venait d’entendre un nom qu’il avait essayé d’oublier.


Mais cela ne dura qu’un instant.


Son visage redevint froid.


— Beaucoup de choses portent des noms dans les rêves.


Sohan fronça les sourcils.


Cette réponse ne lui ressemblait pas.


— Vous pensez que ce n’était qu’une illusion ?


Le vieil homme détourna le regard.


— Je pense que l’homme voit parfois ce qu’il désire voir.


Cette phrase aurait dû le convaincre.


Mais elle ne fit que renforcer son trouble.


Car le Vieux ne lui avait pas demandé à quoi elle ressemblait.


Il n’avait pas demandé qui elle était.


Il n’avait pas demandé pourquoi elle avait prononcé son nom.


Comme s’il savait déjà.



Le reste de la journée passa lentement.


Sohan tenta de reprendre ses entraînements.


Les combats.


Les prières.


Les exercices de discipline.


Mais son esprit revenait toujours au jardin.


À Soraya.


À cette étrange sensation qu’une partie de lui était restée là-bas.


À la tombée du jour, alors qu’il regagnait sa chambre, il trouva devant sa porte un petit récipient en bois.


À l’intérieur reposait une coupe en métal sombre.


Avec elle, un message.


Une seule phrase.


« Ce qui est caché aux yeux des hommes n’est pas toujours caché aux âmes. »


Sohan resta longtemps immobile.


Il reconnut l’écriture.


Celle du Vieux.


Mais il ne comprenait pas.


Était-ce une invitation ?


Un avertissement ?


Une épreuve ?


Il porta la coupe à ses lèvres.


L’odeur était étrange.


Douce.


Herbacée.


Avec une note amère qu’il ne connaissait pas.


Il pensa refuser.


Un disciple devait savoir résister.


Mais une autre pensée traversa son esprit.


Et si le jardin n’était pas un rêve ?


Et si Soraya l’attendait encore ?


Alors il but.


Et le monde commença lentement à disparaître.


———


La première chose qu’il entendit fut le chant de l’eau.


Pas celui des rivières sauvages des montagnes.


Pas celui des torrents qui frappaient les rochers d’Alamut.


Celui d’une fontaine.


Un murmure doux, régulier, presque humain.


Sohan ouvrit les yeux.


Il était allongé dans l’herbe.


Au-dessus de lui, les branches d’un immense pommier dessinaient une voûte sombre contre un ciel qu’il ne connaissait pas.


Il ne se leva pas immédiatement.


Il attendit.


Il chercha la douleur.


La pierre froide sous son corps.


La fatigue.


Le poids de son armure.


Mais rien.


Seulement la chaleur de la terre sous ses mains et le parfum des fleurs qui l’entouraient.


Il était revenu.


Le jardin.


Cette fois, il n’eut aucun doute.


Ce n’était pas un rêve.


Un rêve disparaît lorsqu’on se réveille.


Mais ce lieu…


Ce lieu l’avait attendu.


Sohan se redressa lentement.


La lumière était différente de celle du monde réel. Elle semblait venir de partout à la fois, comme si le jardin n’était pas éclairé par le soleil mais par quelque chose de plus ancien.


Les roses rouges grimpaient sur les murs de pierre.


Des arbres inconnus bordaient les allées.


Et au centre du jardin se dressait le pommier.


Celui qu’il avait vu la première fois.


Celui sous lequel elle se trouvait.


Soraya.


Elle était là.


Assise dans l’herbe, un livre fermé posé sur ses genoux.


Elle ne sembla pas surprise de le voir.


Comme si elle savait qu’il reviendrait.


— Tu es revenu.


Sa voix était exactement comme dans son souvenir.


Douce.


Triste.


Familière.


Sohan resta debout quelques secondes.


Il aurait voulu avoir des réponses.


Il aurait voulu demander qui elle était, comment elle connaissait son nom, pourquoi un endroit impossible semblait les réunir.


Mais face à elle, toutes ses questions paraissaient soudain trop petites.


— Tu savais que je reviendrais ?


Un léger sourire apparut sur ses lèvres.


Pas un sourire heureux.


Un sourire de quelqu’un qui porte un secret trop lourd depuis trop longtemps.


— Je savais que tu chercherais des réponses.


Il s’approcha.


Lentement.


Toujours sur ses gardes.


La prudence était gravée en lui.


On lui avait appris qu’un homme pouvait être vaincu par une lame, mais qu’il était plus souvent détruit par ce qu’il désirait.


— Qui es-tu, Soraya ?


Elle baissa les yeux.


Pendant un instant, il crut qu’elle n’allait pas répondre.


Puis elle posa une main sur l’écorce du pommier.


— Une question peut parfois faire plus de mal qu’une réponse.


Sohan fronça les sourcils.


— Ce n’est pas une réponse.


— Non.


Elle leva les yeux vers lui.


— Mais c’est la vérité.


Le silence s’installa entre eux.


Un silence étrange.


Pas celui de deux inconnus.


Celui de deux personnes qui se reconnaissent sans savoir pourquoi.


Sohan remarqua alors quelque chose.


Elle ne semblait pas seulement attendre sa venue.


Elle semblait attendre quelqu’un depuis très longtemps.


— Tu me connais.


Ce n’était pas une question.


Soraya détourna le regard.


— Je connais ton âme.


Cette phrase aurait dû lui paraître absurde.


Pourtant, elle résonna en lui avec une évidence troublante.


— Personne ne connaît mon âme.


Elle sourit légèrement.


— C’est parce que personne n’a pris le temps de la regarder.


Il resta silencieux.


Les mots de la jeune femme touchaient quelque chose qu’il refusait d’admettre.


Depuis des années, il était devenu un disciple.


Une arme.


Un homme façonné par la discipline et le devoir.


Mais jamais quelqu’un ne lui avait demandé ce qu’il ressentait.


Jamais quelqu’un ne l’avait regardé comme un homme.


Seulement comme un serviteur.


— Pourquoi moi ?


Soraya releva les yeux.


Une tristesse infinie passa dans son regard.


— Parce que tu étais déjà perdu avant d’arriver ici.


Cette phrase le blessa plus qu’il ne l’aurait voulu.


Car elle était vraie.


Il avait perdu beaucoup de choses.


Des hommes qu’il avait aimés comme des frères.


Des innocences qu’il ne retrouverait jamais.


Une partie de lui-même.


Mais il ne comprenait pas comment une inconnue pouvait le savoir.


— Qui t’a parlé de moi ?


Le visage de Soraya changea.


À peine.


Mais suffisamment pour qu’il le remarque.


Une ombre traversa son regard.


— Personne.


Elle marqua une pause.


— Et pourtant, je t’attendais.


Un frisson parcourut Sohan.


Il aurait dû partir.


Il le savait.


Tout en lui lui disait de se méfier.


Les mystères étaient parfois des pièges plus dangereux que les armes.


Mais il resta.


Parce qu’une partie de lui avait attendu ce jardin toute sa vie sans le savoir.



Ils marchèrent longtemps sans parler.


Soraya lui montra les endroits du jardin.


La petite rivière cachée derrière les arbres.


Les roses blanches qui poussaient près de la fontaine.


Un vieux banc de pierre couvert de mousse.


Mais jamais elle ne dépassa certaines limites.


Jamais elle ne parla de son passé.


Jamais elle ne dit d’où elle venait.


Comme si certaines portes devaient rester fermées.


Au détour d’une allée, Sohan remarqua une pierre gravée.


Il s’approcha.


Des mots anciens y étaient inscrits.


Il ne connaissait pas cette langue.


— Qu’est-ce que cela signifie ?


Soraya regarda la pierre.


Son visage devint grave.


— Que certaines rencontres ne commencent pas lorsqu’on se rencontre.


Elle posa doucement ses doigts sur l’inscription.


— Elles commencent bien avant.


Sohan voulut répondre.


Mais un bruit interrompit leur conversation.


Le vent venait de changer.


Le jardin semblait retenir son souffle.


Soraya leva les yeux vers le ciel.


Pour la première fois depuis son arrivée, elle parut inquiète.


— Tu dois partir.


— Pourquoi ?


Elle le regarda.


Et pendant une seconde, Sohan vit une peur véritable dans ses yeux.


— Parce que le jardin ne garde jamais les vivants trop longtemps.


La phrase le glaça.


— Qu’est-ce que ça veut dire ?


Mais déjà le monde autour de lui commençait à disparaître.


Les couleurs s’effaçaient.


Le chant de l’eau devenait plus lointain.


Il voulut saisir sa main.


Cette fois, elle le laissa faire.


Ses doigts étaient chauds.


Réels.


— Soraya…


Elle murmura quelque chose qu’il n’entendit presque pas.


Un seul mot.


Son nom.


Puis tout devint noir.



Sohan ouvrit brutalement les yeux.


Il était dans sa chambre.


À Alamut.


La coupe était tombée au sol.


La bougie près de lui s’était consumée entièrement.


Il resta immobile.


Son souffle était court.


Sur sa main, là où Soraya l’avait touché…


Une petite trace rouge était apparue.


Un pétale de rose.


Il le fixa longtemps.


Puis une pensée traversa son esprit.


Pour la première fois de sa vie, Sohan eut peur.


Pas d’un ennemi.


Pas de la mort.


Mais d’une chose impossible.


Que ce jardin soit réel.

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