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Nuée ardente

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Résumé

Je n'échoue jamais. Chaque mission suit les mêmes règles : observer, infiltrer, exécuter. Sans état d'âme. Sans erreur. Cette fois, tout est différent. Sous couverture à Monaco, j'intègre la sécurité d'une des familles les plus puissantes de la principauté. Ma mission est simple : retrouver un objet mystérieux, puis éliminer le patriarche. Rien de plus. Jusqu'au jour où quelqu'un tente d'assassiner son fils. Je le sauve par réflexe. Désormais chargée de sa protection, je passe mes journées aux côtés de l'homme que je n'aurais jamais dû apprendre à connaître. Charismatique, solaire, désarmant... tout ce que je ne suis pas. À Monaco, chaque sourire cache un secret. Chaque regard peut être un mensonge. Et lorsque la frontière entre la mission et les sentiments commence à s'effacer, une seule certitude demeure : Une tueuse ne peut pas se permettre de tomber amoureuse de la famille de sa cible. ⚠️ Contenu sensible : Violence, meurtres, criminalité, langage explicite et scènes intimes. Roman réservé à un public adulte.

Genre :
Romance
Auteur :
Selenba
Statut :
Terminé
Chapitres :
32
Rating
5.0 (1 avis)
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 - Mortelle

— À terre !

À peine avons-nous franchi le seuil de l'appartement que je me laisse tomber au sol. Une détonation éclate dans mon dos et fait immédiatement siffler mes oreilles. Le projectile traverse l'entrée à l'endroit précis où je me trouvais une fraction de seconde plus tôt avant d'aller se perdre dans le mur.

Une seconde.

C'est tout ce qu'il me faut pour faire l'inventaire.

Pas de douleur.

Pas d'impact.

Je roule aussitôt sur le côté tandis que le bourdonnement qui envahit mon crâne commence à s'atténuer. Ma respiration ralentit d'elle-même. L'adrénaline fait son travail.

Pas de mouvement.

Pas de nouveau tir.

À moitié accroupie derrière les chaises de la table du salon, je balaie rapidement la pièce du regard. Une simple lampe d'appoint diffuse une lumière jaunâtre qui laisse de larges zones d'ombre. Suffisant pour se cacher. Pas assez pour disparaître complètement.

L'appartement est entièrement ouvert. La cuisine est vide. Le canapé masque une partie du salon et un couloir s'enfonce dans l'obscurité à l'autre extrémité.

Deux cachettes possibles.

Pas une de plus.

Un murmure me parvient.

— Cass ?

C'est Mag, derrière le canapé.

Sa voix est basse, parfaitement maîtrisée. Aucun signe de panique.

Comme toujours.

— C'est bon. Et toi ?

— Aussi. Je vais faire diversion. Tiens-toi prête dans... trois...

Je retire discrètement la sécurité de mon neuf millimètres. Le clic métallique se perd dans le silence.

Deux...

Mes doigts retrouvent naturellement leur position sur la crosse.

Une...

Je sais exactement ce que j'ai à faire.

Au signal de Magda, je me redresse d'un seul mouvement et braque mon arme vers l'entrée du couloir.

Au même instant, une silhouette surgit de l'ombre.

Son arme est déjà pointée sur Magda.

Je n'hésite pas.

J'expulse l'air de mes poumons.

Le coup part.

Précis.

Net.

La balle traverse son front avant même qu'il n'ait le temps d'appuyer sur la détente.

Son corps reste figé une infime seconde, comme s'il refusait de comprendre ce qui vient de se passer, puis s'effondre lourdement contre le mur. Une traînée de sang écarlate vient trancher le blanc immaculé de la peinture avant qu'il ne glisse lentement jusqu'au sol.

Le silence retombe presque aussitôt.

Un petit rire nerveux résonne derrière moi.

— Bien joué, ma grande.

Je distingue enfin la silhouette fine de Magda, entièrement vêtue de noir. Son arme reste levée, tout comme la mienne.

On ne considère jamais une pièce comme sécurisée trop tôt.

Je m'avance lentement jusqu'au corps sans quitter les autres accès des yeux. La balle est logée entre ses deux yeux. Aucun mouvement. Aucun réflexe. Aucune hésitation possible.

Mort.

Je range finalement mon arme le temps d'attraper mon smartphone dans ma poche arrière. Une photo du visage. Une autre de l'ensemble de la scène.

Simple précaution.

— Parfait, dis-je en glissant le téléphone dans ma poche. On peut y aller.

Pendant que je remets mon arme dans son étui, Magda entreprend une fouille méthodique de l'appartement.

Chaque placard.

Chaque tiroir.

Chaque cachette suffisamment grande pour dissimuler quelque chose d'intéressant.

Une enveloppe.

Un coffre.

Un double fond.

Rien.

Elle referme le dernier tiroir avant de se tourner vers moi avec un sourire satisfait.

— Tu vois, Cass ? Je t'avais dit que ce serait facile.

Je lève les yeux au ciel.

— Il nous a quand même tiré dessus dès qu'on est entrées.

Son rire emplit aussitôt l'appartement.

— Oui... mais comme d'habitude, on a assuré.

Je ne peux pas vraiment la contredire.

Dans notre métier, seule la dernière ligne du contrat compte.

Objectif éliminé.

Mission accomplie.

— Bon, du coup, on va avoir de quoi fêter tes vingt-cinq ans. Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?

Je jette un regard dans sa direction tandis qu'elle referme le dernier placard.

— On en reparlera. On devrait surtout partir avant que les coups de feu ne réveillent tout Beausoleil.

Elle acquiesce sans discuter. Nous quittons l'appartement quelques instants plus tard, aussi discrètement que nous y sommes entrées.

Quelques minutes plus tard, nous roulons dans ma Mercedes noire.

Puissante, discrète, suffisamment banale pour se fondre parmi les dizaines de berlines qui circulent chaque nuit sur la Côte d'Azur.

Magda est absorbée par son téléphone. Une mèche de ses cheveux courts et grisonnants lui tombe devant les yeux tandis que ses doigts parcourent l'écran avec la même efficacité qu'ils manipulent une arme.

Je garde les miens rivés sur la route.

À cette heure, la circulation est encore fluide. À notre droite, la Méditerranée disparaît presque dans l'obscurité. Seules les lumières des villes qui bordent la côte dessinent une frontière mouvante entre la mer et le ciel.

Quelques minutes suffisent pour rejoindre Cap-d'Ail, où nous louons une villa depuis plusieurs mois.

J'aime cet endroit.

Le calme.

La vue.

La proximité de Monaco sans avoir à supporter son agitation permanente.

J'aime les belles choses.

Beaucoup moins les gens qui ressentent le besoin de les exhiber.

— On passe chez Jules ?

Je quitte quelques secondes la route des yeux pour regarder Magda.

— Oui.

Elle verrouille son téléphone.

— Ce sera fait.

Je gare la voiture une centaine de mètres plus loin.

De l'extérieur, le bâtiment ressemble à un vieux bar qui aurait connu des jours meilleurs. Une façade défraîchie. Une enseigne fatiguée. Quelques lettres bleues annoncent simplement :

Chez Jules.

À première vue, rien ne distingue l'établissement des dizaines d'autres bistrots qui jalonnent les petites rues de la côte.

C'est justement l'idée.

Lorsque nous poussons la porte, une odeur persistante de tabac froid et d'alcool imprègne immédiatement l'air. La décoration semble figée quelque part dans les années quatre-vingt-dix. Le vieux comptoir en bois est usé par le temps, un juke-box prend la poussière dans un coin et plusieurs affiches jaunies décorent les murs.

Puis les détails apparaissent.

Une arme dépasse discrètement d'une ceinture.

Une autre imprime sa silhouette sous un blouson en cuir.

Au fond de la salle, deux hommes interrompent brièvement leur conversation lorsque nous entrons avant de reprendre comme si de rien n'était.

Ici, personne n'est vraiment celui qu'il prétend être.

Le barman nous adresse un large sourire.

— Salut les beautés ! Un petit verre ?

— Ça ira, répond Magda avec un sourire. On monte.

Il se contente d'acquiescer.

Aucune question.

Jamais.

Je lui adresse un simple signe de tête avant de suivre Magda vers l'escalier dissimulé au fond de la salle.

Derrière la porte du palier, un tout autre univers s'ouvre à nous.

Les vieilles affiches défraîchies ont laissé place à des boiseries élégantes, un parquet en chêne clair et un marbre impeccable qui reflète la lumière des lustres.

Le folklore reste en bas.

Le luxe commence ici.

Des machines à sous dernier cri clignotent silencieusement tandis que plusieurs tables de poker clandestines accueillent une clientèle triée sur le volet.

À peine quelques regards se lèvent à notre passage.

Personne ne s'intéresse réellement à nous.

Les centaines de milliers d'euros qui circulent autour des tapis verts captent toute leur attention.

C'est exactement ce que Jules recherche.

L'argent détourne plus efficacement les regards que n'importe quel garde du corps.

— Magda ! Cassandre ! Quel plaisir !

Jules s'avance vers nous avec un large sourire.

Malgré son costume parfaitement ajusté, il conserve cette allure de vieux renard impossible à tromper.

Les yeux bleus de Magda pétillent immédiatement.

— Vieux requin... T'as encore pris du poids, non ?

Il éclate de rire en tapotant son ventre.

— Je me porte très bien, merci.

Je souris malgré moi.

Ils se connaissent depuis bien plus longtemps que moi.

À chaque fois que je les vois se chamailler, j'ai l'impression d'assister aux retrouvailles d'un vieux frère et d'une vieille sœur qui refuseraient de se l'avouer.

Le sourire de Jules disparaît presque aussitôt.

— Il vous attend.

Magda acquiesce.

Sans un mot, nous reprenons notre route.

Nous poursuivons jusqu'au fond de la salle.

Une porte discrète se fond presque dans les boiseries. Sans savoir qu'elle est là, impossible de la remarquer. Un digicode est fixé au mur. Magda compose la combinaison sans la moindre hésitation et le verrou métallique se déverrouille dans un bruit sourd.

Derrière cette porte se cache un appartement.

Ou plutôt...

Le repaire.

Un lieu où se négocient des accords rarement légaux... et encore moins moraux.

Le mobilier est sobre mais luxueux. Un vaste salon s'ouvre sur une cuisine parfaitement équipée. Une grande table occupe le centre de la pièce, tandis qu'un couloir dessert deux chambres et une salle de bain.

Certains viennent ici signer des contrats.

D'autres y concluent des arrangements d'une nature bien différente.

Aujourd'hui, seule la première catégorie nous intéresse.

Un homme nous tourne le dos sur la terrasse. Les mains croisées derrière le dos, il contemple les lumières de Monaco. À peine entend-il la porte s'ouvrir qu'il rentre sans se presser.

— Alors ?

Je laisse échapper un léger soupir.

— Bonjour à vous aussi.

Magda tourne aussitôt la tête vers moi.

— Cass...

Son faux regard sévère m'arrache un haussement d'épaules.

Ce n'est pas moi qui ai oublié les bonnes manières.

— Il est mort. Montre-lui.

Je déverrouille mon téléphone et lui tends l'écran.

L'homme observe la photo pendant plusieurs secondes. Son regard s'attarde sur le visage, zoome légèrement, puis revient sur nous.

— Comment puis-je être certain que ce n'est pas un montage ?

Le silence tombe instantanément.

Je connais ce silence.

Je connais surtout la femme qui se tient à côté de moi.

L'atmosphère change avant même qu'elle ne bouge.

Le sourire de Magda disparaît.

Ses épaules se redressent imperceptiblement.

Son regard devient glacial.

Je l'ai vue adopter cette expression des dizaines de fois.

À chaque fois, quelqu'un le regrette.

Elle avance lentement jusqu'à ce que leurs visages ne soient plus séparés que par quelques centimètres.

L'homme recule presque aussitôt.

Instinctivement.

Il a raison.

— Êtes-vous en train d'insinuer que je tente de vous escroquer, monsieur Abevior ?

Sa voix est calme.

Beaucoup trop calme.

— N... non, madame.

Il déglutit avec difficulté avant de sortir précipitamment une enveloppe de la poche intérieure de sa veste.

— Tenez... n'en parlons plus.

Il tente de passer.

Magda lui barre tranquillement le chemin, récupère l'enveloppe et me la lance.

Je l'ouvre aussitôt.

Des liasses de grosses coupures apparaissent soigneusement rangées.

Je les compte machinalement, sans même avoir besoin de recommencer.

Tout y est.

Je relève simplement les yeux vers Magda et lui adresse un signe de tête.

Elle s'écarte enfin.

L'homme ne demande pas son reste.

Il disparaît presque au pas de course.

Quelques secondes plus tard, la porte se referme derrière lui dans un claquement sourd.

Le silence retombe.

Puis j'éclate de rire.

— D'habitude, c'est toi la gentille et moi la méchante.

Comme si rien ne s'était passé, Magda retrouve immédiatement son sourire.

— Oui... mais il est tard. Je voulais gagner du temps.

Je secoue la tête en souriant.

C'est exactement ce qui la rend aussi redoutable.

Elle peut passer d'une grand-mère bienveillante à une prédatrice en un battement de cils.

Elle désigne ensuite un placard derrière moi.

— Tequila pour fêter ça ?

Je me retourne, attrape la bouteille et fais tourner le verre entre mes doigts.

La chaleur de l'adrénaline commence enfin à retomber.

La mission est terminée.

Le contrat honoré.

Pour quelques heures au moins, nous pouvons souffler.

Je lui adresse un sourire.

— Allez.

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