Prologue
Il est mort.
Ces trois mots furent les seuls que le cerveau du jeune homme fut capable de formuler correctement. Les mains posées sur le corps inerte de son garde personnel, il fixait d’un regard vide la voiture embrasée qui se dressait de l’autre côté de la chaussée, à seulement quelques mètres de lui. Ses yeux le brûlaient atrocement et la chaleur était insoutenable, pourtant, il ne pouvait se résoudre à esquisser le moindre mouvement. Assis sur le bitume, il s’évertuait à accomplir une tâche qu’il savait perdue d’avance, mais qu’il ne pouvait pas abandonner. Qu’il ne voulait pas abandonner.
Les mains pressées sur la plaie béante au milieu de la poitrine de son ami, le jeune homme attendait avec désespoir que quelqu’un lui vienne en aide. L’individu, affalé sur le sol devant lui, ne bougeait plus. Ses yeux ouverts, devenus vitreux, fixaient un point dans le ciel, dernière image qu’il lui fut donné de voir. La gorge du garçon se serra et il tenta de retenir les larmes qui montaient. Il entendit vaguement des bruits de pas précipités ainsi que le son lointain des sirènes des ambulances et des forces de l’ordre. Il ne savait pas comment tout cela avait pu arriver. Tout était flou dans sa tête ; ses pensées trop embrouillées ne se concentraient sur rien d’autre que sur cet homme au regard vitreux devant lequel il était assis.
Il sentit soudain des mains qui le secouaient doucement et qui tentaient de le tirer en arrière, en même temps que des voix qui l’appelaient, sans succès. Il n’y avait dans ses oreilles qu’un horrible bourdonnement qu’il aimerait faire cesser et devant lui qu’un tas de flammes rougeoyantes qui menaçaient de l’engloutir à chaque seconde. La tête lui tournait et il sentait des gouttes de pluie tièdes couler le long de ses tempes – à moins que cela ne soit du sang ? – il n’en savait rien. Les voix qui l’interpellaient s’agitaient de plus en plus et résonnaient encore plus fort dans sa tête, le faisant grimacer de douleur.
Il voulait que cela s’arrête. Il vit des silhouettes habillées de blanc se presser autour de lui, puis deux bras encerclèrent sa taille et l’emportèrent plus loin. Le regard toujours fixé sur les flammes, le jeune homme se laissa porter jusqu’à ce que la chaleur diminue de quelques degrés, et que la zone de l’accident disparaisse de son champ de vision. Il sentit alors qu’on l’allongeait sur une surface douce et agréable puis laissa son regard dériver sur le visage flou d’un homme qui le surplombait. Celui-ci tentait de lui parler, il essaya de se concentrer sur sa voix, cependant, il n’en avait plus la force, plus l’envie. Tout ce qu’il souhaitait à présent, c'était sombrer dans un profond sommeil, sans jamais plus se réveiller.









Une bonne mise en bouche dit donc