L'AVANT DERNIER SAUT
Chapitre 1 — L’avant-dernier saut
— À trois, on y va !
Thierry leva trois doigts.
— Un… deux… trois !
Le grondement de l’appareil avalait presque leurs voix.
— Ibrahim, avec moi ! Première vague. Chana, Kris, vous suivez et vous couvrez nos arrières.
— Oui, mon capitaine !
Thierry vérifia une dernière fois son équipement.
— Allez ! Go ! Go ! Go !
Ils sautèrent.
Quelques secondes plus tard, leurs voiles s’ouvrirent au-dessus du territoire afghan.
Leur mission devait être rapide : rejoindre une équipe déjà déployée au sol, acheminer du matériel médical et des vivres, puis participer à l’extraction de deux journalistes retenus en otage.
Sur le papier, leur zone d’atterrissage se trouvait suffisamment à l’écart des affrontements.
Sur le papier seulement.
Suspendue sous sa voile, Chana toussa. Malgré la protection qui lui couvrait le bas du visage, l’air lui semblait lourd, chargé de poussière et de fumée. Une odeur âcre de brûlé remontait jusqu’à eux.
Plus bas, Thierry et Ibrahim ouvraient la voie.
Chana tourna légèrement la tête.
Kris était là.
Un peu au-dessus d’elle.
Le vent lui fouettait le visage tandis qu’ils poursuivaient leur descente. Encore plusieurs centaines de mètres avant le sol.
Puis des détonations éclatèrent.
Chana se raidit.
Ce n’étaient pas des tirs lointains.
— Attention ! On nous tire dessus !
La voix de Kris grésilla dans sa radio.
— Bien reçu. Je suis juste au-dessus de toi. Garde ta trajectoire !
Au-dessous d’eux, la situation avait changé. Les combats avaient débordé bien au-delà de la zone où ils étaient censés atterrir.
Thierry et Ibrahim approchaient déjà du sol.
D’autres tirs claquèrent.
Plus proches.
— Kris…
— Je te vois !
Une secousse brutale arracha un cri à Chana.
Son corps bascula sur le côté.
— Kris ! Mon parachute est…
Elle n’acheva pas sa phrase.
Quelque chose n’allait plus.
La tension de son harnais venait de changer brutalement. Une partie de sa voile battait furieusement au-dessus d’elle.
Elle leva les yeux.
Touchée.
Sa voile avait été touchée.
— Non… non, non…
Son épaule fut violemment tirée vers le haut.
Puis son corps se mit à tourner.
Le ciel.
Le sol.
Le ciel.
Le sol.
À chaque rotation, la terre revenait dans son champ de vision.
Plus proche.
Toujours plus proche.
Chana agrippa son harnais. Sa respiration devint courte et rapide. Sa poitrine se soulevait par à-coups tandis que le vent lui arrachait presque l’air de la bouche.
Elle connaissait les procédures.
Elle avait été entraînée.
Encore et encore.
Respirer.
Analyser.
Ne pas céder à la panique.
Mais aucun entraînement n’avait jamais ressemblé à ça.
Pas avec des balles qui fusaient autour d’elle.
Pas avec le sol qui tournait sous ses pieds.
— Chana ! Regarde-moi !
Kris.
Elle chercha sa voix avant de réussir à l’apercevoir au milieu de ses rotations.
Il descendait vers elle.
— Kris, reste où tu es !
Il ne l’écouta pas.
Évidemment qu’il ne l’écoutait pas.
Au sol, Thierry avait réussi à atteindre un amas de rochers avec Ibrahim. Tous deux ripostaient depuis leur abri de fortune tandis que l’équipe déjà présente tentait de repousser les assaillants.
Mais Chana ne voyait presque plus rien.
Seulement le ciel.
Le sol.
Puis Kris.
De plus en plus proche.
— Ne t’approche pas !
— Essaie de rester avec moi !
— Kris !
Il arriva à sa hauteur au moment où une nouvelle rafale éclata.
Tout se passa trop vite.
Chana vit son visage.
Puis son corps devant le sien.
Kris s’était interposé.
Un tir claqua.
Une douleur fulgurante traversa Chana près de la poitrine.
Elle voulut inspirer.
Rien.
Sa bouche s’ouvrit, mais l’air semblait avoir disparu.
Son cœur s’emballa.
Une pulsation.
Deux.
Puis quelque chose se dérégla.
Sa main chercha instinctivement l’endroit où la douleur irradiait sous son équipement. Ses doigts tremblaient. Elle ne comprenait plus ce que son corps lui disait.
Autour d’elle, les tirs continuaient.
Des voix crépitaient dans sa radio.
Thierry.
Ibrahim.
Peut-être Kris.
Elle n’arrivait plus à les distinguer.
Sa vision se troubla.
Elle pensa à l’entraînement.
À la mission.
Puis, sans savoir pourquoi, à une plage qu’elle n’avait encore jamais vue.
Le Mozambique.
Elle essaya de prononcer un nom.
— Kris…
Le ciel bascula une dernière fois.
Et Chana ne vit plus rien









Super résumé ! j'ai hâte de lire ton histoire .