Prologue
Tawny
Au lieu de me souhaiter bonne chance, ce serait sympa que tout le monde commence à me souhaiter de la malchance. Comme ça,
si c'est seulement possible
, je pourrais
enfin
passer une journée où rien ne tourne mal.
Dans mon cas ? C'est probablement impossible.
Je suis la reine de la poisse, et vu comment s'est déroulée l'année et demie écoulée, il serait grand temps que M. Pas de chance et moi on rompe.
Il y a un peu plus d'un an, ma mère est décédée après un long et dur combat contre la dépression. Chaque jour était une bataille épuisante pour elle, juste pour ouvrir les yeux et sortir du lit. Chaque respiration était une lutte. Enfin, pour être exacte, c'était une guerre violente. Chaque jour, elle se battait contre ses démons pour qu'ils la laissent respirer. Elle se battait encore et encore, et quand ça devenait trop sanglant, elle finissait par s'endormir.
Au lieu de continuer à livrer bataille et de gagner, ma mère a abandonné, laissant la dépression triompher.
La dépression
; cette putain de tueuse silencieuse.
Et puis il y a mon père. Mes amis et moi avons toujours su qu'il fumait beaucoup de pétards. Mais après que ma mère a mis fin à ses jours, il a laissé sa propre vie s'éteindre avec elle. Alors, au lieu de continuer à fumer son herbe, il est allé beaucoup plus loin en prenant toutes les drogues qui lui tombaient sous la main.
À cause de la mort de ma mère et de la façon dont mon père a laissé la drogue diriger sa vie, j'ai arrêté l'université pour rentrer à la maison et tenter de le sauver de ces mêmes démons qui m'ont pris ma mère.
Depuis que je suis rentrée, toutes sortes de mésaventures loufoques me tombent dessus.
D'abord, en sortant de l'enterrement de ma mère, j'ai eu un accident de voiture et j'ai détruit le bolide d'un homme magnifique. Il se trouve que c'était une Lamborghini haut de gamme qui valait des millions.
Typiquement moi, bien sûr.
Comme il y avait un vide dans mon assurance, je n'étais pas couverte au moment de l'accident, et ça m'a mise dans une merde noire.
Mon permis de conduire a été suspendu pour six mois, et le juge m'a condamnée à payer une somme astronomique en amendes, indemnités et frais médicaux pour cet homme.
De l'argent que je n'ai pas.
De l'argent que je n'aurai jamais.
Et c'est une somme que je ne verrai jamais de ma vie.
J'ai demandé un échéancier pour payer cent dollars par mois jusqu'à épurer la dette. Au lieu de ça, ils se sont pratiquement foutus de ma gueule, m'ont fait un doigt d'honneur et m'ont dit que j'étais baisée à vie.
Eh bien, cette partie est vraie. Je suis foutue.
Je me sens coupable d'avoir démoli sa voiture. Vraiment. Mais à mes yeux, ce n'était pas de ma faute.
C'était la sienne.
Cet enfoiré d'homme, super sexy, à faire fondre les culottes et à rendre dingue, qui conduisait la Lamborghini, a décidé de changer de voie en même temps que moi. Ça nous a poussés à surréagir, à donner un coup de volant trop brusque, et à nous rentrer dedans, ce qui nous a fait faire plusieurs tonneaux dans les airs.
On était les Ryan Newman et Joey Logano de la Nascar. Avec moi dans le rôle de Newman et ce connard dans celui de Logano. C'est lui qui m'a percutée, m'a fait faire un tête-à-queue et nous a fait décoller tous les deux.
Lui et ses avocats ont crié sur tous les toits que c'était moi la responsable de l'accident.
Comme je n'avais pas d'assurance et pas un sou, le juge a donné raison à cet odieux millionnaire.
Depuis, je fais des virements de dix dollars par-ci, vingt dollars par-là. Merde, j'ai même fait un versement plus important de mille dollars après avoir gagné une jolie somme au casino il y a quelques mois. Alors si Ian Preston, ou quel que soit son nom de merde, n'est pas content de ces petits paiements, il peut aller se faire foutre.
Il a plus d'argent que n'importe qui que je connaisse, et je suis sûre qu'il a touché un sacré pactole de sa propre assurance. Alors le type devrait être aux anges que j'essaie au moins de payer quelque chose.
En plus de ce désastre, j'ai dû gérer les problèmes de mon père.
L'année dernière, mon père a dû être transporté d'urgence à l'hôpital pour des overdoses suspectées ;
je ne saurais même pas dire combien de fois
. Et à cause de ces courses urgentes, j'ai pris des amendes pour excès de vitesse et pour conduite sans permis, ce qui a rallongé la suspension de mon permis.
Après un an et demi sans permis, j'ai
enfin
récupéré mon permis de conduire.
Sauf
que maintenant, on menace de me le retirer à nouveau à cause de mes impayés auprès de ce millionnaire avide de fric.
Et puis il y a ma vie amoureuse. Ça aussi, c'est parti en couilles.
Quelques mois après mon retour de l'université, mon petit ami de trois ans a décidé que j'étais trop lourde à gérer. Il a dit que j'avais trop de bagages émotionnels et que la meilleure chose à faire était de prendre des chemins différents.
Ça a fait mal, et j'étais dévastée. Mais en repensant à notre relation, j'ai réalisé qu'on s'éloignait de toute façon. Il détestait le fait que j'aie quitté l'université pour aider quelqu'un qui ne voulait aucune aide. Il prétendait qu'à cause de ma stupidité, je n'arriverais jamais à rien et que je ne mènerais jamais ma vie nulle part.
Peu importe.
Bon débarras, j'ai envie de dire.
Mon père est peut-être un toxico qui a refusé mon aide et qui ne pense qu'à lui. Mais il reste mon père, et je détesterais le perdre aussi.
J'ai aussi eu du mal à garder un travail.
Chaque emploi que j'ai eu depuis mon retour n'a duré que quelques semaines.
Pourquoi ?
Mon père.
Aujourd'hui, j'ai perdu un autre job à cause de lui. C'était le meilleur travail que j'aie jamais eu, bien payé, et qui aurait pu couvrir les frais de mon père pour un traitement en centre spécialisé, l'un des meilleurs ici dans le Minnesota : le Hazelton Betty Ford Addiction Treatment Center.
Parce que j'ai été virée
encore une fois
... j'ai l'impression d'être à deux doigts de perdre la tête, de péter un plomb et de devenir complètement folle.
Mon père est littéralement en train de gâcher ma vie. Je suis persuadée qu'il m'a fait perdre ce travail exprès pour que je ne puisse pas le placer dans ce centre.
Peut-être est-il temps que j'accepte le fait qu'il veut mourir.
Je crois que tout le monde a raison. Je dois réaliser que je ne peux pas aider quelqu'un qui n'en veut pas. Et la dernière personne de qui il veut de l'aide, c'est bien sa fille.
J'ai grandi en aimant être enfant unique. Mais maintenant, je déteste ça et je souhaiterais avoir des frères et sœurs pour leur refiler mon père. Cette dernière année à m'occuper de lui m'a détruite.
Ça m'a aussi drainée émotionnellement et physiquement.
Mes amis insistent pour que je laisse mon père faire ses conneries et que peut-être,
juste peut-être
, il finira par avoir des ennuis avec la loi, une situation si terrible qu'il finira là où il a sa place.
J'aimerais pouvoir le faire. Croyez-moi, je le voudrais. Mais si je laisse mon père faire tout ce qu'il veut, je recevrai probablement ce coup de téléphone que j'essaie tant d'éviter. Celui qui ressemblerait probablement à ça :
« Tawny ? Je suis désolé de vous annoncer une mauvaise nouvelle. Votre père a été amené à l'hôpital en ambulance plus tôt, et malgré tous nos efforts, nous n'avons pas pu le sauver. Je suis vraiment navré... »
J'entends déjà ce coup de fil redouté.
Soupir
...
Je ne crois pas pouvoir continuer à supporter ça. Si je recommence à essayer de l'aider et qu'il continue de refuser, c'est moi qui vais finir en asile psychiatrique.
J'ai besoin d'une longue pause.
Une très longue pause
.
« Tawny ! » a crié mon père, avec une voix qui indiquait qu'il était défoncé comme jamais.
J'ai fermé les yeux et pris une profonde inspiration. Je ne peux pas gérer ça ce soir.
J'ai besoin d'une soirée pour moi.
Une nuit qui me permettra d'oublier ma vie, qui je suis, mon nom, où j'habite et d'où je viens.
Je me dois cette soirée.
Je sors, et je vais me mettre une cuite mémorable.
Qu'est-ce qui pourrait arriver de pire ?