Une Lettre Pour Mon Fils

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Résumé

La mystérieuse lettre qu'un père écrit pour son fils alors que ce dernier n'est qu'un bébé. Ceci est un témoignage unique et authentique d'un exilé algérien qui raconte son périple qui lui a permis de sauver sa vie de la guerre. Epopée réussie, puisque l'algérien mourut en France.

Genre :
Adventure/Other
Auteur :
LilySayah_99
Statut :
Terminé
Chapitres :
1
Rating
5.0 2 avis
Classification par âge :
13+

Un Exilio Clandestino

Mon très cher fils, mon seul enfant,

Tu es jeune pour comprendre cela, mais j’ai enfin réussi à atteindre la France. Le voyage a été rude : l’Algérie était en guerre et tes grands-parents ont tous les deux péris.

Je suis parti de Bechar pour rejoindre le Maroc. Je n’avais que le vieux Ducato de mon père, alors j’ai voulu rejoindre la ville de Ceuta pour atteindre Gibraltar. « Clandestino » m’a beaucoup détendu et diverti, la route était longue… .Une fois arrivé au Maroc, j’ai fait une première escale à Fes afin de me reposer. Là-bas, les gens me comprenaient à peu près, j’étais Algérien donc j’étais un voisin. Dès le lendemain à l’aube, j’ai repris la route.

J’étais partis pour plus de cinq heures et demi avant d’atteindre Ceuta, mais j’y était parvenu après ce périple. Là, j’étais entré en Espagne. La question que je me posais ensuite était comment allais-je traverser la mer sans abandonner la seule chose qu’il me restait de ton grand-père ? La réponse fut rapide, quand un ferry portant de la cargaison est apparu. J’ai quitté mon camion pour aller à la rencontre du marin. C’était un vieux matelot d’une soixantaine d’années environ. Il portait un crochet à la place de la main gauche et avait une pipe coincée entre ses dents. Il m’a parlé de sa voix rauque et brisée en mentionnant Madrid. Je ne comprenais pas son langage mais l’idée de lui demander de l’aide m’a traversé l’esprit lorsqu’il montrait mon vieux Ducato du doigt. Il a accepté, je suis reparti alors rejoindre mon véhicule avec un sourire aux lèvres. Avant mon premier pas, le vieillard m’a arrêté. J’ai compris, il voulait être payé. Une fois que je lui ai donné tout le liquide que j’avais sur moi, le matelot à marmonné des paroles incompréhensibles et nous nous sommes séparés. Il a ouvert l’accès à la cale et a attendu que je fasse monter mon camion. Je me suis exécuté. Ainsi, moi et la relique de mon père avions pu nous offrir deux petites heures de répit, le temps d’une traversée. Arrivé à Tarifa sur le territoire espagnol, je me suis empressé de remonter afin de traverser le pays.

Mon fils, il m’a fallu quatre jours, un peu plus, pour traverser l’Espagne et arriver en France. La route n’était pas de tout repos, je confesse. La chaleur étouffante du sixième mois de 1969, ajoutée au moteur du véhicule qui tourne rendait l’itinéraire bien pénible. Heureusement, grâce au Traité d’Amitié signé en début d’année, j’ai pu passer la douane à la frontière algéro-marocaine. En traversant le Maroc, quelle a été ma surprise de voir des ruines d’habitations, des corps et des arbres morts gêner ma route. Les marocains m’ont expliqué qu’ils étaient encore sous le choc, et en pleine reconstruction après un séisme survenu quatre mois auparavant. Le paysage était lui aussi en ruine. Le soleil s’était caché et la chaleur ôtait la respiration des gens. Une grande partie du pays était touchée par un tel paysage. La route a été compliquée sur le plan émotionnel, mais j’ai été fort mon enfant. Je n’ai pas eu peur en voyant ces choses qui t’auraient terrorisé.

Même arrivé, j’ai roulé, roulé et j’ai continué après avoir passé un premier panneau français. J’ai décidé de garer le Ducato pour faire une pause. Je me suis mis à déambuler dans les rues de cette ville inconnue. Ce climat n’avait rien a voir avec celui rencontré à Fes. Il faisait beau, l’air était ardent et les gens se rafraîchissaient. Un coup de Ricard pour les adultes, une petite coupe de glace pour les minots, comme on les appelle ici. Cette ville s’appelait Marseille. Bonne Mère, j’aurais pu croire que j’ai toujours vécus ici ! La chaleur ne se trouvait pas que dans l’air estivale, elle était aussi dans le cœur des habitants qui m’ont accueilli comme si j’étais des leurs.

Voilà, mon cher enfant, comment j’ai découvert cette ville qui avec un peu d’espoir, te séduira un jour. Un jour, fils, je te conduirais à Marseille. J’espère que tu y amèneras les gens que tu aimes : tes amis, tes amours, tes enfants.

Ton père, affectueusement,

Moussa Sayah