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Juste toi, juste cette nuit

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Summary

Tu es parti, parti définitivement. Sans même nous dire au revoir. Plus jamais je ne pourrais te dire à quel point je t'aimais. Certains diront que c'est une preuve de lâcheté, moi je dirais plutôt de courage. Choisir de rejoindre les anges. Ce soir le ciel est plein d'étoiles, tu m'avais dit que quand quelqu'un mourrait, il devenait une étoile. Toi, ça fait trois jours que tu en es devenue une. Mais laquelle ? Comment savoir ? Tu seras la plus brillante, celle qui nous fait le plus rêver puisque tu illuminais chaque endroit où tu passais.

Status
Ongoing
Chapters
6
Rating
n/a
Age Rating
18+

Chapitre 1

Je me prépare pour assister à son enterrement. Je déteste ce mot.

Plus qu’une heure et je verrais toute notre famille et ses amis pleurer.

Enfiler cette robe noire, ce gilet noir, attacher mes cheveux en un chignon négligé. Je me regarde une dernière fois dans le miroir. Je ne suis plus que l’ombre de moi-même. Les traits tirés, le teint terne, les cernes creusées. Je ne me maquille pas, à quoi bon...

C’est l’heure, je ne veux pas y aller. Mon père est avec moi, les yeux rouges, je sais qu’il se retient de pleurer. S’il y a bien une journée où se retenir de pleurer est inutile, c’est celle-ci.

On arrive devant la petite église du village, je l’ai toujours trouvé triste mais, ce sentiment est encore plus fort aujourd’hui. Je regarde les gens autour de moi, tous habillés de noir. On entre, on s’installe en silence. Un silence glacial. Tu es là en face de moi, endormie pour toujours avec cet air si paisible. Je ne sens plus les larmes coulées sur mes joues. Je sens mon corps lâcher peu à peu. Je suis ailleurs, les voix sont de plus en plus lointaines, je me lève, les jambes tremblantes. Je m’accroche à toi, j’hurle l’amour que j’ai pour toi, que je veux que tu reviennes. La seule chose que j’arrive à voir avant que mes frères ne m’emmènent dehors sont les yeux braqués sur moi.

Le contraste entre le froid glacial de l’église et l’air chaud de ce mois d’aout me coupe encore un peu plus la respiration. Mon corps entier tremble, on m’apporte de l’eau que je bois difficilement tellement ma gorge est nouée par les sanglots incessants.

Quelques instants plus tard, ton cercueil fait sa sortie de l’église. J’entends la chanson préférée de maman remplacer le silence dans l’église qui se vide au fur et à mesure que tu avances. Chaque personne présente, une rose bleue à la main suit ta dépouille jusqu’au cimetière situé à quelques mètres.

Arrivée devant ta tombe, je m’effondre, je ne veux pas voir ça, te voir descendre lentement dans cet espace vide. C’est à ce moment-là qu’on réalise vraiment que tu n’es plus là. Que je ne pourrais plus entendre ta voix, ni entendre ton rire communicatif.

Deux semaines plus tard.

- Roxanne, s’il te plaît, lève-toi de ce lit.

- ...

- Parle-moi au moins. Et puis regarde-toi, deux semaines, que tu ne fais plus rien à part rester dans ce lit à pleurer. Tu grignotes à peine, ne bouges plus et ne parles plus. Écoute, je sais que c’est dur ma belle, mais on est tous là pour toi, il faut que tu te reprennes en main. Tu penses qu’il aurait aimé te voir comme ça ?

Je ne réponds rien, je sais qu’elle a raison mais ça m’est impossible. Savoir que tu n’es plus là me détruit un peu plus chaque jour.

Ma meilleure amie passe me voir chaque jour, me parle sans jamais obtenir de réponse de ma part. Seul des sanglots s’échappent de ma bouche, les larmes coulent en continues sur mon visage amaigris. Comment est-ce possible d’avoir encore des larmes après des jours et des jours à pleurer.

Elle me regarde avec tendresse. Emmy demande si j’ai besoin de quelque chose, me nettoie le visage et me fait un câlin avant de devoir repartir chez elle.

Demain je retourne en cours, une semaine après la rentrée. De quoi attirer les questionnements, affronter les regards de tous ceux qui savent et de ceux qui s’interrogent sur ma rentrée tardive.

Je sais que maintenant je serais “la nièce du prof qui s’est foutu en l’air”.

Le lendemain matin, je me réveille difficilement, j’attrape la tenue qu’Emmy m’a préparé la veille. Elle savait que je n’aurais pas le courage ni la force de choisir des vêtements assortis.

Je trouve étonnement un minime brin d’énergie afin de me brosser les dents et me passer un coup sur le visage. Je m’observe dans le miroir, je ne vois que le vide dans mes yeux.

J’entre dans la cour du lycée, j’essaie de me faire discrète mais, apparemment je n’ai pas réussi.

Tous les regards sont braqués sur moi, certains font apercevoir de la pitié. Je n’en ai vraiment pas besoins. Venir ici est déjà assez difficile.

J’aurais dû faire ma rentrée en terminale avec lui, une année de plus avec lui.

Je commence à me retourner pour partir de cet endroit quand Emmy m’attrape le bras et me fais un grand sourire.

Je n’ai même pas la force d’y répondre alors je me contente d’avancer avec elle vers notre classe, rejoindre les autres. Je connais ce lycée par cœur mais aujourd’hui, je suis perdu.

Elle m’explique tout ce que j’ai raté mais, je n’écoute pas, je fixe les murs, on y voit des affiches en mémoire de mon oncle. Des petites citations joliment écrites à la main de plusieurs couleurs notamment le bleu, sa couleur préférée, accompagnent son visage.

Je sens mes jambes prêtent à flancher, je m’arrête en plein milieu du couloir, une larme commence à couler.

Emmy me regarde paniquée, elle me prend dans ses bras et encore une fois, je sens tous les yeux posés sur moi. Elle essaie de me rassurer, des paroles douces sortent de sa bouche, ce qui n’est pas son habitude.

J’essaie de ravaler mes larmes et contenir la vague de sanglot qui serrent ma gorge.

J’arrive à me calmer et on entre en cours. Le lundi n’a jamais été mon jour préféré. Après les week-end entre amis, de fêtes, il m’était toujours difficile de reprendre le rythme. Et apparemment, ce lundi ne fera pas exception, de plus je vais devoir supporter un vieux aigri de prof que tous les terminales détestent.

- Tiens Roxanne, ravi de faire enfin votre connaissance.

- Hum

- Vous pourriez répondre avec plus de mots jeune fille. Afin que je puisse enfin me familiariser avec votre voix.

Il m’énerve de bon matin celui-là. Ce ton si peu compatissant et moqueur me rappelle à quel point je déteste les études.

La première heure se passe sans que je ne sois vraiment présente, mon esprit divague, j’entends les chuchotements des autres élèves, mes moindres mouvements sont épiés. Il ne faudrait surtout pas rater l’occasion de pouvoir commérer ensuite avec les autres classes sur mon état.

Le prof nous laisse cinq minutes de pause le temps d’aller chercher des documents oubliés en salle des profs. Chacun profite pour se raconter son week-end, qui a pécho qui à la dernière soirée, qui a le plus vomi et qui s’est pris le plus humiliant des râteaux. J’étais tellement au fait des ragots habituellement... Emmy essaie de me faire un résumé de ce que j’ai manqué en potins mais je ne l’écoute pas réellement, je me contente de répondre par des “hum” manquant cruellement de conviction.

Lorsque le prof est de retour, il me fixe et je sens son regard désapprobateur.

Il faut dire que je suis avachi sur mon bureau, le regard dans le vide, je serais incapable de dire sur quoi porte le cours, j’ai déjà à peine une vague idée de la matière qu’il enseigne.

Je le vois se lever et s’approcher de ma place, il m’arrache ma feuille, blanche puisque je n’ai absolument rien écrit. Voyant sur mon visage, que je n’ai aucun remords et que son cours ne m’intéresse pas le moins du monde, il m’ordonne de sortir de sa classe et de ne revenir que quand je serais prête à “me prendre en main pour réussir mon avenir”

Vu comme c’est parti pour mon avenir, je ne suis pas près de revenir de sitôt.

Je me lève et pars de cette classe. Je ne vais pas en permanence, je préfère allez au parc collé au lycée. C’est ici qu’on y retrouve tous les exclus et les gens qui sèchent.

Tiens Andy est là. Andy c’est le mec un peu rebelle du lycée, au look qui fait parler, que tout le monde critique mais qui fait craquer toutes les filles avec son côté Bad boys.

En 2 ans dans la même classe, si on a été en cours ensemble plus de 10 fois, ce serait un miracle. Il n’est là que pour les contrôles et réussi à avoir une des meilleures moyennes de la classe.

- Salut Andy !

- Hey Roxy, qu’est-ce que tu fous ici ?

- Je te retourne la question.

- Comme d’habitude, je ne perds pas mon temps en cours, je préfère venir ici profiter de la vie.

- Je vois que profiter de la vie signifie se droguer chez toi... Je n’arrive pas à comprendre comment tu fais pour être autant défoncer sans que les gens s’en aperçoivent vraiment. Et pour réussir à étudier malgré ce que tu te fous dans le nez.

- Quoi ? Tu veux que je partage avec toi ?

- Non merci.

- Moi ça me fait oublier mes problèmes.

- Ouais mais ça pourrait m’en créer d’autres aussi.

- Alors, qu’est-ce que tu fais ici. T’es censé être avec le prof le plus aimé du lycée. Tu ne craques pas pour son petit air sévère et son petit pantalon en velours ?

- Pas du tout.

- Tiens voilà Yannis, c’est un nouveau.

- T’es exclu aussi ?

- Euh ouais, je ne savais même pas que t’étais dans ma classe, t’arrives tard.

- Ouais je sais. C’est compliqué.

- Du coup, je connais que ton prénom. Franchement ce prof, quel connard. A peine un écart et t’es viré de cours. Normalement on aurait dû avoir un prof cool et jeune, mais apparemment il s’est tué. Je trouve ça con. Faut être lâche pour faire ça.

Je m’en vais avant que je ne puisse pas contrôler mes paroles.

- Attends Roxanne, ne fais pas attention. ROXANNE !

Non mais pour qui il se prend lui, il n’a pas le droit de dire ça. Personne ne peut juger les actes d’une personne quand il s’agit de suicide surtout quand on ne connait pas la personne. Mon oncle n’était pas lâche, il était tout sauf ça, il était au contraire courageux.

Je décide d’aller au café d’une amie de mon grand frère et sœur d’Emmy.

- Eva, une vodka s’il te plaît.

- Il n’est même pas 10 heures, Roxy !

- Je m’en fou, donnes !

- Si t’insiste.

Je finis la matinée à boire seule dans ce café, je ne compte même plus les verres, tout ce que je sais, c’est que je ne marche plus très droit. Je titube en voulant sortir de la pièce, j’essaie tant bien que mal de marcher sur un seul côté du trottoir sans bousculer chaque personne qui croise mon chemin.

Je marche encore quelques mètres avec difficultés quand je sens des bras m’attraper.

- AHHHH !

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