Chapter 1
La fête était guindée à souhait.
J'avais voulu changer d'air, j'étais servie. Une coupe de champagne à la main, je suivais du regard Avel qui passait d'un invité à un autre pour saluer et échanger quelques phrases légères. J'avais toujours envié la facilité avec laquelle il pouvait discuter, aussi bien avec des inconnus, des alphas ou le caissier d'un magasin. C'est lui qui gérait les relations de notre meute avec les autres et ce rôle était taillé à sa mesure. Tout en portant ma coupe à mes lèvres, je reportai mon attention sur Carrie qui avait accepté de m'accompagner. Encore une fois, elle parlait de son coude et de sa dernière douleur. Carrie était de celle qui avait toujours beaucoup à dire à son propre sujet. Elle pouvait parler des heures, seule ou presque, de son dernier bobo. Les monologues étaient sa marque de fabrique. Pour autant, j'adorais Carrie, tout simplement parce que je trouvais les gens bavards, reposants. De plus mon amie était cynique et profondément vraie. Tout ce qu'elle pensait, elle le disait. Il n'y avait aucune fausseté chez elle et ses conversations boudeuses et meurtries avaient, à mon sens, un côté franchement amusant et distrayant.
C'est moi qui l'avais convaincu du voyage. Changer de pays afin de travailler sur les relations avec d'autres clans était le quotidien d'Avel et cette fois-ci, j'avais sauté sur l'occasion et décidé de le suivre. Avec Carrie à mes côtés, je n'étais accompagné que de personnes que j'appréciais et faciles à vivre. Le cocktail parfait pour calmer mes nerfs.
D'une oreille, je suivais la discussion de mon amie, d'un œil j'observais le beau monde qui m'entourait. Des membres importants de meutes tout aussi importants. Les petits rassemblements de ce genre permettaient de nouer de nouveaux liens et de faire fructifier les relations déjà établies. Du haut de ma balustrade, je bénéficiais d'un point de vu idéal. Le champagne était tout aussi idéal, me dis-je en avalant une gorgée.
"Je pense que Rolio n'a pas correctement fait son travail, continua Carrie en faisant des moulinets avec le bras. Franchement, il va me falloir une carte abonnement chez lui. J'y vais tellement souvent que je pourrai avoir des petits cadeaux, des pansements ou des antibiotiques."
J'acquiesçai. En général, j'étais plus loquace dans nos discussions, mais ce soir, j'avais la tête ailleurs. Pleine à craquer de questionnements et de remises en questions. Les événements récents survenus dans notre meute m'interrogeaient fortement.
Un mouvement dans la foule attira mon regard.
Un homme entrait dans la salle avec ses compagnons. Je m'en voulus à ce moment-là d'être aussi peu intéressée par les affaires extérieures à notre meute. J'aurais pu savoir qui il était car il semblait évident qu'il avait du pouvoir et de l'importance. Ses acolytes collés à ses flancs, il avait tout de suite retenu l'attention de la plupart des invités présents. Les hommes bombaient le torse et les femmes cambraient leur dos. En toutes autres circonstances, j'aurais observé avec amusement le jeu des uns et des autres. Mais en l'occurrence, je ne pouvais détacher mes yeux de cet homme. Un étrange sentiment brouillait mes pensées. Je le trouvais attrayant et magnétique. Une envie soudaine me prit de sauter de la balustrade pour aller fourrer ma truffe dans son cou afin de me délecter de son odeur.
Je serrais plus fort mon verre. L'homme tourne la tête, je pus découvrir son visage. Il était carré avec des yeux d'un bleu très clair. Un bleu agressif et transperçant. Un regard qui devait mettre quiconque le fixait mal à l'aise. Moi je le trouvais tout simplement renversant.
Mon verre se brisa. Je revins brutalement sur l'instant présent en constatant les dommages. Des pieds mouillés et un verre éclaté. Se rappeler de vider sa coupe plus rapidement la prochaine fois. Comme aimanté, je jetai à nouveau un œil vers l'homme. Il me fixait. Il avait dû entendre le bruit du verre cassé. Cet animal avait l'ouïe fine.
« Mince, tout va bien ? Tu as les pieds trempés Ella. Me fit remarquer Carrie.
"Oui, excuse-moi, c'est ce verre qui... enfin je vais aux toilettes me sécher, je reviens."
Je posai les débris sur une table voisine et abandonnai mon amie sans plus de cérémonie. Je n'avais jamais eu l'intention d'aller aux toilettes mais plutôt envie de fuir. J'avais l'impression d'avoir perdu le contrôle de moi-même et cette situation ne m'était pas familière. Mon coeur battait fort, et je tremblais légèrement d'émotion. J'avais besoin de me remettre les idées en place. Sans réfléchir, je pris une coupe sur un plateau, la vidai d'un trait, en pris une autre et fis de même, puis j'empruntai le chemin de la sortie et gagnai les jardins. Je fermai les yeux et pris une profonde inspiration revigorante. Je respirai le parfum des fleurs et de l'herbe et retrouvai un peu de mon calme.
"Je ne crois pas que nous ayons été présentés."
La voix me figea sur place. Avant même de me retourner je savais à qui elle appartenait. Cette phrase avait été murmurée pourtant son intonation me donna des frissons. Lorsque je fis face à l'homme, je fus à peine surprise de constater qu'il n'était qu'à quelques centimètres de moi.
L'homme pencha la tête, attendant sa réponse. De toute évidence, il n'était pas habitué à devoir se répéter.
"Je suis Ella." M'entends-je répondre.
"Elder." dit-il en me tendant sa main.
Après une seconde d'hésitation, j'ai saisi la main qui m'était offerte. Elle était chaude et son contact m'envoya des fourmillements dans tout le corps. Il ne la lâcha pas.
"Allons dans un endroit plus calme."
Le doute n'était plus permis, cet homme était incontestablement un alpha. Le regard mi-respectueux, mi-effrayé des autres invités, sa manière de s'exprimer rigide et sans appel, et, par dessus tout, son aura. Je le ressentais clairement à présent qu'il était tout proche.
Il ne me fallut qu'un court instant pour peser le pour et le contre. Je ne savais pas vraiment qui il était, mais malgré son aura glaçante, je ne pensais pas courir le moindre danger auprès de lui. Ma vie personnelle était très simple, j'étais disponible. Les histoires de mon clan, en revanche étaient beaucoup plus complexes, mais j'étais loin de chez moi, et je reprendrai l'avion bientôt et ne reviendrai peut-être jamais. Je ne m'imaginais pas refuser, ce que je ressentais était étrange et inhabituel. Je ne voulais rien analyser pour l'instant.
Lorsque je hochai la tête, il raffermit sa prise et m'emmena avec lui.
Je me décidai de m'accorder une nuit pour qu'il fasse de moi tout ce qu'il voudrait sans penser aux conséquences.